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Bulletin N° 491 | Février 2026

 

 

IRAN : NOUVELLE GUERRE ISRAÉLO-AMÉRICAINE

Après des semaines de menaces et de tentatives de pourparlers, le président américain a lancé le 28 février une vaste offensive aérienne coordonnée avec Israël contre les cibles militaires et politiques du régime iranien.

Cette offensive conjointe, baptisée « Fureur épique » par Washington et « Rugissement du Lion » par Israël, a, dès le premier jour, décapité le régime. Outre le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, une quarantaine de hauts gradés militaires dont le ministre de la Défense, le chef d’état-major des armées, le commandant en chef des Gardiens de la révolution et des dizaines de généraux réunis pour un conseil de défense dans le complexe résidentiel de Khamenei ont péri à la suite des frappes de l’aviation israélienne informée sur le lieu et l’heure de cette réunion par l’agence de renseignement américaine CIA. Le sort d’autres dirigeants du régime restait inconnu à la fin de cette première journée de la guerre.

C’est le président américain lui-même qui a annoncé dans la soirée du 28 février sur son réseau Truth Social : « Khamenei, l’une des personnes les plus diaboliques de l’histoire, est mort ». Cette annonce a donné lieu à des scènes de joie et de liesse dans les rues de Téhéran et de la plupart des villes d’Iran. Khamenei, surnommé « le dictateur » ou « le tyran », était honni par la grande majorité de la population.

L’Iran se préparait depuis longtemps à une nouvelle confrontation militaire avec les États-Unis et Israël. Selon une enquête publiée dans le New York Times du 22 février, l’ayatollah Khamenei a confié à Ali Larijani, chef du Conseil suprême de défense, la tâche d’organiser la survie du régime en cas de nouvelle guerre et de l’élimination des leaders du régime. Ancien commandant des Gardiens de la révolution, homme des missions secrètes à Moscou et dans les capitales des pétromonarchies du Golfe, Larijani, âgé de 67 ans, supervise également le programme nucléaire iranien et les négociations avec les Américains.

Il avait donné à la délégation iranienne aux pourparlers d’Oman du 5 février puis de Genève le 17 février pour instruction d’accepter un compromis sur le dossier nucléaire mais de refuser toute discussion sur l’arsenal balistique de l’Iran et sur son rôle dans la région par le biais des milices chiites à ses ordres en Irak, au Liban et au Yémen.

Le 15 février, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Majid Takht-Ravandi, dans une interview à la BBC, n’a pas exclu la possibilité que l’Iran accepte d’expédier son stock de plus de 400 kilos d’uranium hautement enrichi en dehors du pays ou de diluer cet uranium à un degré plus faible (Le Monde, 15 février).

Le 17 février, à l’issue de plus de trois heures et demie de discussions indirectes avec la délégation américaine conduite par Steve Witkoff et Jared Kushner, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé que l’Iran et les États-Unis étaient convenus de « principes directeurs » d’un accord (Le Monde, 17 février). Mais le vice-président américain J.D. Vance a noté que des divergences persistaient sur les « lignes rouges » américaines, ajoutant que « le président américain se réserve le droit de dire quand il jugera que la voie diplomatique aura atteint sa limite. Nous espérons ne pas en arriver là ». Selon lui, Donald Trump garde « toutes les options ouvertes », y compris celle de déclencher la considérable force de frappe amassée dans la région par l’armée américaine.

Ces déclarations menaçantes ont été présentées par nombre de commentateurs comme des moyens de peser sur les négociations en cours, d’obliger Téhéran à composer avec un revolver chargé sur la tempe. Mais pour les dirigeants iraniens, céder aux demandes de Washington sur les dossiers nucléaire et balistique est plus risqué pour leur survie que de prendre le risque d’une nouvelle guerre, relèvent des analystes au fait des arcanes du régime iranien cités par le New York Times du 23 février.

De son côté, le président américain, qui avait tout au long des protestations contre la vie chère de la population iranienne en janvier dernier promis de leur venir « bientôt » en aide, semble avoir, lors de son entretien en tête-à-tête avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 11 février convenu des grandes lignes d’une nouvelle guerre contre l’Iran, la guerre de 12 jours de juin 2025 n’ayant pas rempli tous ses objectifs.

Le reste semble avoir été de part et d’autre une partie de poker menteur, de ruses de guerre, de brouillage médiatique.

Ainsi, le 22 février, l’Iran évoque de nouveaux pourparlers avec les États-Unis probablement pour le 26 février en Suisse, affirmant qu’un accord sur le dossier nucléaire est à portée de main. La délégation américaine conduite par Steve Witkoff échange par le truchement du ministre omanais des Affaires étrangères avec le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghtchi, qui, jour après jour, ne veut toujours pas aborder la question du programme balistique iranien.

Le président américain déclare le soir même qu’il n’est pas « content » des résultats des négociations diplomatiques. Le 27 février, Washington annonce la visite en Israël du secrétaire d’État américain Marco Rubio le lundi 2 mars.

On ne sait si les dirigeants iraniens en ont conclu qu’une offensive militaire éventuelle ne serait déclenchée qu’à son retour d’Israël et qu’ils ont imprudemment organisé cette réunion de hauts dirigeants militaires à la résidence de l’ayatollah Khamenei le samedi 28 février tôt dans la matinée, heure fatidique à laquelle l’Ange de la Mort Azraël, par le biais des bombardiers israéliens, a frappé à leur porte et emporté leurs âmes.

