Des dizaines de milliers de Syriens vont quitter le camp de déplacés et de détention d’Al-Hol

mis à jour le Mardi 6 octobre 2020 à 14h41

Lemonde.fr | Par Madjid Zerrouky

Lassées du fardeau de la gestion du camp, les forces kurdes laissent sortir les ressortissants syriens, notamment des familles de djihadistes.

Le plus grand camp de réfugiés et de détention de Syrie, Al-Hol, devrait être vidé d’une partie de ses habitants. Lassées de devoir gérer ce qu’elles considèrent comme un fardeau et du peu de soutien international qu’elles estiment recevoir en échange, les autorités autonomes du Nord-Est, à dominante kurde, ont invité les Syriens qui y demeurent ou y sont retenus à quitter le camp. Parmi eux, les familles de combattants djihadistes.

Depuis des mois, les ONG présentes sur la zone s’inquiètent de la détérioration des conditions de vie et du manque de soins : 64 377 personnes y vivent dans le plus grand dénuement, selon les Nations unies. Dont un grand nombre de réfugiés qui y étaient retenus de facto. Certains sont des déplacés ayant fui les combats qui ont opposé les forces kurdes à l’organisation Etat islamique (EI), d’autres sont des proches de djihadistes.

« Nous avons décidé de libérer l’ensemble des Syriens présents dans le camp. Ceux qui prendront la décision de rester ne seront plus sous notre responsabilité », a annoncé lundi 5 octobre Ilham Ahmed, présidente du comité exécutif du Conseil démocratique syrien, l’administration autonome du nord-est de la Syrie.

« Un fardeau »

« Ce camp est un fardeau pour l’administration autonome, qui n’a pas à payer le prix exorbitant que représente la prise en charge des besoins en pain, en eau… En plus des problèmes quotidiens d’insécurité comme les assassinats et les viols. Nous sortons donc les Syriens. Ne resteront que les étrangers qui seront traités d’une manière spécifique », a-t-elle ajouté.

En plus des réfugiés civils, les autorités kurdes ont à leur charge des prisons où sont détenus des milliers de combattants étrangers, dont de nombreux Européens. En juin, elles avaient à nouveau demandé avec insistance une « solution internationale » à un problème hérité de la guerre contre l’EI.

Plus de 250 enfants français dont les parents ont été capturés y sont détenus. Leur sortie ne se fait pour l’instant qu’au compte-gouttes, selon le bon vouloir des autorités françaises.

Les familles syriennes de combattants de l’EI devraient, elles, être libérées en concertation avec les chefs tribaux de la région. Lesquels se porteront garants de leur réintégration. La libération des femmes et des enfants détenus est régulièrement demandée par les tribus arabes locales.

« Acte d’irresponsabilité »

Par souci de pragmatisme et volonté de maintenir leurs liens avec les acteurs locaux, les Forces démocratiques syriennes (FDS) accèdent régulièrement à leurs demandes. Depuis l’été 2019, 4 345 Syriens ont ainsi quitté Al-Hol, selon l’ONU.

Mais la soudaineté de la décision prise lundi et l’ampleur du nombre de personnes concernées inquiètent. « Ce serait un acte d’irresponsabilité de libérer les familles de membres de l’EI en mêlant leur sort aux autres civils. Ce sont deux problèmes complètement distincts », réagit Omar Abou Leila, directeur du média Deir Ezzor 24, qui a lui-même par le passé pris en charge le transfert de familles originaires de la région d’Abou Kamal, à la frontière avec l’Irak.

« La décision de libérer les réfugiés est positive. Mais beaucoup ne vont pas pouvoir rentrer chez eux car ils sont originaires de territoires aujourd’hui contrôlés par le régime et ses alliés. Où vont-ils aller ? Quelqu’un a-t-il pensé à leur sort ? », ajoute-t-il. « D’autres sont originaires de zones détruites par les combats et vont découvrir, en rentrant chez eux, qu’il n’y a plus rien… Il est nécessaire et urgent de leur fournir une assistance et de les aider à réintégrer des communautés dont ils ont été séparés pendant des années. »