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Bulletin N° 492 | Mars 2026

 

 

IRAN : LE RÉGIME DÉCAPITÉ MAIS RÉSILIENT

Une campagne d'attaques aériennes d'une intensité inédite depuis des décennies a été menée par la coalition israélo-américaine contre une vaste gamme de cibles militaires, sécuritaires et civiles dans une large partie du territoire iranien. L'Iran, de son côté, a riposté, en lançant ses missiles et drones contre Israël, les pays du Golfe alliés des États-Unis et également contre le Kurdistan irakien dans une stratégie assumée d'étendre et régionaliser le conflit, en augmenter le prix pour les pays voisins abritant des bases américaines, pour Israël et pour l'ensemble de l'économie mondiale dans l'espoir de survivre à la guerre, voire à Trump et de dissuader ses ennemis contre toute nouvelle tentative de guerre contre l'Iran.

Les objectifs de guerre affichés par Washington ont évolué tout au long de ce premier mois de guerre, passant de la capitulation du régime iranien et de la destruction totale de ses capacités nucléaires et balistiques à la neutralisation de son potentiel nucléaire, à la "dégradation substantielle de son arsenal balistique et à la libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz. Israël, de son côté, affirme que sans la fin de la République islamique, qui depuis sa fondation en 1979, prône la destruction de l'État hébreu, il se considère en danger existentiel et poursuivra d'une manière ou d'une autre sa guerre contre Téhéran.

Les épisodes de ce mois de guerre, les déclarations et prises de positions des belligérants mais aussi des pays tiers comme les Européens, la Chine, la Turquie sont largement repris et commentés dans la volumineuse revue de presse de ce numéro de notre bulletin.

Nous nous bornerons, dans ce résumé, à signaler les faits les plus marquants, notamment dans la perspective kurde. De ce point de vue, l'événement le plus important a, sans nul doute, été la décapitation du régime dès le premier jour de la guerre qui a suscité de faux espoirs de changement parmi la plupart des Iraniens et chez les Kurdes de part et d'autre des frontières. La frappe israélienne du 28 février contre le tentaculaire et stratégique complexe résidentiel du Guide suprême à Téhéran, où se tenait une réunion des principaux chefs militaires du pays, a provoqué la mort de la quasi-totalité de ces derniers ainsi que de l'ayatollah Ali Khamenei et de plusieurs membres de sa famille. Ces morts ont été confirmées dès début mars par les médias d'État iraniens.

Le régime iranien a semblé ébranlé par l'ampleur du désastre mais a su, dans la confusion, se réorganiser sous la houlette d'un survivant, Ali Larijani, chef du Conseil suprême de défense et proche conseiller de l'ayatollah Khamenei. Un comité ad hoc formé du président Massoud Pezeshkian, du chef de l'autorité judiciaire l'ayatollah Ejei et d'Alireza Arafi, un ayatollah membre du Conseil des gardiens de la constitution choisi par le Conseil de discernement. Ce triumvirat avait pour mission d'organiser l'élection par l'Assemblée des experts, du nouveau guide suprême. Celle-ci n'a pas pu tenir de réunion plénière pour entendre et évaluer les candidats à la succession de l'ayatollah Khamenei, notamment pour des raisons sécuritaires, son siège habituel ayant été bombardé et détruit par un raid israélien. Les conciliabules et délibérations se sont déroulés, semble-t-il, en visio ou à l'ancienne par l'envoi des voix et des avis par messagers. Au terme de ces "consultations", le fils de l'ayatollah défunt, Mojtaba Khamenei, 56 ans,  a été déclaré nouveau Guide suprême le 8 mars. Peu connu du grand public, le nouvel élu qui servait surtout de proche collaborateur à son père et qui à ce titre entretenait d'étroites relations avec les chefs des gardiens de la révolution, aurait été choisi sous la forte pression de ces derniers même s'il n'avait pas les qualifications théologiques requises et alors même que son père aurait été opposé à une succession dynastique. Grièvement blessé et défiguré lors du raid israélien contre la résidence de son père, il reste invisible. C'est un communiqué lu en son nom par un présentateur de la télévision d'État qui a annoncé : "L'ayatollah Mojtaba Hossein Khamenei (…) est nommé et présenté comme troisième Guide du système sacré de la République islamique d'Iran, sur la base d'un vote décisif des membres respectés de l'Assemblée des experts".

Peu après, dans un communiqué, les gardiens de la révolution ont déclaré lui faire allégeance. Le corps des gardiens "soutient le choix de l'honorable Assemblée des experts (et) est prêt à une obéissance totale et au sacrifice de soi pour accomplir les commandements divins" du nouveau Guide. Les forces armées et la police ont également fait allégeance (Le Monde, 8 mars). Le candidat modéré et théologiquement mieux qualifié, l'ayatollah Alireza Arafi, soutenu par Ali Larijani, a donc perdu la partie dans ce bras de fer entre les radicaux et l'aile modérée du régime incarnée par Larijani et le président Pezeshkian, partisans d'un compromis avec les États-Unis.