Les Américains ont positionné dans la région une armada sans précédent depuis la guerre de 2003 contre l’Irak de Saddam Hussein. Elle comprend notamment deux porte-avions avec les frégates qui les accompagnent, des bombardiers d’une gamme allant des F-15 aux F-35 et B-2. Les bases américaines des pays du Golfe ont été dotées d’importants moyens de défense anti-aérienne en prévision des attaques de missiles et de drones iraniens. Une telle armada présage d’une guerre intensive qui pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Le président américain, dès le début de l’offensive, a réclamé la capitulation de l’Iran et affirmé vouloir détruire une fois pour toutes les capacités nucléaires et balistiques iraniennes. Il espère aussi que le régime iranien, affaibli par la guerre, succombera aux coups de boutoir d’un soulèvement populaire et d’un coup d’État amenant au pouvoir une nouvelle direction compatible avec les intérêts américains dans la région.

Les Israéliens, qui dès le premier jour ont lancé avec plus de 200 avions la plus vaste attaque aérienne de leur histoire, affichent leur ambition de provoquer un changement de régime à Téhéran après avoir détruit l’essentiel des infrastructures militaires, voire civiles, du pays et décapité la République islamique. Ils misent sur le fils en exil du monarque iranien déchu, Reza Pahlavi, qui a, à maintes reprises, manifesté sa sympathie pour l’État hébreu et promis d’établir avec lui des relations étroites de coopération s’il arrivait au pouvoir.

Sa popularité, en dépit de toutes les campagnes de promotion menées dans les médias occidentaux, reste limitée à une partie des élites urbaines et nationalistes persanes. Les peuples non persans, en premier lieu les Kurdes, lui sont largement hostiles, tout comme une grande partie des couches populaires qui ont gardé un souvenir très négatif de la monarchie.

Le régime iranien, en lutte pour sa survie, met toutes ses ressources et mobilise tous les réseaux de soutien locaux et régionaux pour semer le chaos à l’échelle du Proche-Orient en attaquant les pays abritant des bases militaires, des ambassades et des intérêts américains.

L’objectif affiché est clair : faire payer très cher aux Américains leur nouvelle guerre d’agression afin de les dissuader d’une telle aventure au moins pour une génération.

Cette stratégie avait déjà été mise en œuvre en Irak où, à partir de 2003, l’Iran a organisé des milices chiites pour combattre les troupes américaines et leur infliger un maximum de dégâts. Il a aussi, de concert avec la Syrie, soutenu l’insurrection des Arabes sunnites partisans de Saddam Hussein regroupés d’abord au sein d’Al-Qaïda puis de Daech, obligeant les Américains à retirer leurs troupes d’Irak dès 2011.

Cette stratégie de guerre se double d’une politique de répression implacable contre toute forme d’opposition à l’intérieur du pays, comme on l’a vu encore récemment lors des manifestations populaires de janvier où le régime n’a pas hésité à massacrer des milliers (plus de 30.000 selon certaines estimations), de civils désarmés protestant contre la vie chère et la dictature.

Cette répression a continué de sévir en février.

Ainsi, le 8 février, un tribunal iranien a condamné Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix 2023, à une peine de six ans de prison « pour rassemblement et collusion en vue de commettre des crimes », selon son avocat Mostafa Nili. Elle a été condamnée dans une autre affaire à un an et demi de prison pour « activités de propagande » et à deux ans de relégation dans la ville de Khash, au Khorassan (Le Monde, 9 février).

La France a appelé à la libération immédiate de cette « inlassable défenseuse » des droits humains. Le 9 février, plusieurs figures du Front des réformes ont été arrêtées après la publication d’un communiqué dénonçant la répression des manifestations et appelant à la création d’une « assemblée de salut » pour « sauver l’Iran ». Selon ce communiqué, « sur la base » des évaluations disponibles, on peut aujourd’hui affirmer clairement qu’une large partie des citoyens iraniens a perdu confiance en toutes les institutions et capacités qui étaient censées (…) les représenter et défendre leurs revendications ; et le Front des réformes ainsi que le courant réformiste ne font pas exception à cette profonde défiance.

Après les premières arrestations, le parquet de Téhéran, à l’origine de l’opération, a annoncé que les réformateurs visés avaient mené des « activités coordonnées en coulisse et en ligne dans le but de blanchir des actes violents et terroristes et de porter atteinte à la sécurité intérieure du pays ». Le même jour, le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni-Ejei a déclaré que ceux qui, à l’intérieur du pays, publiaient des communiqués « contre la République islamique », qui avaient autrefois accompagné la révolution, étaient désormais « alignés » sur Israël et les États-Unis. Voilà que des anciens dignitaires du régime devenus critiques sont ravalés au rang d’ennemis à poursuivre (Le Monde, 11 février).

Le régime multiplie les condamnations à mort. Selon Le Monde du 25 février, sept jeunes Iraniens ont été condamnés à mort après les manifestations de janvier, tandis que des milliers d’autres ont été arrêtés. Entre procès expéditifs, aveux forcés et conditions de détention inhumaines dans les prisons de Téhéran, la justice est mise au service de la répression, relève le journal.

Quatre ressortissants étrangers, dont la nationalité n’a pas été précisée, ont été arrêtés lors d’un raid à Téhéran pour participation aux émeutes, a annoncé le 2 février la télévision d’État.

Alors que l’opposition iranienne est très divisée à l’intérieur et se déchire en exil (RFI, 10 février), les partis politiques kurdes iraniens ont annoncé avoir formé, le 22 février, une Alliance des forces politiques du Kurdistan iranien.

