Publications

Haut

POINT SUR LA SITUATION EN TURQUIE

CILDEKT
 -
Liste
NO: 184

17/11/2000

  1. LE CHANTEUR AHMET KAYA EST MORT À PARIS
  2. L’UNION EUROPÉENNE OFFRE À LA TURQUIE UN PARTENARIAT D’ADHÉSION QUI IGNORE LES KURDES
  3. LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME CONDAMNE LA TURQUIE POUR VIOLATION DU DROIT À LA VIE
  4. LE DÉBAT SUR LA TÉLÉVISION EN LANGUE KURDE DIVISE LES TROIS PARTIS DE LA COALITION
  5. MESSAGE DE COOPÉRATION DE SADDAM HUSSEIN AU GOUVERNEMENT TURC
  6. LE CHEF DU HADEP CONDAMNÉ À DIX MOIS DE PRISON
  7. LE PARLEMENT EUROPÉEN RECONNAÎT LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN
  8. LE SÉNAT FRANÇAIS VOTE ENFIN LA RECONNAISSANCE DU GÉNOCIDE ARMÉNIEN


LE CHANTEUR AHMET KAYA EST MORT À PARIS


Le célèbre chanteur kurde Ahmet Kaya est décédé le jeudi 16 novembre à 7h30 à son domicile parisien à la suite d’une crise cardiaque à l’âge de 43 ans.

Né le 28 octobre 1957 à Malatya dans une famille kurde, Ahmet Kaya s’était dès son jeune âge, engagé dans le combat politique en faveur du socialisme et des droits du peuple kurde. Il était devenu au fil des ans le musicien le plus connu de la protest song et de la " musique authentique ". Adulé par des millions de Kurdes et de Turcs qui se reconnaissaient dans ses chansons engagées s’adressant autant à leur cœur qu’à leur intelligence, il avait été élu meilleur musicien de l’année 1998. Lors de la remise du Prix, en février 1999, devant les caméras de télévision il avait rappelé qu’il était kurde et qu’il comptait faire aussi une chanson et un clip en kurde. Cette déclaration d’intention lui a valu un quasi-lynchage en direct, une garde-à-vue et des poursuites judiciaires.

Persécuté, objet d’une série de procès pour délit d’opinion devant les cours de Sûreté de l’Etat turque, passible de plusieurs années de prison, Ahmet Kaya a dû, en juin 1999, s’exiler en France. Le 10 mars 2000 l’un de ses procès aboutit à 3 ans et neuf mois de prison, pour " propagande séparatiste " en raison d’un concert donné en 1993 à Berlin.

Combattant résolu de la liberté, épris de justice, Ahmet Kaya a voulu jusqu’au bout, malgré le terrible mal du pays, défendre, sans concession, ses idéaux au prix d’énormes sacrifices personnels et familiaux. Sa mort constitue une perte immense pour les peuples kurde et turc et pour le monde de la musique. Sa voix, puissante, va manquer aux millions de Kurdes et de Turcs broyés et marginalisés par le régime turc.

Conformément aux vœux de sa famille sa dépouille sera enterrée au cimetière parisien du Père-Lachaise où Kaya rejoindra son ami le cinéaste kurde Yilmaz Güney, qu’il admirait et qui, également persécuté en Turquie, mourut en exil à Paris en 1984.

Les obséques auront lieu le samedi 18 novembre à 16h au cimetière Père-Lachaise (entrée principale M° Philippe Auguste) Auparavant une chapelle ardente sera dressée à l’Institut kurde, le samedi 18 novembre de 10h à 14h, dont il était membre d’honneur, pour permettre à tous ceux qui l’ont connu ou aimé de lui rendre un ultime hommage. De même un rassemblement est prévu à la place de la République à 15h

