Publications


Bulletin complet

avec revues de presse

Bulletin N° 257 | Août 2006

 

 

MASSOUD BARZANI, PRÉSIDENT DU KURDISTAN IRAKIEN, DÉCLARE QUE LA RÉCONCILIATION NATIONALE NE SAURAIT SE FAIRE AU DÉTRIMENT DES DROITS DES KURDES.

Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a, le 29 août, affirmé dans un communiqué qu'il soutenait la politique de réconciliation nationale du Premier ministre Nouri al-Maliki, à condition qu'elle ne remette pas en cause les droits des Kurdes. « Nous soutenons le processus de réconciliation nationale de tout notre poids, aujourd'hui comme dès avant la chute de l'ancien régime », a assuré Massoud Barzani. « Mais nous notons que certains partis ont mis des conditions à propos du processus de réconciliation, comme amender la Constitution et revenir sur le fédéralisme. Nous soutenons le processus de réconciliation, mais il ne doit pas se faire au détriment du peuple kurde », a poursuivi Massoud Barzani.

Cette déclaration est intervenue à la suite de la réunion de réconciliation nationale avec 600 chefs tribaux qui s'est déroulée à Bagdad le 26 août, en présence du Premier ministre Nouri al-Maliki, afin d'enrayer les violences qui ensanglantent quotidiennement le pays. « Vous êtes rassemblés aujourd'hui sous la bannière de la réconciliation nationale. Aucun Irakien ne doit être exclu de ce projet, à ce stade, nous avons besoin de tous, chiites, sunnites, chrétiens », a déclaré M. Maliki en ouvrant la conférence, dans un hôtel du centre de Bagdad. « L'Irak ne sera pas bâti par la violence mais le dialogue. Pour libérer notre pays de la présence des forces étrangères, nous avons besoin d'unité et de consensus national », a-t-il ajouté devant les cheiks venus de tout le pays. Les participants ont signé à l’issue de la réunion « un pacte d'honneur » promettant, dans le cadre de la politique de réconciliation du gouvernement, de faire cesser les violences qui ensanglantent quotidiennement le pays. Les chefs de tribus réunis à Bagdad ont promis de « préserver le pays, de faire cesser les carnages et les déplacements de population ainsi que d'arrêter les takfiris (extrémistes sunnites) », a affirmé le cheikh Faal Neamah, en lisant le document final rédigé par les participants. Au cours de la réunion, un cheikh sunnite représentant une tribu des provinces d'Anbar (ouest) et Salaheddine (nord de Bagdad), Abdelrazak Souleiman, a exprimé une série de demandes, au premier rang desquelles le maintien de l'unité irakienne, l'amendement de la Constitution trop fédérale à son goût et l'arrêt de la dé-baassification visant les anciens membres du parti de Saddam Hussein. Le fédéralisme est vivement combattu par les sunnites, qui craignent de se retrouver isolés dans des provinces désertiques, tandis que les Kurdes dans le nord et les chiites dans le sud se partageraient les ressources pétrolières du pays.

Les tribus constituent le pilier de l'organisation traditionnelle de la société arabe irakienne. De taille variable, divisées en clans, dirigées par les cheikhs, les tribus réunissent des individus unis par des liens de parenté, vivant dans la même région, mais n'ayant pas nécessairement la même religion. Le secrétaire d'Etat au Dialogue national, Akram al-Hakim, a estimé que « la réconciliation nationale sera un succès si les différents groupes parviennent à faire des compromis ».

Pour sa part, le chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII), l'un des principaux partis chiites, Abdel Aziz al-Hakim, a demandé à ses militants de « convaincre les gens » des avantages du fédéralisme. « La meilleure assurance pour notre peuple, c'est de mettre en oeuvre le fédéralisme dans les provinces du centre et du sud, à l'issue d'une consultation du peuple », a affirmé M. Hakim.

Á Washington, le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow, a, le 15 août, déclaré pour sa part que le président américain George W. Bush a rejeté l'idée d'une partition de l'Irak comme solution pour mettre un terme aux violences qui secouent le pays. «Il n'y adhère pas (...) ce n'est pas réalisable», a indiqué Tony Snow se référant à une proposition récurrente qui suggère de partager le pays en États distincts en fonction des différentes communautés. «La plupart des Irakiens ne le veulent pas(...) Les Irakiens ne se considèrent pas comme sunnites, chiites ou kurdes, mais comme Irakiens, comme descendants de la civilisation de Mésopotamie», a-t-il dit.

Par ailleurs, le chef de la diplomatie italienne Massimo D'Alema, a, le 2 août, annoncé que l'Italie a décidé de dépenser 30 millions d'euros «dans les prochains mois pour renforcer l'engagement multilatéral en faveur de la reconstruction de l'Irak ». «L'Italie soutient le projet « International compact » lancé conjointement par l'ONU et le gouvernement irakien», a assuré M. D'Alema, à l'issue d'un entretien à Rome avec le vice-premier ministre irakien Barham Saleh. Ce projet, lancé le 27 juillet et soutenu par la Banque mondiale, est un contrat d'objectifs destiné à créer un cadre pour permettre la reconstruction et le développement de l'économie irakienne et son intégration dans l'économie régionale et internationale. «Nous avons l'intention d'en être partie prenante également pour renforcer les relations entre l'Irak et l'Union européenne dans le cadre d'une gestion internationale du processus de stabilisation de la paix», a indiqué M. D'Alema. Même si le nouveau gouvernement italien dirigé par Romano Prodi a décidé le retrait total de ses troupes d'Irak d'ici à la fin de l'automne, «cela ne signifie pas que l'Italie se retire complètement d'Irak, où elle restera présente à travers la coopération économique, politique et culturelle», a ajouté le ministre. M. Saleh a pour sa part remercié l'Italie pour «son soutien continu et ses sacrifices en Irak», où 31 militaires italiens sont morts en trois ans. «Le départ des troupes italiennes ne signifie pas en outre le retrait de l'Italie de l'échiquier irakien où Rome restera engagée sur les versants économique et politique», a ajouté le dirigeant kurde irakien.

BAGDAD : OUVERTURE DU PROCÈS DE SADDAM HUSSEIN JUGÉ POUR GÉNOCIDE DES KURDES.

La première audience du Haut tribunal pénal irakien dans le procès Anfal s'est ouverte le 21 août dans la Zone verte ultra-sécurisée à Bagdad. Il s'agit du deuxième procès de Saddam Hussein après celui de Doujaïl, dans lequel il a été jugé pour le massacre de villageois chiites dans les années 1980 et dont le verdict est attendu en automne. L'ancien dictateur Saddam Hussein, accusé de génocide pour avoir ordonné les campagnes Anfal (« butin de guerre », selon une sourate du Coran), qui ont fait plus de 182.000 morts dans le Kurdistan en 1988, a refusé de plaider à l'ouverture de son procès pour génocide. Sept responsables de l'ancien régime irakien dont « Ali le chimique » sont sur le banc des accusés. Saddam Hussein, bien sûr, accusé d'avoir ordonné la campagne « Anfal » et d'être le principal responsable du génocide, Ali Hassan al-Majid, plus connu sous ses surnoms « Boucher du Kurdistan » et surtout « Ali le chimique » pour ses penchants pour les armes chimiques. Il était le chef d'état-major pour le Kurdistan. C'est lui qui a été chargé d'exécuter l'ordre donné par son cousin paternel Saddam Hussein pour « régler une fois pour toutes la question kurde ». Sabir al-Douri, directeur du renseignement militaire, un poste clé sous le régime de Saddam Hussein, Al-Douri est accusé d'avoir été un des principaux instigateurs du plan Anfal et un des principaux acteurs de son exécution. Taher al-Ani, gouverneur de Mossoul sous Saddam Hussein, il était en poste lors de la campagne d'Anfal. Sultan Hashim al-Tai, ancien ministre de la défense de Saddam Hussein, il était le commandant sur le terrain de l'opération Anfal et prenait ses ordres de « Ali le chimique ». Hussein Rashid al-Tikriti, directeur adjoint des opérations et membre du clan de Saddam Hussein, il est accusé d'avoir activement participé aux opérations et Farhan al-Juburi: Directeur du renseignement militaire pour l'est de l'Irak, il est accusé d'avoir activement participé aux opérations.

