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Bulletin N° 489 | Décembre 2025

 

 

NEW YORK : UNE PERSONNALITÉ KURDE À LA TÊTE DU HCR

L’ex-président kurde de l’Irak, Dr. Barham Salih, a été nommé le 12 décembre à la tête du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Le 18 décembre, l’Assemblée générale de l’ONU, où 193 États sont représentés, a confirmé par consensus cette nomination.

Dr. Barham Salih, ancien réfugié kurde au Royaume-Uni, va ainsi succéder au Haut-Commissaire actuel, Filippo Grandi, le 1er janvier 2026.

Dans un message diffusé sur X, il a déclaré : « En tant qu’ancien réfugié, je sais de première main combien la protection et l’opportunité peuvent changer le cours d’une vie. »

Né en 1965 à Souleimaniyeh dans une famille de classe moyenne, (père juge, mère figure du féminisme), B. Salih a été arrêté à l’âge de 19 ans par la police de Saddam Hussein, accusé de liens avec la résistance kurde. Il a passé 43 jours dans une prison. Libéré, il a, dès l’obtention de son diplôme de lycée, choisi de s’exiler au Royaume-Uni où il a poursuivi ses études universitaires, complétées par un doctorat. Cette expérience de persécution et d’exil « a formé une approche du leadership basée sur l’empathie, le pragmatisme et un engagement de principe en faveur du droit international », affirme Dr. Salih.

Devenu représentant de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), d’abord à Londres puis à Washington, Dr. Barham Salih a, après la chute de la dictature de Saddam Hussein, été d’abord ministre du Plan, puis vice-Premier ministre de l’Irak jusqu’en 2009. De retour au Kurdistan, il a été nommé Premier ministre du Kurdistan en 2011. En 2018, il a été élu président de la République d’Irak, poste qu’il a occupé jusqu’en 2022.


Depuis, il partage son temps entre l’American University de Souleimaniyeh, qu’il a fondée, et l’université de Harvard, où il donne des cours à la Kennedy School of Government.

Sa nomination au poste de Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés a été saluée avec fierté dans le Kurdistan et en Irak.

C’est la première fois qu’un Kurde occupe un poste à la tête d’une agence de l’ONU.
Même si le peuple kurde ne dispose d’aucune représentation étatique, c’est la première fois aussi qu’une personnalité issue du Proche et Moyen-Orient occupe ce poste, dévolu généralement à une haute personnalité européenne.
Le succès du Dr. Barham Salih est d’autant plus méritoire qu’il était en compétition avec d’éminentes personnalités européennes.

IRAN : MANIFESTATIONS CONTRE LA VIE CHÈRE ET LA DICTATURE

L’année 2025 se termine par un nouveau et puissant cycle de manifestations populaires contre l’effondrement de l’économie et la vie chère. Elles ont commencé le 27 décembre d’une manière spontanée dans le plus grand marché pour téléphones portables de Téhéran. Assez rapidement, les commerçants du grand bazar se sont joints à la protestation en baissant leurs rideaux le 28 décembre.

Le mouvement s’est répandu ensuite telle une traînée de poudre dans 21 des 31 provinces du pays. Les étudiants, y compris ceux des universités d’élite de l’Iran, ont rejoint les manifestations qui, dans un premier temps, se sont déroulées pacifiquement.
Les commerçants dénoncent l’effondrement de la monnaie nationale qui, face au dollar, symbolise très concrètement la chute vertigineuse du pouvoir d’achat de la population.
Fin décembre, un dollar américain s’échangeait contre 1,4 million de rials (contre 820.000 il y a un an) et un euro valait 1,7 million de rials (contre 855.000 il y a un an).
Cette dépréciation chronique entraîne hyperinflation et volatilité des prix, rendant très difficile l’exercice des commerçants, notamment ceux dépendants des importations de produits technologiques, de l’or ou même de certaines marchandises de première nécessité.

Ainsi, selon Le Monde du 31 décembre, en neuf mois le prix du fromage a augmenté de 140 %, le pain de 250 %, tandis que le prix du lait a connu une hausse de 50 % en deux mois et celui de la viande hachée de 20 % en un mois. Le taux d’inflation officiel de 52 % sur un an affiché par le Centre iranien des statistiques reste très en-deçà de l’évolution réelle des prix.

