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Bulletin N° 292 | Juillet 2009

 

 

ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES ET LÉGISLATIVES AU KURDISTAN D'IRAK

Le 25 juillet, des élections législatives et présidentielles se sont tenues dans les trois gouvernorats formant la Région fédérée du Kurdistan d'Irak. La campagne électorale qui s’est déroulée sur plus d’un mois a été très festive, avec de grandes réunions publiques, des concerts ainsi que des débats à la télévision. Toutes les sensibilités politiques, ethniques, religieuses et linguistiques ont pu, à travers les partis les représentant, s’exprimer librement, et mener campagne pour convaincre les électeurs de voter en leur faveur.

Dans l’ensemble, on n’a noté aucun incident pendant la campagne, malgré le climat passionnel dans lequel les supporters du parti de Jalal Talabani et ceux de Nawshirwan Mustafa avaient fait campagne pour leur candidat respectif, surtout à Suleïmanieh. Les élections, suivies par environ 17 000 observateurs dont ceux de l’Union européenne et de la Ligue arabe, se sont déroulées pacifiquement et, de l’avis général des observateurs, elles ont été transparentes et sincères, même si ça et là, il y a pu avoir quelques suspicions d’irrégularités. Mais la Haute Commission électorale irakienne, qui a diligenté des enquêtes sur 300 bureaux de vote (sur un total de 5300) a déclaré que le nombre de ces infractions, à un niveau très local, s'est finalement avéré minime et ne peut en aucun cas avoir influé sur les résultats finaux. Le représentant de la Ligue arabe, sur place a loué lui aussi le bon déroulement des élections, en les présentant comme "les plus transparentes d'Irak".

Les résultats officiels, tels qu’ils ont été rendus publiques, par la Haute Commission électoale, sont comme suit :

La participation a été de 78.5 %. Aux législatives, la liste Kurdistanî (PDK de Barzani + UPK de Talabani) remporte la majorité à 57.34% des voix. La liste du Changement (Gorran) de Nawshirwan Mustafa obtient 23.75%. La Liste du Service et de la Réforme (une coalition de 2 petits partis de gauche et d'islamistes) : 12.8%. La Liste turkmène : 0.99 % Le Particommuniste du Kurdistan : 0.82%. Le Mouvement islamique : 1.45%.

Le président sortant, Massoud Barzani, est réélu avec 69.57%. Le Dr. Kamal Mirawdali, un candidat indépendant résidant à Londres, et soutenu par la liste Gorran, obtient 25.32%. Halo Ibrahim Ahmed (beau-frère de Talabani, dissident de l'UPK) : 1.4% et HuseinGarmiyani, un homme d’affaires : 0.59 %.

Les islamistes sont en recul par rapport aux dernières élections, n'obtenant que 12 sièges tout en étant alliés avec des partis d'extrême-gauche (Liste du Service et de la réforme). En 2005, l'Union islamique du Kurdistan avait obtenu 9 sièges et la Ligue islamique 6. S'étant coalisés avec deux partis de gauche, ils n'obtiennent que 12 sièges, alors que si l'on additionne tous les sièges que détenaient les 4 partis (qui n'étaient pas alliés alors) en 2005, on arrivait à un total de 18. Par ailleurs, étant donné le caractère hétéroclite de cette coalition, il n'est pas du tout sûr que ces députés aient un vote unanime par la suite sur les questions sociales, juridiques et civiles.

La liste Kurdistani garde 63 sièges et Goran 23 sièges. Les sièges restant (sur 111) sont réservés aux minorités chrétiennes et turkmènes, comme prévu. Si l'on regarde les scores locaux, on voit que Gorran fait une grosse percée dans la province de Suleymanieh avec 42% des votes, contre 36% pour la Liste Kurdistani (c'est-à-dire l'UPK dans cette ville où le PDK a très peu d'influence) et le Service et la Réforme 15%. Le parti de Jalal Talabani essuie donc une sérieuse défaite dans son fief.

A Erbil (Hewlêr) province mixte PDK-UPK, les Kurdistani font 65%, Gorran 17 %, le Service et la Réforme 10%. Par contre, dans la province de Duhok, traditionnellement PDK, la Liste Kurdistani rafle 78% des votes et Gorran arrive derrière le Service et la Réforme avec respectivement 3% et 9%, ce qui confirme bien que la montée de Gorran est essentiellement une opposition interne à l'UPK qui ne touche pas, pour le moment, les votes du PDK.