Cette alliance regroupe le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), le Parti Komala du Kurdistan et l’Organisation de combat du Kurdistan (Khabat). L’accord d’alliance a été signé par le secrétaire général du PDKI, Moustafa Hijri, le président du PAK, Hossein Yazdanpanah, le leader de Khabat, Baba Sheikh Hosseini, le leader de Komala Reza Kaabi et la coprésidente du PJAK Viyan Peyman.

Selon le communiqué commun annonçant cette alliance, « l’objectif est une plus grande unité afin de faire avancer davantage le combat commun du mouvement politique kurde en Iran et renforcer le rôle et la position du Kurdistan et de son mouvement politique dans la lutte contre la République islamique, assurer les droits et libertés du peuple du Kurdistan et déterminer comment reconstruire l’avenir de l’Iran ».

Le texte poursuit : « Nos principaux objectifs communs dans cette alliance sont la lutte pour renverser la République islamique, la réalisation du droit à l’autodétermination kurde et la construction d’institutions nationales et démocratiques basées sur la volonté de la nation kurde dans le Kurdistan oriental (Rojhelat). »

L’Alliance considère comme un devoir d’œuvrer pour « un système démocratique et laïc en Iran qui garantit les droits des diverses communautés nationales et religieuses du pays ».

L’opposition kurde unie se tient prête pour l’éventualité de l’effondrement du régime islamiste de Téhéran pour libérer le Kurdistan du joug de la dictature des mollahs et contribuer à la formation d’un bloc républicain et laïc afin de favoriser une transition vers un Iran républicain, séculier, en paix avec ses populations et avec ses voisins.

SYRIE : LA « NORMALISATION » DE ROJAVA

L’accord signé le 29 janvier entre le chef des Forces démocratiques syriennes (SDF), le général Mazlum Abdi, et le président syrien par intérim al-Charaa se met progressivement en place.

Ainsi, après Hassaké le 2 février, les forces gouvernementales syriennes sont entrées le 3 février dans le bastion kurde de Qamishli. Il s’agit à ce stade de petits contingents de forces de sécurité intérieure chargées, en coopération avec les Assayish (police locale kurde), d’assurer l’ordre public. L’armée syrienne se tient à l’écart des villes kurdes et à une certaine distance convenue des bases des forces kurdes, ces dernières restant elles aussi en dehors des villes en attendant d’être formellement « intégrées » dans l’armée syrienne.

Le gouvernement de Damas a aussi pris le contrôle de l’aéroport de Qamishli le 21 février après l’évacuation d’un contingent russe qui y était basé conformément à un accord conclu avec le régime de Bashar al-Assad et avec Ankara.

Le retrait des forces kurdes du camp d’al-Hol, où étaient encore détenus plus de 24 000 membres des familles de djihadistes de plusieurs pays, a été suivi d’évasions massives de prisonniers. Les miliciens islamistes qui composent l’armée syrienne sont entrés dans ce camp où ils ont été accueillis en libérateurs, au milieu de scènes de « fraternisation » diffusées sur les réseaux sociaux. Des filières se sont rapidement organisées pour assurer l’évasion de ces détenus vers les provinces arabes de la Syrie, notamment Idlib gérée depuis des années par l’organisation islamiste Hayat Tahrir al-Chaam (HTC) du président par intérim al-Charaa.

Nombre de familles de djihadistes d’origine étrangère ont, elles, été évacuées vers la Turquie et le Liban. Déjà le 13 février, une source humanitaire contactée par l’AFP indiquait qu’« il ne restait plus qu’une vingtaine de familles ». Ce camp a hébergé jusqu’à 70.000 détenus après la chute de l’État islamique de 42 nationalités, dont un grand nombre de femmes et d’enfants originaires de Russie, du Caucase et des républiques d’Asie centrale (Libération, 13 février).

Les autorités syriennes ont, le 20 février, fermé et démantelé ce camp, transférant les dernières familles vers un « nouveau camp sécurisé » au nord de la région d’Alep (RFI, 20 février). Le 25 février, le ministre syrien de l’Intérieur a confirmé que « des milliers de proches de djihadistes de l’organisation État islamique avaient fui le camp d’al-Hol ». « Plus de 138 ouvertures ont été constatées dans le mur d’enceinte long de 17 km après le retrait, fin janvier, des troupes kurdes dans le cadre d’un accord global avec Damas » (AFP, France 24, 25 février).

Le précédent d’al-Hol suscite une vague d’espoir chez les prisonnières du camp de Roj, persuadées d’être bientôt libérées, rapporte l’envoyé spécial du journal Le Monde, Madjid Zerrouky. Dans ce camp, toujours sous contrôle kurde, 742 familles étrangères sont détenues, soit 2 207 femmes et enfants de 40 à 50 nationalités, des familles de djihadistes venus de différents pays pour s’enrôler dans les rangs de l’État islamique.

Parmi elles, 40 familles françaises, soit une cinquantaine de femmes et une centaine d’enfants de plus en plus radicalisés. « Pourquoi leurs pays ne les ont jamais repris ? Ils ont préféré dépenser des millions pour les maintenir ici, en nous laissant gérer cette bombe à retardement », s’insurge la directrice du camp citée par Le Monde du 6 février. « Nous serons sans doute les premières victimes de la résurgence de l’État islamique. Mais ne vous trompez pas, les pays occidentaux seront les suivants », prévient-elle.