Ce choix radical a été annoncé deux jours après une déclaration tonitruante du président américain exigeant la capitulation pure et inconditionnelle de l'Iran (New York Times, 6 mars). Dès le lendemain, le leader de facto de l'Iran pendant la période de transition, Ali Larijani, a répondu que l'Iran ne va pas se rendre ni cesser ses attaques et qu'il était déterminé à "venger la mort du Guide suprême". Cette "détermination" n'a apparemment pas convaincu les autres hauts dirigeants iraniens qui ne l'ont pas suivi dans la désignation du nouveau guide suprême. Elle a en revanche ruiné sa réputation de modéré aux yeux des Américains qui l'avaient jusque-là épargné dans l'espoir d'avoir un interlocuteur iranien assez fort pour imposer à ses troupes un compromis. Dès lors, son sort était scellé et il a été assassiné par un raid israélien le 17 mars.

Lors de son intervention du 5 mars, Donald Trump, répondant à certaines informations de CNN sur l'armement par la CIA des forces kurdes iraniennes, a affirmé qu'un assaut par des combattants kurdes iraniens basés en Irak serait "merveilleux". On a alors assisté à un véritable emballement dans les médias sur les forces kurdes susceptibles de franchir la frontière irako-iranienne, à entrer en Iran pour lancer une insurrection populaire, libérer des territoires. Des médias occidentaux ont publié des reportages sur les camps d'entraînement des principaux partis kurdes iraniens, à savoir le Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI), Komala, le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) et le Parti pour une vie libre du Kurdistan (PJAK). La Turquie, par la voie de son ministère des Affaires étrangères est immédiatement intervenue auprès de Washington avec un message clair : un soulèvement des Kurdes en Iran va déstabiliser davantage la région, y compris la Turquie qui n'hésiterait pas à intervenir aux côtés de l'Iran pour le réprimer. Le jour même de cette déclaration, un haut dirigeant iranien s'est rendu à Erbil pour avertir les dirigeants kurdes irakiens qu'en cas de franchissement de la frontière par des forces hostiles à la République islamique, le Kurdistan subira de lourdes conséquences. Le gouvernement régional du Kurdistan irakien a réaffirmé qu'il voulait se tenir à l'écart du conflit en cours et qu'il n'autorisera aucune attaque à partir de son territoire contre un pays voisin. Cela n'a pas empêché les gardiens de la révolution iraniens à bombarder le Kurdistan irakien à coups de missiles et de drones.

De leurs côtés, les partis kurdes iraniens ont affirmé qu'ils n'avaient reçu aucune arme, aucune munition de la part des Américains ou des Israéliens, qu'ils se préparaient à l'éventualité de la chute du régime iranien et qu'ils n'avaient pas l'intention de servir de "chair à canon" à l'armée américaine. L'exemple récent de l'abandon cynique des forces démocratiques kurdes syriennes par leurs alliés américains est encore très présent dans la mémoire collective kurde.

Cette séquence de l'utilisation éventuelle de forces kurdes iraniennes par les États-Unis s'est achevée au 8e jour de la guerre par une nouvelle déclaration du président américain : "Nous n'envisageons pas l'entrée (en Iran) des Kurdes. J'ai écarté cela". Les journaux ont cependant continué à broder encore quelque temps autour de cette hypothèse. De son côté, les services de renseignements du régime iranien ont envoyé des messages sur les téléphones des citoyens kurdes iraniens leur intimant de ne pas collaborer avec des "mercenaires kurdes" ou des ennemis américains. Des véhicules dotés de scanners ont circulé dans des villes kurdes pour détecter d'éventuelles liaisons internet par satellite, Starlink, arrêter et punir d'éventuels contrevenants. Les attaques israélo-américaines au Kurdistan iranien ont visé des garnisons des gardiens de la révolution, des postes de police, de douanes, des services de renseignements et des milices bassidjis qui ont été réduits en ruines.

Les gardiens de la révolution, dans plusieurs villes se sont alors installés dans des complexes sportifs, dans des écoles voire dans des mosquées. À Ourmia, toute une partie de l'hôpital Khomeini, ainsi que les étages supérieurs de l’hôpital Kowsar de Sanandaj et des bâtiments de l’hôpital de Kermanshah ont été réquisitionnés par les Pasdarans qui ont aussi tenté dans plusieurs villes d'occuper les mosquées. Dans la ville de Marivan, ils ont été chassés par les habitants qui ne voulaient pas que leur mosquée sunnite soit profanée ou devienne une cible à détruire par des attaques aériennes. Nombre de Pasdarans ont aussi cherché refuge dans les forêts, d'autres ont choisi de dormir dans leurs voitures pour éviter d'être pris pour cibles.