Le procureur Mounkith al-Faroun a énuméré les huit campagnes successives de l'opération Anfal, entre le 22 février et le 6 septembre 1988. « De nombreuses armes chimiques ont été utilisées, des milliers de villages rasés, des enfants séparés de leurs parents. Des femmes ont été emprisonnées, violées et torturées. Seule la fierté et la dignité du peuple ont survécu, tout le reste a été détruit », a proclamé le procureur, estimant que jusqu'à 182.000 personnes avaient été tuées. Le procureur tentera de démontrer que le dictateur s'est rendu coupable de génocide en ordonnant cette opération, au cours de laquelle plus de 4 500 villages kurdes ont été détruits. « Il est temps que l'humanité connaisse (...) l'ampleur et l'échelle des crimes commis contre le peuple du Kurdistan », a déclaré le procureur général. « Des villages entiers ont été rasés, comme si tuer les gens ne suffisait pas », a-t-il ajouté, montrant des photos de cadavres de femmes et enfants. Le nouveau procès verra entre 60 et 120 plaignants et témoins de l'accusation défiler devant le tribunal qui devra examiner plus de 9.000 documents. Nombre de Kurdes attendaient cette occasion, comme les chiites pour le procès de Doujaïl. Plusieurs milliers de rescapés et proches des victimes de l'opération Anfal ont manifesté lundi à Suleimaniyeh, réclamant la mort de Saddam Hussein.

Dans le Kurdistan irakien, la population a observé cinq minutes de silence dans les principales villes, en mémoire des victimes. Pour les Kurdes qui ont survécu à la campagne de répression ce jour marque une victoire mais ravive de cruels souvenirs. « J'attends impatiemment de le voir devant le tribunal afin d'étancher ma soif de le voir humilié », dit Abdallah Mohammed, qui a perdu deux fils, trois filles, trois frères et trois belle-soeurs dans cette campagne de répression Anfal organisée en 1987-88. Ceux qui avaient survécu aux raids de l'aviation et de l'artillerie irakiennes ont été tués par l'armée, selon les organisations de défense des droits de l'homme. Les responsables kurdes souhaitent faire du procès de Saddam un temps fort d'une catharsis nationale. Le ministre des droits de l'Homme, Youssef Mohammed Aziz, précise que 32 avocats doivent se rendre à Bagdad pour défendre les victimes et que 42 témoins kurdes ont été désignés pour représenter leur peuple. Malgré les réserves des observateurs, les responsables kurdes se disent convaincus de pouvoir apporter les preuves des liens entre les prévenus et les horreurs commises. Kamal Othman Khoshaw, procureur général du Kurdistan, affirme que son équipe a trouvé une preuve de la culpabilité de Saddam. « Parmi les documents, figure un émanant du commandement général des forces armées adressé au général commandant l'opération. Il porte le nom de la totalité des chefs et des membres du parti qui y étaient impliqués », assure-t-il.

Le directeur du Centre Anfal à Dohouk dans le Kurdistan irakien, Ali Bandi, estime que Saddam Hussein voulait « détruire le peuple kurde », mais rappelle aussi que de nombreux pays occidentaux avaient « des sympathies » avec le dictateur déchu. Le centre Anfal cherche à la fois à rassembler des informations et documents sur les campagnes de répression au Kurdistan et à aider les victimes et leurs familles. « Nous disons que Saddam Hussein est coupable mais que ce n'est pas le seul coupable. La communauté internationale aussi est coupable. Saddam Hussein avait les sympathies de beaucoup de pays. L'Allemagne notamment l'a aidé à rester au pouvoir. Des entreprises néerlandaises ont participé, elles ont d'ailleurs été condamnées par la justice néerlandaise et nous la remercions. Les Irakiens ont utilisé des armes chimiques contre nous, mais beaucoup de grands Etats, comme les Etats-Unis, ont préféré garder le silence. Nous avons fait les frais de la guerre froide. Les Français ont vendu des armes à l'Irak. Ils ont été coopératifs avec l'Irak. Ils avaient de la sympathie pour Saddam Hussein. Des entreprises françaises travaillaient beaucoup avec le régime irakien. Mais, nous nous souviendrons toujours de Danielle Mitterrand qui a défendu les Kurdes. Il y a une rue ici à Dohouk qui porte son nom et chaque Kurde a un peu de Danielle Mitterrand dans son cœur ».

Il existe aussi le problème des déplacés. Il y a deux types de déplacés, ceux dont le village a été « arabisé » par le régime irakien et ceux dont le village a été rasé pendant la campagne Anfal. Moussa Ali Bakir, chef du bureau des déplacés intérieurs et réfugiés (IDP) pour Dohouk et Mossoul, affirme que « le problème des déplacés dépasse leur simple nombre…Saddam a déplacé les populations et rasé des villages, détruisant le tissu économique mais aussi les cellules familiales et les conditions de possible retour ». « Les bailleurs internationaux ne comprennent qu'en partie le problème. Nous devons réinstaller dans leurs villages les déplacés mais ce n'est pas facile. Il faut garantir la sécurité: arrêter les combats, y compris entre Kurdes, et déminer (20 millions de mines seraient dispersées à travers le Kurdistan, ndlr). Il faut aussi rendre ces anciens villages accessibles avec des routes et reconstruire des maisons dignes de ce nom », détaille Moussa Ali.

Selon des analystes, les preuves du massacre des Kurdes à l'instigation du dictateur déchu Saddam Hussein sont solides, mais le tribunal spécial qui le juge est mal armé pour un procès sur une question aussi complexe que le génocide. « Les preuves contre l'ancien régime sont solides, mais vu le déroulement du procès du massacre de Doujaïl, le tribunal ne nous semble pas armé pour mener une procédure d'une telle importance contre un chef d'Etat », a déclaré Nehal Bhuta, de l'organisation de défense des Droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), basée à New York. « La preuve d'un génocide réside dans la création de zones déclarée interdites par le gouvernement irakien et dont tous les habitants devaient être exécutés », souligne Nehal Bhuta. « L'argument selon lequel les victimes étaient des rebelles n'est pas crédible, des enfants figuraient parmi les dizaines de milliers de morts de cette opération », relève-t-il. Cependant, l'accusation semble avoir gagné en maturité et en transparence: en particulier, les six témoins à charge qui se sont présentés à la barre lors de la troisième audience, l'ont fait à visage découvert. Plusieurs organisations des droits de l'homme avaient dénoncé l'usage excessif de témoins anonymes, dissimulés derrière un rideau et dont la voix était déformée artificiellement, lors du procès de Doujaïl.

