mis à jour le Jeudi 5 janvier 2023 à 18h22
Il n’y a pas de statistiques officielles et fiables sur l’importance numérique des Kurdes dans les Etats du Proche-Orient où ils vivent.
Les estimations courantes se basent sur les statistiques relatives à la population de chaque département ou gouvernorat faisant partie de l’aire de peuplement à forte majorité kurde. Au chiffre ainsi obtenu, on ajoute une estimation de la population kurde vivant dans les autres régions du pays – hors du Kurdistan.
Aussi en Turquie, la zone de peuplement kurde comprend les 23 vilayets (départements) de l’Anatolie de l’Est et du Sud-Est ainsi que les districts kurdes de Sivas et de Marash couvrant une superficie d’environ 230.000 km2. Ce territoire, que les Kurdes appellent le Kurdistan du Nord (Kurdistana Bakur), compte 16,2 millions d’habitants en 2025. Selon plusieurs enquêtes, 86% d’entre eux sont des Kurdes, le restant étant composé de minorités arabe (Urfa, Mardin, Siirt) et turque (principalement militaires, policiers et fonctionnaires), ainsi que des Syriaques et des Arméniens. Il y avait donc en 2025, environ 14 millions de Kurdes vivant toujours au Kurdistan de Turquie.
On sait qu’il y a aussi de fortes communautés kurdes dans les grandes métropoles turques comme Istanbul, Izmir, Ankara, Adana et Mersin. L’importance numérique de cette « diaspora » est évaluée selon les sources à 9 à 13 millions dont plus de 3 millions à Istanbul, qui est la plus grande ville kurde du monde et où aux élections de juin 2015 le parti pro-kurde HDP a remporté 11 sièges de députés, prés d’un million à Mersin autant à Izmir etc.
En retenant une estimation moyenne de 10 millions de Kurdes dans la partie turque de la Turquie, on arrive ainsi au chiffre de 25 millions de Kurdes en Turquie, soit environ 29% de la population totale de ce pays. Une estimation proche de celle du chef du Parti républicain du peuple (CHP), le principal parti de l'opposition turque, kémaliste et nationaliste, Ozgur Ozel qui affirme qu’il y a 26 millions de Kurdes en Turquie. (Site officiel chp.org.tr, 24.10.2025) ils forment ainsi 30% de la population de la Turquie qui est de 86 millions en 2026 (Institut d'Etat de la Statistiques).
A noter qu’en 2014, la Commission européenne évaluait la population kurde de Turquie dans une fourchette de 14 à 18 millions. Certains démographes turcs prédisent que si le fort taux de natalité kurde actuel devrait se maintenir, les Kurdes pourraient vers 2050 constituer la majorité de la population de la Turquie d’où les politiques de déplacements forcés vers l’ouest du pays afin d’assimiler (turquiser) le plus grand nombre possible de Kurdes pour conjurer ce « péril ».
Avec la même méthodologie, on parvient pour le Kurdistan iranien à une population d’environ 11,5 millions soit 12,5% de la population de l’Iran (92 millions) au Kurdistan iranien (provinces de Kordestan, Kermanshahan, Ilam et Azerbaidjan occidental). À cela s’ajoutent les communautés kurdes du Khorassan (1,7 millions) et de Téhéran (0,8 million) soit au total environ 14 millions de Kurdes en Iran (15,2 % de la population totale) en 2025.
Pour le Kurdistan d’Irakien on dispose de chiffres plus précis. Selon le recensement général d’octobre 2024, on comptait 6.519.129 Kurdes dans les quatre gouvernorats (Erbil, Duhok, Halabja et Suleimanieh) de la Région fédérée du Kurdistan et environ 3 millions de Kurdes sur les territoires kurdes contigus non situés officiellement dans la région du Kurdistan. La population kurde en Irak se chiffre ainsi à 9,5 millions, soit 20,6 % de la population totale de l’Irak (46.118.793 fin 2024).
Le Kurdistan irakien abrite aussi des minorités chrétiennes (environ 100.000) et turkmènes (500.000), ainsi qu'environ 700.000 de réfugiés et de déplacés.
En Syrie, la guerre civile a complètement bouleversé les équilibres démographiques dans les trois cantons kurdes (Djézireh, Kobané et Afrin) dont la population était en 2014 estimée à 2,5 millions. A cela, s’ajoutent les communautés kurdes d’Alep et de Damas comptant plus d’un million de personnes. Au total, la population kurde de Syrie était évaluée à 3 à 3,5 millions, soit près de 15% de la population de Syrie. Près d'un million d'entre eux ont depuis émigré vers les pays voisins et vers l'Europe. Après la chute du régime baasiste en décembre 2024 et conformément à un accord kurdo-syrien de janvier 2026 les déplacés kurdes regagnent progressivement leurs terres d’origine.
Enfin, la diaspora kurde en Europe occidentale est évaluée à environ 3 millions de personnes (Voir notre rubrique « Diaspora kurde »)
Ainsi au total en 2026, il y a environ de 50 à 53 millions de Kurdes répartis comme suit :
| N° | Pays | Estimation minimale | Estimation courante | % minimale de la population totale | % courante de la population totale |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Turquie | 22 millions | 26 millions | 25,60% | 30,00% |
| 2 | Iran | 12 millions | 14 millions | 13,00% | 15,20% |
| 3 | Irak | 8,5 millions | 9,5 millions | 18,50% | 20,60% |
| 4 | Syrie | 2,5 millions | 3 millions | 12,50% | 15,00% |
| 5 | Diaspora kurde d’Europe | 2,5 millions | 3 millions | ||
| 6 | Diaspora kurde d’ex-URSS | 0,6 millions | 0,8 millions | ||
| X | TOTAL | 48,1 millions | 56,3 millions |
Largement rurale jusqu’à la fin des années 1960, la population kurde est actuellement à plus de 75% urbanisée. La destruction de 90% de villages kurdes en Irak sous le régime de Saddam Hussein et celle de 3.428 villages et hameaux kurdes en Turquie dans les années 1990 ont accentué l’exode rural.
Les plus grandes villes du Kurdistan sont au Nord : Diyarbakir (1,5 millions d’habitants), Antep et Urfa ; à l’Est : Kermanshah (1.1 millions habitants) et Sinneh (490.000 h.) ; au Sud : Erbil (capitale de la République fédérée du Kurdistan, 1.431.000 h.), Suleimanieh (1.613.000 h.) et Kirkouk (750.000 h.) et Duhok (912.500 h. ), au Kurdistan de Syrie : Afrin, Qamishli, Kobané sont les principaux centres urbains.
