Irak: les chiites font état de progrès dans leurs négociations avec les Kurdes

BAGDAD (AFP- vendredi 4 mars 2005, 18h12)
Les chiites, qui dominent l'Assemblée nationale issue des élections du 30 janvier, ont fait état vendredi de progrès dans leurs négociations avec les Kurdes en vue de la formation du prochain exécutif irakien, mais les discussions s'annoncent encore longues.

Par ailleurs, la section irakienne du réseau terroriste Al-Qaïda a revendiqué le double attentat suicide de jeudi contre le ministère irakien de l'intérieur, qui avait fait cinq morts.
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Des responsables chiites et kurdes se sont rencontrés jeudi soir à Bagdad pour négocier une alliance. Dans l'attente qu'un accord se dégage, la première réunion de l'Assemblée nationale n'a toujours pas été convoquée.

L'Assemblée devra élire un Conseil présidentiel - un président et deux vice-présidents - qui choisira à l'unanimité un nouveau Premier ministre.

Un responsable de l'Alliance irakienne unifiée (AUI), la coalition chiite qui a obtenu la majorité absolue des sièges à l'Assemblée, a déclaré vendredi que des progrès avaient été réalisés.
Les Kurdes "ont demandé des garanties, et nous avons insisté auprès d'eux sur la nécessité d'un partenariat", a déclaré Jawad al-Maliki, un responsable du parti islamiste Dawa, membre de l'AUI. "Je pense qu'ils le comprennent et que nous faisons des progrès", a-t-il dit.


Les Kurdes revendiquent la présidence irakienne pour Jalal Talabani, chef de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK).

Ils réclament aussi, entre autres, la reconnaissance du caractère fédéral de l'Irak et le rattachement à la région autonome kurde de la ville pétrolière de Kirkouk.

"Ils ont des craintes et nous en avons aussi", a déclaré M. Maliki, indiquant que les deux parties devraient de nouveau se rencontrer samedi et la semaine prochaine.

Selon le responsable chiite, l'AUI, qui peut compter sur 148 députés sur 275 (140 députés AUI plus huit ralliés), est d'accord pour l'attribution de la présidence à M. Talabani.

L'Assemblée doit élire le Conseil présidentiel à la majorité des deux tiers, ce qui oblige le groupe chiite à se liguer soit avec les 77 députés du groupe kurde, soit avec les 40 députés de la liste du Premier ministre sortant, le chiite Iyad Allaoui, candidat à sa propre succession.

Une élue chiite, Rim Taleb Rayess, a déclaré que les discussions de jeudi soir avaient été "fructueuses" et qu'un accord semblait proche.

"Nous leur avons expliqué la nécessité de reporter la question sensible de Kirkouk jusqu'à la rédaction d'une Constitution permanente et de soumettre la question à un référendum", a-t-elle indiqué.

Par ailleurs, M. Maliki a fait état d'une rencontre entre l'AUI et des sunnites. "Nous sommes prêts à leur donner des positions-clés dans le prochain cabinet", a-t-il dit. Les sunnites avaient massivement boycotté les élections du 30 janvier.

Le premier ministre sortant, Iyad Allaoui, a également plaidé vendredi pour la réconciliation nationale.

"L'avenir est entre les mains de l'Assemblée nationale, qui doit premièrement se concentrer sur la rédaction d'une Constitution moderne pour l'Irak, et deuxièmement y associer ceux qui n'ont pas participé aux élections", a déclaré M. Allaoui lors d'une conférence de presse.

Le fait que l'Assemblée nationale n'ait toujours pas été convoquée commence à créer une certaine inquiétude chez les chiites, selon des dignitaires religieux.

"Le peuple attend avec impatience la passation de pouvoir", a déclaré vendredi un imam chiite, cheikh Sadreddine Koubbanji, à Najaf, ville sainte du centre de l'Irak.

"Les gens s'interrogent sur la signification de ce retard et sur la persistance du climat de tension", a dit cheikh Ahmed Safi, un représentant du grand ayatollah Ali Sistani, à Kerbala, autre ville sainte chiite.

La violence a connu une baisse relative vendredi, jour de repos hebdomadaire en Irak.

Un Irakien a été tué et trois autres ont été blessés dans un attentat suicide à la voiture piégée à Baaqouba, au nord de Bagdad, selon une source policière.

Un autre attentat à la voiture piégée s'est produit à Mossoul, à 375 kilomètres au nord de Bagdad, au passage d'un convoi militaire américain, selon un témoin qui n'a pas fait état de victimes.

La section irakienne d'Al-Qaïda, dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, a revendiqué vendredi sur un site internet islamiste le double attentat suicide commis la veille à Bagdad contre le ministère de l'Intérieur.

Cinq policiers ont été tués et cinq autres personnes blessées dans l'attentat, selon une source policière.

Dans un autre communiqué, le groupe de Zarqaoui a revendiqué un attentat suicide qui a fait, selon un officier de l'armée irakienne, un mort et 18 blessés jeudi à Baaqouba, à 60 kilomètres au nord de Bagdad.

Le ministre turc de la Défense Vecdi Gonul a indiqué, dans des déclarations rapportées vendredi par la presse, que l'armée turque disposait de 1.357 soldats dans le nord de l'Irak pour combattre les rebelles kurdes de Turquie.