Vers 1986, de larges secteurs de la région kurde avaient été libérés du contrôle du gouvernement central, soumis à des pressions croissantes en raison de la guerre avec l'Iran. Début 1987, Saddam Hussein chargea son cousin, Ali Hassan al-Majid, de ramener la région kurde sous le contrôle du gouvernement central. Ce dernier institua alors des « zones interdites » dans la région et considéra tous leurs habitants comme des « insurgés ». Les villageois furent transférés vers des zones pouvant être facilement contrôlées par Bagdad, alors que les « zones interdites » furent bombardées, puis envahies. Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW), ces campagnes étaient destinées à exterminer le peuple kurde et ne constituaient seulement pas de simples opérations de contre-insurrection comme le prétendait l'ancien régime. « Il faut souligner que les meurtres n'ont pas été commis pendant les opérations de contre-insurrection: les détenus étaient tués plusieurs jours ou semaines après que les forces armées eurent atteint leurs objectifs », affirme HRW, dans un rapport détaillé sur la campagne Anfal datant de 1993, publié en France aux éditions Karthala sous le titre de « Génocide en Irak- La campagne d’Anfal contre les Kurdes ». « Finalement, la question de l'intention est au coeur de la notion de génocide », souligne le rapport, qui détaille des documents et témoignages démontrant l'existence de cette intention, selon l'organisation.

Le personnage d'Ali Hassan al-Majid est central dans cette affaire. Il fait l'objet de nombreuses accusations, notamment d'utilisation de gaz toxiques, d'exécutions massives et d'établissement de camps de détention pour soumettre le Kurdistan. Ali Hassan al-Majid était l'exécuteur des basses oeuvres de Saddam Hussein. Bras droit de Saddam Hussein, il était appelé régulièrement à la rescousse, dès qu'il s'agissait de briser le moindre mouvement de contestation de l'ancien régime. D'une brutalité effroyable, il a occupé le poste de secrétaire général du parti Baas dans le nord de l'Irak de mars 1987 à avril 1989, coordonnant à la fois l'armée, la direction de la sécurité générale et les renseignements militaires engagés dans la répression contre les Kurdes. En mai 1987, il engage une politique implacable de terre brûlée dans le Kurdistan par une vaste opération d'évacuation de la population et du bétail, emmenés de force près des frontières jordaniennes et saoudiennes, loin des zones d'implantation traditionnelles des Kurdes. Mais il fut aussi le bourreau des chiites lors de la révolte de 1991, en tant que commandant des divisions de la Garde républicaine dans le sud du pays. Dans les années 1990, il a dirigé une campagne de déportation forcée des habitants des marais (sud), dont le nombre est tombé d'un million à 40.000. Il a aussi supervisé l'occupation du Koweït. D'août à novembre 1990, il fut ainsi le gouverneur sanguinaire de ce pays envahi par l'armée irakienne, avant de reprendre en février 1991 le poste de ministre des Affaires locales, dont il était titulaire depuis juin 1989. Sans états d'âme, M. Majid a exécuté en février 1996 son propre neveu Hussein Kamel, rentré à Bagdad après avoir fait défection un an plus tôt en Jordanie et dénoncé le régime. Membre du Conseil de commandement de la révolution (CCR, la plus haute instance dirigeante du régime baassiste), Ali le Chimique avait été désigné responsable de la région militaire sud, avec pour mission de la défendre contre l'offensive américano-britannique, lancée le 20 mars. En janvier 2003, il s'était rendu à Damas puis à Beyrouth dans le cadre de tournées d'émissaires de Saddam Hussein visant à faire valoir le point de vue de l'Irak, un mois et demi après le début des inspections de l'Onu sur le désarmement du pays.

Le procès laissera de côté l'attaque la plus tristement connue, celle d'Halabja en mars 1988, où quelque 5.000 personnes, selon les estimations, moururent gazées. Elle constitue un dossier séparé.

ALORS QUE LES VIOLENCES EN TOUT GENRE S’INTENSIFIENT, LE PKK PROPOSE UN CESSEZ-LE-FEU AU GOUERNEMENT TURC.

Le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a, le 23 août, proposé un cessez-le-feu au gouvernement turc. Murat Karayilan, un des chefs politico-militaires du PKK, a déclaré qu’ « en réponse à de nombreuses demandes du gouvernement du Kurdistan irakien et aux déclarations du département d'Etat américain, nous sommes prêts à observer un cessez-le-feu et à choisir de régler de manière pacifique et démocratique la question du peuple kurde en Turquie ». « Nous sommes prêts à un cessez-le-feu à partir du 1er septembre, le jour de la Fête de la paix dans le monde. La Turquie doit être prête à y répondre et à se montrer souple à cet égard, a ajouté Murat Karayilan, qui se présente comme le numéro deux du PKK en Irak. « Nous savons que la Turquie a des ambitions expansionnistes et nationalistes et veut mettre la pression sur les responsables kurdes irakiens. Nous ne nous attendons pas à ce qu'ils attaquent mais nous sommes prêts à nous défendre », a-t-il poursuivi, en référence aux milliers de soldats turcs massés à la frontière.

L’agence de presse pro-kurde Firat, basée en Allemagne, avait, le 11 août, rapporté qu’Abdullah Öcalan avait annoncé qu'il pourrait appeler ses militants à déclarer un cessez-le-feu si Ankara affichait une « approche sincère » pour la résolution du conflit. « Il est possible d'arrêter l'effusion de sang (...) Si le gouvernement affiche une position sincère nous ferons ce qui est en notre pouvoir. J'appellerai au cessez-le-feu et les affrontements cesseront », aurait déclaré le chef du PKK. Ces déclarations ont apparemment été transmises à l'agence par les avocats d'Öcalan, qui selon cette source, l’auraient rencontré dans sa prison sur l'île d'Imrali, où il purge depuis 1999 une peine de prison à vie pour trahison. « Nos demandes sont très claires (...) Nos enfants devraient être éduqués dans leur langue maternelle, et (pouvoir) écouter la radio, regarder la télévision et lire les journaux » en kurde, aurait déclaré Abdullah Öcalan. Le chef du PKK aurait déclaré que si Ankara prenait « des mesures pratiques et donnait certaines garanties » après un éventuel cessez-le-feu du PKK, les combattants se retireraient en Irak ou dans un autre pays. « A l'étape finale, les armes seraient déposées pour de bon, dans le cas où une garantie juridique serait donnée », aurait-il souligné, dans ce qui a semblé être une allusion à une demande d'amnistie pour les membres du PKK. « Un dialogue démocratique est nécessaire pour (aboutir à) une solution permanente (…) Vous ne pouvez pas en finir avec le PKK en suppliant les Etats-Unis et en coopérant avec l'Iran et la Syrie », aurait estimé A. Öcalan.

De son côté, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a, le 12 août, assuré que l'Irak ne serait pas un sanctuaire pour le PKK, lors d'un entretien téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, selon l'agence de presse turque Anatolie. M. Maliki aurait par ailleurs assuré que son gouvernement continuerait de travailler avec les Etats-Unis et la Turquie dans la lutte commune contre le PKK. Le président irakien Jalal Talabani avait, le 2 août, assuré que l'Irak « fera tout son possible pour empêcher l'organisation séparatiste kurde PKK d'attaquer la Turquie depuis le sol irakien ». « Je suis personnellement intervenu sur la question du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et j'ai appelé le représentant turc pour lui assurer que le gouvernement irakien est sérieusement décidé à faire cesser l'utilisation du territoire irakien par des groupes armés visant des pays voisins », a déclaré le président irakien lors d'une conférence de presse. « L'Irak fera tout son possible pour empêcher le PKK d'attaquer la Turquie depuis le sol irakien », a-t-il poursuivi, assurant avoir déjà ordonné la fermeture de bureaux du PKK. Une rencontre trilatérale entre responsables irakiens, américains et kurdes doit avoir lieu prochainement à ce sujet, avait indiqué M. Talabani.