Le fait que les « bazaris », c’est-à-dire les commerçants du bazar, pour la plupart azéris et persans chiites, fidèles parmi les plus fidèles du régime, basculent à leur tour dans la contestation et dénoncent la corruption et l’incompétence des gouvernements constitue sans doute un tournant qui révèle l’isolement croissant de la théocratie au pouvoir.
Les classes moyennes, largement paupérisées, étaient déjà entrées en dissidence, tandis que les classes populaires tentent de survivre avec des salaires mensuels allant de 100 à 150 dollars par mois.

Cette grave crise économique, sociale et politique survient après les dures épreuves de la sécheresse historique qui a sévi cet été dans le pays, privant une bonne partie de la population d’eau et d’électricité, et qui a mis en lumière la gestion catastrophique des ressources hydriques du pays, l’incurie et l’imprévoyance de ses dirigeants.

Ceux-ci imputent ces « difficultés » aux sanctions imposées à l’Iran depuis 2018 par les Américains et depuis octobre dernier par les Européens en raison de la poursuite du programme nucléaire iranien.

Mais les gens ne sont guère dupes. Ils ne veulent ni de ce coûteux programme nucléaire ni de la politique étrangère iranienne qui finance à grande échelle une série de milices armées dans plusieurs pays arabes dans le cadre de sa prétendue « Axe de la résistance ». Dans les rues, les manifestants crient « Ni Gaza, ni le Liban, que ma vie soit sacrifiée pour l’Iran », « Mort au dictateur » (Khamenei).

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a affirmé qu’il était à l’écoute des « revendications légitimes » des manifestants. Il a même chargé son ministre de l’Intérieur d’engager le dialogue avec eux et il a remplacé le directeur de la Banque centrale, accusé d’avoir failli à protéger le cours de la monnaie nationale. Il a toutefois rappelé qu’il ne pouvait pas « faire de miracle » pour régler rapidement les problèmes du pays.

Ce dont la population est bien consciente, car le président n’a guère de pouvoir dans le système iranien où l’essentiel du pouvoir est détenu par le Guide suprême Ali Khamenei et par l’appareil sécuritaire et judiciaire qu’il supervise, un appareil qui n’a pas tardé à sévir en adressant des avertissements par SMS aux utilisateurs de téléphones portables, les prévenant que les services de renseignement avaient détecté leur présence « aux abords de rassemblements illégaux » (Le Monde, 31 décembre).

Pour éviter la poursuite et la contagion des manifestations, les autorités ont décrété que le 31 décembre serait férié, tout comme les 2 et 3 janvier 2026, dans l’espoir de l’essoufflement de ces protestations populaires. Espoir qui semble vain, car celles-ci reflètent une lame de fond qui remonte au moins aux grandes manifestations du mouvement « Femme, Vie, Liberté » consécutives à la mort en garde à vue de l’étudiante kurde Jina Mahsa Amini en septembre 2022 pour un voile mal porté.

La question du port obligatoire du voile islamique dans l’espace public est revenue dans l’actualité : le 2 décembre, 155 députés sur les 290 que compte le Parlement iranien ont signé une lettre adressée au chef du pouvoir judiciaire, dénonçant l’inaction de certains responsables du gouvernement mais aussi de la justice à appliquer les règles en vigueur pour faire respecter le port du voile.

« Cette négligence a favorisé la nudité, le non-respect du voile et d’autres comportements anormaux » (RFI, 2 décembre).

Il y a un an, le président iranien avait refusé de promulguer une loi votée au Parlement qui prévoyait un net durcissement des peines à l’encontre des femmes non ou mal voilées. Ces derniers mois, les autorités ont fermé plusieurs cafés et restaurants pour non-respect du voile ou pour avoir servi de l’alcool, interdit en Iran.

Le 5 décembre, deux organisateurs du marathon de Kish ont été arrêtés et poursuivis pour « indécence » après la participation de femmes non voilées, dont les images ont été diffusées sur les réseaux sociaux.