Bien qu'affaiblis et souvent condamnés à l'errance, les gardiens de la révolution sont néanmoins restés assez nombreux et organisés pour sévir et intimider la population contre toute velléité de contestation. Des points de contrôle ont été établis sur les principales voies d'accès notamment dans des villes kurdes proches des zones frontalières interdites aux civils sous peine d'être abattus sans avertissement. Ça et là, comme à Mahabad, il y a eu des émeutes dans les prisons. Elles ont été réprimées sévèrement et les prisonniers politiques ont été transférés ailleurs. Les visites aux prisonniers ont été suspendues, l'accès aux soins médicaux restreint dans pratiquement toutes les prisons du Kurdistan iranien placées sous l'étroite surveillance des forces spéciales. Les services de renseignement ont procédé à de nombreuses arrestations dont les détails restent encore à élucider en raison de l'interruption des communications et d'internet.

De la vague de répression massive, le régime n'a laissé filtrer que quelques informations sur quatre exécutions politiques à la veille du Nouvel an kurdo-iranien célébré le 21 mars. Trois des suppliciés étaient des personnes arrêtées lors des manifestations de janvier dernier, tandis que le quatrième, Kourosh Keyvani, un ressortissant irano-suédois, a été exécuté pour "espionnage" au profit d'Israël. La publicité faite par les médias iraniens autour de ces exécutions vise à terroriser les opposants potentiels et au-delà toute la majorité silencieuse hostile au régime.

Fin mars, la guerre battait son plein avec des frappes israélo-américaines incessantes sur Téhéran, sur les lieux de pouvoir et les cibles militaires, des usines et certaines infrastructures militaires et civiles dans tout le pays. De son côté, l'Iran poursuivait ses attaques par missiles balistiques et drones contre l'ensemble des pays du Golfe, Qatar, Émirats arabes unis, Koweït, Bahreïn et Arabie saoudite contre des ports, des aéroports, des raffineries, des bases et des représentations diplomatiques américaines voire contre des hôtels censés héberger des Américains. Plus distant, Israël a reçu, malgré son Dôme de fer, plusieurs missiles à sous-munitions et des drones qui ont provoqué des dégâts matériels et quelques victimes civiles. Les bases et représentations américaines en Irak et au Kurdistan ont subi également plusieurs centaines d'attaques.

 

IRAK : LE KURDISTAN VICTIME COLLATÉRALE DE LA GUERRE

Les Kurdes irakiens, toutes tendances politiques confondues, étaient convenus de rester à l'écart de la guerre israélo-américaine contre le régime iranien, qui n'était pas leur guerre. Mais la dynamique de cette guerre tous azimuts menée par l'Iran a fini par affecter lourdement le Kurdistan irakien et son économie, à infliger des dégâts matériels conséquents et la mort de 17 personnes, dont 7 Peshmergas kurdes irakiens, 6 Peshmergas kurdes iraniens, 1 militaire français, 1 agent de sécurité de l'aéroport d'Erbil et deux civils ainsi qu'une trentaine de blessés.

Au premier jour du conflit, le président américain a appelé le leader kurde Massoud Barzani, président du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et Bafel Talabani, secrétaire général de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) pour leur exposer les objectifs de son offensive contre l'Iran, complimenter les combattants kurdes sur leur courage et leur bravoure, évoquer l'alliance kurdo-américaine robuste des 35 dernières années et évaluer les possibilités d'une coopération éventuelle dans cette guerre. Les leaders kurdes lui ont poliment répondu qu'ils ne disposaient que de modestes forces pour la défense de leur région et que la guerre menée sur le territoire d'un pays voisin n'était pas la leur, et que pour la sécurité de leur population ils resteraient neutres et à l'écart du conflit.

Donald Trump a également appelé le leader kurde iranien Mustafa Hijri, secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI). On ignore s'il lui a proposé une aide militaire ou la participation de ses Peshmergas à d'éventuelles opérations terrestres en Iran. Le PDKI a par la suite affirmé qu'il n'avait reçu aucune arme, aucune munition de la part des Américains contrairement aux rumeurs répandues par certains médias américains dont CNN. L'alliance qui regroupe l'ensemble des partis kurdes iraniens a d'ailleurs décidé de rester dans une position d'expectative, de se tenir prête à intervenir au Kurdistan iranien en cas d'effondrement du régime et en attendant éviter toute aventure militaire afin de ne pas exposer la population kurde iranienne aux massacres et le Kurdistan irakien aux représailles de Téhéran.

Pour écarter tout prétexte d'intervention iranienne, le 3 mars le gouvernement du Kurdistan a massé à la frontière des forces de Peshmergas chargées d'empêcher les incursions éventuelles en Iran des combattants kurdes iraniens. Le jour même, des commandants des Gardiens de la Révolution postés de l'autre côté de la frontière irako-iranienne ont appelé les dirigeants kurdes pour leur demander de retirer de suite leurs troupes des zones frontalières pour éviter tout risque de confrontation. Ce qui s'est finalement fait dans un esprit d'apaisement.