La Turquie se plaint de longue date de l'inaction de Bagdad et de Washington face au PKK. Elle avait menacé en juillet d'intervenir militairement par-delà la frontière contre les camps du PKK en territoire kurde si Bagdad et Washington n'agissaient pas. Le ministère turc des Affaires étrangères s'est félicité le 30 août de la nomination du général américain à la retraite Joseph W. Ralston comme « émissaire spécial » de Washington pour la coordination de la lutte contre le PKK. Le communiqué diffusé estime que cette nomination constitue une « opportunité » pour faire des « pas concrets » dans le combat contre le PKK. Le général Ralston avait notamment servi comme commandant suprême de l'Otan et avait plusieurs fois visité la Turquie, membre de l'organisation.

Au moins 98 militants du PKK et 66 membres des forces de sécurité sont morts dans les violences qui se sont multipliées cette année, selon un décompte de l'AFP. Ainsi, un civil qui ramassait du bois dans une petite forêt a été tué et deux militaires blessés dans un affrontement survenu le 24 août près de la ville de Bitlis. La veille, des médias locaux ont rapporté que cinq membres du PKK se sont rendus aux forces turques de la localité de Silopi, dans la province de Sirnak. Un communiqué du gouverneur de la province indique qu'un total de 69 militants du PKK se sont rendus aux forces turques à Sirnak en 2006. De plus, deux combattants kurdes du PKK ont été tués lors de combats dans la province de Sivas, dans le centre de la Turquie, a rapporté le 20 août l'agence de presse Anatolie. Deux autres soldats turcs ont, le 15 août, été tués dans des combats avec le PKK sur les hauteurs de Gabar, dans la province de Sirnak. Le 13 août, deux policiers ont été tués et un autre blessé par l'explosion d'une mine activée à distance par des combattants kurdes à Tunceli, selon les autorités turques. L’incident s'est produit non loin d'un poste de la police anti-émeutes dans le centre-ville de Tunceli. Un sous-officier turc a, le 7 août, été tué dans sa maison à Beytüssebap, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière irakienne tandis qu'un combattant a été déchiqueté lorsque l'engin qu'il manipulait a explosé dans cette même région, selon les autorités locales. La veille, trois soldats ont été tués et huit autres personnes blessées dans des attaques menées par des membres présumés du PKK dans une zone rurale de la province de Gumushane (nord-est). Le gouverneur de la province Veysel Dalmaz a déclaré que des membres du PKK ont attiré dans une embuscade un véhicule militaire qui s'est renversé après que le chauffeur eut été blessé et eut perdu le contrôle du véhicule. Plus tôt dans la journée, une mine, activée par télécommande, avait explosé sur le passage d'un train de marchandises entre les provinces de Bingöl et d'Elazig, blessant 4 gardes de la sécurité.

Outre le PKK, un groupe armé radical, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), a revendiqué le 29 août un triple attentat qui a fait 21 blessés, dont 10 Britanniques, la veille dans une station balnéaire du sud-ouest de la Turquie et une autre attaque ayant fait six blessés le même jour à Istanbul. Les TAK ont revendiqué également une autre explosion survenue la veille dans la ville touristique d'Antalya (sud), qui a fait trois morts et une vingtaine de blessés. Dans leur texte de revendication, les TAK ont affirmé avoir commis l'attentat d'Antalya en représailles aux mesures de confinement dont fait l'objet Abdullah Öcalan. Sur leur site Internet, les TAK ont, le 23 août, également indiqué que ses membres avaient mis le feu à des forêts dans au moins 17 zones pour protester contre l' « attitude fasciste » des autorités turques au Kurdistan de Turquie. Les TAK avait également revendiqué le 15 août un attentat à la bombe perpétré la veille dans un quartier touristique d'Istanbul qui a blessé trois personnes. Une bombe de faible puissance a explosé dans le quartier touristique de Sultanahmet. L'engin, une « bombe à percussion », expression désignant des dispositifs visant plus à faire du bruit que des victimes, était posé sous un banc de la place de Sultanahmet, bordée par la mosquée-musée de Sainte-Sophie, la mosquée de Sultanahmet et le palais ottoman de Topkapi. « Nous assumons la responsabilité de cet acte (...) dont les conséquences auraient pu être beaucoup plus sanglantes », ont indiqué les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK) dans un communiqué rapporté par l'agence Firat. L'explosion est intervenue à la veille de l'anniversaire du déclenchement, le 15 août 1984, des attaques armées du PKK.

De plus, les TAK ont, le 5 août, revendiqué deux attentats qui ont fait 17 blessés. La bombe, placée à l'entrée du siège régional du Parti républicain du peuple (CHP) à Diyarbakir, a endommagé l'immeuble sans faire de victimes, ont indiqué les autorités. Plus tôt, les TAK avaient revendiqué deux attentats à la bombe simultanés, devant une banque à Adana (sud) faisant dix-sept blessés la veille. Dans un communiqué publié sur leur site Internet, les TAK précisent que leur attaque était un acte de représailles contre « le traitement fasciste subi par le président Apo et par notre peuple ». « Nos actions deviendront chaque jour de plus en plus violentes », menacent les TAK. La succursale de la banque Oyakbank, propriété du Fonds de pension des officiers turcs (OYAK), proche du lieu des explosions, a été visée parce qu'elle dépend de l'armée, souligne le communiqué.

Par ailleurs, la province du Kurdistan iranienne est depuis un an le théâtre d'affrontements armés entre les soldats iraniens et des militants du PEJAK, un groupe kurde iranien proche du PKK. Le quotidien Kayhan, a le 21 août, rapporté que cinq combattants kurdes iraniens du Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI) et quatre combattants du PKK ont été arrêtés, et trois autres blessés lors d'un affrontement. « Cinq membres du Parti démocratique du Kurdistan ont été arrêtés dans la région de Miandoab (Azerbaïdjan occidental) », a déclaré le colonel Hossein Rashidi, un des responsables des forces de l'ordre de l'Azerbaïdjan occidental, une province à majorité kurde du nord-ouest de l'Iran. Il a déclaré par ailleurs que « quatre membres du PKK, dont une femme, ont été arrêtés dans la région de Salmas (Azerbaïdjan occidental) et remis aux autorités judiciaires ». Il a ajouté que « des armes et des documents ont été saisis ». Selon le même responsable, « trois membres du PKK ont été la cible des forces armées après la mort d'un policier et d'un membre des gardiens de la révolution par des mines posées dans la région ». Le colonel Rashidi n'a pas précisé quand ces différents incidents ont eu lieu.

Rostam Joudi, un responsable du PEJAK, a indiqué pour sa part que deux civils ont été tués le 18 août dans des tirs de l'artillerie iranienne contre des villages du Kurdistan irakien abritant des combattants kurdes iraniens. « Les forces iraniennes ont bombardé à l'aide d'obus d'artillerie (...) huit villages près de Qandil, tuant deux civils et forçant de nombreux habitants à partir », a-t-il déclaré. L'artillerie iranienne a visé en mars, avril et août derniers des positions de la même formation, faisant quatre morts et provoquant des destructions dans cette zone montagneuse de l'Irak, frontalière de l'Iran.

IRAK : LE MOIS DE JUILLET EST LE MOIS LE PLUS MEURTRIER DEPUIS LA GUERRE DE 2003.