Une procédure pénale a été engagée contre les organisateurs car la manière dont l’événement s’est déroulé était « contraire à la décence », a estimé le procureur général de l’île de Kish. qui a appelé à des mesures « fermes, dissuasives et sans indulgence » (Le Monde, 6 décembre).
Le 6 décembre, le prix Nobel de la Paix Narges Mohammadi a été renvoyée en prison un an après sa libération pour raisons de santé.

Elle a été arrêtée en même temps qu’une quarantaine d’autres dissidents lors d’une cérémonie en mémoire de l’avocat kurde Khosrow Alikordi, figure de la défense des prisonniers politiques, mort six jours plus tôt dans des circonstances jugées suspectes. Selon sa famille, avec laquelle elle a pu brièvement s’entretenir par téléphone, Mme Mohammadi a reçu de violents coups de matraque à la tête et au cou lors de son arrestation. Elle a dû être transférée à deux reprises à l’hôpital et au service des urgences.

Selon le témoignage de sa famille, rapporté par Le Monde du 14 décembre, son état de santé serait « préoccupant » et elle serait désormais accusée de « collaboration avec l’État d’Israël », une charge passible de la peine de mort.

Figure respectée de la défense des droits humains, l’avocat kurde Khosrow Alikordi a été trouvé mort dans son cabinet. Selon les autorités iraniennes, sa mort serait due à un accident vasculaire cérébral.

Mais ses proches rejettent cette version officielle et font valoir que l’avocat leur avait confié avoir reçu des menaces du pouvoir liées à sa défense d’opposants politiques. Ils s’étonnent aussi que la police et les services de renseignement, arrivés rapidement sur les lieux de son décès, aient confisqué le contenu des caméras de surveillance.

Lors de la cérémonie marquant le septième jour de la mort de Khosrow Alikordi, des slogans hostiles au pouvoir ont été scandés, notamment « Femme, Vie, Liberté » et « Mort au dictateur ». Des dizaines d’agents en civil sont intervenus ; ils ont frappé violemment les participants à la cérémonie avant de les arrêter.

Le parquet de Mashhad a confirmé l’arrestation de 39 personnes accusées de « propagande contre le régime », « rassemblement illégal » et de « collusion avec les ennemis de la République islamique » (Le Monde, 15 décembre).

SYRIE : UN AN APRÈS SON ACCESSION AU POUVOIR LE BILAN DU NOUVEAU RÉGIME RESTE MITIGÉ

Le 8 décembre, le premier anniversaire de la chute de la dictature des al-Assad a été célébré par des défilés militaires et des manifestations de la population arabe sunnite dans plusieurs villes syriennes. La prière de l’aube à la Mosquée des Omeyyades a marqué le début de ces festivités à Damas. Selon l’AFP, des dizaines de milliers de personnes portant des drapeaux syriens et ceux de l’islam ont envahi les rues.

Dans un discours devant un parterre d’officiels, le président par intérim Charaa a déclaré : « Aujourd’hui, à l’aube de la liberté, nous déclarons un abandon définitif de l’ère du despotisme et de la tyrannie, inaugurant une nouvelle aube radieuse, fondée sur la justice, la bienveillance et la coexistence. »

« La phase actuelle exige que tous les citoyens unissent leurs efforts pour bâtir une Syrie forte, consolider sa stabilité, préserver sa souveraineté », avait plus tôt déclaré l’ancien djihadiste de 43 ans après la prière du matin à la Mosquée des Omeyyades.

Des déclarations de bonnes intentions qui n’ont guère convaincu ni les Alaouites, qui ont boycotté les célébrations et fermé leurs commerces dans les villes côtières où ils vivent, ni les Druzes entrés en dissidence après les massacres commis en juillet dernier par la nouvelle "armée arabe syrienne". Les chrétiens, très inquiets de la nature islamiste du nouveau régime et des manifestants brandissant des étendards de partis islamistes, sont restés cloîtrés chez eux. Le souvenir de l’attentat de l’église Mar Elias, qui a fait 25 morts le 22 juin près de Damas, est encore très présent dans tous les esprits, tout comme le traumatisme du massacre de plus de 1700 alaouites en mars 2025 hante encore la population alaouite.

