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Bulletin N° 498 | Septembre 2026

 

 

IRAK : LE KURDISTAN LAISSÉ SANS DÉFENSE AÉRIENNE

Le retrait des forces de la coalition internationale de lutte contre l'État islamique, amorcé en août, s'est complètement achevé le 30 septembre. Les derniers soldats américains et alliés ont quitté la base aérienne d'Erbil, mettant fin à 12 ans de présence et de combats communs contre Daech. L'événement a été célébré par des défilés et parades à Bagdad et dans les principales villes irakiennes (New York Times, 30 septembre 2026).

Au Kurdistan, au-delà des déclarations des dirigeants kurdes remerciant la coalition de sa contribution décisive dans la défaite de Daech, le sentiment dominant chez la population est l'anxiété, la crainte de l'avenir.

Qui va protéger désormais le Kurdistan contre les attaques de drones et les missiles iraniens et de leurs auxiliaires irakiens ? C'est la question lancinante que se posent les habitants ainsi que certains journaux étrangers (The Times of Israel, 24 septembre).

Les déclarations des dirigeants kurdes et irakiens affirmant que leurs forces sont prêtes à assumer les responsabilités de sécurité ne rassurent guère la population kurde, car Bagdad a été à ce jour incapable d'identifier et de traduire en justice les miliciens irakiens chiites pro-iraniens qui sont à l'origine de plusieurs centaines d'attaques contre les villes du Kurdistan, tout comme le gouvernement fédéral n'a pas pu s'opposer aux attaques lancées directement à partir de l'Iran par les Gardiens de la révolution iraniens.

Les dirigeants kurdes, qui ont annoncé l'unification des forces de Peshmergas (Rûdaw, 10 septembre), pourront sans doute défendre le territoire contre les incursions terrestres, mais ils ne disposent d'aucun moyen de défense aérienne contre les attaques de drones et missiles iraniens et ils ne peuvent pas en acquérir sans l'accord, improbable, du gouvernement fédéral irakien.

Pour la première fois depuis l'instauration de la zone de protection aérienne kurde, instaurée à la suite de la résolution 688 du Conseil de sécurité de l'ONU, zone qui a évolué vers l'actuel Kurdistan autonome, ce dernier se trouve sans aucune protection aérienne.

Lors du précédent retrait américain de 2010, sous l'administration Obama, et jusqu'en 2014, dans un Irak livré à la guerre civile et alors que l'Iran était engagé dans des négociations sur son programme nucléaire, le Kurdistan n'était pas exposé à des attaques aériennes. Il se trouve à présent seul, sans défense, vulnérable, abandonné à son sort en pleine guerre américano-iranienne.

Dans une interview accordée au Financial Times du 27 septembre, le Premier ministre du Kurdistan, Masrour Barzani, a qualifié de « honteux » cet abandon par les Alliés.

Le retrait des troupes américaines et de leurs alliés de la coalition avait été acté en 2024 par le président Joe Biden en accord avec Bagdad. Dans une première phase, les forces basées dans les régions arabes de l'Irak s'étaient retirées fin septembre 2025. Leur départ du Kurdistan était prévu pour fin septembre 2026, notamment pour des raisons opérationnelles liées à la présence de bases militaires au Kurdistan syrien en soutien aux Forces démocratiques syriennes (FDS) en lutte contre Daech.

En janvier dernier, Washington a décidé de s'allier avec le nouveau régime syrien et d'annoncer aux FDS la fin de leur « mission ». Dans les semaines qui ont suivi ce changement d'alliance, les bases américaines du Rojava étaient évacuées et remises à l'armée syrienne. Les raisons « opérationnelles » qui avaient justifié la prolongation du mandat de la coalition internationale avaient ainsi pris fin.

La « fraternité de combat » d'une douzaine d'années entre les forces de Peshmergas kurdes et leurs alliés occidentaux a été célébrée à maintes reprises avec émotion. Elle laisse des traces et des souvenirs durables au Kurdistan et chez les soldats occidentaux qui étaient ravis de trouver un pays du Proche-Orient où ils étaient bien accueillis, appréciés et aimés.

Plusieurs pays, dont la France, l'Italie, l'Allemagne, l'Australie, la Corée du Sud et les États-Unis, ont affirmé que leur coopération avec les Kurdes se poursuivrait à l'avenir sous d'autres formes.

Lors des négociations sur le retrait des forces américaines, le Premier ministre irakien avait annoncé que le désarmement des milices irakiennes pro-iraniennes aurait lieu « avant le 30 septembre 2026 » pour répondre à une demande pressante et insistante de Washington. Engagement qu'il n'a pas été en mesure d'honorer.

Dans son édition du 21 septembre, le New York Times se montre dubitatif sur les chances de ce « néophyte en politique espérant réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ».

Le lendemain de la publication de cet entretien destiné au public américain, il soumettait aux milices armées pro-iraniennes un « plan en 6 points » prévoyant leur désarmement à la mi-2027. Si tout va bien ! (Rûdaw, 22 septembre 2026).

Seul le leader chiite Sadr a appelé à la dissolution « immédiate » de toutes les milices puisqu'il n'y a plus de présence militaire américaine en Irak justifiant leur action. Ce leader chiite influent et nationaliste est considéré comme assez indépendant de l'Iran. Son appel sera sans doute entendu par sa propre milice, mais pas par les autres milices chiites solidement encadrées par les Gardiens de la révolution iraniens, sur lesquelles le gouvernement irakien n'a guère d'autorité, même si c'est lui qui paie leurs soldes et leurs dépenses militaires.

