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Bulletin N° 496 | Juillet 2026

 

 

TURQUIE : LE PRÉSIDENT TURC ERDOĞAN ESTIME QUE LA GUERRE CONTRE LE PKK A COÛTÉ 2,3 TRILLIONS DE DOLLARS

Dans une déclaration faite le 29 juillet sur le « processus en cours d’une Turquie sans terreur », le président turc a affirmé que « le fléau de la terreur » avait coûté à l’État turc 2,3 trillions de dollars. (Yeni Şafak, 29 juillet, NTV, 29 juillet) 

Dans le langage officiel turc, il s’agit de la guerre menée depuis 1984 contre la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Au cours de cette guerre, et dans le cadre d’une stratégie de terre brûlée, l’armée turque, selon un bilan établi par une commission du Parlement turc, a détruit environ 3 400 villages kurdes et forcé deux à trois millions de Kurdes à émigrer vers l’ouest du pays. 

Plusieurs milliers d’intellectuels, de syndicalistes, d’avocats, d’étudiants non impliqués dans le conflit armé ont été assassinés par les escadrons de la mort de la gendarmerie turque (JİTEM). Les auteurs de ces assassinats n’ont pas été identifiés et encore moins poursuivis par la justice turque. 

Selon les chiffres officiels, la guerre a fait plus de 45 000 morts, dont plus de 90 % étaient kurdes. Dans une déclaration récente, l’ancien vice-Premier ministre et ancien président du Parlement turc Bülent Arınç estimait qu’il y avait eu « plus de 100 000 morts ».

Le président turc n’a pas détaillé les paramètres de son calcul du coût de la guerre. On ne sait donc pas si son calcul prend en compte les dégâts considérables causés à la société, à l’économie et aux écosystèmes du Kurdistan.

Le PKK, qui, jusqu’à la capture de son leader en 1999, affirmait lutter pour un Kurdistan indépendant, milite depuis pour un « confédéralisme démocratique » ou « une Turquie démocratique ». À la demande de son chef, il a décidé de se dissoudre et de déposer les armes dans le cadre d’un processus que ses partisans appellent « processus de paix » et que le gouvernement turc présente comme le « processus d’une Turquie sans terreur ».

Une loi qui doit servir de cadre juridique à ce « processus » est actuellement en discussion au Parlement turc. Elle ne prévoit aucune reconnaissance de l’identité et des droits culturels et politiques des 26 millions de Kurdes de Turquie, pas même une amnistie générale pour les militants et les combattants du PKK appelés à déposer les armes.

La future loi-cadre est devenue le principal sujet politique du mois. Le débat porte sur la question de savoir si cette législation sera suffisamment ambitieuse pour permettre une véritable transition politique ou si elle se limitera au désarmement, à la réintégration des combattants et aux mécanismes de contrôle de l’État.

Les responsables du Parti DEM ont averti qu’une loi trop restrictive risquerait de compromettre le processus si elle excluait Abdullah Öcalan, les principaux responsables du mouvement kurde, les prisonniers politiques ou encore les réformes démocratiques indispensables à une paix durable. Selon le Parti DEM, la loi ne doit pas établir de catégories de personnes ni laisser de côté les acteurs essentiels du règlement politique.

Une première discussion autour d’un projet de loi comportant quinze articles a laissé entendre que le gouvernement envisageait de soumettre le texte à la Commission de la justice avant son examen par le Parlement. Son contenu demeure toutefois inconnu, tandis que les responsables politiques kurdes continuent d’affirmer que le processus ne doit ni être élaboré à huis clos ni se réduire à une approche purement sécuritaire.

Tout au long du mois de juillet, le Parti DEM a joué un rôle central dans le débat public en rencontrant des représentants de l’État, des partis d’opposition et de la présidence du Parlement, tout en plaidant pour que le statut d’Abdullah Öcalan soit intégré au futur cadre juridique.

Le 16 juillet, la délégation d’Imralı du Parti DEM a indiqué que ses échanges avec les différents acteurs politiques avaient porté sur l’état actuel du processus, la nécessité d’adopter rapidement le cadre législatif et l’objectif d’obtenir une nouvelle visite auprès d’Öcalan dans les meilleurs délais.

Le 21 juillet, à l’issue d’un entretien avec le président de la Grande Assemblée nationale de Turquie, Numan Kurtulmuş, le Parti DEM a déclaré que la loi-cadre devait constituer le texte fondateur d’une solution démocratique à la question kurde et du processus de démocratisation de la Turquie. Le parti a également affirmé que le statut d’Öcalan, sa liberté de travail et la possibilité de communiquer librement étaient des conditions essentielles à la réussite du processus.

Pour le Parti DEM, la paix ne peut dépendre uniquement de la volonté de l’État. Un processus crédible suppose l’implication du Parlement, des garanties juridiques, des mécanismes de suivi et la participation de l’ensemble des acteurs politiques concernés. Plus tard dans le mois, la vice-présidente du groupe parlementaire DEM, Gülistan Kılıç Koçyiğit, a proposé la création d’une commission parlementaire de suivi du processus de paix, estimant que la loi-cadre devait constituer un point de départ et non une finalité. Elle a également souligné que les réformes démocratiques devraient concerner le Code pénal turc, la loi antiterroriste ainsi que le régime d’exécution des peines.

Le processus de paix s’est poursuivi dans un contexte marqué par un renforcement de la répression contre les forces d’opposition. La coprésidente du Parti DEM, Tülay Hatimoğulları, a averti que les poursuites engagées contre le Parti républicain du peuple (CHP) portaient atteinte à la confiance de la population dans le processus de paix kurde. Selon elle, il est impossible de construire une paix durable lorsque la vie démocratique est restreinte par les interventions judiciaires, les pressions policières et les attaques visant les partis d’opposition.

Cette question est particulièrement importante pour la politique kurde, la question kurde étant depuis longtemps liée à la crise démocratique plus générale que connaît la Turquie. Les partis kurdes estiment qu’aucun processus de paix ne peut réussir tant que les élus demeurent exposés au risque d’être démis de leurs fonctions, que les partis d’opposition continuent d’être pris pour cible et que les tribunaux sont utilisés pour remodeler la vie politique.

La question des kayyum (administrateurs nommés par l’État en remplacement des maires élus) demeure également irrésolue. Même si aucune nouvelle nomination majeure n’est intervenue ce mois-ci, le remplacement des maires kurdes élus par des administrateurs désignés par le gouvernement reste l’un des principaux obstacles à l’instauration d’un climat de confiance. Le Parti DEM et d’autres acteurs kurdes rappellent régulièrement qu’aucune paix démocratique ne peut être crédible tant que les choix des électeurs kurdes peuvent être annulés au moyen de procédures sécuritaires ou de décisions administratives.