Pour les présidentielles, Massoud Barzani est réélu à 93% à Duhok, à 68% à Erbil (Hewlêr) un chiffre très proche, à 3% près, des résultats de sa liste législative dans cette province, ce qui indique que les électeurs d'Erbil qui ont voté Gorran ou le Service et la Réforme ont dû reporter leur voix, probablement sur le candidat alternatif Kamal Mirawdeli qui reçoit pour la totalité de la Région 27% des voix).

À Suleymanieh, il est à noter que Massoud Barzani fait 46%, alors que c'est dans cette province que l'opposition à la liste Kurdistani a été la plus forte. Cela signifie que 10% d'électeurs qui n'ont pas voté Kurdistani pour les législatives ont cependant voté pour Massoud Barzani, sans doute les électeurs des petits partis religieux ou de gauche.

À peine réélu, Massoud Barzani a annoncé, après la venue du Secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, que le Premier ministre d'Irak Nouri al-Maliki avait été invité au Kurdistan "pour discuter et régler tous les problèmes entre nous et Bagdad. Nous avons dit aux Américains qu'il fallait régler les problèmes en suspens avec Bagdad selon la Constitution." En effet, les dernières propositions de l'ONU sur un partage du pouvoir à Kirkouk, sans tenir compte des futures élections du conseil provincial, a essuyé un refus de la part du président kurde qui a qualifié les solutions onusiennes "d'irréalistes", bien qu'appuyées par les Etats-Unis :"Nous n'accepterons aucune alternative à l'article 140, que cela vienne des Nations Unies ou de quiconque", a répété le président Barzani. Au sujet du report dans le temps du référendum kurde sur la nouvelle constitution, initialement prévu le 25 juillet, le même jour que les élections, Massoud Barzani a indiqué l'avoir accepté à la requête du vice-président des USA Joseph R. Biden Jr. "et d'autres responsables américains", pour cause de "calendrier inapproprié".

TURQUIE : DÉSISTEMENT GÉNERAL DES SOCIÉTÉS EUROPÉENNES FINANÇANT LE BARRAGE D’ILISU

La Suisse, l’Allemagne et l’Autriche avaient déjà annoncé l’abandon définitif de leur soutien financier à la construction du barrage d’Ilisu, devant noyer cette vallée ainsi que la ville de Hasankeyf, riche en vestiges antiques et médiévaux. Au début du mois, l’Assurance suisse contre les risques à l’exportation (SERV) qui s’est définitivement retirée. Au total, c’est un apport de 225 millions de francs que les sociétés suisses Alstom Suisse, Maggia, Stucki et Colenco retirent du projet, et les 531 millions qui devaient être alloués par tous les investisseurs européens font maintenant défaut au projet de barrage.

Ce retrait de la SERV n’est pas une surprise, après l’ultimatum de six mois que l’Assurance suisse avait signifié à la Turquie, afin que cette dernière apporte des garanties suffisantes pour que les conséquences du barrage, sur les populations déplacées, qui devaient être dédommagées et relogées de façon équitable, ainsi que les perturbations écologiques, répondent aux critères internationaux (150) de façon satisfaisante. La SERV a reconnu des « progrès », mais insuffisants pour se maintenir dans le projet. Le délai a expiré le 6 juillet à minuit. Cette décision a été saluée comme une grande victoire par des ONG et des élus suisses comme Marlies Bänziger (Verts) : « Ce non à Ilisu est un oui à la protection de l’environnement, un oui au respect des minorités et aux standards sociaux.» Doris Leuthard, qui dirige le département fédéral de l’Économie, a parlé de « décision très difficile » en indiquant que le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Baba Can, avait été quelques mois auparavant averti de l’issue la plus probable du dossier Malgré le manque à gagner les entreprises suisses impliquées n’ont pas critiqué une telle décision, qu’ils jugent eux-mêmes inévitable.