Dans son édition du 16 août, le quotidien New York Times, se basant sur des chiffres du ministère de la santé irakien et des différentes morgues du pays, avance que le mois de juillet 2006 est le mois le plus meurtrier depuis le début de la guerre en Irak, en 2003, avec une augmentation des morts violentes de 9 % par rapport à juin, et deux fois plus de décès qu'en janvier. A Bagdad, le ministère de la santé a ainsi annoncé que la morgue de la capitale avait reçu « les corps de 1 850 personnes au mois de juillet, pour la plupart tuées par balles », contre 1 350 en juin. Dix civils meurent chaque jour en Irak, victimes des violences confessionnelles qui secouent le pays, d'attentats à la bombe sur les marchés, d'attaques en règle de miliciens vêtus d'uniformes officiels, ou, plus souvent, exécutés par balle. Soit, pour le mois de juillet, un total de 3 438 morts violentes. Le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, a pourtant lancé à la mi-juin un plan de sécurité pour Bagdad, pour lequel plus de 50 000 membres des forces de sécurité irakiennes et soldats américains ont été déployés. L'échec de ce plan a conduit au lancement d'une « deuxième phase », pour laquelle 5 000 soldats américains supplémentaires ont été acheminés dans la capitale, considérée comme la priorité. « En tant qu'Irakiens, et plus particulièrement chiites, nous sommes devenus des cibles des takfiri (extrémistes sunnites) et des partisans de Saddam Hussein », déclare Aziz Zein Al-Ali, un porte-parole du Conseil supérieur de la révolution islamique en Irak (CSRII), l'un des plus importants partis chiites. L'ambassadeur des Etats-Unis en Irak, Zalmay Khalilzad, a accusé de hauts responsables du régime d'être liés avec les milices chiites ou sunnites. « Une grande part de responsabilité revient aux hommes politiques irakiens, dont la plupart ont des liens

En dépit des assurances de l'armée américaine selon laquelle la situation s'améliore dans la capitale, au moins 77 personnes ont, le 30 août, été tuées en Irak dont 24 dans un sanglant attentat visant un marché du centre de Bagdad. Un double attentat a ensuite frappé Karrada, quartier commerçant du centre de Bagdad, tuant trois personnes, dont un policier, et faisant 14 blessés dans la file d'attente d'une station service. Dans d'autres attaques à travers la capitale, en particulier dans les quartiers de Doura (sud) et d'Amariyah (ouest), dix personnes ont été tuées. Pourtant, d'après l'armée américaine, la violence a diminué de 46% à Bagdad depuis le début du mois d'août, par rapport aux mois précédents. Depuis le 7 août, près de 30.000 hommes, Américains et Irakiens, fouillent maison par maison les quartiers les plus dangereux, en commençant par Doura (sud), l'un des quartiers les plus dangereux et Gazaliyah (nord), une stratégie qui semble porter ses fruits dans ces arrondissements. Le plan de sécurité prévoit également l'instauration d'un dialogue entre représentants des communautés sunnite et chiite et des mesures de développement économique. En dépit de mesures de sécurité exceptionnelles, les pèlerins chiites ont, le 20 août, été la cible d'attaques en traversant les quartiers sunnites de la capitale pour se rendre au mausolée, situé sur la rive ouest du Tigre, à majorité sunnite pour la célébration de l'anniversaire de la mort de Moussa al-Kazim, le septième des douze imams du chiisme, mort persécuté à Bagdad en 799. Vingt pèlerins ont été tués et 300 blessés au cours d'attaques séparées alors que des centaines de milliers de pèlerins chiites ont rendu hommage à l’imam révéré à Bagdad. La violence n'a pas diminué dans le reste du pays, tant dans le « triangle de la mort sunnite » au sud de Bagdad, où les corps de personnes enlevées puis assassinées sont régulièrement découverts, que dans la région de Baaqouba, au nord de la capitale, où des hommes armés font régner la terreur parmi les civils.

Dans le sud, la tension est également grande après les violents affrontements entre forces de l'ordre et partisans de l'ayatollah radical chiite Mahmoud al-Hassani, survenus le 15 août dans la ville sainte chiite de Kerbala, où a été décrété un couvre-feu de trois jours.

Au Kurdistan, deux attentats suicide anti-kurdes ont tué 10 personnes et en ont blessé 50 en début de soirée le 27 août à Kirkouk. Les deux attentats suicides à la voiture piégée ont eu lieu à quelques secondes d'intervalle, dans le quartier Iskan de Kirkouk. L'un des attentats visait une demeure liée au souvenir de la famille du président irakien, Jalal Talabani. Le second s'est produit devant la maison du colonel Ahmed Abdallah, un responsable local de la police. Plus tôt dans la journée, un attentat suicide à la voiture piégée contre le siège de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), le parti de M. Talabani, avait tué un garde kurde et blessé 16 personnes. Quatre policiers ont en outre été abattus à une cinquantaine de kilomètres au sud de Kirkouk dans la journée. « Cet attentat porte la marque des terroristes du Baas et d'Ansar al-Sunna (groupe extrémiste sunnite lié à Al-Qaïda, ndlr), qui voient dans l'UPK un grand danger », a estimé Jalal Joha, un responsable local du parti kurde.

De plus, neuf personnes, cinq peshmergas et quatre civils, ont, le 15 août, été tuées et 51 blessées dans un attentat suicide à Tamim, un des quartiers à l'ouest de la ville de Mossoul, près d'un des plus grands sièges du l'Union Patriotique du Kurdistan. La semaine précédente, ces mêmes bureaux de l'UPK avaient été mis à sac par des partisans d'un cheikh chiite de Bassorah, un certain al Yakoubi. Ils n'avaient pas apprécié un article d'un responsable de l'UPK dans le journal kurde Al-Ittehad qui accusait Al Yakoubi d'incitation « à la haine contre les Kurdes ». Dans un communiqué, Jalal Talabani avait regretté que cet article ait pu en blesser certains. Il avait ajouté qu'on ne l'avait pas informé de sa publication.

HASANKEYF : LANCEMENT CONTESTÉ DE LA CONSTRUCTION DU BARRAGE QUI VA ENGLOUTIR 12 000 ANS D’HISTOIRE AU KURDISTAN.

La Turquie a, le 5 août, lancé la construction d'un grand barrage sur le Tigre, malgré les violentes critiques suscitées par le projet qui va détruire un site historique majeur et provoquer le déplacement de plusieurs milliers de Kurdes. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a participé à l'inauguration du chantier du barrage d'Ilisu, près de Dargecit, à 45 kilomètres de la frontière syrienne, posant la première pierre d'un projet très controversé depuis sa conception, à la fin des années 70. Au coeur des critiques, la petite ville de Hasankeyf, sur les bords du Tigre, cité prospère de l'ancienne Mésopotamie, puis l’ultime bastion de la dynastie kurde des Ayyoubides de Saladin, aujourd'hui frappée par la pauvreté, risque de voir une partie de ses terres ensevelies sous le lac du barrage. Les nombreux opposants au projet, qui prévoit également la construction d'une centrale hydroélectrique, craignent la disparition non seulement d'un site historique unique, où se côtoient des monuments assyriens, romains, kurdes et ottomans, mais aussi d'un style de vie traditionnel, préservé jusqu'ici par sa population, kurde et arabe.

Pour arrêter le projet, des militants ont remis une pétition à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de Strasbourg et ont appelé les créanciers étrangers à suspendre leurs prêts au consortium international chargé de la construction de l'édifice. Au contraire, les partisans du barrage estiment qu'il apportera à cette région pauvre les moyens de développer son économie, en permettant notamment la création de 10.000 emplois, le développement d'une activité de pêche et l'irrigation des terres agricoles. Selon M. Erdogan, ce projet est une preuve de la volonté d'Ankara d'améliorer les conditions de vie des Kurdes de Turquie. « Le pas que nous franchissons aujourd'hui montre que le Sud-Est n'est plus négligé (...) Ce barrage apportera des profits substantiels aux populations locales », a-t-il déclaré au cours de la cérémonie.