Le 5 mars, le jour où le président Trump répondant aux questions de l'agence Reuters sur une « invasion terrestre imminente par des Kurdes iraniens », a dit que « ce serait merveilleux s'ils font cela, je serais tout pour », un haut dirigeant iranien s'est rendu à Erbil pour délivrer en personne l'avertissement suivant aux dirigeants kurdes : « La structure de commande et contrôle de l'Iran a changé. Les hauts commandants à Téhéran ne vont donner nécessairement des ordres. Des commandants des Gardiens de la révolution du terrain et leurs milices alliées en Irak vont opérer de leur propre initiative ». Cela signifiait qu'en cas d'attaques iraniennes, les appels des leaders kurdes irakiens aux dirigeants des Gardiens de la révolution à Téhéran pourraient ne pas avoir d'effet.

Les jours suivants, le Kurdistan a été visé par des salves de missiles des Gardiens de la révolution à partir de l'Iran et des attaques de drones Shahed lancés par des milices chiites irakiennes pro-iraniennes. Depuis le début conflit Erbil avait déjà été bombardé par 70 missiles et drones, selon le ministre irakien des Affaires étrangères, Dr Fuad Hussein qui a, au nom de son pays demandé un cessez-le-feu pour l'Iran (Rudaw, 3 mars). Les attaques ont, pour la plupart, visé l'aéroport d'Erbil qui abrite une base de la Coalition internationale de guerre contre Daech, ainsi que le consulat général des États-Unis à Erbil. La défense anti-aérienne de la Coalition a pu neutraliser la quasi-totalité de ces projectiles dont les débris ont cependant fait des dégâts matériels. Le 4 mars, le président français Emmanuel Macron a appelé le président du Kurdistan Nechirvan Barzani pour exprimer la solidarité de la France et souligner l'importance de préserver la paix et la stabilité dans la région.

Le 10 mars, selon un décompte établi par la chaîne d'information kurde Rûdaw, le Kurdistan avait été attaqué par plus de 200 drones et missiles au cours des dix premiers jours de la guerre. 2 Peshmergas du Parti pour la liberté du Kurdistan (PAK) ont été tués dans la province d'Erbil, un Peshmerga de Komala à Suleimaniyeh et un agent de sécurité à l'aéroport international d'Erbil et plusieurs personnes ont été blessées. Le 11 mars, un autre Peshmerga de Komala a été tué à Suleimaniyeh par une attaque de drone.

Le 13 mars, « l'adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort pour la France lors d'une attaque dans la région d'Erbil, en Irak » a déclaré le président Macron. « Cette attaque contre nos forces engagées dans la lutte contre Daech depuis 2015 est inacceptable » a ajouté E. Macron en précisant que « leur présence en Irak s'inscrit dans le strict cadre de la lutte contre le terrorisme. La guerre en Iran ne saurait justifier de telles attaques » a-t-il insisté. Six autres soldats français ont été blessés au cours de cette même attaque. Le gouvernement irakien a promis une enquête pour identifier et punir les auteurs de ce crime et la France a choisi de ne pas riposter, sans doute pour éviter d'être entraînée dans le conflit iranien (Le Monde, 13 mars). Un hommage national a été rendu à Arnaud Frion le 17 mars en présence de la ministre de la défense Mme Catherine Vautrin.

Le 24 mars, lors d'une attaque de missile particulièrement meurtrière contre une base des forces kurdes dans la province d'Erbil, 6 Peshmergas ont été tués et plus de 20 autres ont été blessés. Selon un communiqué du commandement de la division 7, il y a eu d'abord une attaque de 5 missiles à 01h50 puis un autre missile à 04h50. Les autorités kurdes ont protesté auprès de Téhéran et appelé Bagdad à mettre une limite aux agissements criminels des milices faisant officiellement partie de l'armée irakienne mais obéissant aux ordres des Gardiens de la révolution.

Assurés d'impunité, les miliciens pro-iraniens ont lancé une attaque de drone contre une résidence secondaire du président du Kurdistan Nechirvan Barzani le 27 mars, attaque qui n'a fait aucune victime et quelques dégâts matériels mineurs, mais hautement symbolique, condamnée par le Premier ministre irakien, l'ensemble de la classe politique ainsi que par les dirigeants européens, dont Ursula von der Leyen et le président Macron. Le 28 mars, les États-Unis ont condamné « avec la plus grande fermeté » les attaques « perpétrées en Irak par des milices terroristes agissant pour le compte de l'Iran » et notamment celle « contre la résidence privée du président de la région du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani » selon un communiqué du Département d'État. « Les actes commis par l'Iran et ses proxys constituent une atteinte directe à la souveraineté, à la stabilité et à l'unité de l'Irak » a ajouté le Département d'État (AFP, 28 mars). Les Américains ne se sont d'ailleurs pas contentés de déclarations. Leur aviation a bombardé à plusieurs reprises les bases de ces milices dans les provinces de Kirkouk, de Mossoul, d'Anbar ainsi que dans le sud irakien. Ainsi, le 24 mars, 15 miliciens de Hashd al-Shaabi, dont un haut commandant, ont été tués dans une frappe aérienne sur l'ouest de l'Irak. Le 25 mars, au moins 7 soldats irakiens ont été tués dans une nouvelle frappe aérienne. Le 28 mars, 3 autres miliciens de Hashd al-Shaabi ont été tués en riposte aux attaques de drones contre l'ambassade et les bases américaines que le gouvernement de Bagdad est incapable d'arrêter.

