Quatre ans après la mort de Mahsa Amini, Amnesty accuse l’Iran de "crimes contre l’humanité"

mis à jour le Mercredi 16 septembre 2026 à 17h51

France24

Dans un rapport de plus de 1 000 pages, Amnesty International documente des homicides, tortures, viols et disparitions forcées perpétrés par les autorités iraniennes, y compris sur des enfants, depuis la mort de Mahsa Amini en 2022. L'ONG met en cause 87 responsables iraniens, dont l'actuel chef des Gardiens de la révolution, Ahmad Vahidi, pour "crimes contre l'humanité" lors de la répression du mouvement "Femme, vie, liberté". 

L'ONG parle notamment de meurtres, actes de torture, viols et disparitions forcées, tout en soulignant que la répression du dernier mouvement de contestation populaire début 2026 a suivi le même schéma, mais avec une ampleur "encore plus meurtrière et vertigineuse".

Dans ce document de plus de 1 000 pages, Amnesty pointe la responsabilité de 87 officiels iraniens dans cette répression, et a identifié au moins 377 victimes.

Le général Ahmad Vahidi pointé pour sa responsabilité

Certains, comme l'ancien guide suprême Ali Khamenei et plusieurs hauts responsables des Gardiens de la Révolution, la puissante armée de la République islamique, ont été tués dans les frappes américano-israéliennes qui ont déclenché la guerre fin février. Mais d'autres comme Ahmad Vahidi, ministre de l'Intérieur en 2022 et actuel chef des Gardiens de la révolution, sont toujours en vie.

À partir de septembre 2022, des manifestations massives avaient secoué le pays, dirigé par une théocratie chiite depuis la Révolution islamique de 1979, après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune Kurde morte en détention après avoir été arrêtée pour avoir prétendument enfreint le strict code vestimentaire imposé aux femmes.

Il s'agissait du plus important mouvement de contestation en Iran ces dernières années, jusqu'aux manifestations déclenchées fin décembre dernier par la hausse du coût de la vie, qui se sont rapidement transformées en un vaste mouvement antigouvernemental culminant les 8 et 9 janvier.

"Plusieurs dizaines d'enfants"

"Les très nombreuses preuves recueillies et analysées dans notre rapport ne laissent aucun doute", écrit Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, dans un communiqué, "les autorités iraniennes ont commis des crimes contre l'humanité pour écraser le soulèvement Femme, vie, liberté de 2022".

L'organisation demande qu'un "mécanisme international de justice pénale soit mis en place de toute urgence par l'Assemblée générale des Nations unies afin de demander des comptes" à Téhéran.

Durant des mois, "les autorités iraniennes ont mobilisé des forces de sécurité équipées d'armes à feu de type militaire et de fusils à plomb et ont donné des ordres favorisant les homicides illégaux de centaines de manifestants et de passants, dont plusieurs dizaines d'enfants", affirme Amnesty.

Cette répression a également pris la forme d'arrestations arbitraires, de disparitions forcées, d'actes de torture ou encore de viols, ainsi que "de manœuvres de persécution à l'encontre de proches endeuillés", ajoute Amnesty.

Elle dit avoir identifié 377 manifestants et passants, dont 56 enfants, tués par les forces de sécurité lors des évènements de 2022, bien que le nombre total de décès soit probablement beaucoup plus élevé.

"Rien n'a changé"

Parmi ces victimes figuraient Minoo Majidi, 62 ans, abattue dans la province de Kermanshah, dans l'ouest du pays. "Elle était descendue dans la rue pour réclamer du changement, pour crier 'liberté'", confie à l'AFP sa fille, Mahsa Piraei, établie à l'étranger.

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"Le monde pense que ces manifestations concernaient la liberté des femmes. C'était le cas, mais il s'agissait aussi de la liberté du peuple et du droit à vivre", a-t-elle ajouté.

Selon Amnesty, "les massacres perpétrés lors des manifestations de janvier 2026 présentent les mêmes caractéristiques que les crimes contre l'humanité présentés dans ce rapport, mais à une échelle encore plus meurtrière et vertigineuse", avec des "dizaines de milliers de manifestants tués en seulement 48 heures" via un "recours illégal, systématique et généralisé à la force meurtrière" et "le déploiement coordonné des forces de sécurité dans le cadre d'une chaîne de commandement unifiée".

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"Rien n'a changé. Il n'y a pas eu de justice. Nous réclamons justice. Mais nous avons besoin d'aide", implore Mahsa Piraei. "Si je réclame justice, c'est en partie pour ma mère, mais aussi pour aider les nombreuses personnes dont la vie est toujours en danger", ajoute-t-elle, faisant référence aux dizaines de personnes arrêtées en janvier qui, selon des organisations de défense des droits humains, sont aujourd'hui menacées d'exécution par la République islamique. "Nous devons crier leurs noms."