Les plus importantes de ces milices ont aussi des représentations politiques au Parlement irakien qui font partie de la majorité parlementaire chiite soutenant la coalition gouvernementale. Dans ce contexte, la marge de manœuvre du Premier ministre al-Zaidi est particulièrement réduite. Tout comme ses prédécesseurs, il s'ingénie à jouer les équilibristes entre les exigences de Washington et les directives de Téhéran.

Ainsi, pour se conformer à l'interdiction des vols en provenance et à destination des aéroports iraniens décrétée par l'administration Trump à partir du 23 septembre, l'Irak a annoncé le 24 septembre la suspension des vols des compagnies iraniennes, tout en demandant à Washington une dérogation pour les vols à destination de la ville chiite « sainte » de Nadjaf, « indispensables pour les pèlerins chiites iraniens » qui se comptent par millions chaque année.

Les vols vers les autres villes de l'Irak, y compris Bagdad, et vers les deux aéroports du Kurdistan sont suspendus sine die, jusqu'à la levée éventuelle des sanctions américaines.

Pour sortir de ce dilemme étouffant, le gouvernement irakien cherche à diversifier ses relations avec d'autres partenaires, notamment la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.

Le Premier ministre irakien, accompagné des ministres des Affaires étrangères, des Finances et du Pétrole, a effectué le 14 septembre une visite officielle à Paris, où il a été reçu à déjeuner à l'Élysée par le président français Emmanuel Macron.

À cette occasion, plusieurs accords ont été annoncés. Six protocoles d'accord (Memorandum of Understanding) sur des secteurs allant de l'aviation civile à la défense et à l'énergie ont été signés, selon l'Iraqi News Agency (Rûdaw, 15 septembre).

Le ministre irakien de l'Électricité, Ali Saad Wahib, a signé un protocole d'accord avec le PDG de Total sur « la vente de gaz ». Total, qui a déjà investi près de 12 milliards de dollars dans les secteurs du pétrole et du gaz en Irak, envisage de porter ses investissements à 16 milliards de dollars, selon l'agence irakienne.

Dans un message posté sur X, le président français s'est félicité de la décision du Premier ministre irakien de choisir Paris comme première étape de sa tournée diplomatique et affirmé que la France peut jouer un rôle d'équilibre. « Sécuriser notre approvisionnement en énergie, œuvrer pour la désescalade et le développement de routes alternatives au détroit d'Ormuz signifient réduire la pression sur les prix des carburants à la pompe », a-t-il ajouté.

La délégation irakienne s'est ensuite rendue à Berlin où, outre des questions de coopération économique, celle du retour dans leur pays des déboutés du droit d'asile irakiens a été abordée.

Tout au long de ces visites, les dirigeants irakiens ont souligné que leur intention n'était pas de demander aux pays européens de financer le futur de l'Irak, mais de les inviter à investir aux côtés de celui-ci dans l'avenir de l'Irak.

« Nous cherchons des partenariats d'investissement à long terme et non pas des financements ou de l'aide », a résumé le conseiller économique du Premier ministre, Mazhar Mohammed Salih (Rûdaw, 15 septembre).

L'Irak a des besoins d'investissements dans à peu près tous les domaines, allant de l'énergie à l'aviation civile et à la défense, mais ses caisses sont vides. Le blocus du détroit d'Ormuz a réduit considérablement ses exportations pétrolières qui financent son budget.

La chute drastique de celles-ci se traduit par un déficit de 22 milliards de dollars dans le budget de l'État des sept premiers mois de 2026. Pendant cette période, les recettes budgétaires ont été de 30,1 milliards de dollars, dont 77,6 % provenant des exportations de pétrole. Les dépenses, elles, se sont montées à 52,5 milliards de dollars, consacrées pour l'essentiel aux salaires et pensions de retraite et à divers frais de fonctionnement du pléthorique appareil d'État.

C'est dans ce contexte « contraint » que Bagdad a versé, le 14 septembre, les salaires du mois d'août du secteur public de la Région du Kurdistan pour un montant d'environ 684 millions de dollars.

Les négociations se poursuivent sur la dotation financière de la Région du Kurdistan dans le budget fédéral 2027. Bagdad propose une part de 12,67 % du budget fédéral. Erbil réclame une part proportionnelle au pourcentage de la population du Kurdistan dans la population irakienne, soit 14 % selon le dernier recensement de la population, comme c'est prévu par la Constitution.

Le ministère irakien des Finances veut récupérer les revenus des postes de douane du Kurdistan aux frontières turque et iranienne. Invoquant la Constitution, Erbil veut garder ces recettes qui constituent une part importante de son budget. Un compromis de partage à 50-50 semble se dessiner.

Sur le plan de la politique intérieure, l'événement principal du mois a été l'unification « complète des forces de Peshmergas sous l'autorité du ministère des Peshmergas », annoncée le 10 septembre. Une cérémonie officielle organisée le 21 septembre a marqué l'achèvement de ce processus supervisé par les Alliés.

Les forces d'autodéfense kurdes sont désormais placées sous un système unifié de commandement, de formation, d'administration et de communications.

Les discussions sur la formation d'un nouveau gouvernement de coalition du Kurdistan ont repris le 19 septembre. Le 22 septembre, un porte-parole du PDK, Ali Hussein, a fait état de « progrès importants » sans que cela aboutisse à un accord de gouvernement.

Les attaques de drones iraniens se sont poursuivies avec une fréquence plus espacée. Le 2 septembre, les forces de la coalition ont annoncé avoir intercepté 10 drones chargés d'explosifs au-dessus d'Erbil et de ses environs.

Le 7 septembre, 3 drones ont frappé le camp de réfugiés kurdes iraniens de Surdash, dans la province de Souleimanieh, sans faire de victime.

Le 14 septembre, 3 missiles ont frappé un camp de réfugiés de Komala à Zirgwez. Le lendemain, un drone a frappé un camp du PDK iranien.