Les Kurdes, en conflit latent avec le nouveau régime, ont interdit toute manifestation de célébration de l’anniversaire, pour des raisons de sécurité.

De son côté, l’ONG Amnesty International, dans un communiqué public à cette occasion, écrit : « La réponse du nouveau gouvernement aux graves violations commises depuis son arrivée au pouvoir serait un test décisif de son engagement envers la justice et l’établissement des responsabilités. »
Pour le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, cet anniversaire est « l’occasion de reconstruire des communautés brisées et de panser les plaies ». Vœux pieux, car dépourvus de mécanismes de justice transitionnelle et de contrôle de l’évolution du régime.

La communauté internationale, soulagée par la chute d’une dictature sanguinaire qui a sévi pendant 54 ans et la fin d’une guerre civile qui a duré 14 ans, fait plus de 500.000 morts et plusieurs millions de réfugiés et de déplacés, veut croire aux promesses de stabilisation et de reconstruction du nouveau régime.

Les influents parrains de ce dernier, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite ont convaincu le président Trump de recevoir le président syrien par intérim et de lever les sanctions américaines frappant la Syrie. Le 17 décembre, le Congrès américain a, à son tour, approuvé la levée définitive de ces sanctions. L’Union européenne, préoccupée par la question des réfugiés syriens, a, elle aussi, levé inconditionnellement ses sanctions et veut croire que la nouvelle Syrie est désormais un pays stable et sûr vers lequel elle pourra renvoyer sans état d’âme les demandeurs d’asile syriens. Ce faisant, elle s’est privée des moyens financiers et politiques d’influer sur l’évolution du nouveau régime syrien qui a désormais carte blanche pour faire ce qu’il veut à l’intérieur de ses frontières pour asseoir de gré ou de force son autorité. Il est devenu d’autant plus fréquentable qu’il a décidé de joindre la Coalition internationale de lutte contre Daech, dirigée par les États-Unis, et d’engager un processus de normalisation avec Israël.

Les États-Unis, qui vont disposer officiellement d’une base militaire en Syrie, semblent ne plus considérer les Forces démocratiques syriennes (FDS), colonne vertébrale de la lutte contre Daech depuis 2014, comme des alliés indispensables. Ils testent leurs nouveaux alliés arabes syriens.

Mais ce test s’est révélé hasardeux : une mission militaire qui s’est rendue le 17 décembre au centre militaire syrien à Palmyre est tombée dans une embuscade. Trois Américains, dont deux soldats et un interprète, ont été tués, trois autres soldats blessés par les tirs d’un membre des forces de sécurité syriennes. Le gouvernement syrien a présenté ses condoléances et affirmé que le coupable, soupçonné d’appartenance à l’État islamique, faisait l’objet d’une enquête pour « extrémisme ».

Les Américains, qui sont dans la région depuis maintenant une bonne dizaine d’années, semblent ignorer que l’« armée arabe syrienne », leur nouvelle alliée, est un assemblage hétéroclite d’une kyrielle de milices islamistes, dont certaines comptent dans leurs rangs des milliers de djihadistes étrangers et des membres plus ou moins reconvertis d’al-Qaïda et de Daech. C’est avec ce genre d’attelage qu’ils comptent lutter contre Daech.

Très en colère, le président américain a promis une riposte « foudroyante ». Le 19 décembre, il a écrit sur Truth Social des menaces de lourdes représailles « contre Daech. Plus de 70 cibles à de multiples endroits dans le centre de la Syrie », qui auraient tué au moins cinq djihadistes (AFP, 20 décembre ; New York Times, 19 décembre ; Le Monde, 19 décembre).

L’État islamique profite du vide de pouvoir dans les régions désertiques pour redéployer ses activités. Cela encourage les cellules dormantes à se manifester, y compris dans les territoires sous contrôle kurde.

Le 18 décembre, les forces kurdes ont empêché de justesse une tentative d’évasion de 18 femmes prisonnières du camp d’al-Hol. Selon la directrice du camp, Jihan Hanan, ce groupe de prisonnières de Daech préparait une fuite.