Fin mars, l'agence Reuters dénombrait au moins 388 missiles et drones lancés contre les diverses cibles au Kurdistan irakien. De son côté, la chaîne Rudaw en a compté plus de 500, pour la plupart neutralisés par la Coalition internationale.

Dans ce climat d'insécurité, le gouvernement du Kurdistan a décidé de fermer temporairement les écoles et les universités du Kurdistan à partir des vacances de Nouvel An, Newroz. Les cours seront assurés en ligne pour une période indéterminée. Les vols aériens sont suspendus mais ceux qui sont obligés de se déplacer peuvent aller  à l'aéroport de la ville frontalière de Şırnak au Kurdistan de Turquie d'où ils peuvent se rendre à Istanbul et de là en l’Europe grâce à des vols réguliers. Toujours en raison de l'insécurité, la production de pétrole et du gaz a été arrêtée dans la région, affectant celle de l'électricité provocantes importantes restrictions. Le Kurdistan, qui voulait se tenir à l'écart de la guerre, en subit ainsi, malgré lui, de nombreuses conséquences impactant la vie quotidienne de ses habitants.

Reconnaissance du génocide des yézidis par la justice française

Le 20 mars, la cour d'assises de Paris a rendu son verdict dans le procès par contumace intenté contre le djihadiste français Sabri Essid en le condamnant à la réclusion à perpétuité pour « génocide » et « crimes contre l'humanité ». Le président de la Cour, Marc Sommerer a considéré que le plan d'extermination des yézidis, élaboré dans un but de "purification religieuse" avait constitué « l'une des expressions les plus extrêmes de l'idéologie de l'État islamique » et que Sabri Essid s'était inscrit dans cette chaîne criminelle « en pleine connaissance du projet génocidaire ». Dans son réquisitoire, le Parquet national antiterroriste avait demandé un verdict "pour l'histoire" afin que la justice nomme « un crime sans nom », le « premier génocide du XXIe siècle » reconnu comme tel par une instance judiciaire. « Vous avez été confrontés au dévoilement de la barbarie de l'EI à l'égard d'un peuple méconnu. Le génocide des yézidis est l'un des plus douloureux » avait lancé la procureure Sophie Havard, cheffe du pôle crimes contre l'humanité et crimes de guerre du Parquet national antiterroriste (Le Monde, 20 mars).

C'est la première fois que la justice française reconnaît le génocide des yézidis. Elle a suivi l'exemple de l'Allemagne, de la Suède et de la Belgique. Le génocide des yézidis n'a malheureusement jamais fait l'objet d'une enquête internationale. La Cour pénale internationale (CPI) s'est, en effet, déclarée incompétente à juger les crimes perpétrés contre les yézidis, ni l'Irak, ni la Syrie n'étant parties au statut de Rome, qui a fondé cette juridiction pénale internationale.

TURQUIE : ERDOGAN MÉNAGE LES MOLLAHS IRANIENS

La Turquie a déployé des efforts intenses pour empêcher les États-Unis d'entrer en guerre contre la République islamique. Elle a essayé de mobiliser les pétromonarchies du Golfe, l'Égypte, le Pakistan et d'autres pays musulmans pour s'opposer à un nouveau conflit meurtrier dans la région aux conséquences économiques et humaines considérables.

Ces efforts ont été salués par les dirigeants iraniens, mais cela ne les a pas empêchés d'envoyer quatre missiles vers la base américaine d'Incirlik près d'Adana. Ces missiles ont été interceptés et neutralisés par une batterie de Patriot de l'OTAN prêtée par l'Espagne. L'Allemagne, de son côté, a prêté une autre batterie Patriot installée, elle, dans une base de la province kurde de Malatya, plus proche de la frontière iranienne. Ankara ne dispose pas d’une véritable défense anti-missile car Washington a refusé jusqu'ici de lui vendre des Patriots en raison de la politique étrangère non conformiste, jugée peu fiable par les Occidentaux, du président turc. Celui-ci avait décidé d'acheter aux Russes des systèmes de défense S-400 suscitant la colère des Américains qui, par représailles, ont exclu la Turquie du programme F35 et traînent encore les pieds pour leur fournir des F15. Les S400 achetés aux Russes restent donc dans des hangars et en attendant le développement d'un système de défense locale par l'ambitieuse industrie d'armement turque, la Turquie n'a pas d'autre choix que de se tenir sous le parapluie de l'OTAN.

Le régime iranien, par la voix de son président Pezeshkian et de son ministre des Affaires étrangères Araghchi a affirmé, avec aplomb, qu'il n'avait jamais lancé de missiles contre la Turquie et celle-ci a préféré faire le gros dos, sans demander qui d'autre aurait pu lui envoyer ces quatre missiles de fabrication iranienne et dont la trajectoire a été identifiée par les experts militaires comme venant de l'Iran.