L’UNION EUROPÉENNE OFFRE À LA TURQUIE UN PARTENARIAT D’ADHÉSION QUI IGNORE LES KURDES


La Commission européenne s’est montrée très critique à l’égard de la Turquie, lui reprochant de continuer à ne pas respecter les droits de l’Homme, mais lui a offert dans le même temps " un partenariat d’adhésion " pour l’aider à progresser. Le rapport annuel de la Commission, publié le 8 novembre, sur l’état d’avancement des pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne est très sévère sur la situation des droits de l’Homme et des minorités en Turquie. " Beaucoup d’aspects de la situation globale des droits de l’Homme restent préoccupants ", souligne le rapport. " Torture et mauvais traitements sont loin d’avoir été éradiqués ", " les conditions dans les prisons ne se sont pas améliorées ", et " la liberté d’expression, de même que la liberté d’association et de rassemblement font encore régulièrement l’objet de restrictions ". Quant aux minorités, la Commission européenne s’inquiète que " tous les Turcs, quelle que soit leur origine ethnique " ne puissent bénéficier des " mêmes droits culturels ". " La situation dans le Sud-est, où la population est à prédominance kurde, n’a pas substantiellement changé ", note le rapport.

Cependant pour ne pas heurter la fameuse " sensibilité turque " sur la question kurde, le " partenariat d’adhésion " ne fait aucune mention de mot " kurde ", évite toute allusion à la minorité kurde, mettant ainsi son drapeau en poche et ignorant les résolutions récurrentes et explicites du Parlement européen, sur ce sujet, dont la résolution adoptée le 12 juin 1992 à la quasi-unanimité sur " les droits du peuple kurde ". Assurément les victimes kurdes des violations massives et systématiques des droits de l’homme en Turquie, n’ont même plus le droit d’être appelées par leur nom. Faute d’européaniser la Turquie, la Commission se turquise en se soumettant à la censure turque au risque de susciter rancœur et désespoir chez les 15 à 18 millions de Kurdes en Turquie et près d’un million de Kurdes qui vivent dans les pays de l’Union où de la Suède à la France ils sont pourtant reconnus en tant que tels, avec leur langue, leur identité et leur culture, par un grand nombre d’Etats membres de l’Union.

Au Parlement européen, où il est venu présenter ce document, Gunter Verheugen, commissaire européen à l’élargissement, a tenu un discours plus explicite pour les eurodéputés estimant que " la Turquie doit améliorer la situation des Kurdes et mettre fin à l’état d’urgence dans les quatre provinces du Sud-est ". Il a qualifié de " violation des droits de l’homme " l’interdiction de la " langue kurde sur les ondes ". Il a également mis en avant la préoccupation de l’UE concernant " le rôle joué par l’armée dans la vie politique par l’entremise du Conseil national de sécurité ". M. Verheugen a tenu à souligner que l’une des priorités du " partenariat d’adhésion " était également de parvenir à " la levée de l’Etat d’urgence dans le Sud-est du pays et à la reconnaissance de droits culturels aux minorités ethniques ".

Le rapport reconnaît par ailleurs que l’octroi à la Turquie du statut de candidat à l’adhésion à l’UE, lors du sommet européen d’Helsinki en décembre 1999, a créé une dynamique dans la société turque et " stimulé les forces réformatrices ". " Le rapport sur la torture rédigé par la commission des droits de l’homme de l’Assemblée nationale turque en constitue un exemple concret ", a affirmé M. Verheugen qui a également rappelé qu’en septembre 2000, le gouvernement turc s’était fixé des " objectifs prioritaires " pour respecter les critères politiques requis pour adhérer à l’Union.

Contrairement aux douze autres postulants, le rapport exclut que des négociations d’adhésion puissent s’ouvrir avec la Turquie qui continue donc à ne disposer que d’un simple statut de candidat à l’adhésion. Pour l’aider à réaliser ses objectifs, la Commission européenne a proposé à Ankara " un partenariat d’adhésion " qui dresse un ensemble de priorités à court et moyen terme dans les domaines politiques et économiques que la Turquie devra réaliser pour remplir les critères d’adhésion.

La Turquie a accueilli favorablement le programme de la Commission européenne tout en soulignant qu’elle ignorerait un passage sur Chypre. " La Turquie refuse l’établissement d’un lien entre sa candidature à l’UE et le dossier chypriote et est déterminée à maintenir sa position ", a déclaré Sükrü Sina Gürel, porte-parole du gouvernement turc. Ismail Cem, ministre turc des affaires étrangères a, quant à lui, déclaré que le paragraphe sur Chypre n’avait " aucune validité pour nous ". Ankara avait insisté pour que la question de l’île divisée depuis l’occupation de son tiers nord en 1974 par l’armée turque, ne figure pas dans le document.