L'opinion publique turque, abreuvée de la propagande officielle diffusée par les médias, contrôlés à près de 90 % par le pouvoir, semble inerte face à cette répression devenue routinière. Les médias internationaux n'y prêtent attention que très épisodiquement. Mais, à l'occasion du sommet des chefs d'État de l'OTAN réuni à Ankara les 7 et 8 juillet, quelques journaux occidentaux ont consacré des articles à la situation intérieure.

Un reportage paru dans le New York Times est intitulé « Turkey Hosts NATO Summit While Cracking Down on Critics ». On y apprend que pendant les semaines précédant le sommet, les autorités turques ont bloqué des sites internet, emprisonné des tas de gens sous l'allégation de terrorisme, arrêté des douzaines de militants écologistes, un professeur associé de sciences politiques à l'université d'Ankara, l'éditeur d'un magazine LGBTQ et un comédien de 32 ans, Deniz Göktaş.

De son côté, le quotidien Le Monde du 6 juillet décrit « Ankara, ville sous cloche à la veille du 36e sommet de l'Alliance atlantique ». « Un dispositif sécuritaire impressionnant quadrille la capitale turque où tout rassemblement public est interdit durant treize jours », précise le journal, qui indique que l'ONG Human Rights Watch dénonce « un recours abusif aux lois antiterroristes pour procéder à des arrestations massives ».

Le sommet de l'OTAN à Ankara a été présenté par les médias turcs comme un moment de « consécration » et de « gloire » pour le président turc. Ils ont mis en scène et diffusé en boucle l'arrivée du président Trump et les compliments dithyrambiques sur son ami Erdogan.

Le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan, dans un entretien accordé au New York Times du 6 juillet, a déclaré que « l'amitié Erdogan-Trump peut aider l'OTAN ». Voilà que, par la grâce de « l'alchimie » de Donald Trump avec son ami Erdogan (France Info, 7 juillet), la Turquie, considérée comme une « alliée encombrante », est devenue « un partenaire indispensable » (Le Monde, 7 juillet).

Craignant un coup de colère, voire une sorte d'humeur de Donald Trump, les Européens se sont montrés discrets et aimables envers lui, et le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, pour complaire à l'irascible président américain, a annoncé des contrats d'achat d'armes américaines par les Européens pour un montant total annoncé de 50 milliards de dollars.

Menacée régulièrement d'un retrait américain et d'un éclatement, l'OTAN a survécu au sommet d'Ankara.

Le président américain a néanmoins quitté la capitale turque avec une certaine appréhension. Il a dû changer, au dernier moment, d'avion pour son départ de la capitale turque. Son nouvel Air Force One, offert par le Qatar, n'est apparemment pas suffisamment doté d'équipements de défense contre une éventuelle attaque de missile iranien. Il a donc voyagé à bord de son ancien Boeing Air Force One, équipé selon les règles de l'art.

Pour le président turc, le mois de juillet a assurément été un moment béni. Après un sommet de l'OTAN « réussi », il a vu son autre projet stratégique visant à désintégrer le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), s'achever sur un succès.

Ce vieux parti, créé par Atatürk lui-même, comptant 1 880 000 membres, a implosé. Son leader élu, mais destitué par une justice politique aux ordres du pouvoir, Özgür Özel, a annoncé, le 24 juillet, jour l'anniversaire de la signature du Traité de Lausanne de 1923, fondement en droit international de la République de Turquie, la création d'un nouveau parti, Yeni Parti, qui signifie précisément « le Nouveau Parti ».

Sur les quelque 134 députés du CHP, 91 ont rejoint ce parti, qui devient ainsi la première formation de l'opposition parlementaire. Son rival, Kemal Kılıçdaroğlu, imposé par la justice turque à la tête du CHP, ne compte plus que 44 députés, faisant de ce vieux parti la cinquième formation politique du Parlement, derrière l'AKP, le Yeni Parti, le parti pro-kurde DEM et le Parti d'action nationaliste (MHP) d'extrême droite.

Seule consolation, le CHP garde l'imposant bâtiment de son siège à Ankara, et patrimoine financier et immobilier considérable.

Quant aux maires élus du CHP, certains rejoignent le Nouveau Parti, d'autres démissionnent et adhèrent au parti gouvernemental AKP pour éviter des poursuites judiciaires, d'autres encore attendent le moment favorable pour se décider.

L'implosion du CHP et la neutralisation du parti DEM laissent au président Erdogan le champ libre pour provoquer des élections anticipées afin de se faire élire pour un nouveau mandat.

À l'instar de son « ami » Poutine, il a réussi à installer dans le pays « un poutinisme aux couleurs de la Turquie » (Le Monde, 7 juillet).

 

IRAN : VERS UNE GUERRE D'USURE SPORADIQUE ?

Le cessez-le-feu négocié pendant des mois, annoncé et signé à Versailles par le président Trump le 17 juin, afin de lui donner une plus grande solennité, n'aura duré qu'un temps. Le temps pour le régime iranien d'organiser des funérailles grandioses pour l'ayatollah Khamenei, tué dès le premier jour de l'offensive israélo-américaine, afin de mettre en scène le soutien d'une partie de la population iranienne et d'afficher son unité dans l'épreuve. Et le temps aussi pour le président Trump de célébrer à la fois son anniversaire et celui des 250 ans des États-Unis dans le calme, le 4 juillet.

L'Iran avait aussi choisi cette date du 4 juillet pour le début des funérailles de son Guide suprême défunt. Après trois jours de processions avec la participation de foules endeuillées à Téhéran, la dépouille de ce dernier a été transférée à la « ville sainte » de Qom, siège de nombreux séminaires religieux chiites, et de là vers Nadjaf et Karbala en Irak, deux hauts lieux du chiisme abritant les mausolées de l'imam Ali, gendre du Prophète, et de son fils l'imam Hussein, vénérés par les croyants chiites. La forte participation de chiites irakiens aux processions de Nadjaf et Karbala a été présentée par le régime iranien comme un signe d'allégeance au Guide suprême iranien, alors que les chiites irakiens, dans leur très grande majorité, font allégeance au grand ayatollah Ali Sistani, qui vit retiré à Nadjaf et qui est opposé au système de velayat-e faqih du Guide suprême de la République islamique. Très pieux, l'ayatollah Sistani tient à ce que la religion ne soit pas utilisée ou instrumentalisée par la politique. Après le parcours mortuaire en Irak, la dépouille de l'ayatollah Khamenei a été enterrée à Mashhad, non loin du mausolée de l'imam Reza, très vénéré par les croyants chiites iraniens.