Prévu pour 2013, le barrage d'Ilisu deviendra le deuxième plus grand réservoir d'eau et la quatrième centrale hydroélectrique du pays, avec une production annuelle de 3,8 milliards de kW/h. Son coût est estimé à 1,2 milliard d'euros. Selon des responsables, 80% des sites archéologiques de Hasankeyf, dont des tombes et des centaines de maisons souterraines déjà usées par le temps et des années de négligence, resteront au-dessus du niveau de l'eau. Les autres, notamment des mosquées, un hammam et les restes d'un ancien pont enjambant le Tigre, seront transférés dans un musée en plein air, qui deviendra, selon le voeu de M. Erdogan, un « pôle touristique ». Le gouvernement est déterminé à préserver le patrimoine de Hasankeyf, a ajouté M. Erdogan, rappelant que 66 millions d'euros avaient été alloués aux recherches archéologiques, déjà bien avancées. Des opposants estiment pour leur part que même si les monuments sont transférés, l'intégrité du site et le paysage original seront dénaturés pour toujours. Le gouvernement prévoit aussi d'indemniser les habitants de près de 200 villages qui seront expropriés, et de bâtir une nouvelle ville pour accueillir ceux d'Hasankeyf. « Le barrage va détruire 12.000 ans d'histoire », déplore Abdulvahap Kusen, le maire d'Hasankeyf, membre d'un groupe civique opposé au projet. « Ni moi, ni personne d'autre n'ira s'installer dans ce nouvel endroit. Si Hasankeyf est inondée, nous migrerons tous vers les grandes villes », a-t-il déclaré.

En 2001, la société britannique du bâtiment Balfour Beatty PLC s'était retirée du projet, en invoquant «la complexité environnementale, commerciale et sociale». Le constructeur italien Impregilo a fait de même. Le responsable des ouvrages d'eau Veysel Eroglu, estime pour sa part que «le barrage va donner vie à la région» et «aurait dû être fait il y a 30 ans. «Ce barrage est une arme de destruction culturelle massive, pas seulement à cause du grand nombre de monuments mais aussi de la culture, des gens d'ici», explique Maggie Ronayne, archéologue à l'Université nationale d'Irlande de Galway, qui travaille dans la région depuis 1999.

Le barrage d'Ilisu fait partie du Projet pour le Sud-Est anatolien (GAP), qui prévoit la construction de 22 barrages et de 19 centrales hydroélectriques dans la région, essentiellement sur le Tigre et l'Euphrate. Le GAP a été vivement critiqué par l'Irak et la Syrie, qui accusent la Turquie de s'approprier les eaux de deux fleuves du Kurdistan coulant vers le sud de leurs territoires frappés par la sécheresse.

DAMAS : VISITE DU MINISTRE TURC DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gul a, le 22 août, effectué une visite de travail en Syrie pour s'entretenir avec les responsables syriens de la situation au Liban et dans les territoires palestiniens. M. Gul a rencontré le président syrien, Bachar al-Assad et son homologue syrien, Walid al-Muallem, sur le dossier libanais et le problème entre Israël et les Palestiniens. M. Gul s'était rendu le 20 août en Israël et dans les territoires palestiniens, en vue de chercher une solution au problème palestinien. Lors de sa rencontre avec le dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas, à Ramallah, M. Gul a indiqué : « Des efforts doivent être faits dans la région pour faciliter une paix permanente ». « Les soldats israéliens enlevés doivent être libérés et les Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes doivent également être libérés », a déclaré le ministre, ajoutant : « De tels actes pourraient établir un nouveau climat de paix dans la région ».

De son côté, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier avait annulé une visite prévue en Syrie le 15 août en signe de protestation contre un discours du président Bachar el-Assad qui a fait l’éloge de Hezbollah et menacé Israël. Damas a confirmé que le chef de la diplomatie allemande avait annulé une visite en Syrie, mais a invoqué des « vues divergentes » sur la résolution 1701 de l'ONU appelant à la cessation des hostilités entre Israël et le Hezbollah pour expliquer son revirement. Le ministre allemand des Affaires étrangères a annulé sa visite en Syrie déclarant que les propos tenus par le président Bachar el-Assad constituaient une « contribution négative ». « Nous leur disons (aux Israéliens) qu'après avoir goûté à l'humiliation dans les dernières batailles, vos armes ne vont pas vous protéger -pas vos avions ou vos missiles, ni même vos bombes nucléaires...Les futures générations dans le monde arabe trouveront un moyen de vaincre Israël », avait lancé le chef d'Etat syrien. Le ministère syrien des Affaires étrangères n'a pas fait allusion aux remarques de M. Steinmeier sur le discours de Bachar el-Assad, se contentant d'affirmer que la visite avait été annulée à la demande de l'Allemagne en raison des « vues divergentes entre les deux parties sur l'évaluation » du plan de cessez-le-feu de l'ONU.

L’IRAN PROCÈDE Á UNE SÉRIE DE MANŒUVRES MILITAIRES.

L'Iran a procédé à partir du 19 août à une série de grandes manoeuvres militaires dans tout le pays, censées se poursuivre « pour une durée non-précisée ». Il s'agit de « présenter la nouvelle doctrine défensive » du pays, selon le porte-parole militaire, le général Mohammad Reza Ashtiani, cité par la télévision publique. Cet exercice est annoncé alors que l'Iran s'est vu donner jusqu'à la fin du mois d'août par la communauté internationale pour suspendre ses opérations d'enrichissement de l'uranium, et au lendemain du cessez-le-feu au Liban, considéré par Téhéran comme une victoire pour le Hezbollah, et par ricochet une bonne nouvelle pour l'Iran. Ces manoeuvres, a expliqué le général, reflètent le niveau actuel de tension dans la région: « Nous devons être préparés contre toute menace et nous devrions être un exemple pour d'autres pays » et « notre armée est prête à déjouer tous les complots contre la république islamique d'Iran ». Ces grandes manoeuvres impliquent 12 régiments d'infanterie. En avril, Téhéran avait lancé son plus important exercice militaire à ce jour, affirmant avoir testé plusieurs armes de pointe, y compris des missiles.

Á l'heure où la tension est à son comble au Proche-Orient, le ministère turc des Affaires étrangères a contraint deux avions iraniens à destination de la Syrie à se poser dans le Kurdistan de Turquie pour fouiller les appareils à la recherche de roquettes et d'autres équipements militaires. Le quotidien Hurriyet avait, le 16 août, rapporté que des appareils iraniens avaient été obligés d'atterrir à l'aéroport de Diyarbakir les 27 juillet et 8 août, mais qu'aucun matériel militaire n'avait été trouvé.

Namik Tan, porte-parole du ministère des Affaires étrangères a confirmé les faits, ajoutant que la Turquie ne faisait que se conformer aux règles internationales. « La Turquie est un pays qui prend soin d'agir dans le cadre des règles et des accords internationaux », a-t-il déclaré. « L'incident...a eu lieu dans ce cadre ».

Le porte-parole a ajouté que les relations entre Ankara et Téhéran ne s'étaient pas dégradées en raison de l'incident. « Il n'y a aucun problème entre les deux pays », a-t-il ajouté.

AINSI QUE...

LES AUTORITÉS TURQUES SAISISSENT PLUS DE MILLE LIVRES TRADUITS EN KURDE D’UNE ROMANCIÈRE SUÉDOISE.



L'agence suédoise TT, a, le 24 août, rapporté que plus de mille exemplaires en langue kurde d'une série célèbre de livres pour enfants de la romancière suédoise Astrid Lindgren ont été saisis par les autorités turques à Istanbul. La cargaison, destinée à des librairies dans cinq localités kurdes de Turquie, a été saisie car elle n'était pas accompagnée de l'autorisation requise du ministère turc de l'Education, et il manquait également des documents douaniers, selon les autorités citées par TT.

