Le Parlement turc autorise des opérations militaires en Syrie

mis à jour le Jeudi 4 octobre 2012 à 17h21

Lefigaro.fr

Après l'incident frontalier qui a fait cinq morts mercredi, Ankara, qui assure ne pas vouloir faire la guerre, poursuit ses bombardements sur le territoire de son voisin, et ce malgré les appels à la retenue.

La Turquie bombarde la Syrie...

La Turquie a poursuivi jeudi matin ses bombardements sur la Syrie en représailles aux tirs d'obus de la veille. Déterminé à ne pas laisser l'attaque syrienne sur le village frontalier d'Akçakale impunie, le gouvernement turc a demandé et obtenu du Parlement l'autorisation formelle de mener des opérations militaires en territoire syrien au nom de la «sécurité nationale». Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), la riposte militaire turque a déjà tué «plusieurs soldats syriens».

Dès mercredi soir, le chef du gouvernement turc avait fait part de sa détermination à réagir après le bombardement qui a tué cinq personnes et fait une dizaine de blessés. «La Turquie ne laissera jamais impunies de telles provocations du régime syrien, qui menacent notre sécurité nationale, dans le respect du droit international et de ses règles d'intervention», a tonné le premier ministre islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan. De fait, il s'agit de l'incident le plus grave survenu entre la Turquie et la Syrie depuis juin dernier, lorsque la défense antiaérienne syrienne a abattu un avion de combat turc, provoquant la mort de ses deux pilotes.

... sans lui déclarer la guerre

La Turquie assure toutefois qu'elle ne compte pas déclarer la guerre à son voisin. «La Turquie ne cherche pas à faire la guerre mais elle est parfaitement capable de se défendre contre toute attaque menaçant sa souveraineté», a lancé l'un des vice-présidents du parti au pouvoir, Ömer Celik. Un conseiller d'Erdogan, qui s'exprimait sous couvert d'anonymat, a également assuré que la motion débattue au Parlement ce matin visait simplement à donner «un avertissement» à Damas.

Condamnation unanime de Damas, appels à la retenue à Ankara

L'incident d'Akçakale a été fermement condamné par les États-Unis, l'Union européenne et l'Otan, qui a affiché une solidarité sans faille avec Ankara, un des 28 pays membre de l'Allliance atlantique. La France a de son côté affirmé son «plein soutien» à son allié turc.

Mais face à la réaction turque, de nombreux États avaient surtout à cœur d'appeler les deux voisins à la retenue jeudi. «Nous exprimons notre solidarité à la Turquie, mais nous ne voulons pas assister à une escalade militaire après cet incident», a estimé le chef de la diplomatie britannique, William Hague. La Grèce a également souhaité jeudi une «désescalade de la tension». Angela Merkel a appelé Ankara à une réaction mesurée. «Je pense que ce qui est le plus important à l'heure actuelle, c'est de faire preuve de mesure», a déclaré la chancelière allemande.

Du côté des alliés de la Syrie, l'accent était tout autant mis sur la nécessité d'éviter une escalade militaire. «La République islamique d'Iran demande aux deux parties de faire preuve de retenue, d'enquêter sur l'incident et tenir compte des objectifs des ennemis dans la région», a déclaré jeudi le gouvernement iranien.

Damas s'excuse

La Syrie a finalement présenté des excuses par l'entremise des Nations unies jeudi midi. «La Syrie reconnaît (avoir commis cet acte) et présente des excuses. Elle a dit que ce genre d'incident ne se répéterait pas. Nous sommes satisfaits. Les Nations unies ont joué un rôle de médiateur et ont parlé à la Syrie dans la soirée», a déclaré le vice-premier ministre turc Besir Atalay. Déjà mercredi soir, la Syrie avait annoncé l'ouverture d'une enquête sur l'origine des tirs et présenté les condoléances de son pays «aux familles des victimes et à nos amis, le peuple turc».

Pendant ce temps, les combats se poursuivent à Alep...

La détérioration de la situation entre Ankara et Damas le long de leur frontière commune a largement occulté le reste de la situation en Syrie. Les combats que se livrent depuis fin juillet rebelles et forces gouvernementales pour le contrôle de la ville d'Alep se sont par ailleurs poursuivis jeudi, au lendemain d'un triple attentat à la voiture piégée qui a fait au moins 48 tués, en majorité des militaires, et une centaine de blessés. En outre, selon l'OSDH, 21 membres de la force d'élite de la Garde républicaine ont été tués jeudi matin à Qoudsaya, une banlieue ouest de Damas, par une explosion suivie d'échanges de tirs.