Tout au long de cette séquence de funérailles, les dirigeants iraniens, malgré leurs divisions, ont affiché leur unité et se sont livrés à un ostentatoire concours de pleurs et de flagellations. Seul absent remarqué : le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei, qui n'a pas pu assister aux obsèques de son père, laissant le champ libre à toutes sortes d'interprétations et de spéculations.

Mais même en pleine période de deuil, les Gardiens de la révolution n'ont pas manqué d'affirmer leurs prétentions à imposer la souveraineté de l'Iran sur le détroit d'Ormuz et à jurer de venger la mort de Khamenei.

Alors que, d'après l'accord de cessez-le-feu, le passage par le détroit d'Ormuz devait être totalement libre pour tous les navires commerciaux, au moins pendant 60 jours, le 7 juillet des drones iraniens ont bombardé un navire commercial empruntant un couloir maritime autre que celui que le régime tentait d'imposer. La réaction du président américain, furieux, a été immédiate. Il a déclaré d'emblée que le cessez-le-feu était terminé. Dès lors a commencé un cycle meurtrier d'attaques iraniennes dans le détroit d'Ormuz, suivies de représailles américaines contre massives les ports et les infrastructures militaires, parfois civiles, iraniennes dans plusieurs îles du détroit d'Ormuz ainsi que contre d'autres cibles dans le sud iranien, dont l'important port de Bandar Abbas.

Le 12 juillet, l'Iran a décrété la fermeture officielle du détroit d'Ormuz à la navigation et relancé les négociations avec Oman pour une gestion commune du transit par le détroit d'Ormuz. Les affrontements militaires ont duré jusqu'au 24 juillet puis ont marqué une trêve de quelques jours afin de permettre aux divers médiateurs de poursuivre leurs efforts pour parvenir à une solution négociée, réclamée par les principaux pays du Golfe, qui ont beaucoup souffert de cette guerre qui devait durer quelques semaines et qui entre désormais dans son sixième mois.

Reflétant le sentiment prédominant dans la région, le New York Times du 22 juillet publie un reportage sous le titre : « Les voisins de l'Iran aspirent à un accord, quel qu'il soit, pour terminer la guerre ».

Le régime iranien, conscient du sentiment de lassitude dans la région et de l'impopularité de la guerre dans une large partie de l'opinion publique américaine, semble décidé à piéger les États-Unis dans une longue guerre d'usure. Une guerre de faible intensité et sporadique visant à mettre la pression sur les pétromonarchies qui ont beaucoup à perdre, afin qu'elles prennent leurs distances avec Washington et trouvent un modus vivendi avec un Iran s'affirmant comme la puissance régionale dominante.

Le coût de cette guerre d'usure sera également exorbitant pour l'économie et la population iraniennes. Selon RFI (6 juillet), « faute de demande chinoise, le pétrole iranien ne trouve pas preneur ». Et de toute façon, en raison du blocus américain du détroit d'Ormuz, l'Iran ne parvient plus que marginalement à exporter son pétrole.

En conséquence, l'économie s'effondre. La population s'enlise dans la misère et le désespoir. « Un peuple écrasé par la répression », alerte RFI le 17 juillet, tandis que le New York Times du 24 juillet publie un reportage sur le terrain au titre évocateur : « We're Trapped in Hell, Iranians Say Life Is Put on Hold by Months of War ».

Pour les dirigeants iraniens et les médias à leur service, la population doit « résister » pour « la dignité et l'indépendance du pays ». Il y a un prix à payer pour cette « cause sacrée ». Ceux qui n'adhèrent pas à cette idéologie officielle sont des ennemis de l'intérieur, des « traîtres », des agents américains et du sionisme. Ils méritent la mort. Et le lourd appareil judiciaire et sécuritaire, bien rodé, est là pour punir les traîtres.

Vu les circonstances, la censure et les difficultés d'accès aux réseaux sociaux, aucun bilan précis, encore moins exhaustif, de la répression en juillet ne peut être établi. Signalons cependant les informations parcellaires collectées par les ONG de défense des droits humains.

Le 14 juillet, Mohyedin Abdullahi et Hossein Palani Jafi, deux prisonniers kurdes originaires de Sarpol-e Zahab, ont été exécutés en secret à la prison centrale de Kermanshah. Arrêtés dans le cadre d’un affrontement armé survenu en 2017, ils ont été exécutés sans avoir pu rencontrer leurs familles une dernière fois. Les organisations de défense des droits humains ont dénoncé des actes de torture, de longues périodes d’isolement, le refus d’accès à un avocat et leur condamnation pour « rébellion armée ». Le 22 juillet, Iraj Ebrahimzadeh, prisonnier kurde originaire d’Ilam, a été exécuté à la prison centrale d’Ilam.

D’autres exécutions ont également été signalées en juillet, notamment celles de Sardar Qaderi à la prison centrale d’Urmia et de Salman Kakeh-Khani, originaire de Saqqez, à la prison centrale de Tabriz. À la prison de Ghezel Hesar, au moins cinq condamnés à mort ont été placés à l’isolement en vue de leur exécution, provoquant une grève de la faim menée par plusieurs centaines de détenus de l’unité 2.

Le mois de juillet a été particulièrement meurtrier dans les zones frontalières avec le Kurdistan irakien. Le 9 juillet, les forces du Régiment des gardes-frontières ont tué Sam Hassani, un garçon de 15 ans, et blessé son père, Ahsan Hassani, après avoir ouvert le feu sans sommation sur leur véhicule près du village de Daraki, dans la région de Sarvabad. Cette fusillade est intervenue dans un contexte de renforcement du dispositif militaire et de restrictions imposées aux habitants concernant l’accès à leurs vergers et à leurs pâturages.

Le 22 juillet, Rasoul Qalandari, kolbar (portefaix) de 21 ans et père de deux enfants originaire de Balajuk (Khoy), a été blessé par des tirs des gardes-frontières dans les montagnes frontalières de Qotur. Selon une source citée par Kurdpa, les gardes se sont ensuite approchés de lui et lui ont tiré une balle dans la tête malgré ses supplications, alors qu’il leur rappelait qu’il était père de deux jeunes enfants.

Le lendemain, Soheyl Ferdowsi, kolbar de 18 ans originaire du village de Dezavar, près de Paveh, a été tué par des tirs directs des Gardiens de la révolution. Selon le Réseau des droits humains du Kurdistan (KHRN), les gardes-frontières ont tué quatre kolbars au cours des trois dernières semaines dans les régions de Nowsud, Marivan et Sarvabad, ainsi que deux autres civils, dont un enfant de 15 ans.