Les forces américaines ont achevé leurs opérations de transfert des djihadistes les plus dangereux vers l’Irak. Selon un communiqué de CENTCOM du 12 février, depuis le 21 janvier « plus de 5 700 combattants adultes » ont été transférés vers des prisons irakiennes. Cette opération a pour objectif de « garantir que les détenus de l’EI restent en sécurité dans les centres de détention », ajoute le communiqué.

L’amiral Brad Cooper, chef du CENTCOM, a salué l’équipe interarmées qui a mené à bien « cette mission exceptionnellement difficile au sol et dans les airs ». La grande majorité des prisonniers, quelque 3 200, sont Syriens tandis que 900 viennent de pays d’Europe, d’Asie ou d’Australie. Parmi ces derniers : 460 Irakiens, 234 Tunisiens, 187 Marocains, 181 Turcs, 165 Turkmènes, 130 Russes, 116 Égyptiens, 68 Saoudiens, 63 Tadjiks, 55 Azéris, 46 Indonésiens, 42 Kirghizes, 36 Ouzbeks, 27 Allemands, 25 Algériens, 23 Bosniaques, 23 Iraniens, 13 Australiens, 13 Ukrainiens, 10 Britanniques, 8 Suédois, 5 Chinois, 5 Canadiens, 4 Français, 3 Suisses et 1 Israélien (Rudaw, 20 février).

Pour faire de la place pour ces djihadistes dangereux, le gouvernement irakien a décidé de transférer près de 4 000 détenus irakiens de la prison Karkh de Bagdad vers des centres de détention situés dans les provinces de Babil et de Nassiriya (Rudaw, 13 février). Il a aussi annoncé dès le 2 février l’ouverture d’enquêtes sur les prisonniers de l’État islamique afin de les juger dans les meilleurs délais.

Les forces américaines ont évacué leur base d’al-Chaddadi dans la campagne de Hassaké. Cette base, qui abritait auparavant des forces kurdes et une prison pour djihadistes, a été remise à l’armée syrienne le 15 février. Quelques jours plus tôt, le 11 février, elles avaient évacué la base d’al-Tanf, près de la frontière jordanienne, passée elle aussi sous le contrôle syrien (AFP, 11 et 12 février).

Dans son édition du 20 février, Le Monde fait observer que le prix de ce nouveau positionnement de Trump en Syrie est l’abandon des Kurdes.

Un premier retour sur investissement américain dans le nouveau régime syrien semble être l’accord signé le 4 février entre Damas et le géant pétrolier Chevron et une compagnie du Qatar pour l’exploration offshore de pétrole et de gaz au large de la côte méditerranéenne de la Syrie. Le texte a été signé au palais présidentiel à Damas en présence de l’émissaire spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, lequel avait annoncé cyniquement le 24 janvier que la mission des forces kurdes contre Daech en coopération avec les États-Unis était désormais terminée. Place au business donc (AFP, 4 février).

L’abandon des Kurdes syriens par leurs alliés occidentaux s’est accompagné de quelques gestes diplomatiques de consolation. À la demande de la diplomatie américaine, une délégation de Rojava conduite par le général Mazlum Abdi et Ilham Ahmed a été invitée pour la première fois à la conférence de sécurité de Munich des 12-15 février.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est y entretenu avec Mazlum Abdi et Ilham Ahmed au cours d’une réunion avec le ministre syrien des Affaires étrangères. Il a réaffirmé à cette occasion que les Kurdes syriens devraient jouir de tous leurs droits politiques, culturels et linguistiques au sein d’une Syrie unie. Il a déclaré que le président Trump avait personnellement appelé le président syrien par intérim al-Charaa pour lui demander de mettre un terme aux affrontements avec les forces kurdes et de trouver un accord reconnaissant leurs droits légitimes.

Le général Mazlum Abdi a également eu droit à une accolade chaleureuse du président Macron la veille à Munich. Il a été reçu, en compagnie d’Ilham Ahmed, par le ministre allemand des Affaires étrangères, une première car jusqu’ici, pour ménager son allié turc, l’Allemagne s’abstenait de tout contact politique avec les dirigeants kurdes syriens.

Ceux-ci ont pu avoir des échanges avec les diplomates de plusieurs autres pays présents à Munich. De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, lors de sa visite à Erbil le 6 février, a longuement et chaleureusement reçu le général Abdi et Ilham Ahmed.

Il leur a affirmé le soutien de la France pour que « nos alliés et nos frères d’armes trouvent toute leur place et obtiennent leurs droits légitimes au sein de la nouvelle Syrie ».

Les dirigeants de Rojava ont aussi été reçus par Massoud Barzani le 6 février, puis à nouveau par le président Nechirvan Barzani, qui ont réitéré la nécessité de l’unité kurde dans cette période difficile et conseillé de veiller à l’application de l’accord signé avec Damas. Les difficultés éventuelles et prévisibles de la mise en œuvre de cet accord doivent être réglées par le dialogue, leur ont-ils répété en partant de leur propre parcours de négociation avec Bagdad.

Les difficultés n’ont pas tardé à surgir. Malgré l’accord signé, la ville symbolique de Kobané est restée assiégée en février. Les milices de l’armée syrienne se livrent en plus à des pillages de biens des Kurdes dans les villages kurdes environnants. Le 9 février, l’ONU a promis de diligenter une enquête sur ce sujet. L’aide humanitaire arrive à compte-gouttes à la population assiégée et en détresse depuis le 17 janvier. La frontière turque reste toujours fermée aux convois humanitaires. Cependant un convoi de 25 camions d’aide organisé par la ville de Diyarbakir a pu emprunter un autre point de passage pour arriver à Kobané. L’errance et la détresse des quelque 176 000 déplacés kurdes de Rojava continuent (Le Monde). Conformément à l’accord signé avec Damas, ils devaient regagner leurs foyers d’origine à Afrin, Serê Kaniyê et Girê Spî qui restent toujours sous l’occupation de l’armée turque et de ses milices supplétives désormais officiellement enrôlées dans l’armée syrienne.