Le parti de la démocratie du peuple (HADEP- pro-kurde), a vivement critiqué l’Union européenne pour avoir évité d’employer le mot " Kurde " dans le programme. " L’UE n’a pas utilisé le mot Kurde. Nous voyons cela comme une déficience. Quand il y a un problème concernant une certaine communauté, ce problème doit être défini par son nom ", annonce un communiqué du HADEP. Malgré ses critiques, le HADEP a qualifié le document de " satisfaisant " dans l’ensemble en estimant que " la réalisation de ces réformes contribuera à la démocratisation de la Turquie ". Pour Human Rights Watch, le partenariat n’est pas assez clair et détaillé sur la question des droits de l’homme.

LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME CONDAMNE LA TURQUIE POUR VIOLATION DU DROIT À LA VIE


La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné le 14 novembre Ankara, notamment pour "violation du droit à la vie" d’un homme, disparu après son arrestation en 1993 par les forces de l’ordre à Cizre. Le requérant, Besir Tas, assurait que son fils, Muhsin, disparu pendant sa garde-à-vue, avait été tué par les forces de l’ordre, qui l’avaient également torturé. M. Tas, qui réside à Tatvan, regrettait en outre qu’aucune enquête effective n’ait été menée sur la disparition de son fils.

La Cour, qui n’a pas retenu les accusations de torture à l’encontre de Mehsin Tas, a cependant estimé qu’il y avait lieu de "présumer qu’il est décédé après son arrestation par les forces de l’ordre". Elle a également conclu qu’aucune enquête "n’avait été menée sur la disparition au moment des événements".

Par ailleurs, la Cour a condamné Ankara pour "tortures et traitements inhumains et dégradants", à l’encontre de Besir Tas, estimant que ce dernier avait souffert de la conduite des autorités, indifférentes et insensibles à ses inquiétudes, selon elle.

Les juges européens ont alloué 20.000 livres sterling pour préjudice moral aux héritiers de Muhsin Tas, 10.000 livres sterling pour le préjudice moral subi par le requérant et 14.795 livres sterling au titre des frais et dépens.

Ankara a payé 3 millions de dollars en cinq ans dans le cadre de 45 affaires du fait de ses condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme : La majorité des dossiers concernent le Kurdistan, 14 pour la violation de liberté de l’expression, 7 pour meurtres non élucidés, 6 pour torture et traitement dégradant, 3 pour procès injuste, 2 pour interdiction de parti politique et 2 condamnations pour la composition des Cours de sûreté de l’Etat (DGM).

LE DÉBAT SUR LA TÉLÉVISION EN LANGUE KURDE DIVISE LES TROIS PARTIS DE LA COALITION


Depuis que Mesut Yilmaz, leader du parti de la Mère patrie (ANAP) et vice-Premier ministre, a déclaré qu’il était en faveur de la diffusion des programmes en kurde sur la chaîne nationale turque (TRT), la coalition tripartite connaît de nouvelles tensions. Bien que le Premier ministre Bülent Ecevit ait refusé de commenter la position de son partenaire de la coalition, le parti de l’Action nationaliste (MHP-ultra nationaliste), autre membre du gouvernement, a vivement critiqué la proposition par l’intermédiaire d’Enis Öksüz, ministre turc des transports. " Ceux qui veulent une chaîne en kurde vont demain demander un Etat indépendant " a déclaré M. Öksüz.

Interrogé le 15 novembre à nouveau par Sedat Ergin, correspondant à Ankara du quotidien Hurriyet, le Premier ministre turc a répondu : " Nous n’avons pas pu discuter en détail de la question, mais la discussion s’impose. En tant que Premier ministre, je ne veux donc rien déclarer avant cela, car c’est un point hautement sensible. De toute façon les droits culturels sont individuellement reconnus. Vous savez que des revues et livres sont publiés (en kurde). Cela peut s’élargir… Je ne peux rien dire aujourd’hui, mais il faut probablement pas trop tarder… Bien sûr c’est une question à l’ordre du jour, mais pour l’heure elle n’est pas inscrite dans l’agenda. Toutes les questions relatives au Sud-Est sont traitées en détail au Conseil national de sécurité (MGK)… Aujourd’hui les moyens de communication n’ont plus de frontières. Actuellement, il y a des chaînes qui émettent à partir du nord irakien (Kurdistan) recevable par la Turquie, d’autre part il y a également des chaînes, affiliées au PKK ou à ses alliés, qui diffusent à partir de différents pays européens… Il faut aboutir à quelque chose en prenant en considération tout cela. "