Toujours au Kurdistan iranien, examen des informations publiées par Hengaw, Kurdpa et le Réseau des droits humains du Kurdistan (KHRN) fait état d’au moins 32 citoyens kurdes nommément identifiés ayant été arrêtés, détenus ou transférés en prison durant le mois de juillet 2026.

Comme les mois précédents, cette vague de répression a touché des militants, des enseignants, des acteurs culturels, des sportifs, des femmes, des responsables religieux, des membres d’associations caritatives, des familles en quête de justice, d’anciens prisonniers politiques ainsi que de simples citoyens.

À Mahabad, plusieurs citoyens kurdes ont été arrêtés au début du mois. Mostafa Ebrahimi a été interpellé le 7 juillet après une perquisition menée sans mandat à son domicile familial. Le lendemain, Matin Faramarzi, militant culturel kurde, a été violemment arrêté au parc Sheikh Shaltut avant d’être transféré vers un lieu inconnu. D’autres habitants de Mahabad ont également été visés, notamment Kamal Piranpour, Sardar Ostad-Ahmadi et Peyman Mohammadi Moradi, arrêté après avoir été convoqué par les services de renseignement sous prétexte de récupérer son téléphone confisqué. Les familles sont restées sans information concernant les accusations, leur statut juridique ou leur lieu de détention.

À Sardasht, Mamosta Abubakr Yousofi et Younes Mousapour ont été violemment arrêtés le 5 juillet à Nalas, après que les services de renseignement eurent fait irruption dans une maison de jardin appartenant à leur famille. Selon les informations disponibles, les agents ont fait usage de violences physiques et de traitements humiliants avant de transférer les deux hommes dans un centre de détention des services de renseignement à Urmia. Plusieurs jours plus tard, leurs familles ignoraient toujours les motifs de leur arrestation ainsi que leurs conditions de détention.

À Paveh, Sabah Valad-Beygi, enseignant retraité, militant écologiste et responsable du groupe d’alpinisme Noor, a été arrêté lors d’une perquisition à son domicile dans le village de Nuryab puis transféré dans un centre de détention des services de sécurité à Kermanshah. Son frère, Nawzad Valad-Beygi, a lui aussi été arrêté par la suite et son lieu de détention demeure inconnu. Dans la même ville, l’artiste kurde Rashid Emami et son épouse Shler Modirzadeh ont été arrêtés après une descente des services de renseignement à leur domicile. Les agents sont ensuite revenus pour interpeller également Mme Modirzadeh. Leur famille n’a obtenu aucune information concernant leur situation juridique ni leur lieu de détention.

La répression a également visé des militants civiques et écologistes. À Ravansar, les services de renseignement des Gardiens de la révolution (IRGC) ont arrêté Khalil Parandak, Shahab Soleimani et Idris Golmohammadi le 17 juillet sans présenter de mandat. Khalil Parandak est militant écologiste et membre d’une famille en quête de justice, Shahab Soleimani est avocat et défenseur des droits civiques, tandis qu’Idris Golmohammadi est engagé dans les domaines environnemental et associatif. Les démarches entreprises par leurs familles auprès des autorités judiciaires et sécuritaires n’ont permis d’obtenir aucune information sur les accusations retenues ni sur leur lieu de détention.

Les femmes ont également été touchées par cette vague d’arrestations. Mona Maleki, une Kurde de 27 ans originaire de Sanandaj (Senna), a été arrêtée le 14 juillet par le ministère du Renseignement et placée à l’isolement dans la prison pour femmes de Sanandaj. Elle a été privée d’accès à un avocat ainsi que de visites familiales. À Ilam, Zahra Mohammad-Vali, arrêtée précédemment, a poursuivi sa protestation en prison au moyen d’une grève de la faim sèche contre sa détention arbitraire, l’absence de perspective judiciaire et les interrogatoires répétés, illustrant la pression constante exercée sur les détenues, même après leur arrestation.

Les sportifs et les jeunes hommes kurdes ont eux aussi été pris pour cible. Hamid Mohammadzadeh, champion reconnu de lutte traditionnelle kurmanji Choukha, originaire d’Ashkhaneh, a été arrêté le 4 juillet après une perquisition sans mandat à son domicile. À Saqqez, le footballeur de 23 ans Fereydoun Mostafaei est resté détenu au secret après son arrestation intervenue fin juin ou début juillet. À Ilam, Kiomars Hasanbeigi a été violemment arrêté le 22 juillet, blessé lors de son interpellation puis transféré vers un lieu inconnu sans pouvoir consulter un avocat ni recevoir de visites de sa famille.

Les forces de sécurité ont également visé des responsables religieux et communautaires. Emad Mostafaei, militant religieux sunnite de 19 ans originaire de Javanrud, a été arrêté le 25 juillet et transféré dans un centre de détention des services de sécurité à Kermanshah. À Kamyaran, Esmail Khatari et Fouad Shadi, membres de la fondation caritative Shayni, ont été arrêtés les 24 et 25 juillet puis conduits vers des lieux tenus secrets. Leurs familles n’ont obtenu aucune information sur leur état de santé, les accusations retenues ou leur lieu de détention.

Certaines arrestations de juillet étaient liées à des affaires de manifestations antérieures et à l’exécution de peines de prison. Ribwar Marabi, Kurde de 26 ans originaire de Kamyaran arrêté lors des manifestations de janvier 2026 à Téhéran, a été incarcéré le 25 juillet après s’être présenté devant le bureau chargé de l’exécution des peines. Il a été transféré à la prison du Grand Téhéran pour purger une peine de six ans d’emprisonnement. Arman Ebrahimi, originaire d’Oshnavieh, a également été transféré à la prison centrale d’Urmia afin d’y purger une peine d’un an.

Au cours du mois de juillet, l’Alliance des partis politiques du Kurdistan d’Iran a présenté une réponse plus unifiée face aux attaques et à la répression du régime iranien. À l’issue d’une réunion tenue le 23 juillet, l’Alliance a publié une déclaration commune affirmant que la crise interne de l’Iran s’était accompagnée d’une intensification de la répression, du terrorisme d’État et des attaques militaires contre les partis kurdes et la population du Rojhelat.

L’Alliance a condamné les attaques menées au moyen de missiles, de drones et d’opérations terrestres contre les forces politiques kurdes, estimant que les pertes subies concernaient l’ensemble du mouvement national kurde et rendaient l’unité des partis kurdes d’Iran plus stratégique que jamais.