Le ministre turc de la Défense Yasar Güler a démenti les déclarations des dirigeants syriens annonçant un retrait prochain des contingents turcs de ces territoires kurdes syriens occupés. « Nous évaluons la situation mais aucun calendrier de retrait n’est prévu », a-t-il affirmé.

Aucune avancée non plus sur le sort et l’éventuelle libération de plus d’un millier de disparus et prisonniers kurdes. La population kurde est amère. Les femmes kurdes qui ont joué un rôle déterminant dans la guerre contre Daech et qui ont commencé à se libérer des chaînes du patriarcat redoutent un retour à la charia islamique.

L’avenir reste des plus incertains pour les Kurdes syriens.

 

TURQUIE : A. ÖCALAN ANNONCE « L’OUVERTURE D’UNE NOUVELLE ÈRE POLITIQUE »

Un an après avoir appelé son mouvement à se dissoudre, le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a fait une déclaration lue en son nom à Ankara par une responsable du parti pro-kurde DEM où il affirme vouloir « ouvrir un processus fondé sur une société démocratique et l’État de droit ».

 « La porte s’ouvre sur une nouvelle ère politique, (...) Nombre de difficultés et de crises sont aujourd’hui causées par l’absence de l’État de droit », poursuit-il, réclamant « un espace favorable à la démocratie et des garanties légales solides ». « Je crois au pouvoir de la politique et de la paix sociale et non des armes. Et je vous appelle à mettre ce principe en pratique », déclare encore le chef du PKK de son île-prison d’Imrali. (AFP, 27 février)

Malgré sa conversion à un combat démocratique non violent et sa décision de mettre un terme à la lutte armée du PKK, aucun progrès significatif concret n’a été enregistré depuis un an. Le gouvernement turc n’a même pas daigné assouplir ses conditions de détention ni évoquer une possible libération. Une commission parlementaire turque transpartisane, après plusieurs mois d’auditions et de débats, a rendu le 18 février son rapport sur « la réintégration dans la société turque » des combattants du PKK, excluant néanmoins toute amnistie en leur faveur. Le rapport ne préconise par ailleurs aucune mesure précise pour la reconnaissance officielle du peuple kurde, de sa langue, de sa culture, de ses droits politiques, culturels et linguistiques collectifs alors que les Kurdes, selon les estimations courantes, sont environ 26 millions en Turquie.

Isolé depuis 1999 dans une île-prison, le chef du PKK semble faire preuve d’un optimisme excessif en parlant d’une « nouvelle ère politique » en Turquie car dans les faits, à part la fin de la guérilla du PKK, rien n’a vraiment changé sur les bords du Bosphore. Les maires de l’opposition, dont celui de la métropole d’Istanbul Ekrem Imamoglu, sont arrêtés comme des malfrats et destitués avant même d’être jugés par un tribunal. Des journalistes, y compris ceux des médias occidentaux comme la Deutsche Welle, sont arrêtés pour « insulte au président Erdogan ».

Une célèbre impresario, Ayşe Barım, 55 ans, agente des stars de la télévision et du cinéma, est condamnée à 12 ans de prison sous l’accusation d’avoir joué un rôle actif dans des manifestations antigouvernementales en 2013. Les poursuites sont surtout le reflet du conflit autour de la domination culturelle sur les productions audiovisuelles turques, estime le correspondant du Monde en Turquie, Nicolas Bourcier, dans son édition du 27 février, qui ajoute : « La vague d’arrestations a rarement atteint, hors périodes convulsives de coups d’État, un tel niveau d’intensité et de durée en Turquie ».

Le 18 février, le journaliste Alican Uludağ est placé en garde à vue pour « insulte au président » et « dénigrement de la nation turque ». Les policiers qui font irruption dans son domicile à l’heure du laitier lui reprochent un reportage effectué en 2024 sur la libération de six membres de l’organisation État islamique et une dizaine de publications sur le réseau social X en 2025. Il risque jusqu’à quatre ans de prison.

C’est un secret de Polichinelle qu’en Turquie la police arrête de temps en temps des membres des « cellules dormantes » de Daech préparant ou commettant des attentats mais on voit rarement de procès. Ils sont libérés discrètement par les services turcs. Et voilà qu’un journaliste imprudent évoque publiquement une telle libération. Il risque de subir le même sort que le journaliste du vénérable quotidien kémaliste Cumhuriyet (République) qui avait, après une minutieuse enquête, révélé des livraisons secrètes d’armes par les services de renseignement turcs (MIT) aux milices islamistes syriennes, dont celle de l’actuel président al-Charaa qui à l’époque s’appelait encore le Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaida. Menacé de longues années de prison, le journaliste Can Dündar s’est réfugié à Berlin.

Le 19 février, six militants européens des droits humains, venus enquêter sur le système carcéral turc, étaient interpellés après une rencontre avec un cabinet d’avocats à Istanbul. Les autorités reprochent au cabinet d’être en lien avec une organisation d’extrême gauche considérée comme terroriste par Ankara (Le Monde, 27 février). Le même jour, le parti pro-kurde DEM faisait savoir qu’au moins 99 mineurs avaient été placés en détention au Kurdistan après des manifestations de soutien aux Kurdes de Syrie.

