Syrie: «Kobané meurt et personne n'en a rien à faire»

mis à jour le Jeudi 22 janvier 2026 à 18h30

RFI.fr | Témoignage | Par : Oriane Verdier 

Le cessez-le-feu dans le nord-est syrien est à nouveau entaché de violence. Les deux forces s'accusent mutuellement d'agression. Ces derniers jours, les forces gouvernementales syriennes ont pris une large partie du territoire de l'administration autonome du nord-est syrien dirigée par les autorités kurdes. Les populations kurdes, elles, fuient l'avancée des troupes de Damas. La ville de Kobané est encerclée depuis plus de deux jours par les forces du régime, sans eau, sans nourriture, ni électricité.

Depuis près de trois jours, Nichtiman Haji Morad et ses voisins appellent à l'aide. La journaliste kurde, membre du réseau Voix des femmes sans frontières, était chez son père dans un village de la banlieue. Face à l'avancée des forces gouvernementales syriennes, elle s'est réfugiée dans Kobané, acculée à la frontière turque.

« Depuis que la guerre a commencé, je restais optimiste, affirme-t-elle dans son dernier message diffusé mercredi 21 janvier. Mais là je suis sortie dans la rue et j'ai vu des centaines de familles déplacées dans le froid de l'hiver. Ils dorment dans les rues ». Sa voix se brise. « Il n'y a pas d'électricité, pas d'eau, pas de médicaments. Kobané est assiégée et ils nous attaquent. »

Un énième cessez-le-feu avait pourtant été annoncé mardi soir. Les deux camps accusent l'autre de ne pas le respecter. Mercredi, les forces gouvernementales ont continué de se rapprocher de Kobané, faisant face à la résistance des combattants kurdes YPG. 

« Kobané est aujourd'hui seule »

« Ils ont promis d'arrêter de tirer mais tout est un grand mensonge », continue Nichtiman, le ton amer. La jeune femme supplie de sauver la localité. « Kobané est en train de mourir et personne n'en a rien à faire. Kobané, qui a fait face à l'organisation État islamique (EI) qui a libéré le monde du danger de Daesh, rappelle-t-elle. Kobané est aujourd'hui seule. »

Il y a dix ans, les combattants et combattantes kurdes ont mené une bataille de plus de neuf mois contre l'EI avant de les repousser définitivement. Les alliés d'alors, comme la France et les États-Unis, semblent aujourd'hui sourds à la détresse de la population.

« Mon téléphone va s'éteindre, nous n'avons plus d'électricité », conclut Nichtiman Haji Morad. Plus de nouvelles pendant de longues heures, avant un court message finalement publié mardi soir. « Ils ont coupé internet. En marchant dans la rue, j'ai soudain trouvé de la connexion mais je ne sais pas pour combien de temps. J'aimerais vous informer mais je ne peux pas ».  Depuis mercredi, la ville est coupée du monde. 

Parmi les forces de l'armée de Damas figurent d'anciens groupes armés accusés d'exécutions sommaires, de kidnappings, de viols et de torture sur la communauté kurde durant ces dix dernières années. Pour l'heure, aucun de ces crimes ni de ceux dont sont accusées les forces kurdes n'ont été jugés.