Le président turc a de nombreuses raisons de ménager le régime des mollahs avec lequel, malgré les sanctions américaines et occidentales, il a toujours su entretenir un commerce florissant. L'Iran reste l'un des principaux fournisseurs de gaz naturel de la Turquie, avec la Russie et l'Azerbaïdjan. Une banque d'État turque, Halk Bank, est poursuivie à New York pour avoir blanchi plus de 20 milliards de dollars pour le compte de l'Iran, en violation des sanctions américaines. Le 11 mars, à la demande du gouvernement américain, le juge fédéral de New York, Richard M. Berman, a décidé d'une pause de 90 jours dans le procès de blanchiment et fraude aggravée intenté à Halkbank. Dans sa demande, l'administration américaine invoque le rôle critique de la Turquie dans les négociations pour la libération des otages détenus par le Hamas et dans l'obtention de l'accord de cessez-le-feu (New York Times, 11 mars).

L'opposition iranienne a, à maintes reprises, dénoncé la connivence d'Ankara avec le régime de Téhéran. Par ailleurs, la coopération de ces deux gouvernements contre les Kurdes est de notoriété publique. Même au milieu de la guerre actuelle, le président turc n'a pas hésité à avertir Donald Trump qu'en cas de soulèvements des Kurdes iraniens, la Turquie interviendra aux côtés de l'Iran pour le réprimer. Son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a, le 8 mars, appelé son homologue américain Marco Rubio pour lui dire : « Nous nous opposons à tous les scénarios visant à déclencher une guerre civile en Iran, en instrumentalisant les clivages ethniques et religieux ». À l'en croire, le secrétaire d'État américain lui aurait répondu « ne pas être impliqués dans une telle entreprise et n'avoir aucune intention de le faire » (AFP, 8 mars).


L'actualité turque du mois de mars a été marquée également par le énième épisode du procès de l'ancien maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, arrêté le 19 mars 2025. Il risque jusqu'à 2352 ans de prison pour 142 chefs d'accusation distincts. Les audiences des 9 et 10 mars, devant une salle comble, ont été émaillées d'incidents et d'interruptions. « Vous faites du tort à la haute justice turque. Monsieur le juge, si vous voulez accomplir votre devoir, accordez-moi dix minutes de parole, cela vous apaisera. Je vous avertis » a d'emblée interpellé les juges l'édile embastillé depuis un an. Ce procès kafkaïen pourrait durer plus d'un an selon le bon vouloir du président turc, son ennemi juré.

Le « processus de paix » ou de désarmement du PKK n'a guère évolué en mars. Il y a eu des visites réciproques, des échanges d'amabilités entre les parties pour la préparation d'éventuelles mesures législatives censées ouvrir la voie à des réformes. Le débat est renvoyé à l'après-Bayram, la fête religieuse musulmane célébrée à la fin du mois de jeûne de Ramadan. Les appels, réitérés lors des rassemblements de célébration du nouvel an kurde, Newroz, à libérer les prisonniers politiques, dont de nombreux anciens maires et députés kurdes, à réintégrer dans leurs fonctions les maires kurdes élus, destitués et remplacés par des fonctionnaires, sont restés sans réponse.

Le 31 mars à Genève, des experts de l'ONU ont, à leur tour, appelé la Turquie à cesser « la criminalisation » des défenseurs des droits humains. « La criminalisation persistante des défenseurs des droits humains et des avocats qui s'appuie sur les lois antiterroristes en Turquie doit prendre fin », ont exhorté, dans un communiqué de presse, des experts de l'ONU.

La législation antiterroriste turque, régulièrement dénoncée par les défenseurs des droits humains, « ne doit pas servir à restreindre arbitrairement les droits à la liberté d'expression, d'opinion, de réunion pacifique et d'association, ni autoriser ou justifier une détention arbitraire » ont déclaré cinq experts indépendants mandatés par l'ONU (AFP, 31 mars).

Il n'y a malheureusement guère de chance que leur appel soit entendu par les autorités turques qui continuent de refuser d'appliquer des arrêts pourtant contraignants de la Cour européenne des droits de l'homme qui a, à deux reprises, ordonné la libération immédiate du leader kurde Selahattin Demirtaş, incarcéré depuis maintenant 10 ans pour délit d'opinion.

Le comité des ministres des Affaires étrangères des pays membres du Conseil de l’Europe devrait en principe se réunir pour constater cette violation flagrante de la Convention européenne des droits de l’homme dont la Turquie est signataire et se prononcer sur les mesures à prendre contre Ankara. Mais, pour des raisons d’opportunité ou d’opportunisme politique, ce comité n’a toujours pas été convoqué. La justice européenne est donc en panne.

SYRIE : MORT DE SALIH MUSLIM

L'une des figures politiques les plus connues du mouvement kurde syrien, Salih Muslim qui a longtemps coprésidé le Parti de l'union démocratique (PYD) est décédé le 11 mars dans un hôpital d'Erbil au terme d'un long combat contre la maladie.