Les 1.208 livres, dont 25 différents titres de « Fifi Brindacier », l'héroïne créée par Astrid Lindgren, avaient été embarqués en Suède le 7 août par l'association Komak qui s'occupe de projet d'éducation parmi la population kurde de Turquie. Les aventures de Fifi Brindacier, fille aux taches de rousseur et portant des couettes, ont été traduites en 85 langues et publiées dans plus de cent pays.

LE PREMIER MINISTRE TURC PORTE PLAINTE CONTRE UN CARICATURISTE L’AYANT REPRESENTÉ SOUS FORME D’UNE TIQUE.



Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a porté plainte contre un caricaturiste et un hebdomadaire satyrique pour un dessin le représentant sous la forme d'une tique. Me Fatih Sahin a indiqué avoir déposé une plainte le 1er août devant un tribunal d'Ankara contre le magazine Leman et le dessinateur Mahmet Cagcag pour offense au Premier ministre, après la publication du dessin incriminé en une de l'hebdomadaire le 6 juillet dernier.



Faisant référence à une fièvre hémorragique transmise par les tiques qui a tué une vingtaine de personnes cette année en Turquie, Mahmet Cagcag avait dessiné M. Erdogan sous la forme d'une tique mordant dans la tête d'un homme et écrit en légende qu'il faisait « souffrir la Turquie ». Me Sahin a expliqué que le Premier ministre réclamait 25.000 livres turques (13.000 euros) de dommages et intérêts.



L'avocat a précisé qu'aucune date n'avait encore été fixée pour le procès mais qu'il allait probablement débuter à la rentrée judiciaire, en septembre. Cette procédure est la quatrième engagée par M. Erdogan pour des caricatures. Le Premier ministre a perdu les trois précédents procès. En avril 2004, il avait attaqué le quotidien de gauche Evrensel pour un dessin le représentant sous les traits d'un cheval, monté par un de ses conseillers. Il avait poursuivi le journal Cumhuriyet en février 2005 pour une caricature le dépeignant comme un chat emmêlé dans une pelote de laine, puis, un mois plus tard, le magazine satyrique Penguen, qui l'avait représenté sous la forme de divers animaux pour marquer son soutien à Cumhuriyet. Ces poursuites ont soulevé une vague de critiques dans la presse turque, qui s'est interrogée sur la sincérité du chef de gouvernement lorsqu'il s'affirme déterminé à accroître la liberté d'expression en Turquie pour faciliter l'entrée du pays dans l'Union européenne.

LE MINISTRE IRANIEN DE LA CULTURE S’ENGAGE Á « PURIFIER » LE SECTEUR CULTUREL EN IRAN.



Le ministre conservateur iranien de la Culture et de la guidance islamique Mohammad-Hossein Saffar-Harandi s'est, le 11 août, engagé à éliminer les « manifestations d'immoralité dans la société » et à « purifier » le secteur culturel. Il a aussi annoncé une réduction du nombre d'agences de presse iraniennes autorisées à travailler en Iran. « Malheureusement, nous assistons à des manifestations inappropriées et immorales dans la société actuelle », a déclaré M. Saffar-Harandi dans un discours diffusé sur la radio d'Etat. « Mais maintenant, vous avez ma parole pour engager une purification de l'atmosphère culturelle », a-t-il ajouté. « Dans un futur proche, nous ne constaterons plus une production culturelle malsaine dans les livres, films, événements, musique, etc », a-t-il poursuivi dans cette adresse à une foule précédant le sermon de la prière du vendredi. Le ministre a aussi attaqué le nombre grandissant d'agences de presse, en annonçant son intention de le réduire. « Je n'ai pas d'autre choix que de les restreindre, car l'investissement a porté plus sur la quantité que sur la qualité », a-t-il souligné, en expliquant que onze agences de presse travaillent avec un permis de son ministère, huit autres attendent de le recevoir, et entre 50 et 60 ont entamé des démarches pour l'obtenir.

M. Saffar-Harandi a pris ses fonctions l'été dernier, après l'élection du président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Les autorités avaient lancé à l'automne dernier une campagne contre ce qu'elles percevaient comme une « invasion culturelle de l'Occident » sur les médias d'Etat. Mais elle ne s'était traduite dans les faits que par une plus grande diffusion de musique traditionnelle ou « apaisante » sur les ondes. Selon M. Saffar-Harandi, la supervision du secteur culturel est une prérogative gouvernementale qui « ne doit pas être cédée à la société ». « Personne n'a le droit d'affronter les idéaux du peuple et du système, y compris dans le domaine culturel », car sinon les valeurs religieuses de la République islamique « ne survivront pas », a-t-il ajouté. La diffusion de musique, films et livres est soumise à une procédure d'autorisation du ministère de la Culture, et la presse fait l'objet depuis longtemps d'attaques du pouvoir judiciaire.

Par ailleurs, les médias iraniens ont, le 28 août, annoncé que les autorités iraniennes organiseront le 11 décembre une conférence internationale sur l'holocauste, dont la réalité à été mise en doute par les dirigeants iraniens, à l'occasion de la journée mondiale des droits de l'homme. Cette conférence, intitulée « Etude sur l'holocauste : perspective mondiale », est organisée par le Centre des études politiques et internationales du ministère des Affaires étrangères. Elle est prévue pour durer deux jours. Les thèmes retenus sont : « les raisons de l'antisémitisme en Europe », « l'holocauste du point de vue des documents historiques », « l'holocauste, les lois et les médias », et enfin « l'holocauste et le sionisme ». Le président ultra-conservateur iranien Mahmoud Ahmadinejad a mis en doute à plusieurs reprises ces derniers mois la réalité de l'holocauste. A la mi-août, le quotidien iranien Hamshahri et la Maison de la caricature de l'Iran ont organisé à Téhéran une exposition de caricatures sur l'holocauste des juifs durant la seconde guerre mondiale. Mahmoud Ahmadinejad, qui a qualifié l'Etat juif de « tumeur », a accusé les Européens d'avoir utilisé le « mythe » de l'holocauste pour créer Israël.

PROCÈS LOUFOQUE D’UN EXTREMISTE TURC AUTEUR DE L’ATTENTAT CONTRE LE CONSEIL D’ÉTAT TURC.



L'auteur présumé de l’attentat contre le Conseil d'Etat turc, qui avait fait un mort et quatre blessés en mai à Ankara, a tenté de fuir la salle d'audience lors de l'ouverture de son procès du 11 août, obligeant la cour à suspendre la séance. Alparslan Arslan, un avocat de 29 ans, a auparavant reconnu avoir commis l'attentat contre la plus haute juridiction administrative turque ainsi qu'une attaque à la grenade contre le quotidien de gauche Cumhuriyet, en évoquant des motivations d'ordre religieux. Le jeune homme était en train de faire sa déposition lorsqu'a retenti hors du tribunal l'appel du muezzin à la prière. « C'est le moment de la prière du vendredi, je dois me conformer aux ordres d'Allah », a répété à plusieurs reprises le prévenu, le juge refusant de le laisser quitter l'audience pour prier. A. Arslan a alors bondi par dessus le box des accusés et tenté de prendre la fuite, mais a été rapidement maîtrisé par les gendarmes présents dans la salle. Face aux remous créés par l'incident - et notamment la bronca créée par les huit complices présumés de l'avocat, jugés avec lui -, la cour a suspendu l'audience pour deux heures.

