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Une joute coranique pour unir les Irakiens


Jeudi 20 août 2009 à 16h30

BAGDAD, 20 août 2009 (AFP) — Des dizaines de jeunes cheikh chiites, kurdes et sunnites se sont mesurés jeudi à Bagdad lors de joutes coraniques avec l'ambition de montrer une image d'unité au lendemain des attentats les plus sanglants depuis 18 mois en Irak.

Dans une salle de conférence d'un hôtel Bagdad, les jeunes cheikhs se succèdent à la tribune où a été disposé un grand livre du Coran doré que chacun ouvre avec délicatesse avec un trac qui transparaît sur le visage.

Mais dès qu'ils entament leurs déclamations de versets soigneusement choisis, la peur s'envole et les lieux résonnent de leur voix soudain assurée et cristalline, interrompues ça et là par des "Allah" lancés en choeur par l'audience.

Mercredi, l'explosion de deux camions piégés, qui avait fait un carnage non loin de là, avait semé la panique et les concurrents s'étaient jetés à terre et avaient eu du mal à retrouver leur calme nécessaire à la déclamation.

Il s'agit de la première fois depuis 2003 que le concours, qui a débuté lundi, attire autant de compétiteurs, venus des quatre coins du pays, en raison de l'amélioration générale de la sécurité en dépit d'un accès récent de violences.

Pour les organisateurs, l'image à afficher est celle de l'unité entre les différentes communautés du pays, qui se sont affrontées dans un conflit sanglant entre 2006 et 2007.

"Cette sixième compétition coranique et nationale vise à réunir tout le monde de Zakho (à l'extrême nord) à al-Fao (à l'extrême sud), sunnites, chiites, Kurdes et Arabes, toutes les composantes du peuple irakien", dit Adnane al-Salhi, un membre du jury.

Cet acte de communion, qui peut sembler dérisoire pour beaucoup, est toutefois jugé utile par les participants qui ont le sentiment d'aider à calmer les esprits, surtout après la vague d'attentats de mercredi qui a fait 95 morts, la plus meurtrière depuis février 2008.

"Ce genre de compétition permet, grâce à Dieu, de briser le cycle de la violence communautaire. Nous avons ici des jeunes du sud, du nord et nous prions pour que l'Irak s'éloigne du communautarisme", estime Ibrahim Saleh Malhi, un cheikh sunnite de 28 ans originaire de la province d'Al-Anbar (ouest).

"Le Coran est le moyen de rassembler tous les Irakiens car nous révérons tous un seul livre", ajoute le jeune homme, qui cache ses yeux aveugles derrière des lunettes noires.

Il participe à la compétition pour la première fois mais il n'est pas parvenu à passer les premiers tours. "Ca permet de m'améliorer et ce sera un avantage pour les prochaines compétitions", dit-il sportivement.

"Nous sommes présents ici en tant que frères sunnites, chiites, kurdes, arabes", renchérit Ahmed Hassan, un cheikh chiite de Doujail, dans la province de Salaheddine (au nord de Bagdad), où 148 personnes avaient été tuées après une tentative d'assassinat contre l'ancien dictateur Saddam Hussein en 1982.

"C'est la première fois que la province de Salaheddine participe à cette compétition", lance-t-il enthousiaste.

La compétition est très rude, juge-t-il, et les critères pour l'emporter très stricts. "Il faut avoir une connaissance approfondie de la langue arabe, avoir une bonne diction car une mauvaise prononciation peut donner à un mot un tout autre sens, et avoir une voix pure", explique-t-il.

Pour lui aussi, ce genre d'évènements est la preuve que les communautés irakiennes peuvent vivre ensemble.

"Ces attentats ne visent pas seulement les chiites ou les sunnites. Comme hier aux ministères des Affaires étrangères et des Finances, ils tuent des passants de toutes confessions", insiste le jeune homme, élégamment habillé d'une cape traditionnelle de coton, cousue de fil doré.

"Nous disons aux Irakiens: +Que ces attaques ne vous divisent pas mais au contraire qu'elles vous unissent et vous renforcent dans votre foi en Dieu+".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.