Jean-Noël Barrot: « Nous ne pouvons accepter qu'un espace soit laissé à Daech pour se reconstituer »

mis à jour le Vendredi 13 février 2026 à 18h53

Lepoint.fr | PROPOS RECUEILLIS À ERBIL (KURDISTAN IRAKIEN) PAR BORIS MABILLARD

En visite dans le Kurdistan irakien, le ministre des Affaires étrangères assure que le transfert des djihadistes vers l'Irak se poursuit.

Dans notre dossier « Kurdistan, la trahison de l'Occident», les Kurdes du Rojava ont confié se sentir abandonnés. Que faites-vous pour les rassurer?

Jean-Noël Barrot: Je récuse le terme d'«Occident». La politique étrangère de la France est indépendante. S'agissant de notre relation avec les Kurdes, que ce soit en Irak, en Syrie ou ailleurs, elle est ancienne et se fonde sur une amitié indéfectible. Une amitié dont j'ai pu mesurer la force dans la région, tant auprès des responsables du Kurdistan irakien que de leurs homologues syriens. Nous continuerons de nous tenir aux côtés du peuple syrien alors que s'ouvre une opportunité de reconstruire un pays unifié respectant toutes les composantes du peuple syrien.

Les autorités du Kurdistan syrien craignent de revenir dans le giron de Damas et que les droits des femmes, notamment, soient remis en question ...

L'identité kurde doit respectée et les Kurdes doivent prendre part à la vie économique, sociale et politique de cette Syrie réunifiée. Les Kurdes de Syrie ont été pour nous des alliés fidèles dans le combat contre les terroristes de Daech. C'est depuis l'Irak et la Syrie que Daech a fomenté les attentats du Bataclan, il y a di~ ans. Il ne peut y avoir aucun répit dans notre lutte contre l'Etat islamique.

Y a-t-il un risque de résurgence de Daech aux confins de l'Irak et de la Syrie?

Les prisons et les camps du Nord-Est syrien doivent continuer d'être sécurisés et gardés. Je m'en suis assuré auprès du ministre des Affaires étrangères de la Syrie comme auprès du général Mazloum. Cela suppose aussi que soit redéfinie l'architecture régionale de lutte contre Daech, que les autorités syriennes jouent un rôle au sein de la coalition internationale anti-Daech et que cette dernière soit formellement autorisée à poursuivre ses interventions en Syrie. Comme nous l'avons fait le 3 janvier dernier en mobilisant la puissance de nos moyens militaires pour frapper Daech. La France continuera-t-elle à déployer des hommes sur le sol irakien comme c'est le cas aujourd'hui? La présence des forces militaires françaises est très appréciée par le gouvernement fédéral de l'Irak comme par le gouvernement de la région autonome du Kurdistan. Cette présence militaire se décline sur trois volets: au sein de la coalition internationale contre Daech, dans le cadre de l'opération de l'Otan, qui est commandée cette année par un général français, au titre de la formation des militaires irakiens. Ces relations multiples que nous avons avec les forces de sécurité irakiennes ont vocation à se poursuivre à l'avenir.

Qu'en est-il du transfert vers les prisons irakiennes des anciens être djihadistes?

Nous ne pouvons accepter qu'un espace soit laissé à Daech pour se reconstituer. Les transferts de djihadistes de la Syrie vers l'Irak se poursuivent et iront jusqu'à leur terme. Nous remercions les autorités irakiennes de les avoir acceptés, permettant de limiter le risque d'une dispersion des combattants terroristes.

Les enfants de djihadistes qui ont grandi dans des camps pourront-ils rentrer en France?

La position des autorités françaises est inchangée: les adultes doivent être jugés là où ils ont commis leurs crimes. Quant aux enfants, ils ne sont pas responsables des crimes de leurs parents et, chaque fois que cela a été possible sur le plan juridique comme sur le plan opérationnel, ils on tété rapatriés•