Le vice-premier ministre Devlet Bahçeli, extrême-droite, est lui aussi sorti de son silence et tout en commentant le document de partenariat d’adhésion de l’Union européenne, il a déclaré : " Il est impossible pour la Turquie de regarder favorablement " les droits ethniques " et " culturels " qui ne vont que servir à raviver les flammes du conflit ethnique et la discrimination. Le fait de glisser ce genre d’expression dans le document ne modifiera en rien les faits ".

L’armée turque a également exprimé des craintes que la création d’émissions de radio ou télévision en kurde demandée par l’Union européenne à la Turquie, ne porte atteinte à l’intégrité du pays. Le secrétaire général de l’état-major turc, Aslan Güner, a déclaré le 14 novembre à la presse que " l’armée turque ne peut être contre l’entrée de la Turquie dans l’UE, mais quant à savoir si cela doit se faire de manière inconditionnelle, nous pouvons avoir une opinion différente…La seule inquiétude de l’armée réside dans le fait que cette initiative pourrait mettre un terme à la structure unitaire de la Turquie. Nous ne pouvons rester forts si nous sommes divisés…Mais ce sont des questions politiques, des questions sensibles… Elles seront évaluées en temps voulu ".

MESSAGE DE COOPÉRATION DE SADDAM HUSSEIN AU GOUVERNEMENT TURC


La Turquie s’engage dans un flirt de plus en plus poussé avec Saddam Hussein. La presse turque annonce une nouvelle phase dans les relations entre Bagdad et la Ankara qui déclare avoir perdu plus de 40 milliards de dollars depuis l’embargo imposé par les Nations-Unies contre l’Irak en août 1990.

Ainsi, Tunca Toskay, ministre turc chargé du commerce extérieur, s’est rendu à Bagdad le 30 octobre dernier avec une délégation de onze personnes dont Fuat Miras, président de l’Union des chambres de commerce et de la Bourse de Turquie, à bord d’un premier vol en Irak effectué sur une ligne nationale (Turkish Airlines). Ils ont été accueillis en grande pompe par Mohammed Saleh, ministre irakien du commerce. Le président irakien Saddam Hussein a délivré en personne un message au gouvernement turc : " Vous avez poussé la frontière de l’Europe jusqu’à nos portes. Vous n’avez pas besoin d’aller chercher du gaz naturel à des milliers de km d’ici. Nos ressources de pétrole et de gaz sont à votre disposition, et vos ports sont les nôtres ".

La Turquie a décidé de modifier le statut de sa mission diplomatique à Bagdad, de permettre des " vols humanitaires " vers la capitale irakienne, et d’ouvrir un second poste frontalier et de rétablir le trafic ferroviair entre les deux pays. Ankara devrait fournir un équipement technique à l’aviation civile irakienne et également former son personnel en échange de quoi les prestations de service dues par les vols de Turkish Airlines ne seront pas facturées.

LE CHEF DU HADEP CONDAMNÉ À DIX MOIS DE PRISON


Le président du parti pro-kurde de la démocratie du peuple (HADEP) Ahmet Turan Demir a été condamné, le 14 novembre à dix mois de prison pour "propagande séparatiste" par une Cour de sûreté de l’Etat d’Izmir. "M. Demir a été condamné pour avoir prononcé en 1998 un discours à contenu séparatiste alors qu’il était le chef provincial à Izmir du Hadep", a déclaré son avocat Me Sedef Ozdogan.

Selon l’acte d’accusation, M. Demir a promis dans son discours à "nos martyrs, qui nous guident sur le chemin de la liberté, de parvenir le plus tôt possible à l’objectif qu’ils visent". La Cour a estimé qu’il faisait allusion aux combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Mais selon Me Ozdogan, il faisait allusion aux responsables politiques kurdes qui ont été tués, et non aux militants du PKK. En février et juin dernier, M. Demir avait déjà été condamné à un an, puis 3 ans et neuf mois de prison pour des accusations similaires.

