Irak: reprise du procès Anfal sans Saddam, pendu le 30 décembre


8 janvier 2007

BAGDAD - Le procès des campagnes militaires Anfal, au cours desquelles 180.000 Kurdes ont été tués en Irak en 1987-1988 selon l'accusation, reprend lundi à Bagdad, sans Saddam Hussein, accusé de génocide dans cette affaire mais pendu le 30 décembre dans le cadre d'un autre procès.

L'ancien président irakien ne sera jamais jugé pour sa responsabilité dans les campagnes Anfal, sa mort mettant fin à toutes les poursuites engagées contre lui.

AFP Photo: Le procès des campagnes militaires Anfal, dans lesquelles 180.000 Kurdes ont été tués en Irak...

Saddam Hussein a été condamné à mort par pendaison le 5 novembre 2006 pour son rôle dans l'exécution de 148 villageois chiites dans les années 1980, en représailles à un attentat contre le convoi présidentiel en 1982 à Doujaïl, au nord de Bagdad. Il a été pendu le 30 décembre à Bagdad, après la confirmation du verdict le 26 décembre par la cour d'appel du Haut tribunal pénal.


De nombreux membres de la communauté kurde, au premier rang desquels le président irakien Jalal Talabani, avaient estimé que Saddam Hussein ne devrait pas être exécuté avant la fin du procès Anfal. "Il est important que cette exécution ne soit pas un prétexte pour ne pas dévoiler l'ampleur des crimes commis lors des opérations Anfal et à Halabja (...)", avait souligné le 30 décembre le président du Kurdistan autonome, Massoud Barzani.


Le procès Anfal va se poursuivre devant le Haut tribunal pénal pour six anciens dirigeants, dont le cousin de Saddam, Hassan al-Majid, dit "Ali le chimique". Tous risquent la peine de mort, mais seuls Saddam et "Ali le chimique" étaient accusés de génocide. Pour leur défense, les accusés expliquent que les campagnes Anfal au Kurdistan (nord) constituaient un exemple classique de lutte anti-guérilla, dans le cadre de la guerre Iran-Irak (1980-1988).


Le procès avait été ajourné le 21 décembre 2006 par le juge Mohammed al-Oreibi al-Khalifa. Lors de cette audience, le procureur général Mounkithe Al-Faroun avait à nouveau exhibé des documents émanant de l'état-major irakien et ordonnant la destruction de "bases des saboteurs" par des bombardements aériens et d'artillerie utilisant "l'arme spéciale". Les termes "frappes spéciales" et "arme spéciale" font référence à l'usage d'armes chimiques, selon l'accusation.


Par ailleurs, les autorités irakiennes n'ont pas officiellement fixé de date pour l'exécution des proches collaborateurs de Saddam Hussein, Barzan al-Tikriti et Awad al-Bandar, condamnés à mort en même temps que l'ex-président irakien pour leur responsabilité dans le massacre de 148 chiites dans les années 1980. Cependant, un porte-parole du gouvernement, Ali Dabbagh, a déclaré au service arabe de la BBC s'attendre à ce que les exécutions aient lieu dans "les deux prochains jours".


Human Rights Watch a demandé lundi au gouvernement irakien de stopper "immédiatement" toute exécution à mort et a dénoncé l'attitude du Premier ministre Nouri al-Maliki face aux critiques internationales sur la pendaison de l'ex-président Saddam Hussein. "La précipitation et l'esprit de vengeance ayant marqué la pendaison de Saddam Hussein devrait pousser le gouvernement à stopper immédiatement toutes les exécutions" prévues, estime l'organisation internationale de défense des droits de l'homme dans un communiqué.


Plus de 3.000 soldats américains sont morts en Irak depuis l'invasion de mars 2003, alors que le président George W. Bush s'apprête à annoncer une nouvelle stratégie pouvant inclure l'envoi de plusieurs milliers de renforts dans ce pays déchiré par les violences.