La déclaration souligne que la lutte du peuple kurde pour ses droits nationaux et politiques ne saurait être écrasée par la répression et la violence. Elle appelle également à renforcer les efforts internationaux afin de dénoncer les violations des droits humains au Kurdistan et affirme que l’Alliance développera une coopération politique et de terrain plus étroite dans la perspective d’un avenir démocratique pour l’Iran.

Le mois de juillet a également été marqué par une nouvelle forme de pression contre les figures kurdes de l’opposition en exil. L’Iran a sollicité des notices rouges d’INTERPOL ainsi que des demandes d’extradition visant des dirigeants et membres de plusieurs partis d’opposition kurdes iraniens, notamment le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), Komala et d’autres personnalités politiques kurdes. Les dirigeants kurdes ont dénoncé une instrumentalisation politique des mécanismes internationaux, estimant que Téhéran cherchait à étendre sa campagne d’intimidation au-delà de ses frontières.

Par ailleurs, dans un tout autre domaine, à signaler la rocambolesque affaire de recrutement de l'ancien président iranien Ahmadinejad par les services secrets israéliens (New York Times, 13 juillet).

IRAK : REPRISE DES ATTAQUES IRANIENNES CONTRE LE KURDISTAN

Après quelques jours d'accalmie pendant les funérailles de l'ayatollah Khamenei, les Gardiens de la révolution iraniens ont repris, à la mi-juillet, leurs attaques de drones et de missiles contre le Kurdistan irakien, visant notamment les camps des partis politiques kurdes iraniens qui s'y sont réfugiés depuis plus de trente ans.

La plus meurtrière de ces attaques a eu lieu le 17 juillet. Des missiles ont frappé les positions du parti Komala dans la région de Zargwez, au sud de Souleimaniyeh. Au moins neuf membres de ce mouvement d'opposition kurde iranien ont été tués et plusieurs autres blessés. Le 13 juillet, trois attaques consécutives de drones avaient visé une base du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) dans la province d'Erbil, sans faire de victimes (Rudaw, 13 et 17 juillet).

Le Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) a, le 17 juillet, condamné ces « attaques injustifiées de la République islamique d'Iran contre la Région du Kurdistan ». « La continuation de ces attaques déstabilise toute la région », rapporte le communiqué du KRG, qui « appelle la République islamique d'Iran à d’arrêter ces attaques » et demande « au Gouvernement fédéral d'Irak et à la communauté internationale de mettre un terme à ces violations de la souveraineté du Kurdistan et de l'Irak » (Rûdaw, 17 juillet). Appel qui a une fois de plus été ignoré par Téhéran.

Le 20 juillet, les Gardiens de la révolution ont attaqué par des drones les camps de Komala dans la vallée d'Alana, dans le district de Choman (province d'Erbil), ainsi qu'un autre camp à Surdash.

Autre cible récurrente des attaques iraniennes, le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) accuse l'Iran d'avoir utilisé du phosphore blanc lors d'une attaque de drones et cite, à l'appui de ses accusations, des témoignages oculaires, des examens médicaux et les dégâts causés par les incendies.

Le 27 juillet, une nouvelle attaque de quatre drones a visé les positions de Komala, toujours dans la vallée d'Alana. Le parti kurde iranien affirme avoir subi, depuis le début de la guerre, 95 attaques de missiles et de drones iraniens.

Dans une conférence de presse tenue le 27 juillet, le Premier ministre du Kurdistan, Masrour Barzani, a affirmé que « beaucoup de drones qui ont récemment ciblé la Région du Kurdistan étaient lancés à partir de la province de Mossoul ». Il a appelé une nouvelle fois Bagdad à empêcher les groupes armés d'opérer hors du contrôle de l'État.

« Nous avons une nouvelle fois adressé notre demande au gouvernement fédéral et nous estimons que le gouvernement fédéral est responsable d'arrêter les sources des risques et des menaces contre la Région du Kurdistan ; il ne doit pas permettre à ceux qui opèrent en dehors de la loi de mettre en péril la sécurité et la stabilité de la Région du Kurdistan et, par conséquent, celles de tout l'Irak », a alerté le Premier ministre du Kurdistan (Rudaw, 28 juillet).

Appel vain, car le gouvernement de Bagdad n'est pas en mesure de contrôler les milices chiites pro-iraniennes encadrées par les Gardiens de la révolution iraniens, qui ne cessent d'attaquer, à coups de drones, outre le Kurdistan, les pays arabes voisins, dont le Koweït et l'Arabie saoudite.

Après plusieurs avertissements restés sans suite, celle-ci a mené, de concert avec les États-Unis, une série de bombardements contre les bases de ces milices de l’Hachd al-Chaabi dans une demi-douzaine de provinces irakiennes, dont Bagdad, Kirkouk, Ninive (Mossoul), Kerbala, Diyala et Bassora.

Selon un premier bilan, vingt miliciens ont été tués, dont cinq Gardiens de la révolution iraniens, et trente-deux autres blessés. Les blessés graves ont été évacués vers l'Iran, ainsi que les dépouilles des Gardiens de la révolution tués. Les dégâts matériels semblent considérables.

Tout en niant leur implication dans les récentes attaques contre des cibles en Arabie saoudite, les milices pro-iraniennes regroupées sous le sigle de Résistance islamique d'Irak promettent de se venger et fixent un ultimatum au gouvernement de Bagdad pour agir avant le 7 août, sous peine de représailles.

Bagdad a condamné « ces attaques inadmissibles contre la souveraineté de l'Irak » et dément avoir été prévenu par Washington, comme l'a affirmé le président Trump.

Les représailles des milices pro-iraniennes sont promises pour « après le pèlerinage chiite d'Arbaïn », marquant la fin de la période de quarante jours de deuil du martyre de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Muhammad, tué lors de la bataille de Kerbala en 680.

Ces milices, qui n'hésitent jamais à verser le sang d'autres musulmans, civils ou soldats, se disent pourtant soucieuses du bon déroulement et de la sécurité du pèlerinage chiite qui rassemble chaque année près de deux millions de croyants chiites iraniens et irakiens à Kerbala, où se situe le mausolée de l'imam Hussein.

De son côté, le Premier ministre irakien avait enjoint toutes les milices à déposer les armes d'ici 30 septembre et il a réitéré cet engagement lors de la visite médiatisée à Washington, où il a été reçu à la Maison-Blanche par le président Trump.

