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Bulletin N° 497 | Août 2026

 

 

TURQUIE : ADOPTION D'UNE LOI-CADRE POUR LE DÉSARMEMENT DU PKK

Au terme de plus de douze heures de débats, le Parlement turc a adopté, le 10 août, une loi encadrant le désarmement du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le retour à la vie civile de ses combattants ayant déposé les armes.

Cette loi, intitulée « Loi sur le renforcement de la solidarité nationale et de l'intégration sociale », a été adoptée à une très large majorité de 468 voix sur 562. Les députés du parti gouvernemental AKP, de son allié d'extrême droite MHP et du parti pro-kurde DEM ainsi que la plupart des élus du Yeni Parti (Nouveau Parti) d'Özgür Özel ont voté en faveur de la loi. Ceux du parti ultra-nationaliste İYİ Parti et certains députés du vieux Parti républicain du peuple, nationaliste, soit au total 88 députés, ont voté contre. 6 se sont abstenus.

Élaborée au terme de près d'un an de discussions, de consultations et d'auditions au sein d'une commission ad hoc de la Grande Assemblée nationale, présidée par le président de celle-ci, cette loi comporte 12 articles qui fixent les conditions de « suspension des poursuites et des peines » pour les membres de « l'organisation terroriste PKK-KCK ».

Son article premier énonce que cette loi a pour objectif de faire établir par les autorités de sécurité que « l'organisation de terreur PKK-KCK et toutes sortes d'organisations qui lui sont liées ont effectivement mis fin à leur existence », qu'elles ont rendu « des armes et des munitions de toute sorte en leur possession » et qu'une fois « ce constat confirmé par la publication dans la Gazette officielle d'un décret du Conseil national de sécurité », seront déterminées les modalités d’ajournement des poursuites en cours et de l'exécution des peines prononcées ainsi que les autres procédures à suivre.

À l'exclusion des meurtres et des crimes commis dans le cadre des actions de l'organisation avant le 1.6.2005, passibles de réclusion à perpétuité, les condamnations allant jusqu'à 15 ans de prison seront suspendues pendant 5 ans. Les poursuites et peines passibles de plus de 15 ans de prison ou de réclusion à perpétuité seront suspendues pendant 10 ans. Les dossiers et documents relatifs à ces poursuites seront conservés. En cas de récidive pendant les périodes de suspension, les peines seront exécutées. En cas de non-récidive, les dossiers de condamnation et de poursuites seront classés sans suite.

Cette loi-cadre n'est donc pas une loi d'amnistie partielle, encore moins totale. Elle exclut les condamnations antérieures à 2005, dont celle, entre autres, du chef du PKK, Abdullah Öcalan, détenu depuis 1999 dans l'île-prison d'İmralı, près d'Istanbul.

Cette loi est surtout conditionnelle : elle n'entrera en vigueur qu'une fois constaté le désarmement total du PKK par les services de sécurité turcs, qui doivent établir un inventaire détaillé et précis des armes et équipements militaires déposés par les combattants du PKK dans des centres qui seront établis au Kurdistan irakien. Le constat de désarmement doit ensuite être confirmé par un décret du Conseil national de sécurité pour que le mécanisme juridique de suspension ou d’ajournement des peines puisse être déclenché. Les bénéficiaires potentiels doivent alors s'adresser aux instances judiciaires turques appropriées pour obtenir cette suspension de peine.

D'après les estimations des députés turcs, sur les quelque 10 000 prisonniers politiques kurdes, environ 3 500 pourraient bénéficier de cette mesure, qui pourrait être suivie d'autres.

On est évidemment loin d'une « paix des braves » ou d'une réconciliation digne de ce nom. À aucun moment cette loi ne mentionne même le mot kurde, ni n'évoque une quelconque reconnaissance des droits du peuple kurde. Il s'agit d'une procédure de liquidation d'une guérilla qui, après avoir mobilisé toute une génération de jeunes Kurdes pour un Kurdistan indépendant, rend les armes sans avoir obtenu un minimum de droits culturels et linguistiques ou une autonomie pour une population d'environ 26 millions de Kurdes de Turquie.

L'amertume est grande au sein de la population qui a souffert de ces quatre décennies de guerre, qui a fait plus de 50 000 morts et plus de 2 millions de déplacés. D'autres sont soulagés que la guerre dévastatrice prenne enfin fin. D'autres encore, comme certains dirigeants du PKK, estiment qu'il s'agit d'un premier pas dans la bonne direction.

Pour l'un des chefs du PKK, Murat Karayılan, « cette loi est un pas nouveau et important. Mais elle a de nombreuses lacunes et erreurs. Avant tout, elle ne comprend pas le leader Apo, architecte de ce processus. De même, le mot kurde n'y figure pas. On ne parle pas de démocratie. Elle réduit la question au désarmement du PKK. Or cette question se pose depuis un siècle. Il y a une approche étriquée. Cette approche étriquée n'apportera pas de solution, sans aucun doute. En conséquence de quoi la guérilla a-t-elle surgi sur la scène de l'histoire ? Si on ne comprend pas bien cela, il n'y aura pas de règlement radical de la question » (Rûdaw, 17 août).

Il a, à cette occasion, révélé que depuis la fondation, en 1976, du PKK, 25 922 militants avaient été tués dont 3262 dans la guerre contre DAECH et qu'en comptant ceux dont la mort n'a pas été répertoriée, le nombre de morts était d'environ 27 000. Ce chiffre ne comprend pas les dizaines de milliers de victimes civiles kurdes de la guerre et les disparus. L'armée turque aurait, elle, perdu environ 5 000 soldats et miliciens.

 

De son côté, la présidence turque a salué « un pas important vers la mise en œuvre d'une Turquie sans terrorisme. Cette étape historique renforcera la paix ainsi que l'unité et l'intégrité de notre pays » (France 24, 10 août).

Le chef du Yeni Parti, principale formation de l'opposition, Özgür Özel, estime que seules « la paix, la démocratie et la justice serviront de remède » pour la Turquie.