Au sein de la Commission de l’économie et des redevances, Christophe Darbellay avance des arguments de principe : «La Suisse s’est beaucoup engagée pour rendre ce projet possible mais il était impossible de faire autrement. L’économie sans morale et sans éthique n’est pas défendable.» Bien évidemment, la Turquie a exprimé officiellement sa désapprobation, en affirmant poursuivre coûte que coûte la construction du barrage. Certains avancent l’hypothèse que des entreprises chinoises ou russes, venant de pays moins scrupuleux en matière d’écologie et de dommages humains, pourraient reprendre le projet. Le ministre turc de l’Environnement a ainsi déclaré : « La Turquie considère le projet de barrage d'Ilisu comme une pièce maîtresse de ses projets en Anatolie et comme un fer de lance du développement social, et nous aimerions souligner que notre détermination à construire le barrage d'Ilisu ne faiblit pas. »

En décembre dernier, les travaux commencés en août 2008 avaient été gelés lorsque les assureurs Euler Hermes, Österreichische Kontrollbank et Schweizerische Exportrisikoversicherung – avaient déclaré, dans un communiqué commun, que « Les conditions contractuelles convenues concernant l'environnement, le patrimoine culturel et des relogements n'ont pu être remplies.

Au sein même de la société turque, des voix diverses se font entendre pour la préservation du site de Hasankeyf, comme les deux écrivains Yaşar Kemal et Orhan Pamuk.

L’Irak, qui souffre déjà d’une grave sécheresse, avait lui aussi demandé aux sociétés européennes de se retirer du projet. Le gouvernement de Bagdad a par ailleurs demandé la tenue d’ « une réunion urgente en présence des ministres et des experts des trois pays concernés en août prochain pour discuter du partage de l'eau et de la fluctuation des débits en Irak », en raison du débit dramatiquement bas de l'Euphrate, notamment dans les régions frontalières avec la Syrie, où l’on enregistre une chute de 250 m3/s, malgré l’ouverture, en juin dernier, des vannes des barrages turcs, pour faire remonter le débit à 570 m3/s, en promettant qu’en juillet, il s’élèverait jusqu’à 715 m3/seconde. Le ministre des Ressources hydrauliques de l’Irak a indiqué pour sa part que son pays avait besoin d’un débit « d’au moins 500 m3/s pour couvrir 50% des besoins d'eau pour l'irrigation » à partir de l’Euphrate. Depuis deux ans, une sécheresse importante, ayant pour cause l’insuffisance des précipitations annuelles provoque un exode rural en Irak, notamment celui des « Arabes des marais », au sud : « Quatre-vingt familles ont récemment quitté le marais de Abou Zark à l'est de Nassiriyah, dans le sud du pays », a ainsi déclaré à l'AFP Ali Radad, responsable des projets agricoles dans la province de Dhi Qar. Jamal Al-Batikh, membre de la Commission parlementaire irakienne de l'Eau et de l'Agriculture, y voit aussi le traditionnel moyen de pression qu’utilise la Turquie contre les pays voisins qu’elle accuse d’abriter le PKK, la Syrie jusqu’en 1999 et maintenant l’Irak. En représailles, les députés irakiens ont refusé de ratifier un accord commercial qui avait été conclu avec le président turc, Abdullah Gül en avril 2009, comme l’a expliqué un député irakien du parti Fadila, Karim al-Yaacoubi : « Les députés refusent de ratifier cet accord tant qu'une clause n'est pas ajoutée pour assurer à l'Irak sa part de l'eau. »

IRAN : LE POUVOIR DÉSAVOUÉ PAR LES RELIGIEUX DE QOM

En Iran, la contestation ne faiblit pas, les manifestations se succédant à la fois pour dénoncer les élections de juin et maintenant aussi pour célébrer la mémoire des victimes ou réclamer la libération des prisonniers. Ainsi, le 15 juillet, 3000 personnes ont ainsi défilé à Saadat Abad. Mais le mouvement s’étend bien au-delà de la capitale puisque le même jour, dans la ville kurde de Kermanchah, 6000 personnes ont rendu hommage à un étudiant kurde, Kianoosh Assa, originaire de la ville, qui a succombé sous la torture. La foule a été violemment malmenée par les forces de l’ordre.