Le mandat de la coalition internationale contre Daech, achevé dans l'Irak arabe, se termine également au Kurdistan fin septembre. L'Irak affirme être en mesure de se défendre par ses propres moyens contre les menaces terroristes et propose une coopération multilatérale, militaire et économique, à Washington.

La coalition des partis chiites qui soutient le gouvernement irakien est, en principe, d'accord avec cette approche « pragmatique » et « souverainiste » du Premier ministre. Mais les Américains exigent que ce souci « souverainiste » s'exprime également envers l'Iran, que les milices chiites pro-iraniennes soient désarmées et mises hors d'état de nuire aux pays arabes voisins et au Kurdistan, où les États-Unis ont d'importants intérêts.

Au cours de cette visite une cinquantaine d’accords et pré-accords commerciaux (memorandum of understanding) ont été signés pour un montant annoncé total de 60 milliards de dollars (Rûdaw, 18 juillet).

Washington avait, avant cette visite, repris les livraisons de dollars à Bagdad, suspendues depuis le mois d'avril, et Bagdad a promis au géant pétrolier Chevron l’exploitation de l’immense gisement de West Qurna, dans le sud du pays.

Les revenus du pétrole constituent plus de 80 % des recettes du budget irakien. Les exportations de pétrole sont d'une importance vitale pour le pays. Les aléas de la guerre irano-américaine ont lourdement impacté les exportations irakiennes, tout comme celles des autres pétromonarchies du Golfe.

D'après l'organisation d'État de vente du pétrole (SOMO), l'Irak n'a pu, en mai et juin, exporter qu'un total de 32,1 millions de barils de pétrole pour un montant de 2,3 milliards de dollars. La province de Bassora a pu exporter 20,2 millions de barils par le détroit d'Ormuz, la Région du Kurdistan 1,56 million de barils vers le port turc de Ceyhan et la province de Kirkouk 10,3 millions de barils vers le port turc de Ceyhan.

Avant la guerre, l'Irak exportait en moyenne 3,5 millions de barils par jour.

Pour réduire sa forte dépendance du transit via le détroit d'Ormuz, le gouvernement irakien cherche des solutions alternatives et revient à la politique du mandat britannique des années 1930, où le pétrole de Kirkouk transitait vers le port syrien de Banias, sur la Méditerranée, et vers Haïfa, en Palestine sous mandat britannique, par oléoducs.

Le 18 juillet, l'Irak et la Syrie ont signé à Washington, sous les auspices du secrétaire américain à l'Énergie Chris Wright, un Memorandum of Understanding pour la construction d'un oléoduc reliant Kirkouk au port syrien de Banias.

L'accord vise à renforcer la coopération dans les secteurs du pétrole et du gaz, a indiqué dans un communiqué le ministère irakien du Pétrole le 18 juillet.

L'accord porte sur la mise en œuvre d'un « corridor énergétique vital » conçu pour connecter la production de pétrole aux marchés mondiaux d'exportation via la Méditerranée.

Selon le chef de la Compagnie syrienne du pétrole, Ahmed Gabbaji, le nouvel oléoduc remplacera l'ancien. Sa capacité atteindra deux millions de barils par jour et il devrait être construit dans un délai de trente mois à compter de la signature de l'accord. L'oléoduc sera construit par un consortium sous direction américaine incluant Chevron (Rûdaw, 18 juillet).

À son retour de Washington, le Premier ministre irakien s'est d'abord rendu à Téhéran pour informer les dirigeants iraniens de la teneur de ses entretiens et vraisemblablement leur transmettre un message américain. Il a aussi évoqué la question de la reprise des livraisons de gaz iranien à l'Irak, dont l'interruption a sérieusement perturbé la production d'électricité.

Ensuite, à l'invitation du président turc, il s'est rendu à Ankara. Au menu des entretiens figuraient la coopération sécuritaire dans le contexte du processus de désarmement du PKK, le développement des échanges commerciaux et les négociations pour le renouvellement de l'accord de transit des exportations de pétrole irakien par le territoire turc. L'accord signé sous le régime de Saddam Hussein est venu à expiration.

La Turquie, profitant des difficultés actuelles de l'Irak pour exporter son pétrole via le détroit d'Ormuz, cherche à imposer des conditions plus avantageuses.

L'Irak se dit prêt à vendre à la Turquie un million de barils de pétrole par jour, ce qui réduirait considérablement la dépendance turque au pétrole russe ou iranien.

La capacité de l'oléoduc reliant Kirkouk et la Région du Kurdistan au port turc de Ceyhan pourrait être portée à deux millions de barils par jour, permettant ainsi à Bagdad de se passer, le cas échéant, du transit par le détroit d'Ormuz, où l'Iran cherche à dicter sa loi.

Le Kurdistan reste le passage obligé des oléoducs vers Banias et Ceyhan pour les exportations du pétrole irakien. Il pourrait, en cas de conflit grave avec Bagdad, fermer les vannes des oléoducs et interrompre les exportations irakiennes.

Il est aussi le point de passage incontournable du commerce des pays du Golfe, mais la Turquie envisage d'orienter une bonne partie de son commerce vers le Proche-Orient via la Syrie, une fois que ce pays sera stabilisé et doté d'infrastructures routières modernes.

En attendant, des litiges financiers opposant Erbil à Bagdad persistent.

Début juillet, une délégation du Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) s'est rendue à Bagdad afin d'y rencontrer le ministère fédéral des Finances et le Conseil suprême de l'audit. Les discussions ont porté sur les salaires des fonctionnaires, les recettes non pétrolières, les procédures douanières et les taxes.

Le KRG a maintenu sa position selon laquelle les salaires ne devaient pas être utilisés comme moyen de pression dans des différends politiques et techniques. Erbil réaffirme que les fonctionnaires disposent d'un droit légal et constitutionnel à leur rémunération, droit confirmé par la Cour suprême fédérale, et que les désaccords portant sur les recettes non pétrolières, l'automatisation des procédures douanières ou les exportations de pétrole devraient être réglés par des audits et des négociations, et non par le retard du paiement des salaires.

En raison de la guerre irano-américaine, où le Kurdistan a subi plus de 900 attaques de drones et de missiles iraniens, les compagnies pétrolières opérant dans la région ont dû interrompre leur production.

Il en est résulté une pénurie d'essence qui entrave sérieusement l'activité économique et indispose les citoyens. Pour y remédier, le gouvernement du Kurdistan a demandé à Bagdad de porter l'allocation quotidienne de pétrole brut destinée à la Région de 50 000 à 126 700 barils par jour, estimant que ce volume représenterait plus justement la part démographique du Kurdistan et qu'il était indispensable pour faire face aux pénuries d'essence.