LE PARLEMENT EUROPÉEN RECONNAÎT LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN


Le Parlement européen a, le 15 novembre, adopté une résolution demandant à la Turquie de reconnaître publiquement le génocide arménien et de retirer ses troupes du nord de Chypre.

La Turquie a tout de suite dénoncé en termes vifs la mention du génocide arménien ainsi que des problèmes de Chypre et des Kurdes dans le rapport du Parlement européen. "Le rapport, malgré certaines approches positives, contient des phrases malheureuses sur le retrait des troupes turques de Chypre, le règlement de la question kurde et le génocide arménien", a souligné le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué. Ces références sont dues à un "complexe" et à "des sentiments d’hostilité basées sur des raisons religieuses", selon le ministère. "Il serait beaucoup plus bénéfique et approprié que le Parlement européen fasse des observations constructives basées sur des faits historiques et prenne des décisions objectives au lieu de juger l’histoire et la culture d’un pays", ajoute le communiqué.

"La Turquie a mené l’opération de paix de 1974 conformément à ses droits et obligations internationaux découlant de son statut de garant de l’île", souligne le texte. Selon lui, quelques 35.000 soldats turcs sont stationnés dans le nord pour "maintenir la paix et la sécurité et éviter une répétition des massacres commis par les Chypriotes grecs contre la partie turque".

Le ministère dénonce également la mention d’un règlement de la question kurde: "Que cela soit clair

dès le départ, il n’existe pas de problème kurde en Turquie".

LE SÉNAT FRANÇAIS VOTE ENFIN LA RECONNAISSANCE DU GÉNOCIDE ARMÉNIEN


Dix-huit mois après le vote d’une proposition de loi à l’Assemblée nationale en mai 1998 énonçant que " la France reconnaît publiquement le génocide arménien ", le Sénat français a, le 8 novembre, reconnu à son tour par 164 voix contre 40 (4 abstentions) le génocide arménien. Les massacres et déportations d’Arméniens entre 1915 et 1917, sous l’Empire ottoman, ont fait jusqu’à 1,5 million de morts. La Turquie reconnaît des massacres ayant fait entre 250 000 et 500 000 morts, mais rejette la thèse d’un génocide et parle d’une répression dans un contexte de guerre civile.

Le vote français est intervenu cette semaine moins de deux mois après que la Chambre des représentants américains eut retiré in extremis, mais provisoirement, une résolution comparable, sous la pression de Bill Clinton. Le 27 février dernier, la Conférence des présidents du Sénat avait refusé d’inscrire à son ordre du jour la proposition de loi craignant des réactions d’Ankara à la veille d’un voyage de Jacques Chirac en Turquie où devaient être discutés des contrats industriels. Le gouvernement et l’Elysée s’étaient opposés depuis le début à cette proposition de loi, refusant de la transmettre au Sénat pour des raisons économiques et politiques.

À l’annonce du vote, le gouvernement turc a vivement critiqué la décision du Sénat et le ministère turc des affaires étrangères ainsi que des députés ont publié des communiqués dénonçant un " complot international contre la Turquie ". Ankara affirmé que " cette décision revient à distordre fâcheusement les réalités historiques et à calomnier une nation entière par des allégations dénuées de tout fondement ".

Quelques voix se sont cependant élevées pour soutenir que la Turquie devait faire face sans crainte à son histoire et en débattre. Ainsi, Dogu Ergil, professeur à la faculté de sciences politiques d’Ankara, remarque: " Il y a un trou noir dans l’histoire avant la République qui n’a jamais été comblé… Ce qui prête le flanc au surgissement régulier de cette question est le fait que la Turquie emploie encore les mêmes méthodes aujourd’hui - contrainte, violence, et déplacement de population–pour traiter la question kurde dans le Sud-est ".

Le texte adopté au Sénat, devra retourner à l’Assemblée pour avoir force de loi. Ankara redoute à présent d’avoir à faire face à d’autres votes, en particulier en Italie où des députés ont soumis un projet de loi comparable.