Il y a 79 ans le président de la Répubique Qazi Muhammed, était pendu à Mahabad

mis à jour le Mardi 31 mars 2026 à 19h11

Il y a 79 ans, le 31 mars 1947, le président de l’éphémère République du Kurdistan, Qazi Muhammed, son ministre de la Défense Seyfi Qazi et son frère Sedrî Qazî étaient pendus par la monarchie sanguinaire d’Iran sur la place Çar Çira (Quatre Flambeaux) de Mahabad, capitale de cette république.

La République du Kurdistan a été proclamée le 22 janvier 1946 à Mahabad dans une partie du Kurdistan iranien située entre les zones d’occupation soviétique au nord et britannique au sud, échappant au contrôle du gouvernement iranien. Dans un Proche-Orient dominé par des monarchies despotiques, les Kurdes prenaient l’initiative de proclamer une république qui a assez rapidement suscité un enthousiasme patriotique dans l’ensemble du Kurdistan. Le leader kurde irakien, Moustafa Barzani, a franchi la frontière avec des milliers de combattants pour se mettre au service de cette république. Il a été nommé généralissime en charge de la défense du jeune État présidé par un juge (qazi) érudit, respecté et progressiste, Qazi Muhammed.

La République a adopté le drapeau du Kurdistan, avec des bandes rouge, blanche et verte et un soleil jaune aux 21 rayons au milieu. Ce drapeau avait auparavant, de 1927 à 1930, flotté sur le mont Ararat, dans une zone libérée lors du soulèvement kurde d’Ihsan Nouri Pacha contre le régime kémaliste turc. La République a également adopté un hymne national Ey Reqîb (Ô adversaire), composé par un poète kurde irakien. Ce drapeau et l’hymne national sont aujourd’hui ceux de la Région autonome du Kurdistan et, au-delà, ceux de tous les patriotes kurdes. Le nom Peshmergas, ceux qui vont au-devant de la mort, a été introduit par la République pour désigner ses forces d’autodéfense. Le premier parti kurde moderne, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) a été fondé par Qazi Muhammed.

Dès sa création, la République du Kurdistan a fait de l’éducation et de l’émancipation des femmes des priorités nationales. Un essor culturel, scientifique et artistique exceptionnel a marqué la courte vie de cette république qui a été envahie le 17 décembre 1947 par les armées du Chah.

Le général Barzani prônait la résistance armée mais le président Qazi Muhammed, évaluant de manière réaliste le nouveau rapport de forces face à une monarchie bénéficiant désormais du soutien des Soviétiques et des Américains, n’a pas voulu exposer la population civile au massacre. Le général Barzani, avec 500 de ses peshmergas les plus fidèles, a alors entamé une longue marche de plus de 700 km à travers les frontières d’Irak, d’Iran et de Turquie avant de traverser à la nage la rivière Araxe (Aras) pour se réfugier en Union soviétique où, après un bref séjour en Azerbaïdjan, ils ont été déportés en Ouzbékistan où ils ont vécu jusqu’en 1956.

En 1959, après le renversement de la monarchie irakienne par le général Abdul Karim Qassem, ils ont pu rentrer en Irak où ils furent reçus en héros de la résistance par le chef du nouveau régime irakien, dont la mère était kurde, qui prônait la fraternité kurdo-arabe.

Resté à Mahabad avec ses proches pour assumer ses responsabilités vis-à-vis de son peuple, Qazi Muhammed a été arrêté et, après un procès sommaire, condamné à mort et pendu en compagnie de son ministre de la Défense et de son frère. Courageux et digne jusqu’au bout, forçant l’admiration de son peuple et même de ses bourreaux, Qazi Muhammed leur a dit : « Vous me mettez à mort aujourd’hui, mais sachez que le peuple kurde, lui est vivant et il y aura des milliers de Qazi Muhammed pour continuer son combat pour la liberté ».

La place Çar Çira (Quatre Flambeaux) de Mahabad est devenue un haut lieu de la mémoire collective kurde. Qazi Muhammed, appelé « Pêşewa » (le leader), est entré dans le panthéon du patriotisme kurde, vénéré dans toutes les régions du Kurdistan.

Son testament appelait les Kurdes à mettre de côté leurs querelles internes pour s’unir dans un combat commun pour la liberté du Kurdistan. Message toujours d’actualité, tout comme son appel à donner la priorité à l’éducation des garçons et des filles pour former une nation kurde moderne, éduquée, capable de défendre ses droits et de vivre libre sur la terre de ses ancêtres, en paix avec ses voisins.

Nous saluons le courage, la vision progressiste et démocratique et la mémoire de Qazi Muhammed qui reste une haute figure du Mouvement de libération nationale kurde et une source d’inspiration pour le peuple kurde.