La mise en œuvre de la loi-cadre nécessite la création, sous l'autorité du vice-président de la République, de plusieurs comités techniques et d'une commission de suivi du Parlement.

Aucun calendrier précis n'est avancé pour les étapes suivantes, mais Ankara a déjà dépêché des émissaires à Bagdad et à Erbil pour solliciter leur aide pour le processus de désarmement de la guérilla du PKK. Le 13 août, la délégation de « médiateurs » du parti DEM, qui fait la navette entre le chef du PKK et les autorités turques, a été reçue pendant plus d'une heure par le président turc, qui a signé le 17 août cette loi-cadre, aussitôt publiée dans la Gazette officielle turque.

Face aux critiques de son électorat kurde, le parti DEM a choisi de présenter la loi-cadre comme un mécanisme permettant de passer du conflit armé à la politique démocratique. Il promet de poursuivre son combat pour l'obtention de droits plus larges, comme la reconnaissance de l'identité et de la langue kurdes, dans le cadre de réformes politiques et constitutionnelles ultérieures.

En attendant, les anciens dirigeants de ce parti comme Selahattin Demirtaş sont toujours en prison et plusieurs maires kurdes élus, comme Ahmet Türk de Mardin et Ahmet Özer d'Esenyurt (Istanbul), destitués et remplacés par des administrateurs nommés par le gouvernement, n'ont toujours pas retrouvé leurs postes.

Sous la présidence d'Erdogan, des droits linguistiques limités ont été reconnus. L'usage du kurde n'est plus interdit. Il y a une chaîne de télévision publique, TRT 6, qui diffuse des programmes, souvent à connotation religieuse, en kurde. Le ministère de la Culture a publié des œuvres de poètes classiques kurdes des XVIe et XIXe siècles.

Des cours de kurde optionnels sont proposés aux enfants dans les provinces kurdes. Pour la rentrée 2026, plus de 60 000 enfants sont inscrits dans ces cours. Il y a des départements de langue et littérature kurdes dans six universités du Kurdistan. 448 étudiants y suivent des études de licence, de master et de doctorat.

Ces avancées, inédites dans l'histoire de la République turque qui, jusqu'en 1992, interdisait l'usage même oral de la langue kurde, paraissent symboliques, voire « homéopathiques », pa  la grande majorité des Kurdes qui réclament la reconnaissance officielle du kurde comme autre langue nationale du pays et un système éducatif en kurde afin de préserver et de transmettre cette langue millénaire aux générations futures.

Les exemples catalan et basque sont souvent cités dans le débat et certains intellectuels kurdes demandent au nom de quel principe la Turquie demande un État confédéré pour les 200 000 Turcs chypriotes et refuse aux 26 millions de Kurdes de Turquie des droits élémentaires comme l'enseignement dans leur langue maternelle.

Le sort des Kurdes en Turquie est souvent évoqué par les dirigeants israéliens en conflit avec Ankara. De son côté, le président turc continue ses polémiques virulentes contre le Premier ministre israélien, contre lequel la justice turque a émis un mandat d'arrêt international. Washington, qui pénalise les juges de la Cour pénale internationale pour ses poursuites contre Benjamin Netanyahu, a choisi de ne pas réagir contre les diatribes d'Erdogan, dont l'influence sur le Hamas et sur le régime syrien est appréciée.

SYRIE : L'AUTO-DISSOLUTION DES FORCES DÉMOCRATIQUES SYRIENNES

Le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), le général Mazloum Abdi, a annoncé le 25 août, depuis le Palais présidentiel de Damas, « la fin de la mission des Forces démocratiques syriennes » et déclaré « en toute responsabilité leur dissolution en tant que force militaire indépendante ».

Dans un discours d'abord en arabe puis en kurde, prononcé après sa rencontre avec le président par intérim syrien devant un parterre de hauts responsables militaires et civils kurdes et arabes, il a notamment déclaré : « Depuis la création des FDS, leurs combattants ont assumé une grande responsabilité durant l'une des périodes les plus difficiles pour la Syrie. Ils ont libéré de nombreuses villes et localités syriennes d'abord du régime baassiste, puis du terrorisme de Daech. Les circonstances ont changé aujourd'hui et le pays est entré dans une nouvelle phase placée sous le signe de la paix et de la participation ».

Selon la télévision d'État, l'annonce du général Abdi prévoit également la dissolution de l'administration autonome kurde ainsi que de toutes les structures militaires et civiles qui en dépendent et leur intégration complète dans les institutions de l'État syrien. Le chef des FDS a précisé que « la dissolution de ces forces intervient après l'accord conclu le 29 janvier 2026 avec le président al-Charaa et l'achèvement du processus d'intégration de nos forces au sein des brigades de l'armée syrienne ».

Le 28 août, le président syrien a nommé Mazloum Abdi conseiller à la présidence en charge des affaires kurdes. Le même jour, le ministère syrien de l'Éducation a publié une ordonnance « autorisant l'enseignement de la langue kurde dans les écoles publiques et privées dans les régions où les citoyens kurdes forment une part notable des habitants », en application d'un décret présidentiel reconnaissant le kurde comme langue nationale (France 24, 28 août).

La dissolution des FDS marque la fin d'une époque. Ces forces, créées en 2015 avec le soutien des États-Unis et de la Coalition internationale de lutte contre Daech, comptaient, jusqu'à la chute du régime des al-Assad, environ 100.000 combattants kurdes et arabes. Elles contrôlaient et administraient près de 30 % du territoire syrien. Elles ont vaincu, en 2019, après d'âpres batailles, l'État islamique et libéré les territoires où il sévissait. Elles ont capturé et gardé dans leurs camps et leurs prisons près de 6.000 jihadistes dangereux et plus de 60.000 de leurs proches pour la sécurité de l'ensemble de la communauté internationale.

