L`Irak attend la sécurité pour profiter de la manne pétrolière

KIRKOUK (Irak), 11 nov 2005 (AFP) - 10h47 - Les projets de développement des champs pétroliers du nord de l'Irak sont mis en veilleuse en attendant de sécuriser les installations et les exportations et de décider de l'avenir de la ville multiethnique de Kirkouk, revendiquée par les Kurdes.

Pas moins de 290 actes de sabotage ont visé les installations et les oléoducs dans la région, générant une perte à gagner de plusieurs milliards de dollars, indique un responsable de la Compagnie de pétrole du nord (NOC).

La production moyenne de ces gisements se situe entre 500.000 et 650.000 barils par jour (b/j) contre 700.000 à 800.000 b/j avant l'invasion, en mars

Le dernier sabotage, survenu le 20 octobre, a visé un réseau groupé de 16 oléoducs et gazoducs, ce qui a entraîné l'arrêt total du pompage. Les réparations des dégâts ne seront pas achevées avant la semaine prochaine, a indiqué cette source, ajoutant que d'importantes fissures sont apparues sur les oléoducs, vieux de plus de 35 ans.

Après, on devra procéder à des tests pendant au moins une semaine avant de pouvoir reprendre la production et l'acheminement du pétrole à un rythme normal vers la raffinerie de Baïji (200 km au nord de Bagdad) et vers le terminal turc de Ceyhan, sur la Méditerranée, a souligné ce responsable.

Un nouvel oléoduc d'un mètre de diamètre, est en construction. Il reliera les champs de Kirkouk (250 km au nord de Bagdad) aux cuves de stockage au nord de Baïji.

"Cet oléoduc sera enfoui sous terre sous plusieurs mètres de profondeur de manière à ce qu'aucun engin explosif ne puisse l'atteindre", souligne ce responsable. Les oléoducs actuels longent la route et sont à découvert.

Un plan de sécurité a été décidé cette semaine par les ministères du Pétrole de la Défense, en coopération avec les forces américaines pour protéger la région pétrolière de Kirkouk contre les attaques, selon un général irakien.

Le général, Anouar Hama Amine, responsable des unités chargées de la protection des installations pétrolières, a révélé à l'AFP que pas moins de 4.000 hommes ont été déployés pour sécuriser ces sites.

Le dispositif vise à protéger les gisements se trouvant jusqu'à 55 km au nord de Kirkouk, ainsi que les unités de production et le complexe pétrolier s'étendant jusqu'à 110 km à l'ouest de la ville.

Les unités, a-t-il dit, bénéficient d'un équipement moderne et des moyens de télécommunications perfectionnés. Des tours de guet vont être installées pour surveiller le réseau des oléoducs et dissuader quiconque de venir poser des bombes.

Dans le même temps, la Force multinationale dirigée par les Américains va intensifier ses patrouilles sur le parcours des oléoducs et gazoducs et exercer une surveillance aérienne, notamment de l'oléoduc d'exportation qui court jusqu'en Turquie.

Cette surveillance porte également sur le réseau électrique qui alimente les unités de production, et qui est également visé par les sabotages.

Des contacts ont été également pris avec les chefs de tribus, dont le territoire est traversé par ces pipelines, pour les inciter à jouer le rôle de gardien, affirme le général Anouar Amine.

Un cheikh de la tribu des Obaïd à Kirkouk, Abdel Rahmane al-Assi, avoue son impuissance face aux attaques menées à partir de son territoire. "Tout seul, je ne peux rien faire et il m'est impossible de donner des garanties, l'insécurité est totale dans la région", dit-il.

Le chef de la tribu Jbour à Hawijah, Karim Khalaf, indique qu'il n'a pas intérêt à ce qu'il y ait des attaques, "car quand elles surviennent, nous en sommes les premières victimes".

"Les forces américaines perquisitionnent la région et arrêtent des jeunes, les maisons proches des lieux des attentats sont désertées par leurs habitants en raison des feux déclenchés, et enfin les incendies brûlent nos récoltes", confie-t-il.