Pendant ce temps, les véritables criminels qui, en raison de leur grande corruption et de la mauvaise qualité des constructions, ont causé la mort de milliers de personnes lors du séisme de février 2023 courent toujours car ils étaient affiliés aux réseaux d’affaires du pouvoir : « Trois ans après le séisme qui a tué 54 000 personnes, les procédures judiciaires s’enlisent. Les familles de victimes dénoncent l’extrême lenteur des procédures et l’impunité persistante des responsables. Près de 270 000 personnes vivent encore dans des conteneurs », rapporte Le Monde dans son édition du 7 février.

Yılmaz Tunç, le procureur général d’Istanbul qui avait, sur instruction, arrêté et embastillé le maire d’Istanbul et ses collègues, a été promu ministre de la Justice le 11 février. Pour l’opposition, ce choix constitue une récompense et symbolise une mainmise désormais totale du pouvoir sur la justice et annonce de nouvelles opérations judiciaires. « Le nouveau ministre prend la tête du Conseil des juges et procureurs. C’est lui qui va nommer les magistrats », a déclaré le chef de l’opposition parlementaire Özgür Özel. « Erdogan appellera ça “l’État de droit” en prétendant qu’il s’agit du jeu démocratique. Laissez-moi leur dire une chose : puisse votre tyrannie grandir, pour que votre fin se rapproche » (RFI, 11 février).

Dans le même mini-remaniement, un préfet diplômé de théologie, Mustafa Çiftçi, a été nommé ministre de l’Intérieur. Sa cérémonie de prestation de serment devant le Parlement a donné lieu à de violentes altercations entre parlementaires.

Le même jour, l’Inter-Parliamentary Union publiait à New York son rapport annuel sur la situation des parlementaires dans le monde. Selon les critères de ce rapport, notamment la violation de la liberté d’opinion et d’expression, la Turquie est le troisième pays le plus répressif dans le monde après le Yémen et le Venezuela. En 2025, affirme le rapport, 110 parlementaires ont subi des violences et des violations des droits humains. Il donne une liste de noms des parlementaires concernés appartenant tous aux partis d’opposition, pour la plupart kurdes. Parmi les violations les plus fréquentes documentées : absence d’un processus équitable dans les poursuites contre les parlementaires et violations de la liberté d’opinion et d’expression.

En ce mois de ramadan, une vive polémique a opposé les partisans de la laïcité à l’école à ceux du parti islamo-conservateur AKP au pouvoir qui veulent islamiser toutes les institutions de l’État y compris l’école, et former une nouvelle génération musulmane pieuse. Le 12 février, une semaine avant le début du mois de jeûne musulman, le ministre de l’Éducation a envoyé une directive aux préfets des 81 départements du pays leur demandant d’organiser dans les écoles des événements sur le thème du ramadan et de proposer des rencontres informelles autour de l’iftar, la rupture du jeûne, au sein des établissements, dans les collèges et les lycées. La directive conseille de mettre en place, dans les écoles, des tables d’iftar communes avec la participation des familles. Elle recommande aussi d’amener à la mosquée les enfants de 4 à 6 ans, accompagnés de deux enseignants. Cette directive, notamment sa dernière recommandation, a suscité de vives réactions.

Une pétition lancée par 168 intellectuels et artistes laïcs, signée par près de 45 000 citoyens, affirme que « le régime politique islamiste entraîne, pas à pas, le pays dans le bourbier réactionnaire du Moyen-Orient » et que « les efforts visant à démanteler progressivement le système éducatif laïc ont pris de nouvelles proportions », que la Turquie sombre « sous le siège réactionnaire de la charia ». La pétition se termine par un : « Nous ne nous soumettrons pas aux ténèbres ! ».

La réaction du président turc à cette pétition intitulée « Défendons ensemble la laïcité » a été virulente. Il a dénoncé, le 25 février, le « fanatisme » des pétitionnaires aux déclarations « infâmes ». Une plainte a été déposée contre eux au nom du gouvernement. Devant le groupe parlementaire de son parti AKP, il a déclaré : « Pourquoi cela vous dérange-t-il que nos enfants apprennent la prière et le jeûne ? Pourquoi cela vous dérange-t-il qu’ils chantent des hymnes religieux ensemble dans les cours de récréation ? Si cela dérange quelqu’un, qu’il aille donc s’interroger sur son appartenance à ce pays, à ce drapeau, à cette terre. » (Le Monde, 27 février)

Il est vrai que dès son arrivée au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan n’a pas caché son projet de former une nouvelle génération de musulmans pieux, portant dans une main le Coran, dans l’autre un ordinateur. Sous son long règne, la Turquie a doublé le nombre de ses mosquées et le nombre d’élèves des Imam Hatip, ces collèges et lycées religieux, est passé de 60 000 à plus de 600 000. Leurs diplômés, censés devenir des prédicateurs et imams, sont désormais dans toutes les universités et forment l’ossature de l’État-parti AKP islamiste.

IRAK : IMPASSE POLITIQUE

L’Irak se trouve dans une impasse politique. Plus de trois mois après les élections parlementaires du 11 novembre 2025, il n’est toujours pas parvenu à élire un président et un premier ministre et à former un nouveau gouvernement de coalition.