Plus de 13.000 jeunes combattants kurdes ont été tués et des milliers d'autres blessés dans cette guerre contre le terrorisme islamiste. Le courage des femmes kurdes dans ces combats a suscité l'admiration de l'opinion publique internationale, inspiré des films, des romans, des mangas. Puis, victimes de marchandages entre l'administration Trump et la Turquie d'Erdogan, protecteur du nouveau régime islamique de Damas, les FDS ont été abandonnées par leurs alliés et « frères d'armes » d'hier, trahies par des tribus arabes changeant d'alliance au gré des circonstances et des avantages financiers. Elles ont dû se résoudre à « intégrer » l'armée syrienne, un conglomérat disparate d'une quarantaine de milices islamistes ou mercenaires de l'armée turque. Une épopée s'achève ainsi dans l'indifférence de l'opinion publique internationale.

Les brigades de femmes sont, elles, toujours exclues de ce processus d'intégration car, pour le régime islamique de Damas, toute présence militaire féminine est illicite (haram). Le 25 août, la commandante des YPJ (Unités de protection des femmes), Newroz Ahmed, a rencontré à Damas le président syrien Ahmed al-Charaa pour discuter avec lui du sort de ses forces. Celui-ci propose leur intégration à la police des régions kurdes.

Les FDS étaient perçues comme garantes des droits des Kurdes et de la pérennité des institutions autonomes kurdes en Syrie. Leur auto-dissolution scelle pour une durée imprévisible le rêve d'autonomie kurde en Syrie. La reconnaissance officielle de ces droits va désormais dépendre du bon vouloir du tout-puissant président par intérim syrien et de l'agrément de ses protecteurs turcs.

Les institutions de la société civile kurde créées au cours de la dernière décennie restent actives et dynamiques. Elles se focalisent désormais sur l'enseignement en langue kurde à tous les échelons de la scolarité et sur les droits des femmes. Le pouvoir syrien ne veut concéder que la possibilité d'un enseignement optionnel de 2 à 3 heures par semaine de la langue kurde dans les écoles publiques, comme c'est désormais le cas en Turquie. De même, la signalétique kurde dans l'espace public est sous la pression des nouvelles autorités syriennes, tout comme l'appareil judiciaire de l'ex-administration autonome kurde et ses lois garantissant l'égalité des sexes et celle des religions et croyances. Une période difficile et conflictuelle semble se dessiner.

Autre sujet de conflits récurrents : le retour dans leurs foyers des déplacés kurdes ayant fui l'occupation turque des cantons kurdes syriens. Fin août, environ 16 000 familles kurdes étaient de retour à Afrin depuis le début de l'année. Beaucoup ont pu retrouver leurs villages et leurs maisons, souvent dévastés, et ont entrepris le travail de reconstruction. D'autres restent encore dans des centres d'hébergement temporaires, manquant souvent d'eau potable, d'électricité et des services de base.

Il y a encore dans le canton d'Afrin près de 7 000 familles de déplacés des régions arabes de Syrie qui attendent leur rapatriement dans des conditions de survie pénibles (Rûdaw, 6 août).

Le 10 août, un convoi de 400 familles kurdes déplacées par l'invasion turque a tenté de retourner à Serê Kaniyê (Ras al-Aïn) dans le cadre du programme de retour l'accord kurdo-syrien du 29 janvier. Leur retour a rapidement dégénéré en violences.

Les familles désarmées ont été agressées, menacées et intimidées à leur arrivée à Serê Kaniyê par des miliciens arabes auxiliaires de l'armée turque, devenus soldats de l'armée syrienne, qui occupent des maisons appartenant à ces déplacés kurdes. Les attaques filmées, dont les images ont circulé sur les médias sociaux, ont déclenché des manifestations dans tout le Rojava.

Les manifestants ont réclamé une protection pour ces familles et la garantie de leur retour sain et sauf sur leurs terres et dans leurs foyers, ainsi que le jugement des auteurs des violences. Les partis politiques kurdes ont condamné les attaques et accusé les factions armées et les miliciens occupant illégalement les maisons des déplacés de chercher à empêcher les retours et à entériner les changements démographiques imposés après l'invasion turque de 2019.

Les préparatifs de nouveaux convois ont été suspendus jusqu'à ce que des garanties sécuritaires et juridiques puissent être mises en place. Des dizaines de milliers de déplacés de Serê Kaniyê restent donc dans l'attente de garanties d'un retour sûr et paisible.

Des conflits entre les déplacés de retour et les miliciens arabes occupant leurs terres et leurs maisons se sont également produits dans le district de Girê Spî (Tel Abyad) et dans d'autres localités kurdes.

La menace des cellules dormantes de l'État islamique persiste toujours. Le 11 août, des hommes armés ont attaqué un poste appartenant à la brigade de Qamishlo de la 60e division de l'armée syrienne, une formation qui faisait auparavant partie des FDS. Deux combattants ont été tués et deux blessés, dont l'un a succombé plus tard à ses blessures.

Une opération sécuritaire conjointe du ministère de la Défense et des forces locales de sécurité intérieure a été menée contre des positions présumées de l'État islamique dans la province de Hassaké. Depuis le début de l'année, au moins 68 attaques de Daech ont été enregistrées à travers la Syrie, dont les deux attentats spectaculaires perpétrés en juillet dernier à Damas.

Deir ez-Zor, région frontalière avec les provinces arabes sunnites de l'Irak, reste le principal foyer d'activités de Daech.

Le nouveau régime continue de soigner ses relations extérieures. Il est parvenu à conclure un accord avec Moscou sur le sort des bases russes situées sur la côte méditerranéenne. Selon l'annonce faite le 9 août par le ministère syrien des Affaires étrangères, les installations portuaires du port de Tartous et de l'aéroport de Hmeimim situées sur la côte méditerranéenne seront transformées « en centres conjoints de formation ». Elles étaient utilisées jusqu'à fin 2024 dans des opérations militaires russes en soutien au régime de Bachar al-Assad. Beaucoup de dissidents syriens sont morts sous les bombes russes pendant près de 10 ans (France 24, 9 août).

