Grève générale au Kurdistan iranien

mis à jour le Vendredi 9 janvier 2026 à 17h41

RFI.fr | Oriane Verdier

Le mouvement d’opposition au pouvoir touche aujourd’hui une grande partie du pays, dont des villes à majorité kurdes. Une grève générale a débuté ce jeudi 8 janvier dans ces zones après l’appel mercredi soir des sept principaux partis politiques kurdes iraniens. Il a été largement suivi dans une trentaine de villes et villages à majorité kurdes, selon l’ONG Hengaw. Interview avec Asso Hassan Zadeh, l'un des responsables en Europe du Parti démocratique du Kurdistan d'Iran. 

RFI : Le bloc de partis politiques kurdes, dont le PDKI fait partie, ont choisi de lancer cet appel à la grève générale au 12ᵉ jour de ce mouvement de contestation nationale. Quel a été le déclencheur ?  

Asso Hassan Zadeh : Contrairement au mouvement Femme-Vie-Liberté parti du Kurdistan en 2022, cette fois-ci les manifestations ont commencé à Téhéran et dans les villes ou les provinces du centre de l'Iran. Les périphéries ont suivi par la suite et notamment au Kurdistan dans les villes de Kermanchah, d’Ilam et dans le Lorestan. À l’heure actuelle, nous n’avons pas considéré comme opportun d’encourager la population à utiliser des moyens d’action qui conduiraient à davantage de répression de la part des forces de sécurité iraniennes. Comme vous le savez, en Iran les forces de l’ordre ont la gâchette plus facile sur les Kurdes que dans d’autres régions. Mais il était nécessaire de montrer la solidarité des Kurdes via une grève générale.

C'est un mouvement de solidarité au mouvement national, mais il a aussi été lancé en coordination avec les éléments de la société civile sur place, en solidarité avec les manifestants kurdes, notamment de Malek Shahi, où des manifestations ont été réprimées dans le sang.

L’ONG Hengaw a en effet documenté la violente répression des manifestations dans la ville à majorité kurde de Malekshahi ce week-end puis l’attaque par les forces du régime iranien de l’hôpital d’Ilam où étaient soignés des blessés. Des témoins affirment avoir eu l’impression d’être au cœur d’une guerre. Vous disiez vouloir éviter des moyens d’actions qui conduiraient à davantage de répression, quels seraient-ils ?  

Nous avons des combattants peshmergas du côté du Kurdistan irakien, nous pourrions les envoyer vers le Kurdistan iranien. Mais nous ne l’avons pas fait lors du mouvement Femme, Vie, Liberté et nous ne le ferons pas aujourd'hui non plus. C’est ce que voudrait le régime iranien afin de pouvoir justifier une plus grande militarisation de la région et détourner l'attention de l'opinion publique iranienne et internationale. Mais il faut savoir que des affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre conduisent souvent à une répression sanglante. Ce que nous voulons éviter tant que nous n’avons pas une perspective claire sur l'issue politique ou sur la reconnaissance des droits des Kurdes par les éléments de l'alternative future au régime iranien. Il n'est pas bon pour les Kurdes iraniens de s'engager dans n'importe quel type d'actions de confrontation, parce que le coût humain au Kurdistan est très élevé. Aujourd’hui, au sein des quarante morts victimes de la répression des manifestations, presque la moitié sont originaires du Kurdistan ou du Lorestan. (Le peuple Lur est ethniquement et linguistiquement très proche des Kurdes et beaucoup de Kurdes considèrent les Lur comme des Kurdes, ou du moins comme cousins.)

Il y a actuellement des centaines, voire des milliers d'arrestations au Kurdistan et dans le reste de l'Iran. Nous ne cessons d'appeler la communauté internationale à regarder la situation de près et à venir en aide aux manifestants.

La coalition de partis kurdes qui a lancé cet appel a été formée il y a quelques mois. Quel est l’objectif ?  

Nous avons gagné en expérience, notamment en marge du mouvement Femme, Vie, Liberté et avons notamment appris de nos divisions. Aujourd’hui, nous dirigeons un bloc kurde beaucoup plus solide qui a de nombreux alliés. Nous avons formé des coalitions avec les partis représentant d’autres groupes ethniques opprimés en Iran mais aussi des forces de gauche iranienne. Cette partie de l'opposition républicaine est prête à reconnaître la nature multiethnique de la société iranienne et éventuellement à accepter le fédéralisme. Mais il faut savoir que sur le champ médiatique, ces forces-là ne sont pas encore suffisamment visibles. Dans les jours et les semaines à venir, nous allons intensifier nos efforts pour créer un front beaucoup plus large et beaucoup plus présent. 

De son côté, le fils du Shah, Reza Pahlavi, lui est très présent médiatiquement. Est-ce une inquiétude pour vous ? 

Il est décevant que presque 50 ans après la chute du régime de son père, Reza Pahlavi n'ait pas fait le bilan de son père et de sa vision de l'Iran. Il continue de nier l'une des forces structurelles de la société iranienne que sont les différentes nationalités qui la composent.

Maintenant, est-ce que nous sommes inquiets ? Non, je ne pense pas que la majorité des peuples et de la population iranienne soient intéressés par un retour d'un régime qu'ils ont eux-mêmes rejeté. Mais ce qui est plus décevant et probablement inquiétant, c'est que c'est grâce à des moyens illégitimes, c'est-à-dire l'argent des Iraniens que la famille Pahlavi a emporté dans sa fuite vers l'étranger, que Reza Pahlavi bénéficie de ressources, notamment médiatiques et en matière de lobbying. Je trouve dommage qu'au sein de certaines chancelleries occidentales ou autres, il y ait des gens qui le considèrent comme une alternative pour le futur de l'Iran. Donc, sur le plan international, je suis inquiet et déçu. Mais pour ce qui est de sa base populaire, je ne suis pas inquiet.

 

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