Il était né en 1951 à Kobané, ville symbole de la première victoire de la résistance kurde contre les jihadistes de l'État islamique. Après avoir obtenu son baccalauréat il était parti en Turquie où il a fait des études d'ingénieur. Engagé dès son plus jeune âge dans des activités pour la reconnaissance de l'identité du peuple kurde et de ses droits nationaux en Syrie il a, comme beaucoup de militants de sa génération, été séduit par la lutte armée menée par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dont le leader, Abdullah Ocalan et son état-major résidaient jusqu'à leur expulsion en 1998, en Syrie. Plus tard il a joué un rôle important dans la création de la branche syrienne du PKK, le Parti de l'union démocratique (PYD) qu'il a coprésidé longtemps et dont il était devenu une figure politique médiatisée et connue dans l'ensemble du Kurdistan. Les principaux dirigeants kurdes irakiens dont Massoud Barzani, Nechirvan Barzani, Bafel Talabani, des personnalités kurdes de Turquie comme Leyla Zana et des députés du Parti DEM lui ont rendu hommage. Son parti le PYD a salué dans un communiqué un homme « qui a consacré sa vie à la cause de son peuple et à la défense de ses droits légitimes ». Son corps a été transféré à Kobané où ses funérailles ont rassemblé une foule très nombreuse.

Tout au long du mois, le processus de mise en œuvre de l'accord kurdo-syrien de janvier s'est poursuivi à un certain rythme. Comme convenu, un haut commandant des forces kurdes, Sipan Hamo, a été nommé ministre adjoint à la défense pour « la région de l'Est », c'est-à-dire des territoires à majorité kurde. Hamo est l'un des fondateurs des Unités de protection du peuple (YPG) et il a participé à des négociations en vue de l'intégration des forces kurdes dans l'armée syrienne.

Cependant les modalités de cette intégration restent encore imprécises. L'accord prévoit le regroupement des forces kurdes au sein d'une division de l'armée syrienne constituée de trois brigades, dont une brigade de femmes. Conformément à cet accord, un Kurde, Dr. Ahmed Issa, a été nommé fin février gouverneur de Hassaké, une province à majorité kurde. Un autre Kurde a été nommé sous-gouverneur de Kobané, rattaché administrativement à la province d'Alep.

Début mars, un envoyé spécial du président syrien, Zied al-Ayesh s'est rendu à Hassaké pour engager des discussions sur des questions d'intégration administrative et des établissements scolaires. En mars, les deux parties ont procédé à des échanges de prisonniers, portant sur 300 prisonniers du côté de Damas et 300 de la part des forces kurdes. Mais il reste encore de nombreux prisonniers de guerre en captivité. Le commandant en chef des forces kurdes, le général Mazlum Abdi, lors d'une visite à Kobané, a reconnu que nombre de ses combattants étaient encore détenus par le régime syrien et que leur libération était une question prioritaire tout comme celle du retour dans leurs foyers des déplacés. En mars, un premier contingent de 400 familles déplacées a pu regagner Afrin. Cependant, de nombreuses maisons kurdes restent occupées par des familles arabes depuis l'invasion turque de 2018. Les problèmes de confiscation des biens kurdes par des milices arabes supplétives de l'armée turque et de changements démographiques attendent toujours des solutions, régulièrement promises par Damas mais qui tardent à se concrétiser.

C’est dans ce contexte d'espoirs mêlés de tensions que les Kurdes syriens ont célébré leur fête de Newroz, reconnue désormais officiellement comme fête nationale. De Qamishli à Kobané, Afrin, Alep et Damas les festivités se sont déroulées dans la joie. Mais, après ces célébrations des civils kurdes ont été attaqués par des milices arabes à Afrin et à Alep. Des véhicules ont été vandalisés. Des hommes et des femmes ont été molestés. Dans plusieurs incidents documentés en vidéo, le drapeau du Kurdistan a été brûlé. Les autorités à Afrin ont finalement imposé un couvre-feu et promis d'arrêter et de traduire en justice les fauteurs de troubles. Vaine promesse car les auteurs de crimes beaucoup plus graves et massifs contre les populations civiles n'ont toujours pas été inquiétés car ils appartiennent à des milices islamistes faisant partie de l'armée arabe syrienne.

Le 27 mars, la commission d'enquête des Nations unies sur la Syrie a affirmé avoir documenté des « exécutions, des actes de torture, des violences sexistes et des incendies de maisons à grande échelle » commis par les forces gouvernementales dans la ville druze de Souweïda en juillet dernier. Le rapport, s'appuyant sur 409 témoignages de survivants et de témoins ainsi que sur des visites de terrain, précise que les forces gouvernementales, accompagnées de combattants tribaux ont commis des « violations généralisées du droit international humanitaire et du droit de l'homme à l'encontre des civils druzes » avec notamment des « meurtres, tortures, détentions arbitraires et pillages ». « Des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité pourraient avoir été commis lors des violences qui ont secoué la province druze syrienne de Souweïda en juillet dernier faisant plus de 1700 morts » souligne le rapport de l'ONU, qui rappelle que la quasi-totalité des quelque 200 000 personnes déplacées en juillet restaient dans l'impossibilité de rentrer chez elles. « Il est urgent de déployer des efforts accrus pour que les auteurs de ces actes rendent des comptes, quels que soient leur affiliation ou leur rang, afin de rétablir la confiance au sein des communautés victimes » a déclaré Paulo Pinheiro, président de la commission d'enquête (Le Monde, 27 mars).