Par ailleurs, l'Agence internationale de l’énergie atomique a annoncé le 18 août la découverte de « quelques tonnes de matières nucléaires » sur un site syrien non déclaré. L'Agence n'a pas communiqué sur le type de matières fissiles, uranium ou plutonium, ni sur leur niveau d'enrichissement. En 2007, Israël avait bombardé le site d'Al-Kibar en Syrie où se trouvait un « réacteur nucléaire » construit, selon les États-Unis, avec l'aide de la Corée du Nord et destiné à produire du plutonium. Damas a fait preuve de bonne volonté pour coopérer avec le gendarme du nucléaire sur ce dossier sensible (RFI, 18 août).

Le nouveau régime mène aussi une offensive de charme auprès des investisseurs des pétromonarchies du Golfe. Dans un pays dévasté par 14 années de guerre, tout est à reconstruire. Un fonds souverain syrien, dirigé par le propre frère du président par intérim al-Charaa, pilote ces projets. Des investisseurs du Golfe ont, selon les médias syriens, signé des accords pour la construction de 40 000 logements dans l'agglomération de Damas et autour de la ville côtière de Lattaquié pour une valeur totale de 20 milliards de dollars.

L'imposant quartier général de l'état-major de l'armée syrienne, situé au cœur de Damas, qui avait subi des bombardements israéliens l'année dernière, va devenir un complexe touristique de luxe. Les biens de l'État sont cédés dans des conditions opaques à des investisseurs privés arabes. Les Occidentaux restent prudents en raison des incertitudes qui règnent sur l'avenir du nouveau régime.

IRAK : RETRAIT DE LA COALITION INTERNATIONALE DU KURDISTAN

La coalition internationale pour la guerre contre Daech dirigée par les États-Unis a commencé le retrait de ses forces du Kurdistan, un retrait qui doit s'achever avant le 30 septembre 2026 conformément à un accord conclu avec le gouvernement irakien.

Les forces de la coalition avaient déjà évacué leurs bases situées dans les régions arabes de l'Irak et remis ces bases à l'armée irakienne il y a un an. Les bases du Kurdistan ont bénéficié d'une prolongation d'un an en raison des nécessités opérationnelles et logistiques pour les actions menées dans le Rojava et pour la protection aérienne du Kurdistan.

L'administration Trump a décidé, fin décembre, de s'allier désormais au nouveau régime syrien pour la poursuite de la guerre contre la résurgence de Daech. En janvier dernier, par la voix de l'ambassadeur américain à Ankara Tom Barrack, elle a signifié la fin de l'alliance avec les Forces démocratiques syriennes (FDS). En conséquence, les troupes américaines présentes au Rojava se sont retirées et ont remis leurs bases à l'armée syrienne, qui a également pris la responsabilité des camps et prisons de détention des jihadistes. Près de 6 000 jihadistes détenus par les FDS ont été transférés en Irak où ils vont être jugés.

Dès lors, la mission de la coalition internationale au Kurdistan se limitait à la formation des Peshmergas kurdes et à la défense aérienne des bases à Erbil et Harir contre les attaques de drones et missiles iraniens.

Début août, les forces américaines et alliées ont commencé à réduire leurs effectifs et leurs moyens de défense aérienne à l'aéroport international d'Erbil. Cependant, le CENTCOM a refusé de confirmer ou de démentir les informations selon lesquelles les systèmes Patriot auraient été retirés d'Erbil.

Le 26 août, l'Allemagne a officiellement mis fin à sa mission militaire de conseil dans la Région du Kurdistan lors d'une cérémonie organisée au Camp Stephan, près de l'aéroport d'Erbil. Le contingent allemand opérait depuis 2015 au Kurdistan, assurant la formation, le conseil et une assistance logistique aux Peshmergas pendant et après la guerre contre l'État islamique. Ce contingent comptait encore une trentaine de membres au Kurdistan au moment de ce retrait.

À son apogée en 2015-2017, la coalition internationale comptait près d'une centaine de pays, dont, outre les Américains, des Français, des Britanniques, des Allemands, des Italiens, des Australiens, etc. Les effectifs se sont beaucoup réduits depuis la reprise de tous les territoires contrôlés par Daech en 2017. La fraternité d'armes dans le combat commun contre Daech a tissé des liens forts entre les Peshmergas kurdes et les soldats de la coalition alliée.

Le calendrier de retrait des forces de la coalition, en pleine guerre entre l'Iran et les États-Unis, suscite de vives inquiétudes au sein de la population kurde car le Kurdistan va être privé de tout système de défense aérienne contre les attaques de missiles et drones iraniens.

Ces attaques se sont poursuivies tout au long du mois d'août, notamment contre les camps des partis kurdes iraniens réfugiés au Kurdistan irakien. On a dénombré dans la première quinzaine d'août 16 attaques de drones et 3 attaques de missiles contre des cibles dans les gouvernorats d'Erbil et de Souleimaniye.

Le 11 août, trois missiles ont frappé les positions de l'organisation kurde d'opposition Komala dans la vallée d'Alana, dans le gouvernorat d'Erbil, blessant deux combattants kurdes. Le 14 août, trois drones explosifs ont été interceptés au-dessus d'Erbil.

L'incident le plus grave est survenu le 17 août. Deux drones Hadid-110 chargés d'explosifs ont pris pour cible le bureau privé du Premier ministre kurde Masrour Barzani ainsi que la résidence du chef de l'Agence de sécurité et de renseignement de la Région du Kurdistan à Pirmam, près d'Erbil. L'unité antiterroriste du Kurdistan a déclaré que les deux drones avaient été lancés depuis le territoire iranien aux alentours de 00 h 28. Aucune victime n'a été signalée.

Cette attaque directe contre le bureau du Premier ministre a été perçue comme une menace directe contre la sécurité du Kurdistan et la souveraineté de l'Irak. De très nombreuses personnalités étrangères, dont le président français, ainsi que le secrétaire général de l'ONU, ont vivement condamné cette attaque.