Selon les statistiques communiquées par le superviseur des camps de prisonniers du Rojava, Sheikman Ahmad, à la chaîne de télévision kurde Rûdaw (11 décembre), le camp d’al-Hol abritait fin novembre 25.183 prisonniers, dont 14.920 Syriens, 3.988 Irakiens (qui devraient être rapatriés à la fin de l’année) et plus de 6.200 étrangers d’autres nationalités.

Le 14 décembre, dans une opération préventive, les FDS ont démantelé une cellule de Daech dans la province de Deir ez-Zor et arrêté quatre djihadistes préparant des attentats et assurant un soutien logistique aux autres cellules de cette zone (Rûdaw, 15 décembre).
Le 7 décembre, dans une autre opération, un chef local de Daech, Saker Ahmed al-Khalaf al-Abdullah, impliqué directement dans sept des vingt attaques récentes menées par son organisation contre les FDS, a été arrêté.

Les djihadistes semblent bénéficier d’une certaine protection de certaines tribus arabes de la région, qui demandent le retour de l’armée syrienne dans la région et qui entretiennent aussi des relations suivies avec les services turcs.

Les FDS ont, tout au long du mois, subi des attaques sporadiques d’artillerie et de drones de l’armée syrienne.
Mais c’est dans les quartiers kurdes d’Alep, soumis depuis plusieurs mois à un véritable encerclement et à un blocus alimentaire, que la situation reste explosive.
Les milices islamistes, qui auparavant sévissaient comme auxiliaires de l’armée turque dans le canton d’Afrin, sont à présent mobilisées, toujours à l’instigation de la Turquie mais sous l’uniforme de « l’armée arabe syrienne », pour s’emparer des quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafiyé, abritant plus de 460.000 Kurdes, dont beaucoup de déplacés d’Afrin.

Les affrontements avec les forces locales d’autodéfense (Assayich) ont fait, les 22 et 23 décembre, au moins trois morts parmi les civils.
Le cessez-le-feu conclu entre les FDS et le ministère syrien de la Défense reste précaire, car les précédents cessez-le-feu ont été régulièrement violés par les milices islamistes.

Par ailleurs, les violences contre la communauté alaouite se poursuivent.
Le 26 décembre, une explosion s’est produite à l’intérieur d’une mosquée située dans le quartier alaouite de la ville de Homs, dans le centre de la Syrie, faisant au moins huit morts et 18 blessés, selon un bilan provisoire communiqué par les autorités.
Cet attentat a été revendiqué par le groupe djihadiste sunnite Saraya Ansar al-Sunna.
Cet attentat constitue, selon le ministère syrien de l’Intérieur, « une tentative désespérée de déstabiliser le pays et de semer le chaos ».

Des villes alaouites ont participé le 28 décembre à des manifestations dans plusieurs villes syriennes pour réclamer la fin des violences contre leur communauté.
La répression de ces manifestations par les forces de l’ordre a fait « trois morts et 60 blessés », selon l’agence officielle syrienne SANA.

Le président du Conseil islamique alaouite en Syrie, Ghazal Charaf, a publié un appel sur Facebook :
« Nous ne voulons pas d’une guerre civile, nous voulons un fédéralisme politique. Nous ne voulons pas de votre terrorisme. Nous voulons décider de notre propre destin.»  (Le Monde, AFP, 28 décembre).

 

IRAK : ÉLECTION DU PRÉSIDENT DU NOUVEAU PARLEMENT

La Cour suprême fédérale a ratifié le 14 décembre les résultats des élections législatives du 11 novembre 2025. Cette décision, après l’examen de quelques litiges mineurs, a été prise à l’unanimité des membres de la Cour.

Si la loi électorale a été contestée comme « injuste » par plusieurs partis politiques, notamment kurdes, en raison du découpage inégal des circonscriptions électorales, le déroulement du scrutin et son dépouillement ont été considérés comme « sincères et honnêtes » par toutes les parties concernées ainsi que par les observateurs de l’ONU.
Il s’agit sans doute des premières élections véritablement libres et sincères de toute l’histoire de l’Irak, témoignant à la fois d’une certaine maturité politique du pays et d’un bon degré de compétence et d’indépendance de sa Haute Commission électorale.
Deux semaines après l’annonce officielle de ces résultats électoraux, le nouveau parlement s’est réuni le 29 décembre à Bagdad.