Les régions kurdes connaissent ainsi un redoublement des persécutions, la répression des manifestations venant s’ajouter aux emprisonnements et exécutions habituelles pour opinions politiques ou religieuses, et activisme en faveur des droits de l’homme et du féminisme. Le 15 juillet, un Ahl-é Haqq (minorité religieuse kurde non musulmane) a été ainsi exécuté dans la prison principale d’Ourmiah. Younes Aghayan, originaire de Miandoab, avait été accusé d’être un « ennemi de Dieu », chef d’accusation qui fait encourir la peine capitale, ce qui a finalement été le cas pour ce prisonnier, qui était détenu depuis cinq ans. Un autre prisonnier kurde condamné à mort, le journaliste Adnan Hassanpour, après que la première sentence a été cassée l’année dernière, a été rejugé et condamné à dix ans de prison par le tribunal de Sanandadj. Reporters sans frontières dénonce « le jugement comme étant absurde et sans fondement » et réclame sa libération immédiate. Le 16 juillet 2007, Adnan Hassanpour avait été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Mariwan, pour « actions subversives contre la sécurité nationale, espionnage et propagande séparatiste ». Après la confirmation de cette sentence en appel le 22 octobre 2007, la Cour suprême de Téhéran a cassé le jugement en août dernier pour vice de procédure, considérant que Hassanpour n’était pas un « ennemi de Dieu » (mohareb), ce qui lui évitait donc la peine capitale. Le détenu a donc été rejugé par le tribunal ordinaire de Sanandadj. Après avoir été entendu deux fois par les juges, le 6 septembre 2008 et le 30 janvier 2009, il vient donc d’être condamné à dix ans de prison. Adnan Hassanpour est actuellement toujours détenu à Sanandadj. Un autre journaliste kurde, Hiwa Botimar, arrêté pour « détention et vente d’armes » a été condamné à onze ans de prison. Leur avocat dénonce la disproportion des peines et va faire appel.

Pendant ce temps, à Téhéran, les dirigeants et les leaders de la contestation s’affrontent verbalement. Mir Hossein Moussavi est ainsi qualifié d’agent des USA et de « crimes contre la nation » par l’entourage du Guide suprême. « On doit se demander si ces actions sont une réponse aux instructions des autorités américaines » a ainsi déclaré Hossein Shariatmadari, dans un éditorial du journal conservateur Kayhan. Ce conseiller proche de l’ayatollah Khamenei accuse Mousavi du « meurtre d’innocents, d’avoir incité aux émeutes, de coopérer avec des étrangers et d’agir comme une cinquième colonne dans le pays pour le compte des Américains. Il réclame son jugement ainsi que celui de l’ex-président Mohammad Khatami pour « crimes horribles et trahison » en affirmant détenir des « documents irréfutables » étayant ses accusations. Àprès l’arrestation et le procès de Mohammad Ali Abtahi, un proche du candidat malheureux à l’élection présidentielle, Mehdi Karroubi, qui s’est publiquement livré, comme beaucoup de prisonniers politiques à des « aveux et une repentance publiques » digne des grands procès staliniens, d’autres personnalités politiques ou des journalistes sont détenus et menacés de procès à leur tour pour « atteinte à la sécurité nationale ». L’avocat du journaliste Maziar Bahari, Saleh Nikbakht, dénonce les conditions de ces arrestations et l’impossibilité pour la défense de voir ses clients : « Bahari est accusé d’agir contre la sécurité nationale et je n’ai pas encore pu le rencontrer, bien que m’étant rendu plusieurs fois au bureau du procureur. »

Ce même avocat défend un certain nombre de réformistes, anciens responsables au gouvernement de Khatami, emprisonnés depuis le 12 juin dernier, faisant tous face au même chef d’accusation : l’ancien adjoint du ministère des Affaires étrangères, Mohsen Amizadeh, l’ancien porte-parole du gouvernement Abdollah Ramezanzadeh, l’acien adjoint au ministère de l’Économie, Mohsen Safai-Farahani, l’ancien vice-président Mohammad Ali Abtahi et Behzad Nabavi, ancien adjoint à la présidence du parlement entre 2000 et 2004. « Je n’ai pu voir aucun d’entre eux et ni Safai-Farahani ni Nabavi ont pu avoir des contacts avec leurs familles » déplore Saleh Nikbakht. En plus de Maziar Bahari, de nationalité irano-canadienne, détenu depuis le 21 juin, les autorités ont arrêté Jason Fowden, de nationalité gréco-britannique, du Washington Times et expulsé Jon Leyne de la BBC. Mais la répression au sein des réformistes n’empêche pas la contestation de s’étendre dans les cercles les plus inattendus du pouvoir iranien.