Bagdad a réagi en créant une commission d'enquête chargée de déterminer l'origine de l'attaque et d'en identifier les auteurs. Le Premier ministre irakien a téléphoné à son homologue kurde et condamné la frappe. Le ministre irakien des Affaires étrangères, Fuad Hussein, a demandé une explication officielle à Téhéran.

Cependant, le régime iranien a nié toute responsabilité dans l'attaque. Le ministre iranien des Affaires étrangères a même condamné la frappe et suggéré qu'elle pouvait avoir été destinée à créer une hostilité entre les Kurdes et Téhéran.

Dans ce climat de tensions régionales et d'insécurité, le Kurdistan a continué de souffrir d'une certaine pénurie d'essence en raison notamment de l'arrêt de la production locale et de l'insuffisance du quota alloué par Bagdad. Celui-ci est de 50 000 barils par jour alors que les besoins nécessitent environ 126 000 à 140 000 barils par jour.

Le gouvernement régional du Kurdistan a maintenu le prix de l'essence ordinaire subventionnée à 750 dinars irakiens le litre (environ 45 centimes d'euro) et distribué environ 3,5 millions de litres d'essence subventionnée par jour. Fin août, certaines compagnies, dont Gulf Keystone Petroleum, ont repris leurs opérations et la situation s'est progressivement améliorée.

Le 1er août, l'Irak et la Turquie ont convenu de prolonger d'un an l'accord relatif à l'oléoduc Irak-Turquie reliant Kirkouk au port turc de Ceyhan, qui a une capacité d'environ 750 000 barils par jour. Mais les exportations via cet oléoduc sont tombées à environ 120 000 à 135 000 barils par jour en août contre près de 300 000 barils par jour en juillet, en raison du contexte sécuritaire ayant poussé les compagnies pétrolières à suspendre leur production.

Le difficile dialogue entre Bagdad et Erbil sur les différends, notamment financiers, qui les opposent s'est poursuivi en août. Après plusieurs semaines de retard, le gouvernement fédéral a transféré, le 17 août, au Kurdistan 830,782 milliards de dinars irakiens (environ 526 millions euros) pour le règlement des salaires de juillet des fonctionnaires et les pensions des retraités. Le retard serait en partie lié à un problème de liquidités en Irak. Des négociations vont s'engager désormais sur la dotation financière du Kurdistan dans le projet de budget fédéral irakien de 2027.

Sur le plan diplomatique, signalons la visite à Bagdad du président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf pour s'assurer du soutien de ses alliés chiites. À cette occasion, le conseiller à la sécurité nationale de l'Irak, Qasim al-Araji, a réaffirmé que l'Irak interdit toute présence sur son territoire de groupes armés menaçant d'autres pays, allusion claire aux partis kurdes iraniens réfugiés au Kurdistan irakien. Téhéran demande leur désarmement, voire leur extradition, ce que Bagdad promet régulièrement sans avoir les moyens de tenir ses promesses (Rûdaw, 20 août).

De son côté, le président du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a effectué une visite très médiatisée à Damas le 3 août, où il a été reçu avec tous les honneurs par le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa. Le président Barzani, qui avait joué un rôle majeur dans la conclusion de l'accord kurdo-syrien du 29 janvier, a poursuivi ses efforts pour relancer le processus de l'intégration équitable des Kurdes dans les institutions de l'État syrien. À l'issue de la rencontre, le président Barzani a réaffirmé son « soutien à une Syrie stable et prospère où les droits de toutes les composantes ethniques et religieuses sont préservés ». Il a plaidé auprès de son interlocuteur en faveur des droits linguistiques et culturels des Kurdes et cité l'exemple du Kurdistan irakien où toutes les communautés bénéficient d'un enseignement dans leur langue dans les écoles (RFI, 4 août).

En août, plusieurs réunions ont eu lieu entre les dirigeants des deux principaux partis kurdes, le PDK et l'UPK, sans parvenir toutefois à se mettre d'accord pour la formation d'un nouveau gouvernement de coalition.

IRAN : GUERRE D'USURE ET RÉPRESSION

La guerre d'usure qui oppose l'armée américaine aux Gardiens de la révolution depuis la rupture de l'accord de cessez-le-feu de juin 2026 suit désormais un rythme de croisière et se focalise pour l'essentiel autour du détroit d'Ormuz. Les Iraniens prétendent imposer leur contrôle sur la navigation dans ce détroit stratégique et bombardent de temps à autre des navires commerciaux qui, souvent de nuit et sous escorte américaine, traversent le détroit en longeant les côtes d'Oman.

L'armée américaine riposte en bombardant à son tour les îles et îlots iraniens du détroit, comme l'île de Qeshm, les installations militaires et portuaires de la côte iranienne. Elle poursuit surtout un blocus maritime strict empêchant les navires et tankers à destination ou en provenance des ports iraniens. Un blocus qui interdit  les exportations du pétrole iranien et asphyxie chaque jour davantage l'économie iranienne, qui risque de s'effondrer à brève échéance.

Les dirigeants iraniens, divisés face à l'attitude à adopter envers les Américains, tentent de leur faire payer le prix le plus élevé possible en empêchant à leur tour les exportations pétrolières des pays du Golfe et en bombardant les bases américaines de la région avec une efficacité certaine grâce aux renseignements fournis par les satellites russes et à des missiles balistiques et de croisière de conception russe, mais assemblés et rebaptisés en Iran.

Ils espèrent que la montée en flèche du prix du baril et du litre d'essence à la pompe va obliger Trump à revenir à la table des négociations et à accepter les conditions de plus en plus maximalistes de Téhéran qui, outre la reconnaissance de sa souveraineté sur le détroit d'Ormuz, veut un déblocage immédiat de ses 24 milliards de dollars d'avoirs gelés et rejette toute ingérence extérieure dans ses programmes nucléaires et balistiques.