Le Gouvernement du Kurdistan a également entrepris de renforcer le contrôle du marché et a lancé à Erbil un système de cartes électroniques et de coupons pour la distribution d'essence subventionnée afin de mieux réguler l'accès au carburant et de réduire le désordre dans les stations-service.

Enfin, au milieu de ces multiples crises, les deux principaux partis kurdes, le PDK et l'UPK, n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord pour la formation d'un nouveau gouvernement de coalition.

SYRIE : LE « PARLEMENT » NOMMÉ SE RÉUNIT

Le Conseil législatif syrien s'est réuni le 12 juillet à Damas. Il est composé de 210 membres, dont 140 membres désignés en octobre 2025 par quelque 4 000 à 5 000 « grands électeurs » proches du régime islamique et 70 autres nommés directement par le président par intérim Ahmed al-Charaa le 1er juillet. Il ne compte que 12 Kurdes, coopte qui ne représentent aucun parti politique kurde, hormis Abdul Hakim Bashar, membre du Conseil national kurde (ENKS), et 22 femmes. Parmi celles-ci, 16 ont été nommées par le président al-Charaa, car le scrutin d'octobre dernier n'en avait désigné que quatre.

Par souci d'un minimum d'équilibre pour les femmes, qui représentent plus de la moitié de la société syrienne, al-Charaa, sans doute sur les conseils des agences de communication turque et britannique qui le « coachent » depuis sa prise de pouvoir, a fait un « geste d'ouverture », sans cependant prendre le risque de heurter sa base islamo-salafiste, car la plupart des femmes nommées sont elles aussi issues de la mouvance islamiste.

À la réunion de ce Conseil, on a ainsi pu voir une députée kurde, Fasia Youssef, habillée en kurde, qui a tenu à prêter serment en arabe et en kurde, des députées vêtues de niqabs salafistes et quelques autres, issues de la société civile, habillées à l'occidentale. La seule ministre femme du gouvernement syrien, qui compte 24 ministres, Mme Hind Kabawat, citée par Libération du 28 juillet, se félicite de cette image reflétant « la diversité syrienne ». À la fois alibi chrétien et femme du nouveau pouvoir syrien, notamment pour l'opinion occidentale, Mme Kabawat, ministre des Affaires sociales, accompagne régulièrement les délégations syriennes lors de leurs visites à l'ONU ou dans les pays occidentaux. C'est elle qui a représenté la Syrie aux funérailles du pape François.

La Déclaration constitutionnelle accordant l'essentiel des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire au président par intérim, on ne sait pas encore quelle sera la mission de ce Parlement désigné.

En attendant, les dirigeants occidentaux, qui ont hâte de voir la Syrie retrouver, à défaut d'une démocratie, a minima une certaine stabilité, ne tarissent pas d'éloges à l'égard du nouveau régime et de son chef. Le président Trump, qui a reçu ce dernier en marge du sommet de l'OTAN d'Ankara, sur la proposition du président turc Erdogan, l'a comblé de compliments. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le chancelier allemand se sont montrés fort aimables à son égard et disponibles pour une coopération étroite.

Le président Macron, qui a effectué une visite à Damas, accompagné d'une importante délégation d'hommes d'affaires, espère pour la France un rôle de premier plan dans la reconstruction de la Syrie, semblant ignorer le fort degré de dépendance politico-militaire du nouveau régime envers son protecteur turc Erdogan qui, de la Méditerranée à la Grèce et à l'Afrique, est très souvent en conflit avec la France. Signe des temps et de l'évolution de la conjoncture, le président français n'a pas rencontré à Damas ses « frères de combat » kurdes, qui sont assurément tombés dans l'oubli.

Ce précédent fâcheux a servi aussi d'excuse au secrétaire général de l'ONU, António Guterres, qui, lors de sa visite à Damas le 25 juillet 2026, n'a rencontré aucun représentant kurde. Interrogé par un journaliste de la chaîne d'information kurde Rûdaw, son porte-parole adjoint Farhan Haq a affirmé que le secrétaire général, pour des raisons d'emploi du temps contraint, n'avait pas eu le temps de se rendre au Rojava et de rencontrer le général Mazloum Abdi. Ce dernier n'a pas été invité à Damas pour une rencontre symbolique, ni par le président français ni par le secrétaire général de l'ONU. Par ailleurs, aucun journaliste kurde n'a été invité à la conférence de presse de M. Guterres, sans doute pour éviter les questions sur le sort des Kurdes. Il a néanmoins été interrogé par un journaliste égyptien à ce sujet.

Le secrétaire général de l'ONU, qui dit être venu en Syrie « avec humilité et respect », s'est contenté d'affirmer que l'accord de « réunification » entre les forces kurdes et le gouvernement syrien constitue « un succès significatif ». À ce « moment pivotal », les Nations unies se tiennent aux côtés du peuple de Syrie, a ajouté le secrétaire général, dont la visite à Damas constituait la première depuis 17 ans (Rûdaw, 28 juillet).

L'application de cet « accord significatif », conclu le 29 janvier dernier, avance dans certains domaines, notamment administratifs, et marque le pas sur les questions politiques et militaires.

Dans un entretien accordé à la chaîne kurde Rûdaw, le 30 juillet, le gouverneur kurde de la province de Hassaké, Noureddine Ahmed, affirme qu'environ 70 % de l'intégration institutionnelle a été achevée dans cette province à forte majorité kurde, qui était au centre de l'accord kurdo-syrien du 29 janvier.

Le gouverneur indique que, dans le secteur de l'éducation, environ 20 000 employés ont été entièrement intégrés au ministère syrien de l'Éducation et reçoivent désormais régulièrement leurs salaires. Dans le secteur de la santé, 2 000 employés ont été intégrés ; à la direction de l'électricité, la moitié des employés a été intégrée. Les directions de l'agriculture, du commerce intérieur et de la protection des consommateurs ont également été intégrées. Celles de la culture, du tourisme, des antiquités, la branche de la Banque centrale de Syrie et la direction de la Poste ont été « réactivées » et assurent désormais leurs services.

Selon N. Ahmed, les efforts en cours visent à intégrer et à réactiver les directions restantes, y compris celles des transports, des communications et des finances, ainsi que les branches des autres banques.

« Nous menons des discussions très positives avec le ministère de l'Enseignement supérieur sur l'avenir des universités du Rojava », ajoute le gouverneur, qui se félicite du chemin parcouru en quelques mois.