SYRIE : MORT DE DIX KURDES DANS L'INCENDIE DE LA PRISON DE KOBANÉ

Neuf prisonniers kurdes sont morts dans l'incendie survenu le 12 septembre dans la prison centrale de la ville kurde de Kobané, 17 autres ont été blessés à des degrés de gravité divers. L'un de ces derniers, Mesûd Hemo Reşo, 35 ans, père de cinq enfants, a succombé le 17 septembre à ses blessures, portant à dix le nombre de morts.

Les circonstances exactes de l'incendie dans cette prison de Kobané n'ont pas encore été élucidées. Une commission d'enquête ordonnée par le gouvernement syrien est appelée à faire toute la lumière sur ce drame qui est intervenu après l'enlèvement et l'exécution d'un combattant kurde, Sipan Hizni, le 10 septembre près de la ville de Serê Kaniyê.

Ancien membre des Forces démocratiques syriennes, il avait récemment, dans le cadre du programme de « réintégration », rejoint une brigade de l'armée syrienne. Son enlèvement et sa mise à mort filmée par un groupe de miliciens arabes ont suscité une vague de colère et d'indignation parmi les Kurdes, incitant plusieurs jours durant des habitants à descendre dans les rues des principales villes kurdes du pays pour protester.

Plusieurs dizaines de ces manifestants ont été arrêtés et incarcérés dans la prison de Kobané. Devant la menace de leur transfert vers la prison d'Alep, les prisonniers ont entamé un mouvement de protestation qui a dégénéré en émeute où un incendie s'est déclaré dans la matinée du 12 septembre, provoquant la mort sur le coup de neuf prisonniers.

L'ancien chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), le général Mazloum Abdi, s'est rendu sur place pour participer aux funérailles des victimes, le 14 septembre à Kobané. « C'est avec une profonde tristesse et peine que je porte le deuil des neuf martyrs de Kobané qui ont perdu leur vie dans l'incident de la prison de la ville », a-t-il déclaré, présentant ses condoléances aux familles.

Il a appelé à une enquête transparente qui doit identifier les responsables de ce drame et les juger, avant de souligner la nécessité de prévenir des incidents similaires par une meilleure coordination entre les institutions judiciaires et sécuritaires afin de protéger les civils et les prisonniers (Rûdaw, 17 septembre).

Nommé récemment conseiller du président par intérim, l'ex-chef des FDS se consacre désormais, avec sa collègue Ilham Ahmed, à la mise en œuvre de l'accord kurdo-syrien du 29 janvier 2026 pour l'intégration des institutions civiles et militaires de l'ex-administration autonome du Rojava à celles de l'État syrien.

Ils ont ensemble rencontré le gouverneur d'Alep, Azzam Gharib, pour discuter notamment des modalités de retour des habitants kurdes déplacés des quartiers de Sheikh Maqsoud et d'Achrafieh et du canton d'Afrin.

Le retour dans leurs foyers des déplacés du canton de Serê Kaniyê (Ras al-Aïn) rencontre beaucoup de difficultés. Le 7 septembre, le gouverneur de la province de Hassaké, Nour al-Din Ahmed, a annoncé que les préparatifs du retour d'environ 700 familles de déplacés kurdes à Serê Kaniyê étaient en cours.

Beaucoup d'entre eux retourneront dans leurs villages et certaines familles pourront regagner la ville de Serê Kaniyê sous la supervision d'un comité spécial de monitoring afin d'éviter des tensions, car les occupants des maisons kurdes confisquées pendant l'invasion turque de 2019 ne veulent pas quitter les lieux ou exigent une « compensation » de 10 000 dollars aux propriétaires légitimes d'une maison.

Le comité de monitoring comprend des représentants des forces de sécurité, de l'administration locale et du gouvernorat. En août dernier, un premier convoi de 410 familles avait pu, après maintes péripéties, retourner à Serê Kaniyê. Le deuxième convoi comprendrait pour l'essentiel 689 familles du camp de Washokani (Rûdaw, 8 septembre).

Toujours dans le cadre du processus d'intégration et de normalisation, Damas a libéré le 16 septembre 49 prisonniers de guerre kurdes, dont deux femmes. Le total des prisonniers libérés depuis l'accord du 29 janvier se chiffre désormais à 1 200. On ignore le nombre de prisonniers encore détenus par l'armée syrienne.

Quelques jours plus tôt, des forces de sécurité kurdes dépendant du ministère de l'Intérieur étaient déployées dans la province à majorité kurde de Hassaké. Elles comprennent des contingents de l'ex-police kurde Assayish. Le ministère syrien veut progressivement installer des commissariats de police dans les villes et bourgades kurdes.

Par ailleurs, le 7 septembre, la porte-parole des Unités de protection des femmes (YPJ), Ruken Jamal, a annoncé que Damas avait approuvé, « en principe », une proposition visant à intégrer les YPJ au ministère de l'Intérieur en tant que force spécialisée chargée de missions particulières. Cette proposition prévoit de préserver les YPJ en tant que formation organisée en maintenant leurs combattantes, leurs commandantes et leur structure institutionnelle, sans disperser leurs membres individuellement dans différentes unités.

Le principal sujet de discorde dans l'application de l'accord kurdo-syrien du 29 janvier reste la question fondamentale des droits linguistiques, notamment le droit de disposer d'un système d'enseignement public en langue kurde.

Depuis 2012, les enfants kurdes du Rojava ont été scolarisés en kurde de l'école primaire à l'université. Beaucoup d'entre eux n'ont qu'une connaissance rudimentaire de l'arabe.