Après la prestation de serment, 309 députés sur 329 ont voté pour élire le président du Parlement parmi trois candidats. Le leader de la liste sunnite Taqaddum (Progrès), Mohamed al-Halboussi, a été élu avec 208 voix.

Âgé de 45 ans, M. al-Halboussi a été député à deux reprises et a présidé la commission parlementaire du pétrole et de l’énergie durant ses deux mandats.
D’après la Constitution irakienne adoptée en 2005 par référendum, le Parlement doit, après cette première séance, élire le président de la République dans un délai de 30 jours, c’est-à-dire avant le 28 janvier 2026.

Selon l’usage désormais bien établi, ce poste plutôt honorifique revient à une personnalité kurde. Jusqu’ici, ce sont les candidats présentés par l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), bénéficiant du soutien tacite ou explicite du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), qui ont été élus à ce poste.

En contrepartie, le PDK obtenait les postes de Président et de Premier ministre de la Région du Kurdistan. Les rapports de force entre ces deux principales formations politiques kurdes ayant évolué au fil des ans, ce gentlemen’s agreement est remis en cause. D’autant que, plus d’un an après les élections au parlement du Kurdistan, l’UPK n’a toujours pas accepté la proposition du PDK pour la formation d’un gouvernement kurde de coalition.

En présentant un candidat au poste de président de la République irakienne, le PDK semble exercer une forte pression pour monnayer son soutien à l’UPK à Bagdad contre des concessions pour la formation d’un gouvernement de coalition à Erbil. Parmi les candidats du PDK au poste de présidence irakienne, Dr. Fuad Hussein, actuellement vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a toutes les chances d’être élu, car ce Kurde de confession chiite est très apprécié des principaux partis chiites du parlement irakien ainsi que de la majorité des députés kurdes.

Une fois élu, le nouveau président de la République devra nommer un Premier ministre issu de la majorité chiite. Le cadre de la Coordination chiite, qui regroupe les principaux partis chiites représentés au Parlement irakien, doit présenter un candidat à ce poste, bénéficiant du soutien du haut clergé chiite de Najaf ainsi que de l’aval de l’Iran et, comme de coutume, des États-Unis.

Deux candidats principaux semblent être en lice : le Premier ministre sortant Mohammed Chia al-Soudani et l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, proche de Téhéran.

L’issue dépendra aussi de l’évolution des relations irano-américaines. Ayant perdu certains de ses alliés régionaux (Syrie, Hezbollah libanais, Hamas), la République islamique tente par tous les moyens à sa disposition de conserver son influence en Irak.
En décembre, le Kurdistan, qui avait souffert cet été d’une sévère sécheresse, a subi de fortes précipitations provoquant çà et là des inondations, notamment dans la plaine de Chamchamal dans la province de Suleimanieh et à Kirkouk. Au moins 5 personnes ont été tuées, 19 blessées.

Selon un bilan établi le 14 décembre par le Centre de coordination des crises du Kurdistan, 2.225 maisons et 215 commerces ont subi de sévères dégâts au cours de ces inondations qui ont duré trois jours. Une centaine de vergers ont été dévastés. Les écoles et les administrations sont restées fermées pendant les journées de fortes précipitations (Rudaw, 14 décembre).

Un effort de solidarité mobilisant la population et les grandes entreprises de la région comme Dana Gas a permis de secourir et d’indemniser les sinistrés.

Par ailleurs, le 3 décembre, les États-Unis ont inauguré en grande pompe leur nouveau consulat à Erbil. Ce complexe, s’étendant sur plus de 20 hectares, est considéré comme le plus grand consulat général américain dans le monde.