Le 1er février, le Parlement irakien s’est réuni pour tenter d’élire un président de la République. Mais, faute de quorum, le vote a été reporté sine die. Le Cadre de coordination qui regroupe les factions chiites pro-iraniennes du pays s’étant, après des semaines de tractations, prononcé le 26 janvier pour la candidature de Nouri al-Maliki au poste de Premier ministre. Mais cet ancien Premier ministre, qui a déjà occupé ce poste de 2006 à 2014, est une personnalité clivante rejetée par les sunnites et les Kurdes ainsi que par une minorité conséquente de chiites, dont le Mouvement Al-Hikma de l’influent chef religieux Ammar al-Hakim et Qais al-Khazali, chef du parti-milice Asaib Ahl al-Haq. Et surtout, le président américain Donald Trump a publiquement déclaré le 28 janvier que si M. Al-Maliki était nommé Premier ministre, « les États-Unis d’Amérique n’aideraient plus l’Irak et que s’ils ne sont pas là pour l’aider, l’Irak n’a aucune chance de succès, de prospérité ou de liberté ».

Beaucoup au sein de l’administration américaine considèrent Maliki trop proche de l’Iran, que sa politique discriminatoire envers les sunnites a été perçue comme une persécution pour ces derniers, faisant ainsi le lit de l’émergence de l’État islamique dont les principaux cadres militaires étaient issus de l’appareil sécuritaire de Saddam Hussein. Il s’est aussi aliéné les Kurdes en privant, à partir de 2014, le Gouvernement régional du Kurdistan de sa dotation budgétaire prévue par la Constitution du pays. C’est sous son second mandat que l’État islamique a pu s’emparer de larges portions du territoire irakien, dont la deuxième ville du pays, Mossoul.

Les états de service de Maliki le rendent inacceptable pour l’administration américaine. La menace d’un veto américain pourrait inciter Téhéran à favoriser un autre candidat chiite, car l’Iran n’a pas intérêt que l’Irak devienne à son tour un État paria sous embargo américain. L’Irak permet actuellement au régime iranien d’avoir accès au système financier international et aux dollars américains.

La confrontation irano-américaine en cours donne aux dirigeants des factions chiites irakiennes le temps de réfléchir à une autre alternative qui dépendra, bien sûr, largement du nouveau rapport de forces qui va s’établir à l’issue de la guerre.

Cette attitude de « wait and see » plonge le pays dans une période de paralysie politique pour une durée indéterminée.

En attendant, le gouvernement de coalition actuel va expédier les affaires courantes mais il aura du mal à contrôler certaines milices chiites pro-iraniennes susceptibles de se lancer dans des attaques contre les intérêts américains en Irak.

Les Kurdes sont priés de retarder leur choix d’un candidat pour la présidence du pays, car un président élu devrait, selon la Constitution, désigner dans les quinze jours suivant son élection un Premier ministre proposé par la principale coalition des partis chiites, ce qui n’arrangerait guère les affaires de ces derniers.

C’est dans ce contexte compliqué que le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’est rendu d’abord à Bagdad puis à Erbil. Le 6 février, il a été chaleureusement reçu par le leader kurde Massoud Barzani à qui il a remis une copie de la lettre que son père, le général Moustafa Barzani, avait, le 3 février 1967, adressée au général de Gaulle le priant de ne pas vendre des armes au gouvernement irakien de l’époque en guerre contre les Kurdes.

« Un leader historique qui a incarné la résistance et le combat pour la liberté de son peuple ne doit pas vendre des armes à un dictateur qui va les utiliser contre un petit peuple en lutte pour sa survie », écrivait alors Barzani au général de Gaulle. Un sujet qui hélas reste toujours d’actualité.

Le ministre français a souligné le rôle du président Macron et du président Barzani pour encourager Damas et les Forces démocratiques syriennes à « parvenir à un accord en Syrie ». Il a aussi loué le rôle prééminent du leader kurde pour faire face aux défis en Irak et dans la région.

Massoud Barzani a dit qu’il n’avait pas épargné ses efforts pour « prévenir que des désaccords politiques n’escaladent vers un conflit ethnique entre Kurdes et Arabes et prévenir un nettoyage ethnique du peuple kurde en Syrie ». Il a aussi réitéré son soutien à l’accord signé entre le gouvernement syrien et les SDF, exprimant « l’espoir qu’il servira de fondement à la stabilité et à la résolution des problèmes à cette étape » (Rudaw, 7 février).

Au cours de cette visite, le ministre français a également rencontré le président du Kurdistan Nechirvan Barzani et le chef des Forces démocratiques syriennes, le général Mazlum Abdi, avec lesquels il a évoqué l’évolution de la situation en Rojava.

Il a, à nouveau, réaffirmé « le soutien de la France à ses alliés kurdes qu’elle n’abandonnera pas » et plaidé pour « l’intégration des Kurdes à une Syrie unie » et la pleine mise en œuvre de l’accord du 29 janvier. « La reconnaissance de l’identité des Kurdes est une condition du relèvement de la Syrie, comme elle l’a été en Irak », a-t-il souligné. « La France se tient et se tiendra toujours aux côtés du peuple kurde pour qu’il soit respecté dans ses droits », a affirmé M. Barrot. « L’horizon des Kurdes de Syrie ne doit pas se borner à la région : ils ont vocation, comme en Irak, à prendre toute leur part à la vie politique syrienne », a-t-il ajouté (AFP, 6 février).

 

STRASBOURG: RÉSOLUTION DU PARLEMENT EUROPÉEN SUR LA SITUATION DES KURDES EN SYRIE

Le Parlement européen, sur proposition de l'euro députée française Mme. Nathalie Loiseau, a adopté le 12 février, une importante résolution sur la situation des Kurdes en Syrie par 363 voix pour, 71 voix contre et 81 absentions.