Le pouvoir syrien, tout en reconnaissant les diplômes délivrés par les établissements éducatifs kurdes, y compris les universités du Rojava, veut imposer désormais l'enseignement en arabe dans tout le système scolaire des régions kurdes où la langue kurde ne sera enseignée que trois heures par semaine, comme langue optionnelle !

Dès les premiers jours de la rentrée scolaire, des manifestations étudiantes ont eu lieu dans les principales villes kurdes, à Qamishlo, Tirbespî, Dêrik, Amudé et Kobané. Certains élèves ont boycotté les cours. Le 22 septembre, des élèves, des enseignants et des parents d'élèves venant de toutes les régions du Rojava se sont rassemblés à Qamishlo pour une imposante manifestation réclamant un enseignement public intégral en langue kurde.

Le lendemain, le président syrien a annoncé que Damas et les représentants kurdes étaient parvenus à un accord sur l'enseignement en langue kurde et que des équipes techniques du ministère travaillaient à sa mise en œuvre. Il a publiquement reconnu la légitimité des droits culturels et linguistiques des Kurdes. À suivre donc.

Issu de la mouvance djihadiste, le président syrien par intérim cherche à se donner une image de modéré, se présentant ouvert au dialogue à l'intérieur et à l'extérieur du pays. C'est ce que lui conseillent constamment ses protecteurs turcs et qataris. C'est sous l'égide de ces derniers qu'il s'est rendu à New York, à l'Assemblée générale de l'ONU, où il a eu le privilège de partager un panel sur la paix au Proche-Orient avec le président Trump, le roi de Jordanie, le président turc Erdogan et l'émir du Qatar.

Commentant sa visite, le New York Times, dans son édition du 23 septembre, estime qu'en un an sa position s'est renforcée, mais il fait face à de grands défis. S'il bénéficie désormais d'une plus grande « acceptation » internationale, qui lui a permis la levée des sanctions internationales frappant la Syrie, celle-ci reste un terrain d'affrontement entre ses protecteurs turcs et Israël, qui occupe toujours une portion du territoire syrien autour du Golan, et la Turquie qui, sous prétexte d'aide à la formation de la nouvelle armée syrienne, s'emploie à étendre et renforcer sa présence militaire.

À l'intérieur du pays, l'économie tarde à démarrer. Les promesses d'investissements des pétromonarchies du Golfe ne se sont pas matérialisées. Les infrastructures sont dans un état piteux. Les services de base ne sont pas assurés et, passés les premiers mois de l'état de grâce consécutifs à la chute de la dictature des al-Assad, la population durement frappée par le chômage et le coût de la vie, grogne et exprime son mécontentement.

La colère sociale, longtemps contenue, a éclaté à la suite de la décision du gouvernement d'augmenter de 40 % les prix des carburants. « Au fond, les gens n'attendent qu'un événement pour exprimer leur colère », relève Le Monde (17 septembre), qui note : « C'est le premier grand défi social auquel les autorités syriennes sont confrontées ».

Celles-ci ont trouvé un exutoire dans l'organisation des procès des anciens dirigeants syriens, du moins de ceux qui n'ont pas pu s'enfuir à temps.

« Syrians Want Justice for Assad-Era Killings and Torture », titre le New York Times dans son édition du 3 septembre. Des centaines de milliers de Syriens ont été tués et torturés sous la dictature des al-Assad. Beaucoup de gens étaient impliqués dans la commission de ces crimes. Comment les juger tous ?

Faute de pouvoir juger Bachar al-Assad et ses proches, ce sont donc souvent les « seconds couteaux » qui sont traduits en justice. Le 9 septembre, neuf pilotes accusés de « crimes de guerre » ont été arrêtés à Lattaquié, sur la côte méditerranéenne du pays. Ils seraient impliqués dans des attaques aériennes contre des populations civiles et contre les villes et localités tenues par des opposants.

Par ailleurs, dans le procès des auteurs du massacre de plus de 1700 d'alaouites perpétré en 2025, une quinzaine d'accusés ont comparu devant un tribunal d'Alep qui, le 17 septembre, a condamné un militaire membre de l'armée syrienne actuelle à une peine de vingt ans. Deux partisans du régime déchu des al-Assad ont été condamnés à la peine de mort et à la prison à perpétuité. Le tribunal se prononcera ultérieurement sur le sort des autres accusés (Libération, 17 septembre).

 

TURQUIE : APRÈS LES KURDES ET LE CHP, LE POUVOIR S'EN PREND À LA COMMUNAUTÉ LGBT+

Depuis ses débuts, le pouvoir islamo-nationaliste d'Erdogan a besoin d'adversaires et d'ennemis intérieurs pour mobiliser sa base conservatrice et fixer l'ordre du jour du pays. Longtemps, cet adversaire a été l'élite kémaliste laïque, militaro-administrative, qui exerçait une tutelle pesante sur la vie politique. Elle a été combattue d'abord discrètement au nom de la démocratie, puis avec l'aide de la confrérie religieuse de Fethullah Gülen, très infiltrée dans l'armée et la police, par les spectaculaires procès Ergenekon qui ont décapité la haute hiérarchie de l'armée turque.

Après la mise au pas de l'armée, les partisans de Gülen, s'estimant en position de gagner, ont engagé une épreuve de force contre leurs alliés de l'AKP, épreuve qui a culminé avec la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 qu'ils ont perdue. Celle-ci a été accueillie par le président Erdogan comme « un don du ciel » qui lui a permis d'engager de vastes purges dans l'armée, dans la police, dans l'administration et dans les médias au nom de la lutte contre « le mouvement terroriste de Fethullah Gülen ».