Plus tard dans la journée, Alparslan Arslan a fait une deuxième tentative de fuite, sans succès, après avoir entendu l'appel à la prière de l'après-midi. A. Arslan a admis avoir commis l'attentat contre la 4e chambre du Conseil d'Etat, où il avait fait feu sur cinq juges, en tuant un et blessant les quatre autres, de même qu'une des trois attaques à la grenade perpétrées à la même époque contre le quotidien Cumhuriyet, qui n'avaient pas fait de victimes. Selon des témoignages, l'avocat avait fait irruption dans une salle d'audience du Conseil d'Etat en criant « Je suis un soldat de Dieu ». « J'ai planifié dans ma tête les événements du Conseil d'Etat et de Cumhuriyet », a-t-il déclaré. « J'ai un caractère enclin à la violence ». Le prévenu a expliqué avoir agi en réaction à une décision du Conseil d'Etat sur le port du foulard islamique.

Cette institution est connue comme un bastion de la laïcité et pour la vigueur avec laquelle elle fait respecter l'interdiction du port du foulard islamique dans les administrations publiques et les universités. Alparslan Arslan a indiqué que les attaques contre Cumhuriyet visaient à punir le journal après la publication d'une caricature représentant un porc (animal impur pour les musulmans) affublé du foulard islamique. L'avocat a par ailleurs donné des indications sur son passé politique en expliquant que l'un des coprévenus, Süleyman Esen, son maître à penser quand il était étudiant, était à l'époque le chef d'une section locale des Foyers d'Idéalistes, une organisation d'extrême droite. Le ministère public a requis la prison à vie sans réduction de peine pour Alparslan Aslan, accusé de tentative de renversement de l'ordre constitutionnel, d'assassinat, de tentative d'assassinat, d'usage d'explosifs et de violations de la loi sur les armes à feu, et quatre de ses complices supposés.L'attentat contre le Conseil d'Etat avait provoqué de vives tensions politiques, l'opposition accusant le gouvernement, issu de la mouvance islamiste, d'avoir encouragé le geste de l'assaillant en prenant position contre l'interdiction du voile islamique et en critiquant les décisions du Conseil d'Etat sur le sujet.

LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DE L’AUTOMOBILE PRISE AU PIÈGE DE LA TURQUIE DANS SA TENTATIVE DE FAIRE RECONNAITRE OFFICIELLEMENT CHYPRE DU NORD.



Chypre a l'intention de se plaindre auprès de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) du déroulement de la remise des trophées du Grand Prix de Formule 1 de Turquie les 25 et 26 août. C'est en effet le dirigeant chypriote turc Mehmet Ali Talat, qui a remis le trophée récompensant le vainqueur de la course au pilote brésilien Felipe Massa (Ferrari). Nicosie n'a pas du tout apprécié que les organisateurs présentent Memet Ali Talat comme président de la « République turque de Chypre du Nord », entité politique reconnue seulement par la Turquie. Le porte-parole du gouvernement chypriote Christodoulos Passiardis a accusé les responsables turcs d'avoir exploité un événement sportif à des fins politiques et d'avoir « roulé » la FIA. « Le gouvernement chypriote va dénoncer cette pièce de théâtre inacceptable et provocatrice organisée à Ankara », a souligné M. Passiardis.



Les organisateurs turcs ont reconnu qu'ils avaient contourné les règlements de la FIA concernant les remises de prix, mais n'ont exprimé aucun regret, bien au contraire. « Une telle promotion (de la cause chypriote) n'a pas de prix », a déclaré le président de la Chambre de commerce d'Istanbul, Murat Yalcintas, à l'agence de presse Anatolie. « La course de F1 était une formidable occasion. Chypre est notre cause nationale. » M. Yalcintas a admis qu'au regard des règlements les organisateurs étaient obligés d'informer la FIA de l'identité des personnalités remettant les prix à la veille de la course. « Mais comme nous avions l'idée de M. Talat en tête, nous avons retardé la notification au maximum. Nous avons donné l'information vers midi le jour de la course », a précisé M. Yalcintas. De son côté, M. Passiardis a déclaré que la fédération chypriote de l'automobile, membre de la FIA, porterait plainte elle aussi.



Depuis l'invasion turque de 1974, Chypre est divisée entre la partie turque au Nord, et la partie grecque au Sud, dirigée par le seul gouvernement chypriote disposant de la légitimité internationale pour la représentation de l'ensemble de l'île. C'est elle qui a été admise au sein de l'Union européenne en 2004.

CRISE DE LA NOISETTE : PLUS DE 100 000 PERSONNES PROTESTENT EN TURQUIE CONTRE LE GOUVERNEMENT.



Le gouvernement turc est confronté à une crise agricole sans précédent provoquée par la colère des producteurs de noisettes, très touchés par la baisse des prix de ce fruit dont la Turquie a le quasi-monopole mondial. Ils étaient près de 100.000 selon la police et 150.000 selon les organisateurs, à manifester pour dénoncer la politique du gouvernement, fin juillet à Ordu, sur la mer Noire, dans le Nord-Est de la Turquie où est cultivée depuis des temps immémoriaux la noisette. Le rassemblement a dégénéré en affrontements avec les policiers et le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a limogé le chef de la police de cette petite ville, jugeant son attitude face aux manifestants par trop indulgente. Les manifestants ont brûlé une effigie de Cüneyd Zapsu, important exportateur de noisettes et proche conseiller de M. Erdogan, qu'ils accusent de faire baisser les cours.

70 à 80% des noisettes produites dans le monde proviennent de Turquie, selon les chiffres du ministère de l'Agriculture, et plus de deux millions de personnes vivent pour l'essentiel de cette culture dans la région de la mer Noire. Ce fruit représente plus de 30% de la production agricole nationale. La production de noisettes excède la consommation mondiale, d'où l'effondrement du cours qui est passé depuis l'an dernier de 6 à 2,5 livres turques (3,2 à 1,3 euro) le kilogramme, le niveau le plus bas de l'histoire de la Turquie. Les petits cultivateurs qui n'arrivent pas à écouler leurs noisettes se sont endettés auprès des banques, certains sont même ruinés. Les pertes totales sont évaluées à quelque 2,5 milliards de dollars (1,95 milliard d'euros), disent les spécialistes du dossier. L'Union des producteurs de noisettes (Fiskobirlik), chargée de la vente, ne peut payer les sommes qu'elle doit aux cultivateurs, faisant dégringoler les prix, et est très critiquée par le gouvernement, celui-ci la montrant du doigt pour son « incapacité » à gérer la crise. Mais c’est le gouvernement qui est la principale cible des paysans. En effet, l'Etat épongeait les dettes, estimées annuellement à 100 millions de dollars (78 millions d'euros), de Fiskobirlik, en achetant le surplus de noisettes. Mais, depuis trois ans, le gouvernement refuse de renflouer Fiskobirlik en raison de ses engagements auprès du Fonds monétaire international (FMI) qui l'a sommé de réduire les dépenses budgétaires.



Le 8 août, M. Erdogan a réuni un « sommet de la noisette » auquel ont participé de nombreux ministres pour faire le point de la situation et il a été décidé de racheter une partie du surplus de cette année, une décision jugée cependant insuffisante par les producteurs. Le président de la puissante chambre de commerce d'Ankara, Sinan Aygün, a appelé à une « mobilisation » pour empêcher que cette crise ne débouche sur un fléau social dans les zones productrices. Son organisation a décidé de distribuer des noisettes dans les écoles pour écouler la surproduction. « La noisette est la pierre angulaire de l'économie turque », a-t-il été jusqu'à affirmer, appelant les Turcs à consommer davantage de ce fruit « national ». Le président de l'Union des chambres agricoles (TZOB) Semsi Bayraktar a quant à lui menacé le gouvernement de nouvelles manifestations au cas où il ne s'impliquerait pas davantage dans le règlement de la crise.