« Il s’agit d’un symbole du partenariat à long terme entre les États-Unis et l’Irak et la Région du Kurdistan irakien », a déclaré Michael Rigas, le secrétaire général adjoint du Département d’État chargé des ressources humaines, lors de la cérémonie d’inauguration, aux côtés du président, du Premier ministre et des principaux dirigeants kurdes (AFP, 3 décembre).

Le 17 décembre, la Journée du Drapeau kurde a été célébrée dans les principales villes du Kurdistan ainsi que dans la diaspora. À Paris, une cérémonie a été organisée par la représentation du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) en France en présence de la maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, et de nombreuses personnalités françaises et kurdes. Conçu aux lendemains de la Première Guerre mondiale par des patriotes kurdes au moment où l’idée d’un Kurdistan indépendant était soutenue par le président américain Woodrow Wilson et actée dans le traité international de Sèvres d’août 1920, jamais appliqué.

Le drapeau kurde a d’abord flotté sur le Mont Ararat lors du soulèvement kurde de 1927-1930, avant d’être adopté par l’éphémère République kurde de Mahabad de 1946, au Kurdistan iranien.

En 1992, le Parlement du Kurdistan irakien a, à son tour, adopté ce drapeau qui flotte sur les bâtiments publics de la région.

Symbole de la résistance kurde et du combat du peuple kurde pour sa liberté, il est régulièrement brandi lors des manifestations kurdes en Turquie, en Iran et en Syrie, malgré les interdictions.

 

TURQUIE : QUERELLES DE SUCCESSION AUTOUR D’ERDOĞAN

Le président turc Erdoğan se porte de moins en moins bien. Même si le verbe reste toujours aussi haut et belliqueux, sa démarche est défaillante et nécessite l'aide de l'entourage pour monter les escaliers et faire quelques pas. Son pouvoir crépusculaire donne d'ores et déjà lieu à d'âpres querelles pour sa succession qui, longtemps sourdes et tues, se révèlent désormais au grand jour.

Parmi les nombreux candidats à sa succession émergent deux noms : celui de son gendre Albayrak, ancien ministre des finances et richissime homme d’affaires, et celui de l’actuel ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan, « la boîte noire » du président Erdoğan, qui a longtemps dirigé la redoutable et omniprésente Organisation nationale du renseignement (MIT). Bureaucrate d’origine kurde, dont certains cousins sont encore dans les maquis du PKK, rallié à Erdoğan, Fidan incarne l’aile nationaliste dure du parti gouvernemental AKP.

La guerre de succession se joue pour l’instant à fleurets mouchetés, à travers les entourages respectifs des deux postulants. Comme dans un jeu d’échecs, chacun essaie d’éliminer un à un les pions de son adversaire. Et dans ce jeu sans merci, Fidan vient de perdre un partisan de poids : le présentateur vedette de l’influente chaîne d’infos continues, Habertürk, Mehmet Akif Ersoy. Fils d’un islamiste radical proche des réseaux djihadistes internationaux, ce journaliste, qui a passé quelques années en Syrie où il a appris l’arabe, le promoteur des diverses mouvances islamistes, tels les Frères musulmans, fut un temps « conseiller spécial » du directeur général de la puissante Diyanet (Direction générale des affaires religieuses), qui finance, administre et contrôle les mosquées sunnites du pays et leurs personnels, y compris les muftis et les imams.

Le 9 décembre, ce personnage très populaire dans l’électorat de l’AKP a été arrêté et incarcéré pour usage de cocaïne, sur la base des aveux d’un prétendu et anonyme « dealer de drogue célèbre ». S’ensuivirent des allégations d’avances sexuelles sur des présentatrices de télévision. Les sept membres de son équipe de Habertürk ont également été arrêtés.

« Le prince des médias » turcs pro-gouvernementaux, pourfendeur implacable des opposants au régime, se trouve donc ainsi à son tour derrière les barreaux. Et le quotidien turc Sabah, détenu par les frères Albayrak, fait ses choux gras de l’inconduite et des turpitudes de cette vedette « très proche du ministre Fidan ».
Un autre proche de ce dernier, Furkan Torlak, a démissionné de son poste de « coordinateur de la lutte contre la désinformation » (Le Monde, 22 décembre). Cependant, le ministre Fidan a repris la main pour attester son patriotisme turc et son utilité pour le régime. Le 22 décembre, il s’est rendu à Damas pour s’entretenir avec son homologue syrien et mettre la pression sur les Kurdes syriens afin que les forces kurdes intègrent l’armée nationale syrienne. Il était accompagné du ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, afin de procéder à « une évaluation générale » des relations entre les deux pays.