Fort du succès de cette vaste vague de répression, qui n'a guère suscité de réactions à l'étranger, le pouvoir turc s'est attaqué à l'autre ennemi intérieur, « le terrorisme du PKK ». Tous ceux qui, de près ou de loin, étaient suspectés de sympathies prokurdes ont fait l'objet de poursuites judiciaires, les médias kurdes muselés, les maires kurdes élus destitués et incarcérés, remplacés par des administrateurs nommés par le gouvernement, le candidat du parti pro-kurde à l'élection présidentielle, Selahattin Demirtaş, qui a obtenu 13 % des voix en 2015, embastillé dans une prison de haute sécurité à Edirne, à la frontière bulgare. Tétanisés par le chantage à l'immigration, les Européens n'ont pas réagi et les réactions américaines sont restées très mesurées.

Vint ensuite le tour de la principale formation de l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), fondé il y a plus d'un siècle par Mustafa Kemal lui-même. Sous le prétexte de la lutte contre la corruption, ses maires élus, dont le très populaire maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu, potentiel candidat à l'élection présidentielle, ont été destitués et emprisonnés par une justice turque politisée, aux ordres du pouvoir. Celle-ci a poussé le zèle jusqu'à invalider le dernier congrès du CHP et remettre en selle son ancien leader, Kemal Kılıçdaroğlu, un éternel « loser » fort prisé comme adversaire et comme « tête de Turc » par le président Erdogan.

Le Parti républicain du peuple disloqué, divisé et affaibli par le départ de la plupart de ses députés qui ont fondé le Nouveau Parti (Yeni Parti), le pouvoir poursuit la guerre d'usure et de harcèlement contre les maires issus de cette mouvance.

Il poursuit aussi sa politique de neutralisation du parti prokurde DEM pour en faire un éventuel allié de circonstance dans son projet d'élaboration d'une nouvelle constitution et surtout pour l'empêcher de s'allier avec le Nouveau Parti ou ce qui reste du CHP dans les élections anticipées annoncées pour 2028 où le président Erdogan va se présenter pour un nouveau mandat.

Les gülenistes éliminés, le CHP démantelé et le parti DEM neutralisé, le PKK en voie de reddition, le pouvoir semblait en manque d'adversaires visibles. Et voilà qu'il s'attaque à la paisible et inoffensive communauté LGBTQ qu'il présente comme un « danger mortel pour nos valeurs familiales et traditionnelles ».

Le président Erdogan rêvait d'une Turquie jeune et pieuse où la population dépasserait celle de l'Iran voisin pour approcher les 100 millions d'habitants et voilà que l'Institut d'État des statistiques constate une chute dramatique de la natalité dans le pays avec 1,42 enfant par femme en âge de procréer en 2025 alors qu'il en faudrait 2,1 pour le simple renouvellement de la population.

Les sociologues expliquent cette chute, constatée dans la plupart des pays du monde sauf en Afrique, par l'urbanisation massive des populations, la crise du logement, la cherté de la vie, l'accès des femmes au travail, l'anxiété pour l'avenir et d'autres causes, mais pour le pouvoir turc, les coupables désignés, ce sont ces homosexuels qui suivent le mode de vie occidental, ne fondent pas de famille et « pervertissent nos valeurs morales et familiales ».

De surcroît, ils agissent en « agents de l'étranger » puisque leurs associations et leurs publications sont financées par des subventions étrangères. C'est ce dernier argument qui est invoqué par la justice turque qui a lancé le 13 septembre « une opération policière sans précédent contre la communauté LGBT+ », titre Le Monde, qui relève que « depuis 2015 la parole publique prend pour cible les communautés LGBT+, interdisant de plus en plus fermement les marches des fiertés, bannissant le drapeau arc-en-ciel et poursuivant des associations. Mais dimanche 13 septembre, l'expression de l'homophobie d'État a franchi un nouveau seuil ».

L'objectif affiché de cette opération lancée dans une quinzaine de villes du pays est, selon le ministre de la Justice turc, de « protéger les enfants, l'institution familiale et l'ordre social ». L'opération policière baptisée « Ma famille est en sécurité » s'inscrit dans le cadre de la « décennie de la famille » proclamée par le président turc, qui qualifie régulièrement les homosexuels de « pervers » dans ses discours.

Une première série d'arrestations a eu lieu dans des bars gays et au domicile de militants LGBT+ pour des chefs d'accusation variés comme « obscénité », « aide à la prostitution » ou « liens financiers avec l'étranger ». De nombreux comptes de réseaux sociaux, de médias et de défenseurs des droits humains, dont celui d'Amnesty International, ont été bloqués.

Le ministre de la Justice a annoncé des poursuites judiciaires « contre 162 suspects, 9 associations et 13 entreprises dans 15 provinces du pays ». Les tribunaux ont placé plus de 80 personnes en détention provisoire, selon Kaos GL, une importante organisation de défense des droits des LGBT+, elle-même visée par des raids policiers (Franceinfo, 17 septembre ; New York Times, 16 septembre).

Une manifestation a eu lieu devant le palais de justice du district de Çağlayan d'Istanbul aux cris de « Vive la lutte pour la liberté », « Malgré la haine, vive la vie ». Une centaine de manifestants et deux journalistes ont été interpellés avant d'être libérés par la police dans la soirée du 16 septembre.

Le Nouveau Parti a regretté « l'utilisation du système judiciaire comme outil de punition généralisée, fondée sur l'orientation sexuelle et les préférences des individus ». Dans un message posté sur X, le parti prokurde DEM a affirmé que « le langage de la paix ne peut aller de pair avec la répression ».

Après l'Union européenne qui a exprimé sa « préoccupation », le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Michael O'Flaherty, a, le 15 septembre, jugé que « de simples références aux valeurs familiales ou à la protection des enfants ne peuvent servir de justification aux restrictions des droits de l'homme » (Franceinfo, 15 septembre).