Tous ces crimes non punis n'ont pas empêché le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa d'être reçu en grande pompe le 30 mars à Berlin où il a, tour à tour, rencontré le président allemand Frank-Walter Steinmeier, le chancelier Friedrich Merz avant de participer à un forum économique germano-syrien au ministère des Affaires étrangères pour parler de la reconstruction du pays. Il a ensuite rencontré le ministre allemand de l'intérieur Alexander Dobrindt pour aborder la question du rapatriement volontaire des Syriens et les expulsions « en priorité » des délinquants. « Poursuivez sur la voie de l'apaisement, du travail de mémoire et de la réconciliation » lui a conseillé le chef de la diplomatie allemande. De son côté, al-Charaa a appelé les Syriens ayant étudié et travaillé en Allemagne à « apporter leurs compétences » au pays (AFP, 30 mars).

Près d'un million de Syriens ont trouvé refuge en Allemagne, pour la plupart en 2015. Environ 220 000 d'entre eux sont devenus des citoyens allemands. « Avec la fin de la guerre civile en Syrie, il n'y a désormais absolument aucun motif d'asile en Allemagne. Nous pouvons commencer les expulsions » avait récemment déclaré le chancelier allemand qui souhaiterait renvoyer en Syrie au moins les deux tiers des réfugiés syriens. Mais des partis de gauche, des syndicats et des ONG de défense des droits de l'homme s'opposent à de telles expulsions massives.

Plusieurs manifestations ont été organisées dans la capitale allemande contre la visite d'al-Charaa, à l’appel notamment des associations kurdes et des ONG allemandes. Mais des milliers de Syriens portant les drapeaux de leur pays ont eux aussi défilé dans les rues de Berlin pour apporter leur soutien à leur président.

En Syrie, le régime islamiste prend progressivement ses marques. Après l'interdiction des salons de beauté et de maquillage pour les femmes, la consommation d'alcool a été interdite dans les bars et les restaurants de Damas. Une interdiction « qui va à l'encontre des promesses faites aux Syriens de protéger leurs droits et les libertés fondamentales » souligne le quotidien Le Monde dans un reportage publié dans son édition du 18 mars.

CÉLÉBRATIONS DE NEWROZ

Le nouvel An kurde, Newroz, a été célébré cette année dans un climat de guerre et d'inquiétudes au Kurdistan iranien et irakien. Les rassemblements publics ont été évités pour des raisons de sécurité. En Syrie, pour la première fois dans l'histoire de ce pays, Newroz a été célébré comme une fête nationale officielle mais les festivités ont été suivies à Afrin et à Alep, d'incidents parfois graves. Des milices arabes ont attaqué et molesté des hommes et des femmes kurdes en costumes traditionnels, brûlé des drapeaux du Kurdistan, commis des saccages.

Au Kurdistan de Turquie, l'évènement principal a, comme chaque année, été la célébration à Diyarbakir, capitale politico-culturelle kurde, où malgré les intempéries plusieurs centaines de milliers de personnes, un million selon les organisateurs, se sont rassemblées pour entendre des messages de paix et assister à des concerts de divers groupes de musique kurdes. De Van à Şırnak dans toutes les villes kurdes des célébrations ont rassemblé des foules importantes fêtant leur nouvel an, dans une ambiance de paix et de solidarité avec les Kurdes des autres parties du Kurdistan subissant les violences d'une guerre qui n'est pas la leur.

Comme chaque année, les Kurdes d'Istanbul se sont retrouvés sur l'esplanade de Yenikapı. La fête s'est déroulée sans incident mais la police turque a tout de même arrêté une vingtaine de participants accusés de porter des symboles « interdits » comme des drapeaux du Kurdistan.

De Washington à Tokyo, de la Norvège en Australie, les Kurdes de la diaspora ont à peu près partout organisé des célébrations de Newroz. En Europe, la célébration la plus importante a rassemblé, le 21 mars, près de 100 000 personnes dans un grand parc de Bonn, vêtues souvent de tenues traditionnelles, venues de toutes les régions, qui ont chanté, dansé, pique-niqué, écouté des musiciens se relayant sur la scène centrale.

En France, l'Institut kurde a organisé le 26 mars, le Newroz traditionnel dans la salle des fêtes de la mairie du 10e arrondissement de Paris en présence notamment de Mme Anne Hidalgo, maire de Paris, de nombreux élus parisiens, de personnalités amies des Kurdes et de près de 700 invités kurdes, français, européens. Après quelques prises de parole, les participants ont fêté le Nouvel An, en compagnie de groupes de musique kurdes. D’autres célébrations ont eu lieu à Lyon et à Marseille notamment.