Lors de la conférence de presse commune, le chef de la diplomatie syrienne, Assad al-Shalbani, a annoncé que ses services avaient reçu une réponse des Forces démocratiques syriennes (FDS) sur une proposition d’intégration dans l’armée syrienne : « Nous étudions cette réponse et la façon dont elle va dans le sens de l’intérêt national et d’un territoire syrien unifié » (AFP, 22 décembre). Les deux ministres turcs ont également rencontré le président par intérim syrien.

Au cours de cette visite médiatisée des affrontements meurtriers ont opposé les forces de sécurité kurdes locales (Assayish) aux milices islamistes de « l’armée syrienne libre », qui encerclent depuis plusieurs mois les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et Achrafiyé dans la banlieue d’Alep, abritant quelque 460.000 habitants — pour une bonne partie des déplacés du canton d’Afrin, qui ont fui leurs foyers après l’invasion turque de 2019. À l’instigation de son parrain turc, le régime syrien cherche à s’emparer de ces quartiers coûte que coûte.

Préoccupé par ces affrontements, le chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, a, le 30 décembre, appelé « la Turquie à faciliter un accord entre les Kurdes syriens et Damas ». « Il est essentiel que la Turquie joue un rôle de facilitateur, constructeur et garant sur le dialogue dans le processus. Ceci est crucial tant pour la stabilité régionale que pour le renforcement de sa propre paix intérieure », affirme le leader kurde qui semble croire que les pompiers pyromanes turcs vont éteindre le feu de ce nouvel incendie potentiellement dévastateur.

Le 3 décembre, Öcalan avait réaffirmé son « soutien au processus de paix » qui n’a guère progressé en décembre en dépit de plusieurs réunions de la commission ad hoc et des visites de la délégation du parti pro-kurde DEM aux principales formations politiques turques, afin de convenir d’un ensemble de réformes et de mesures législatives pour traduire en actes concrets les vagues promesses de paix et de fraternité.
La Turquie fait face désormais à la résurgence menaçante des cellules dormantes de Daech qu’elle a longtemps tolérées. Le 29 décembre, une vaste opération a été menée dans 21 provinces : 357 suspects liés à l’État islamique ont été arrêtés au cours de ce vaste coup de filet. Trois policiers turcs ont été tués au cours de l’opération, qui a duré plusieurs heures dans la province de Yalova, dans le nord-ouest du pays, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Ali Yerlikaya, au cours d’une conférence de presse tenue le 30 décembre (AFP). Six membres de Daech, tous de nationalité turque, ont été tués. Le 24 décembre, le procureur d’Istanbul avait ordonné l’arrestation de 137 membres présumés de l’État islamique, « à la suite de renseignements indiquant que l’organisation terroriste planifiait des attaques pendant les célébrations de Noël et du Nouvel An ».

Sur le plan diplomatique, les relations du président turc avec son allié Poutine battent de l’aile. Les attaques russes contre des navires marchands, souvent battant pavillon turc, en mer Noire, inquiètent les Turcs, qui entretiennent des relations commerciales substantielles aussi bien avec l’Ukraine qu’avec la Russie.
Pour se rapprocher de Washington et réintégrer à terme le programme américain des F-35, la Turquie envisage le renvoi de ses missiles S-400 à la Russie, à en croire les informations du quotidien Le Monde de 19 décembre. Washington demande également à Ankara de réduire sa dépendance au pétrole et au gaz russes, sous peine de sanctions. Et le président turc Erdoğan, qui a longtemps voulu ménager le chou et la chèvre, se retrouve dans une délicate position d’équilibre au terme d’un exercice qui a fait l’admiration de ses partisans. Mais face aux nouvelles pressions, il sent bien qu’on ne plaisante pas avec Donald Trump !