Le Monde du 24 septembre nous apprend que « des drones de la police surveillent les consommateurs d'alcool. Des engins sans pilote interviennent de nuit en ordonnant de ne pas boire de boissons alcoolisées dans l'espace public, alors qu'aucune loi ne l'interdit ». Une nouvelle marque du tournant conservateur et autoritaire du pays.

Ce conservatisme religieux et les valeurs morales affichées n'empêchent pas de faire sans scrupule des affaires au détriment d'autres citoyens, comme le montre le vaste scandale financier révélé le 28 septembre qui éclabousse des proches du pouvoir.

Pendant des mois, plusieurs fonds et sociétés cotées turques ont affiché des hausses spectaculaires. Leur brutal effondrement a déclenché une enquête portant sur une grande fraude financière tentaculaire impliquant des proches du pouvoir, dont la très pieuse vice-présidente du parti gouvernemental AKP, Fatma Betül Sayan Kaya, ancienne ministre portant le foulard islamique, son mari, le gendre d'un vice-ministre des Finances, qui ont en un temps record gagné des fortunes considérables grâce au délit d'initiés et à la manipulation des cours.

Les 131 fonds concernés géraient au total des actifs de plus de 14 milliards de dollars. Ils ont tous été placés en liquidation le 17 septembre par l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie. Plus de 455 000 petits investisseurs privés se trouvent ainsi lésés par cette gigantesque escroquerie financière. Ils ne se font guère d'illusions sur l'issue de « l'enquête en cours » (Le Monde, 28 septembre ; RFI, 28 septembre).

Sur le plan diplomatique, à signaler qu'Israël, en conflit avec Ankara, a annoncé qu'il préparait « un dossier juridique contre Erdogan » pour ses crimes commis contre les Kurdes et contre les opposants, cela quelques semaines après qu'un tribunal turc a émis un mandat d'arrêt international contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour « crimes contre l'humanité » (i24, 28 septembre).

Sur le plan kurde, une rare nouvelle réjouissante : le parcours victorieux du club d'Amedspor dans la ligue nationale de Turquie. Comme le note le correspondant à Istanbul du Monde, Nicolas Bourcier, Amedspor est devenu le « porte-étendard de l'identité kurde et baromètre malgré lui des relations avec Ankara » (Le Monde, 24 septembre).

Par ses victoires, y compris contre les vieux et riches clubs d'Istanbul comme Beşiktaş, il rend les Kurdes fiers et leur procure des moments de joie et des émotions partagées.

À signaler aussi que, dans le cadre du « processus », le gouvernement turc, qui veut inclure le chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, dans une sous-commission de désarmement, lui a construit une résidence de 250 m² sur l'île-prison d'İmralı « afin qu'il puisse mener sa mission dans de meilleures conditions, y recevoir des visites et tenir des réunions », selon le chef du parti d’extrême droite MHP, Devlet Bahçeli, partenaire de la coalition gouvernementale au pouvoir, initiateur et parrain du « processus ».

IRAN : LE DOUBLE ENLISEMENT

L'Iran s'enlise à la fois dans la guerre contre les États-Unis et dans une crise économique et sociale sans perspective de sortie.

Le cessez-le-feu âprement négocié, et plutôt favorable à l’Iran, conclu en juin a été sabordé par les durs du régime qui s'opposent à toute négociation, à tout compromis avec le Grand Satan et jurent de venger le Guide suprême assassiné (New York Times, 13 septembre).

La fermeture du détroit d'Ormuz, arme de chantage suprême de Téhéran, n'a pas tardé à montrer ses limites. Le blocus naval américain qui empêche toute exportation du pétrole iranien et réduit considérablement les échanges commerciaux de la République islamique fait très mal à l'économie iranienne. Cependant, les pays du Golfe parviennent à exporter leur pétrole quasiment au niveau de la période d'avant la guerre, même si pour cela ils doivent s'acquitter de coûts de transport et d’assurance beaucoup plus élevés.

L'Iran lance de temps à autre des attaques de drones contre des navires longeant la côte d'Oman dans le détroit d'Ormuz, la marine américaine riposte en attaquant des pétroliers iraniens (New York Times, 5 septembre ; Le Figaro, 9 septembre). L'Iran riposte en bombardant à coups de missiles et de drones les bases américaines en Jordanie et dans le Golfe (Le Monde, 9 septembre).

Et cette routine d'une guerre de basse intensité et intermittente se poursuit dans une certaine indifférence de l'opinion publique internationale.

Acculé, l'Iran, brandit la menace d'une escalade militaire pour briser le blocus naval américain (Le Monde, 8 septembre). Le président américain un jour feint d'ignorer ces menaces et prédit que la guerre s'arrêtera après les élections américaines du 3 novembre (Le Figaro, 9 septembre).

Un autre jour, à la tribune de l'ONU, il affirme qu'il n'a pas encore décidé de trouver un « deal » avec Téhéran ou, en cas de refus, « d'annihiler l'Iran » (Le Monde, 23 septembre ; New York Times, 22 septembre). Son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, lui répond le lendemain de la même tribune de l'ONU que l'Iran ne se laissera pas intimider et ne renoncera pas à son programme nucléaire civil, tout en laissant la porte ouverte à un accord diplomatique avec Washington (New York Times, 23 septembre).

Le 24 septembre, à New York, le ministre iranien des Affaires étrangères a proposé un « plan de 7 jours » pour terminer la guerre. Selon ce plan, si certaines conditions sont satisfaites, après un cessez-le-feu de 7 jours, le détroit d'Ormuz sera ouvert à la navigation et des négociations sur le programme nucléaire iranien pourront s'engager.

Abbas Araghchi, dans sa conférence de presse, a affirmé que ce plan avait, par l'intermédiaire des médiateurs, été communiqué à la partie américaine et qu'il serait souhaitable de parvenir à un accord avant les élections de novembre.