Pour renforcer sa main, le régime iranien cherche depuis des mois à trouver un accord avec le sultanat d'Oman, autre pays riverain du détroit d'Ormuz, sur la gestion en commun de la navigation dans cette voie d'eau (The New York Times, 3, 8 et 9 août). Téhéran cherche aussi à nouer le dialogue avec les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, durement touchés par la guerre et déçus par le manque d'efficacité de la protection américaine, et à trouver un modus vivendi. Mais les pays arabes du Golfe ne sont pas dupes. Ils perçoivent clairement que le mot d'ordre iranien d'un « Proche-Orient sans gendarme américain » cache à peine le dessein stratégique séculaire de la République islamique de domination régionale !

Combien de temps va durer cette guerre d'usure de basse intensité où les Américains épuisent leurs missiles et leurs stocks de munitions coûteux pour la plus grande joie des Chinois et des Russes ? Qui va ciller le premier dans ce bras de fer, se demande un éditorialiste du New York Times (20 août) ?

Le régime iranien, qui pense avoir le temps pour lui et qui se dit prêt pour une confrontation de longue durée pour « infliger une leçon inoubliable à l'Amérique arrogante », semble miser sur l'inconstance du président Trump et la lassitude de l'opinion publique américaine.

Le président américain, lui, compte sur l'effondrement de l'économie iranienne à la suite du blocus naval et fait pour l'instant la sourde oreille aux appels à la modération et à la conclusion rapide d'un « deal » pour mettre un terme à la guerre. Il affirme que la confrontation durera jusqu'aux élections américaines du 3 novembre et qu'elle pourrait cesser après, sans exclure la possibilité d'une nouvelle escalade en fin d'année avant l'entrée en fonction du Congrès nouvellement élu.

Le vice-président Vance refuse de parler d'une guerre ; il préfère évoquer des opérations pour assurer le libre passage dans le détroit d'Ormuz.

Victime collatérale majeure du conflit, en raison notamment des perturbations dans son approvisionnement en pétrole et en gaz et du coût croissant de l'énergie et des carburants pour ses citoyens, l'Europe, divisée, reste aphone, inaudible et quasi absente de la table des négociations.

La population iranienne est, elle, la principale victime de cette guerre dont les conséquences économiques sont terribles pour le coût de la vie. Faute d'approvisionnement en matières premières et en marchandises d'importation, l'industrie est quasiment à l'arrêt, le commerce tourne au ralenti. Le chômage bat chaque mois de nouveaux records, la monnaie nationale dégringole, l'hyperinflation sévit. Ceux qui ont la chance d'avoir encore un emploi ont du mal à survivre avec leur maigre salaire. Un professeur de lycée gagne environ 50 dollars par mois. Comment faire vivre une famille ou même survivre avec un tel salaire de misère ? (Le Monde, 25 août).

Les médias d'État et les mollahs, dans leurs prêches dans les mosquées, ne cessent d'appeler la population à accepter les sacrifices au nom de leur foi et de la défense de la patrie en danger, citant à qui veut l'entendre des exemples des sacrifices, réels ou supposés, consentis en leur temps par des saints chiites pour la défense de leur foi, sacrifices allant jusqu'au martyre.

Ces prêches moralisateurs et édifiants n'ont de prise que sur les segments les plus pieux de la population. Dans sa grande majorité, celle-ci reste rétive et se bat surtout pour sa survie au quotidien. La répression massive des manifestations de décembre-janvier derniers étant encore très présente dans les esprits, peu de gens osent ou jugent utile de descendre dans la rue pour protester.

Et pour ceux qui s'y aventurent, le quadrillage policier et un appareil judiciaire expéditif apportent prestement une réponse ferme et brutale.

La répression ne vise plus les mœurs, le fait pour les femmes de porter ou non le voile islamique. Elle vise toute forme d'opposition au régime, toute protestation contre la guerre, toute forme de dissidence.

En raison des difficultés d'accès à Internet et aux réseaux sociaux, il n'est guère possible d'établir un bilan précis de la répression dans l'ensemble de l'Iran. Voici un résumé des informations collectées par des ONG de défense des droits humains, notamment l'ONG kurde Hengaw et le Washington Kurdish Institute sur la répression au Kurdistan iranien.

Le régime iranien a continué à exécuter des prisonniers kurdes tout au long du mois d’août, notamment des prisonniers condamnés dans des affaires de sécurité nationale.

Parmi les affaires les plus sensibles sur le plan politique figurait celle d’Omid Behzad, étudiant universitaire kurde de 21 ans originaire d’Urmia. Behzad a été exécuté à la prison centrale d’Urmia le 3 août aux côtés de Pouria Safvat après que les deux hommes eurent été accusés d’espionnage au profit d’Israël. Behzad était étudiant à l’Université islamique Azad d’Urmia et avait été arrêté en mars 2026.

Le 8 août, Payam Pakzad, prisonnier kurde de 41 ans originaire de Bojnord et père de quatre enfants, a été exécuté à la prison centrale de Zanjan. Le 18 août, Kaveh Refousheh, un homme kurde de 35 ans originaire de Senna, a été exécuté à la prison centrale de Senna malgré une mobilisation publique visant à empêcher l’exécution. Il avait été condamné à mort en vertu du qisas à la suite d’un homicide survenu lors d’une altercation environ trois ans plus tôt. Le soir précédant son exécution, des habitants et des militants de la société civile se sont rassemblés devant la prison, ont appelé à la clémence et scandé des slogans contre les exécutions. Le régime a exécuté la sentence tôt le lendemain matin.

Le lendemain, Donya Mohammadi, une femme kurde de 20 ans originaire d’Eyvan-e Gharb qui avait 18 ans au moment de son arrestation, et Khodad Mohammadi, enseignant kurde à la retraite et père de cinq enfants originaire de la même région, ont été exécutés à la prison centrale d’Ilam dans deux affaires distinctes. Tous deux avaient été emprisonnés pendant environ deux ans avant leur exécution le 19 août. Aucune des deux exécutions n’avait été annoncée publiquement par les médias d’État.