Ainsi, le 5 juillet, le groupe le plus important des dirigeants religieux en Iran, l’Association des chercheurs et enseignants de Qom, a qualifié les élections de juin et le gouvernement d’ « illégitimes », dans une déclaration commune, ce qui constitue un acte de défiance et un camouflet envers le Guide suprême, Ali Khamenei qui, dès le début, a soutenu le président sortant Mahmoud Ahmadinejad. « Cette fissure dans l’establishment clérical et le fait qu’ils se rangent aux côtés du peuple et de Moussavi et, de mon point de vue, la plus grande fissure historique au cours des trente années de pouvoir de la République islamique », estime Abbas Milani, directeur du département des Études iraniennes de l’université de Stanford. « Rappelons qu’ils s’opposent à une élection validée et sanctifiée par Khamenei. » Cette déclaration est survenue un jour après que Hossein Moussavi a publié sur son site Web des documents détaillant une campagne frauduleuse par les partisans du président et notamment d’avoir imprimé plus de 20 millions de bulletins avant le vote et d’en avoir bourré les urnes. Jusqu’ici, les puissants clercs de Qom étaient restés silencieux sur le conflit opposant la rue iranienne au gouvernement. Leur prise de position peut être vue comme un soutien ouvert à Moussavi, Khatami et Karroubi, tous trois accusés de trahison par les milieux du pouvoir et menacés d’arrestations, alors que cette association n’avait soutenu officiellement aucun candidat aux élections, s’étant simplement borné à réclamer leur annulation en raison de la contestation des électeurs.

TURQUIE : LE GOUVERNEMENT ANNONCE UN « PLAN » POUR RÉSOUDRE LA QUESTION KURDE

Le 22 juillet, le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé vouloir mettre en place un « processus d’ouverture » afin de résoudre la question kurde, avec la mise en place d’un « plan » dont on ne connaît pour le moment que les grandes lignes. Les partis de l’opposition nationaliste, comme le CHP et le MHP ont bien sûr critiqué la déclaration qui a eu un accueil plus favorable du DTP, le parti pro-kurde, qui a jugé ce pas « tardif, mais prometteur », ainsi que d’autres acteurs politiques et militants comme certains syndicats et ONG. L’opposition nationaliste a accru ses critiques au fur et à mesure que les intentions du gouvernement se précisaient. Le leader du parti d’extrême-droite (MHP), Devlet Bahceli a accusé les dirigeants AKP de « légitimer le séparatisme ethnique du PKK » et de menacer « l’existence nationale de la Turquie ». Le CHP, parti de gauche laïque dont la ligne politique est devenue de plus en plus nationaliste sous la direction de Deniz Baykal, a lui aussi averti que de telles avancées pouvaient « nuire à l’unité de l’État ». Ce plan prévoit des propositions déjà faites par le gouvernement AKP et relativement consensuelles, comme le développement économique des régions kurdes mais aussi d’autres plus polémique, comme l’enseignement du kurde en option dès l’école primaire ou la remise en cause de l’identité ethnique turque comme partie intégrante de la citoyenneté (art. 66 de la Constitution).

Parallèlement, le leader du PKK, Abdullah Öcalan avait annoncé également préparer un plan de résolution de la question kurde, devant être révélé le 15 août prochain date anniversaire du début des combats du PKK, ce qui fait dire à des observateurs politiques qu’Erdogan a peut-être eu l’intention de prendre de vitesse le PKK. Murat Karayilan est en tout cas resté prudent dans ses déclarations, réaffirmant, sans surprise, que la question kurde ne pouvait être séparée de la libération d’Öcalan et que le parti attendait le plan de son dirigeant. Au sein du DTP et de ses sympathisants, les réactions ont été plus variées. Certains députés, comme Ahmet Türk, le chef du groupe DTP au Parlement, ou Akin Birdal, ancien président de la Ligue des droits de l’homme en Turquie ou Aysel Tugluk, ancienne avocate d’Öcalan, jugent que le « geste » d’Erdogan peut être une chance à saisir pour un règlement pacifique du conflit. Une aile plus radicale de ce parti, avec des voix telles que celle de Selahattin Demirtas, se modèle plus sur la position du PKK en refusant de dissocier la paix du sort d’Öcalan.

Dans le même temps, Ahmet Türk a appelé le gouvernement à cesser les opérations militaires contre le PKK afin de « prouver sa sincérité » dans sa volonté de négocier, alors que la Turquie a réitéré sa demande auprès de l’Irak et des États-Unis d’obtenir des « résultats concrets » pour éradiquer le PKK de ses bases de Qandil, lors d’une réunion tripartite. Le 15 juillet, les forces armées du PKK ont annoncé qu’ils prolongeaient leur cessez-le-feu jusqu’au 1er septembre.