Après un long rappel des évènements récents, la résolution souligne :

« La contribution décisive des forces kurdes dans la lutte contre Daech, et notamment le rôle des combattantes, et salue leur excellente collaboration avec la coalition internationale dans la lutte de l’Union européenne contre les actions terroristes commises par Daech et la menace qu’elles présentent pour l’Europe, sa population et ses capitales; rappelle et salue le courage et la détermination des innombrables femmes kurdes qui ont courageusement mené la lutte contre Daech et ont subi en représailles des brutalités qui dépassent l’entendement de la part de Daech; invite les autorités syriennes à enquêter sur les crimes atroces perpétrés par Daech, notamment contre la communauté yézidie; souligne qu’une paix durable en Syrie passe par la reconnaissance des sacrifices consentis par la communauté kurde, de ses préoccupations légitimes en matière de sécurité et de sa représentation politique, et notamment par des garanties concernant les droits des femmes et la participation significative des femmes à la vie publique » (…)« demande un accès libre pour l’aide humanitaire de l’Union européenne et ses États membres à la ville assiégée de Kobané et le soutien au relèvement rapide dans le nord-est de la Syrie, en mettant particulièrement l’accent sur la protection des civils, la résilience des communautés locales ainsi que le soutien à la société civile syrienne, aux organisations indépendantes de défense des droits de l’homme et aux initiatives locales de consolidation de la paix ; souligne l’importance d’un financement humanitaire prévisible et pluriannuel en faveur de la Syrie afin de garantir la continuité de l’assistance vitale et de permettre la mise en œuvre d’activités de relèvement rapide » (…)« demande à tous les acteurs régionaux, y compris la Turquie, de s’abstenir de toute action militaire et de tout soutien à des groupes armés susceptible de rompre le cessez-le feu, de nuire à la protection des civils et de mettre à mal les perspectives d’un règlement inclusif du conflit; dénonce la poursuite de l’intervention militaire et de l’agression menées par la Turquie dans le nord-est de la Syrie, notamment les attaques meurtrières contre des civils et des infrastructures civiles dans des villes et des provinces à majorité kurde situées le long de la frontière entre les deux pays; presse le gouvernement turc de mettre immédiatement un terme à son intervention militaire dans le nord-est de la Syrie et de permettre la tenue de négociations dans le but de parvenir à une solution pacifique entre le gouvernement de transition syrien et les FDS; demande à la Commission, au SEAE et aux États membres d’aborder le rôle joué par la Turquie en Syrie dans le cadre d’échanges bilatéraux avec le gouvernement turc; souligne que tout accord en matière de sécurité doit respecter le droit international et respecter l’intégrité territoriale de la Syrie, et ne pas entraîner de déplacement forcé ou d’ingénierie démographique » (…)« se dit notamment vivement préoccupé par le risque que présente le grand nombre de combattants et de personnes se réclamant de Daech qui se sont échappés des centres de détention et des camps dans le nord-est de la Syrie; souligne que le déplacement progressif du problème des prisonniers de Daech vers l’Iraq risque de créer de nouvelles formes d’incertitude et de dépendance vis-à-vis des capacités et de la volonté politique de pays tiers; souligne en outre que le transfert ou la libération de combattants adultes de Daech ou de suspects en Syrie ou dans des pays tiers, notamment en Iraq et en Turquie, doit rester subordonné à des modalités effectives de garde, de surveillance et de partage d’informations, en particulier en cas de transferts transfrontaliers, et ce pour éviter qu’ils ne s’échappent ou qu’ils ne se déplacent sans surveillance, et que l’obligation de rendre compte de leurs actes doit être assurée par la conservation des preuves et par l’engagement de poursuites, conformément aux normes internationales et à la garantie d’un procès équitable; fait observer que les transferts et les rapatriements dépourvus de garanties effectives et de suivi judiciaire constitueraient un risque pour la sécurité de la Syrie, de l’ensemble de la région et de l’Europe; invite la coalition internationale, y compris les États-Unis, à prendre sans délai toutes les mesures nécessaires pour atténuer ce risque pour la sécurité et demande à l’Union d’apporter le soutien nécessaire à cette fin » (…)« salue l’accord récent conclu entre les FDS et le gouvernement de transition syrien; réaffirme qu’il continuera à soutenir sans relâche le cessez-le-feu et la reconnaissance des droits civils et éducatifs des Kurdes; demande à toutes les parties de s’abstenir de toute action qui pourrait entraîner une nouvelle escalade de la violence, de respecter les accords de cessez-le-feu en vigueur et de soutenir les mécanismes destinés à surveiller et à préserver le cessez-le-feu » (…)

Enfin, et c’est important, le Parlement européen souligne que « toute collaboration avec les autorités syriennes doit rester subordonnée à des progrès tangibles et vérifiables en matière de protection des civils et de respect du cessez-le-feu, des droits de l’homme et des droits des minorités. » (Voir le texte intégral de la résolution en français https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2026-0053_FR.html)

Dans le débat qui a précède l’adoption de cette résolution, de très nombreux euro-députées, dont Mmes Evin Incir, Abir al-Sahlani, Nathalie Loiseau, Ilaria Salis, Assita Kanko, Ozlem Alev Demirel, M. Daniel Attard, M. Nikolas Farantouris ont pris la parole en défense des Kurdes du Rojava (voir leurs interventions sur les comptes Facebook et Instagram de l’Institut.)