L'Administration autonome du Nord-Est syrien, qui dirigeait depuis 2011 ces territoires, coopère pleinement à ce processus de « réintégration », mais relève que le régime de Damas progresse plus rapidement dans le rétablissement de son contrôle administratif que dans l'octroi de garanties politiques.

Selon elle, l'intégration ne peut se limiter au déploiement des forces de sécurité et au retour des administrations de l'État si la nouvelle Syrie ne reconnaît pas, dans sa Constitution, les droits du peuple kurde, la gouvernance décentralisée et les acquis du peuple kurde.

L'approche du régime reste fortement imprégnée d'islamo-nationalisme arabe centralisateur. Ainsi, ses représentants locaux ont installé à l'entrée de la ville kurde de Kobané un panneau portant le nom arabe Aïn al-Arab, imposé par le régime dictatorial baasiste dans les années 1960.

Les habitants de Kobané ont massivement manifesté contre cette installation, rappelant un passé d'oppression. La campagne lancée sous le mot d'ordre « Kobané est notre identité. Kobané n'est pas Aïn al-Arab » traduit le rejet populaire des politiques nationalistes visant à remplacer le nom kurde d'une ville devenue, à travers le monde, un symbole de la résistance contre Daech, qui y a subi sa première défaite militaire.

Le retour des déplacés kurdes sur leurs terres se poursuit à un rythme lent parce que les milices syriennes supplétives de l'armée d'occupation turque ne sont pas pressées de partir et de rendre à leurs propriétaires légitimes les biens, les maisons et les commerces qu'elles ont confisqués, notamment dans les territoires kurdes de Serê Kaniyê (Ras al-Aïn) et de Girê Spî (Tell Abyad).

Après des mois de tractations, un premier contingent de quelque 500 à 600 déplacés devrait être autorisé à retourner à Serê Kaniyê. Plusieurs dizaines de milliers d'autres sont toujours dans des camps précaires dans l'attente d'un retour, conformément à l'accord kurdo-syrien.

En juillet, le dernier convoi organisé de familles déplacées d'Afrin a pu arriver à bon port. Ce dernier convoi regroupait environ mille familles, portant à 8.720 le nombre total de familles de retour dans leurs foyers après plusieurs années de déplacement forcé. Nombre d'entre elles ont dû s'acquitter d'une « indemnité » pour faire partir les occupants arabes de leurs maisons.

À signaler aussi la remise en service de la station de pompage d'Allouk, qui devrait permettre un rétablissement progressif de l'approvisionnement en eau de plus d'un demi-million d'habitants du gouvernorat de Hassaké. Cette station avait été attaquée et mise hors service par les bombardements turcs après l'invasion turque de Serê Kaniyê et de Girê Spî en 2019.

Sur le plan sécuritaire, la Syrie a connu en juillet plusieurs attentats meurtriers attribués à Daech. Une explosion a tué neuf personnes et fait vingt blessés le 2 juillet dans un café du centre de Damas. Cette attaque est la plus sanglante qu'ait connue la capitale syrienne depuis l'attentat-suicide contre une église orthodoxe grecque, en juin 2025, qui avait fait 25 morts (Le Monde, 3 juillet).

Le 7 juillet, des explosions ont été entendues près de l'hôtel Four Seasons où le président français et sa délégation, en visite officielle, venaient de passer la nuit. Le président Macron a poursuivi sa visite au palais présidentiel syrien où il a rencontré le président par intérim al-Charaa avant de participer à un forum économique franco-syrien et de repartir à Ankara pour le sommet de l'OTAN.

Il a, à cette occasion, annoncé que la France allait remettre au gouvernement syrien des avoirs de plus de 50 millions de dollars confisqués aux membres de la famille du dictateur déchu Bachar al-Assad (New York Times, 7 juillet).

Le départ de la coalition internationale, la mise à l'écart des Forces démocratiques syriennes (FDS), fer de lance de la guerre contre Daech, ainsi que les invasions massives des prisons de Daech et des camps où ils étaient détenus ont permis à l'organisation djihadiste de reconstituer progressivement ses réseaux et de les réactiver.

On recense depuis le début de l'année 2026 au moins 64 attaques de Daech en Syrie, principalement dans les gouvernorats de Deir ez-Zor, Raqqa, Alep et Hassaké, gouvernorats où les FDS et leur service de sécurité intérieur, Assayish, assuraient jusqu'à fin janvier l'ordre et la sécurité que le nouveau gouvernement et son armée, composée de milices disparates, peinent à assurer.

À noter qu'en juillet aucun progrès n'a été enregistré dans le dossier de l'intégration des Unités de protection des femmes (YPJ), ni dans celui des prisonniers et disparus kurdes des affrontements de janvier 2026.

 

DÉCÈS DU SÉNATEUR LINDSEY GRAHAM

L’emblématique sénateur américain Lindsey Graham, un défenseur inébranlable du peuple kurde, est décédé le 11 juillet 2026, à l'âge de 71 ans, à Washington.

Le sénateur Graham, notamment l'auteur de la loi « Save the Kurds Act », était un fervent défenseur des droits du peuple kurde. Il a joué un rôle crucial dans la facilitation d'un accord de paix entre le régime syrien et les forces kurdes syriennes, aidant à obtenir le soutien du général Mazloum Abdi, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (SDF). Le général Abdi lui a rendu un hommage émouvant, tout comme les dirigeants kurdes Nechirvan Barzani et son prédécesseur, Massoud Barzani.

Le sénateur Graham était également une voix de premier plan au Sénat américain contre la dérive autoritaire du gouvernement turc et un fervent soutien de l'Ukraine. Il avait visité le pays la veille de sa mort, causée par une rupture aortique soudaine.

Ses obsèques ont eu lieu le 28 juillet, en présence de nombreux dignitaires étrangers, y compris le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Au cours des dernières décennies, quelques sénateurs démocrates et républicains ont pris fait et cause pour la défense du peuple kurde. Parmi les plus mémorables : les démocrates Edward Kennedy, John Kerry, Nancy Pelosi et les républicains John McCain et Lindsey Graham.

Le premier chef d'État à prôner la création d'un Kurdistan indépendant fut le président américain Woodrow Wilson qui, dès 1918, avait préconisé la création d'un État kurde dans le cadre de l'application du droit à l'autodétermination de chaque peuple qu'il prônait.

Le Traité international de Sèvres, signé en août 1920, a entériné le principe de la création d'un Kurdistan indépendant. Mais il ne fut pas appliqué. L'Empire britannique et la France ont décidé de tracer, selon leurs intérêts du moment, la nouvelle carte du Proche-Orient en ignorant le peuple kurde. Le début d'une tragédie kurde qui dure depuis plus d'un siècle.