Également le 19 août, Mohsen Darabi, prisonnier kurde originaire de Kermanshah, a été exécuté à la prison centrale d’Ispahan pour des accusations liées à la drogue. Il avait été transféré à l’isolement avant l’exécution et a été mis à mort aux côtés de plusieurs autres prisonniers condamnés dans des affaires distinctes liées à la drogue. Son exécution n’a pas été annoncée publiquement par le régime.

Le 23 août, Ardalan Sabzi Balkhkhanlou, prisonnier kurde de 38 ans et père d’un enfant, a été exécuté à la prison de Makou après environ quatre années d’emprisonnement.

Le 10 août, les gardes-frontières du régime ont abattu Mohammad Towhid-Panah, un kolbar de 25 ans originaire de Saqqez, dans la zone frontalière de Hangeh-ye Zhal à Baneh. Les forces frontalières ont ouvert le feu à courte distance sur un groupe de kolbars sans avertissement préalable, tuant Towhid-Panah sur place. Il s’était marié environ quatre mois plus tôt et son épouse était enceinte.

 

Trois jours plus tard, Musa Zibapour, kolbar kurde originaire de Piranshahr et père de trois enfants, a été tué par des tirs directs des gardes du régime près de Baneh. Les forces frontalières ont ouvert le feu sans avertissement vers 16 heures le 13 août, le tuant sur place.

D’autres kolbars ont été grièvement blessés au cours des premiers jours d’août. Goran Khedri a été blessé par balle par les gardes-frontières le 4 août, tandis que Hassan Mostafazadeh a été blessé par balle le lendemain dans la même zone frontalière de Hangeh-ye Zhal et a dû être transféré vers un établissement médical à Tabriz en raison de la gravité de ses blessures. Bakhtiyar Amini, père de trois enfants originaire de Baneh, a été grièvement blessé à la jambe par l’explosion d’une mine terrestre dans la même zone frontalière.

Le 18 août, Milad Tabad, kolbar de 28 ans originaire de Marivan et père d’un enfant, est mort des suites de blessures infligées lorsque les forces frontalières du régime lui avaient tiré dans la tête près d’un an auparavant. Tabad avait été atteint par balle le 25 août 2025 dans les hauteurs frontalières de Tateh alors qu’il ne transportait aucune marchandise. Il a passé des mois en soins intensifs et est resté dans un état physique précaire avant de succomber à ses blessures le 18 août.

Le 19 août, les forces frontalières du régime ont tué Yousef Mamehpour dans la zone frontalière de Barda Spian, près de Sardasht. Mamehpour, un Kurde de 30 ans originaire du village de Vardeh et père d’un jeune garçon, transportait du bétail vers la Région du Kurdistan d’Irak lorsque les forces ont ouvert le feu. Une balle l’a atteint au niveau du rein et de l’abdomen et il est mort de ses blessures. Un autre civil kurde a été grièvement blessé au cours de la même fusillade.

La mort de Mamehpour reflète la réalité économique des communautés kurdes frontalières, où le travail de kolbar, le déplacement de bétail et le petit commerce transfrontalier se chevauchent fréquemment. Pour les familles de ces régions, ces activités restent une importante source de revenus, mais les forces du régime continuent de traiter ces routes comme des zones de sécurité dans lesquelles des civils kurdes non armés risquent d’être la cible de tirs meurtriers.

La violence a également touché des civils kurdes loin de la frontière. Le 20 août, Pouria Naderi, un Kurde yarsani de 29 ans originaire de Kermanshah, qui avait auparavant été arrêté lors du soulèvement Jin, Jiyan, Azadi, a été tué lors d’une opération des forces du ministère du Renseignement à Kermanshah. Naderi avait auparavant passé plusieurs mois en détention de sécurité et était resté sous la pression des services de sécurité. Un affrontement armé a éclaté après que les forces du renseignement l’eurent encerclé, faisant un mort, Naderi, et deux blessés parmi les agents du renseignement.

 

Le régime iranien a arrêté ou détenu au moins 66 citoyens kurdes au cours du mois d’août, les opérations étant concentrées dans l’ensemble du Rojhelat, notamment à Mahabad, Boukan, Marivan, Kamyaran, Piranshahr, Oshnavieh, Urmia, Sardasht, Senna, Divandarreh, Takab et Ilam.

L’une des premières opérations d’envergure s’est déroulée autour de Marivan et Kamyaran. Le 4 août, Jamal Rostami, 57 ans, membre fondateur d’une organisation caritative locale, a été arrêté à Kamyaran. Deux jours plus tard, les forces de sécurité du régime ont encerclé le village de Ney près de Marivan et ont arrêté Saman Khosravi, Hawre Parvazeh, Arya Maroufi, Zanyar Asvar, Poshtivan Tatar et Saro Roshani. Plusieurs de ces hommes étaient engagés dans des activités environnementales ou communautaires.

À Mahabad, Shirzad Payaniani, 32 ans, a été arrêté le 3 août après que des forces du ministère du Renseignement (Ettela’at) eurent perquisitionné le domicile de sa famille sans présenter de mandat. Le lieu où il était détenu n’a pas été divulgué après son arrestation. Le lendemain, Bahman Modirzadeh, membre du conseil municipal de Qotur, a été arrêté par les forces de renseignement des Gardiens de la révolution. Son arrestation faisait suite à une activité en ligne s’opposant aux exécutions.

L’Organisation Hengaw pour les droits humains a également signalé l’arrestation de Zanyar Fathi à Marivan, tandis que Rahim Hassanpour a été arrêté à Sardasht et transféré dans un centre de détention du renseignement des Gardiens de la révolution à Urmia. Le militant écologiste Awat Karami, connu pour son travail lié à la protection des forêts du Zagros, a été violemment arrêté à son domicile de Negel, près de Senna. Seyed Latif Sabri a ensuite été arrêté à Mahabad.

La répression a également touché des militants kurdes en dehors du Rojhelat. Shahriar Shams, ancien prisonnier politique et militant étudiant, a été arrêté à Téhéran le 11 août. Dans la province d’Ilam, Arian Tarvand, 21 ans, a été violemment arrêté par les forces de renseignement des Gardiens de la révolution à Mehran le 12 août. L’arrestation de Tarvand a fait suite à une opération du renseignement des Gardiens de la révolution à son domicile.