Interrogé par le New York Times (24 septembre), un responsable américain au fait de ce dossier a affirmé que des discussions « positives et constructives » avec l'Iran par l'intermédiaire des médiateurs se poursuivent, mais que les États-Unis n'allaient pas se précipiter pour conclure un accord. Quelques jours plus tard, le président Trump a formellement rejeté la proposition iranienne.

Le 23 septembre, la décision américaine d'isoler davantage l'Iran en interdisant tous les vols en provenance et à destination de l'Iran est entrée en vigueur. À l'exception de la Chine qui a jugé cette décision « illégale », la quasi-totalité des pays du monde se sont conformés à cette interdiction afin d'éviter des représailles américaines.

Même l'Irak, pourtant très proche de la République islamique, a dû annoncer la suspension des vols iraniens tout en tentant d'obtenir une dérogation pour les vols reliant la ville « sainte » chiite de Nadjaf, où se trouve le mausolée de l'imam Ali, gendre du Prophète, vénéré par les chiites, afin de ne pas priver de pèlerinage des millions de chiites iraniens.

La tentative iranienne de parvenir avec Oman et les autres pays du Golfe à un accord pour la gestion du détroit d'Ormuz n'a pas abouti. Une réunion prévue à cette fin le 14 septembre à Oman a été reportée à « une date ultérieure », sans doute sous la pression américaine (Le Monde, 14 septembre).

Seule et maigre consolation pour l'Iran, la victoire militaire de ses alliés houthistes au Yémen, qui ont pu s'emparer de la ville côtière de Moka et pourraient à partir de là menacer la navigation à travers le détroit de Bab al-Mandeb (Le Monde, 10 septembre).

Les Houthis sont armés, équipés et financés par le régime iranien à l'instar du Hezbollah libanais, mais Téhéran nie avec aplomb toute implication dans la relance de la guerre au Yémen par ses alliés houthis.

Quant à la crise économique et sociale en Iran, elle sévit dans le silence des médias, à l'abri des regards. « Les prix montent chaque heure », l'économie est asphyxiée, les manifestations reprennent, rapporte le correspondant de France 24 le 10 septembre.

Mais il n'y a pas de révolte populaire d'ampleur à l'horizon, affirme un analyste dans le quotidien français L'Opinion du 7 septembre. « Quatre ans après la mort de Mahsa Amini, les Iraniens ne croient plus au renversement du régime », affirme un reporter de Franceinfo (13 septembre).

Cet anniversaire a tout de même été commémoré par une série d'actions, notamment au Kurdistan où, à l'appel des partis politiques kurdes, une grève générale a été largement suivie malgré le quadrillage militaire et policier des villes kurdes et une répression omniprésente.

À l'occasion de cet anniversaire, Amnesty International a publié une enquête de plus de 1 000 pages documentant des homicides, tortures, viols et disparitions forcées perpétrés par les autorités iraniennes, y compris sur les enfants, depuis la mort de Jina Mahsa Amini en septembre 2022.

L'ONG met en cause 87 responsables iraniens, dont l'actuel chef des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi, pour « crimes contre l'humanité » lors de la répression du mouvement « Femme, vie, liberté ». Le rapport souligne que la répression du dernier mouvement de contestation populaire de janvier 2026 a suivi le même schéma, mais avec une ampleur « encore plus meurtrière et vertigineuse » (France 24, 16 septembre).

De son côté, une autre grande ONG de défense des droits humains, Human Rights Watch, affirme que l'Iran a exécuté près de 60 manifestants et dissidents politiques en cinq mois et relève que le rythme des exécutions politiques s'est accéléré depuis le début de la guerre entre la République islamique et les États-Unis. Elles visent notamment des personnes ayant participé aux manifestations antigouvernementales de janvier dernier (Franceinfo, 10 septembre). « Le message des autorités est clairement que toute manifestation sera brutalement réprimée, que ce soit par balles dans la rue ou via des exécutions publiques résultant de procès bidon », conclut l'enquête de l'ONG.

Le 30 septembre, deux autres manifestants ont été exécutés à Mashhad pour leur participation « aux émeutes » de janvier dernier contre le régime. Ali Hemmati et Majid Nikandish ont été exécutés à l'aube dans la cour de la prison où ils étaient détenus après le rejet de leur pourvoi en appel par la Cour suprême iranienne (Rûdaw, 30 septembre).

Le 24 septembre, le Tribunal révolutionnaire d'Ahwaz a condamné neuf militantes arabes à 5 ans de prison chacune pour « propagande contre l'État, atteinte à la sécurité de l'État », etc. (Rûdaw, 24 septembre).

Au Kurdistan iranien, selon les informations collectées et documentées par plusieurs ONG, dont Hengaw et le Washington Kurdish Institute, au moins deux prisonniers kurdes ont été exécutés en septembre.

Farzad Ahmadpour, un homme de 35 ans originaire de Saqqez et père de deux enfants, a été exécuté le 13 septembre dans la prison de Jiroft. Deux jours plus tard, Fereydoun Akbarzadeh, originaire de Sarableh, a été exécuté à la prison centrale d’Ilam en application du qisas (principe de rétribution), après avoir été reconnu coupable de meurtre. Il avait été transféré à l’isolement peu avant son exécution.

Le prisonnier politique Yousef Ahmadi restait également menacé d’exécution. En septembre, l’une de ses deux condamnations à mort a été annulée et remplacée par une peine de dix ans d’emprisonnement assortie du versement d’une compensation financière à la famille de la victime. Toutefois, une seconde condamnation à mort, liée à une accusation de baghi (« rébellion armée »), demeurait en vigueur. Ahmadi est emprisonné depuis plus de six ans.

