Irak: plus de 400 morts dans les attentats de mardi au nord du pays


16 août 2007

BAGDAD (AFP) - Plus de 400 personnes ont été tuées dans les attentats au camion piégé commis mardi contre une minorité religieuse kurde dans le nord de l'Irak, l'attaque la plus meurtrière qu'ait connue le pays depuis la guerre de 2003, selon un nouveau bilan jeudi du ministère de l'Intérieur.


Des blessés à l'hôpital de Dohuk le 15 août, au lendemain des attentats dans des villages kurdes yézidis du nord de l'Irak. Photo: Safin Hamed (AFP)

"Plus de 400 personnes ont été tuées et le bilan devrait encore s'alourdir", a déclaré à l'AFP le directeur des opérations du ministère, le général Abdel Karim Khalaf.

Il n'a pas précisé le nombre de blessés alors que de nombreuses personnes sont toujours coincées sous les décombres.

Des élus locaux avaient fait état mercredi de plus de 200 morts et une source médicale de 375 blessés.

Quatre camions piégés ont explosé dans les villages d'Al-Khataniyah et d'Al-Adnaniyah, essentiellement peuplés par des membres de la secte pré-islamique des Yézidis, dans la province de Ninive.

Le général Khalaf a précisé que les camions étaient bourrés de deux tonnes d'explosifs.


Les différents minorités en Irak. Photo: (AFP/Infographie)

Les sauveteurs, des centaines de soldats, policiers et civils, fouillaient toujours jeudi, parfois à la main, les décombres.

Ces attentats, imputés par l'armée américaine à la branche irakienne de l'organisation Al-Qaïda, ont massacré des familles entières de la minorité kurdophone des Yézidis.

Les plus meurtriers en Irak depuis le renversement de Saddam Hussein il y a quatre ans, il s'agit aussi des pires attentats dans le monde depuis les 2.973 morts du 11-Septembre 2001 aux Etats-Unis.

Selon le général Khalaf, les opérations de secours sont compliquées par l'éloignement. Les deux villages sont situés dans la région de Sinjar, dans l'ouest de la province dont Mossoul est le chef-lieu, à 370 km au nord de Bagdad.

"Cela prend une journée pour atteindre les zones dévastées", a-t-il souligné.

"Nous faisons tout ce que nous pouvons pour aider les blessés. Nous avons ouvert les portes des hôpitaux de toute la région, dont ceux des zones kurdes", a-t-il encore expliqué.


Nouri Al-Maliki et Jalal Talabani présentent la nouvelle alliance gouvernementale à Bagdad le 16 août 2007. Photo: (AFP/Bureau du Premier ministre)

L'armée américaine a indiqué de son côté avoir acheminé par voie aérienne nourriture, médicaments, bandages et couvertures.

Elle estime qu'entre 175 et 200 personnes ont été tuées et 300 autres blessées dans les deux villages, selon un porte-parole.

L'armée projette en outre de mettre en place un pont aérien pour acheminer 5.760 repas et du matériel médical pour 2.000 personnes, a ajouté la même source.

La communauté yézidie, estimée à quelque 500.000 membres, est une minorité kurdophone installée dans le nord de l'Irak qui considère le diable comme le chef des anges. Cette secte compte trois députés sur 275 au parlement irakien.

Elle a tenté de demeurer à distance des violents conflits confessionnels et politiques qui ensanglantent une grande partie de l'Irak. Mais ces derniers mois, les relations avec les communautés sunnites voisines se sont gravement détériorées.

Jeudi, les violences se sont poursuivies avec l'explosion d'une voiture piégée dans un centre commercial très populaire de Bagdad, faisant au moins sept morts et quinze blessés, selon les services de sécurité.

Ces attaques se déroulent alors que le commandement militaire américain en Irak doit remettre le mois prochain un rapport très attendu faisant le point sur la situation sur le terrain depuis la décision controversée du président George W. Bush d'augmenter le nombre de soldats en Irak.

Quelque 155.000 soldats américains sont actuellement déployés dans ce pays.

Sur le plan politique, le président et le Premier ministres, Jalal Talabani et Nouri al-Maliki, ont annoncé la formation d'une nouvelle alliance entre chiites et Kurdes pour tenter de sortir le gouvernement de la crise.

Mais ils n'ont pas obtenu dans l'immédiat la participation des sunnites.

"La signature de cet accord aidera à résoudre de nombreux problèmes ainsi que la crise actuelle et encouragera les autres (sunnites) à nous rejoindre", a déclaré le président Talabani.

Le gouvernement irakien est paralysé depuis plusieurs mois par des querelles entre sunnites et chiites qui ont provoqué le départ ou le boycottage de dix-sept