À la mi-août, le régime avait élargi la répression à Boukan, Miandoab, Mahabad et Oshnavieh. Le Kurdistan Human Rights a également indiqué qu’au moins 11 citoyens kurdes avaient été arrêtés dans ces quatre zones entre le 13 et le 15 août, dont Sediq Karimi, Masoud Alani, Kohneh-Ghaleh, Hadi Azizi, Omid Chavbazi, Amir Soleimani, Mohammad Hajizadeh, Shwana Divazi, Loghman Ghorbani, Rahman Khouzan, Esmaeil Badsar et Zakaria Badsar.

Des enfants ont également été entraînés dans les opérations de sécurité. Le 16 août, les forces de renseignement des Gardiens de la révolution ont fait irruption dans le village de Kachaleh, près d’Urmia, et ont arrêté Eyvaz Behnamoun, Shaban Ahmadvash et Ebrahim Ahmadvash. Bafrin Ahmadvash, une enfant kurde, a également été arrêtée au cours de l’opération.

À Piranshahr, Nazanin Hosseinpour, 34 ans et mère de deux enfants, a été arrêtée le 16 août après avoir été convoquée au bureau du ministère du Renseignement. Elle s’est vu refuser l’accès à un avocat et les visites de sa famille. Son père serait affilié à un parti d’opposition kurde hors d’Iran, ce qui inscrit son cas parmi plusieurs arrestations du mois d’août au cours desquelles des proches de personnalités politiques ont eux-mêmes été soumis à la pression du régime.

Une autre famille a été visée à Divandarreh. Maryam Moradian, Sirous Hamidi et leur fille de 16 ans, Kurdia Hamidi, ont été arrêtés le 14 août et placés en détention. Kurdia a été libérée quatre jours plus tard, tandis que ses parents restaient détenus sans accès à un avocat ni visites familiales au moment où leur affaire a été documentée. L’arrestation de la famille de Divandarreh concernait notamment leur fille de 16 ans.

Le régime s’en est également pris à des personnalités civiques et communautaires locales. À Mahabad, le membre d’un conseil de village Karim Rasouli a été arrêté, tandis que Farzin Khediripour et l’ingénieur municipal Mohammad Vatmani ont été arrêtés lors d’opérations distinctes. La militante civile Shirin Masoudi a été violemment arrêtée sur son lieu de travail le 19 août et transférée dans un centre de détention du ministère du Renseignement à Urmia, où elle s’est vu refuser l’accès à un avocat et tout contact avec sa famille. Masoudi a été arrêtée sur son lieu de travail à Mahabad.

Les activités culturelles et médiatiques ont également subi des pressions. Abed Alizadeh, militant kurde des médias originaire de Takab, a été arrêté après des années d’activité publique portant sur des questions sociales, des mouvements de protestation ainsi que sur la langue et la culture kurdes. À Mahabad, la blogueuse Seyran Arabi a été arrêtée par la cyberpolice après avoir publié une vidéo liée au chanteur kurde Mohammad Mamli, et sa page sur les réseaux sociaux a été mise hors ligne.

Une nouvelle vague a suivi les 23 et 24 août. À Piranshahr et Naqadeh, les forces du régime ont arrêté Soran Mahmoudi, Mohammad Danesh-Mayeh, Loghman Seyyideh ainsi que l’ancien prisonnier politique Salam Azari et les ont transférés vers des lieux non divulgués.

Mahmoudi et Azari avaient déjà fait l’objet de procédures liées à des liens présumés avec le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran.

À Oshnavieh, Sanan Farasati, Saadoun Dastari et Rahman Azarakhsh ont été arrêtés les 23 et 24 août par les forces du ministère du Renseignement et emmenés vers des lieux inconnus. Moloud Roosta et Kamran Jangoli ont également été arrêtés lors des opérations menées dans la région à la fin du mois d’août.

La répression a de nouveau atteint la province d’Ilam les 23 et 24 août. Le chanteur kurde Amin Naseri a été arrêté après avoir été blessé par balle à la jambe lors d’une opération de sécurité. Younes Bakri, Yaser Havazizadeh et Rouhollah Gholami ont été arrêtés le lendemain sans mandat, sans accès immédiat à un avocat ni contact avec leur famille.

 

L’une des plus importantes affaires judiciaires du mois d’août s’est déroulée à Mahabad, où 16 habitants kurdes ont été condamnés au total à plus de 77 ans de prison. Abdullah Houshmand et Abdulrahman Qoveh ont chacun écopé de sept ans et un mois. Douze autres accusés ont été condamnés à cinq ans de prison, tandis que Nazanin Elyasi, également connue sous le nom de Golaleh, a été condamnée à deux ans et Kamal Masoudi à cinq mois. Les chefs d’accusation comprenaient « rassemblement et collusion », une appartenance présumée au Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), « propagande contre l’État » et des activités sur les réseaux sociaux en soutien aux partis d’opposition kurdes.

À Boukan, Rahim Shilani et Azad Rasouli-Fard ont chacun été condamnés à deux ans de prison pour l’achat et la vente d’équipements satellitaires Starlink. Les deux hommes avaient été arrêtés le 30 janvier et transférés dans un centre de détention du ministère du Renseignement à Urmia, où ils avaient été détenus pendant 52 jours. Pendant leur détention, ils s’étaient vu refuser l’accès à des avocats et les visites de leur famille et avaient subi des tortures physiques et psychologiques.

Dans une autre affaire à Boukan, Manijeh Khoshnoud, militante kurde de 58 ans, a été condamnée à trois mois de prison pour « propagande contre l’État ». Elle avait été arrêtée au domicile familial le 26 mai après que les forces de sécurité du régime eurent perquisitionné la résidence sans mandat et saisi son ordinateur portable, son téléphone mobile et des livres. Elle avait déjà été condamnée à dix mois de prison en 2024 pour la même accusation générale.