Le 17 septembre, Ali Osloub, âgé de 35 ans et originaire de Piranshahr, a été abattu alors qu’il circulait à moto près de Jaldian. Le ministère du Renseignement a ensuite présenté la personne tuée lors de cette opération comme étant liée à un parti d’opposition kurde.

Les colporteurs kurdes des régions frontalières ont eux aussi continué d’être exposés à des violences meurtrières. Le 23 septembre, Mohammad Seddiq Owli, âgé de 28 ans et père de deux enfants, originaire de Salas-e Babajani, a été abattu près de la zone frontalière de Sheikh Saleh.

Auparavant, Arvin Azizi, âgé de 20 ans et originaire de Saqqez, avait été grièvement blessé par des tirs alors qu’il travaillait comme kolbar(colporteurs) près de Baneh.

Au cours de la même semaine, quatre experts des Nations unies en matière de droits humains ont appelé les autorités iraniennes à mettre fin à l’usage illégal de la force meurtrière contre les kolbars kurdes et les transporteurs de carburant baloutches.

Dans leur déclaration du 23 septembre, ils ont fait état de rapports selon lesquels au moins douze kolbars auraient été tués par balle depuis le début de l’année 2026. Ils ont également appelé à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les décès imputables aux forces de sécurité.

Le principal événement politique du mois s’est produit le 16 septembre, lorsque des commerçants et des marchands des bazars ont participé à une grève générale dans plusieurs villes kurdes, marquant le quatrième anniversaire de la mort de Jîna Amini et du début des manifestations Jin, Jiyan, Azadî (Femme, vie, liberté).

À la suite de l’appel lancé par une coalition de partis politiques kurdes d’Iran, les commerces ont fermé à Saqqez, Senna, Mahabad, Bukan, Shinno, Divandarreh, Marivan, Kamyaran et Qorveh. Les forces de sécurité ont renforcé leur présence dans plusieurs villes, tandis que certains commerçants ont reçu des avertissements les menaçant de fermeture administrative s’ils participaient à la grève.

La répression avait commencé avant même le mouvement. À Senna, deux commerçants, Jalal Khoda-Moradi, âgé de 46 ans, et Mohsen Hossein-Panahi, âgé de 37 ans, ont été convoqués après avoir reçu l’ordre de signer des engagements à ne pas fermer leurs commerces. Ils ont été arrêtés le 14 septembre après s’être présentés aux autorités.

Shinno est également devenue un centre d’arrestations. Abdolbaset Bapiri, Soran Bayazidi, Rahim Arshadi, Reza Rashidnia et Fakhraddin Ebrahimi figurent parmi les habitants interpellés lors de perquisitions menées autour du 15 septembre. Ebrahimi est le fils de Mohieddin Ebrahimi, un prisonnier politique kurde exécuté. Ahmad Hajipour a été arrêté le lendemain. À Mahabad, le militant de la société civile et entraîneur d’arts martiaux Hiwa Abdollahi a également été interpellé. Au total, sept Kurdes ont été recensés parmi les personnes détenues à Shinno et à Mahabad.

La pression s’est poursuivie après le 16 septembre. Les services de sécurité ont convoqué ou arrêté des commerçants ayant participé à la grève, tandis que des commerces à Senna et à Saqqez ont été temporairement fermés. À Kamyaran, plusieurs commerçants ont été convoqués et contraints de signer des engagements leur interdisant de participer à de futures grèves. Selon le Réseau des droits humains du Kurdistan, au moins six d’entre eux ont été arrêtés.

Des dizaines de commerçants kurdes ont ainsi fait l’objet de convocations, d’arrestations ou de fermetures de leurs établissements.

Les enfants ont, une nouvelle fois, été soumis à des pressions de la part des services de sécurité. À Shinno, les autorités ont convoqué et interrogé au moins vingt enfants kurdes âgés de moins de 18 ans en raison de leurs activités sur les réseaux sociaux. Leurs téléphones et leurs appareils électroniques ont été confisqués. Ils auraient été interrogés sur des accusations de « propagande contre l’État », avant d’être libérés sous caution.

L’affaire la plus grave concerne Arjin Jondi, un adolescent de 16 ans originaire du village de Kuper, près de Piranshahr. Il a été arrêté le 12 septembre à la suite de la mort d’Eslam Kak-Darvishi, membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Un groupe se présentant sous le nom de Khori Hiwa (« Soleil de l’espoir ») avait revendiqué la responsabilité de cette attaque. Les autorités ont ensuite diffusé une vidéo contenant des déclarations attribuées à Jondi. L’adolescent était toujours privé d’accès à un avocat et de visites familiales, tandis que les inquiétudes grandissaient quant à la possibilité qu’il soit poursuivi dans une affaire passible de la peine de mort.

Les arrestations ont largement dépassé le cadre de la grève commémorative. Dans la région de Margavar, à Ourmia, Farhang Dehghan, Majid Ebtehaj, Vahed Shabani, Behdar Asadi et Saleh Darboubeh-Chichak ont été arrêtés lors d’opérations menées autour des 16 et 17 septembre, puis transférés vers des lieux de détention non communiqués.

Mehran Ebrahimzadeh a été arrêté sur son lieu de travail à Mahabad, tandis que Mohammad Mohammadzadeh, âgé de 37 ans et père de jumeaux, a été interpellé à Divandarreh.

À Baneh, les forces du ministère du Renseignement ont arrêté le militant de la société civile Azad Rahmati le 23 septembre, après une perquisition au domicile familial. Le même jour, le militant culturel Yousef Rahimi, président de l’Association culturelle et littéraire Hazha, a été arrêté et son domicile perquisitionné. Des effets personnels, notamment des livres et du matériel informatique, ont été confisqués.