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Turquie: une commission parlementaire prône la "réintégration" des combattants kurdes


Mercredi 18 février 2026 à 14h21

Ankara, 18 fév 2026 (AFP) — La commission parlementaire turque chargée de préparer un cadre légal au processus de paix avec la guérilla kurde du PKK a formellement adopté son rapport mercredi, excluant toute amnistie des combattants.

Les cinquante députés recommandent cependant que les membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme mouvement terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux, soient "réintégrés" dans la société turque, après jugement.

Ils ne suggèrent pas non plus de libérer Abdullah Öcalan, 76 ans, chef historique et fondateur du PKK incarcéré depuis 1999, qui a exhorté l'an passé les combattants kurdes à déposer les armes et à dissoudre le mouvement.

Sa libération avait été exigée fin novembre par des responsables du PKK retranchés dans le nord de l'Irak.

Les recommandations formulées dans ce rapport doivent être incluses dans un projet de loi qui sera soumis au Parlement à une date encore non précisée.

Des députés ont confié à l'AFP que les débats devraient s'ouvrir après le mois de Ramadan, qui commence jeudi.

Le président Recep Tayyip Erdogan a salué "une avancée significative", relevant que "tous les partis" représentés dans la commission avaient voté le texte. "Certaines mesures concrètes devront être prises jusqu'à la dissolution complète du mouvement terroriste", a-t-il ajouté.

"La loi doit viser la réintégration dans la société des individus qui rejettent les armes et la violence", indiquent les auteurs du rapport, recommandant qu'ils soient jugés afin de ne "pas créer une perception d'impunité et d'amnistie dans la société".

Le rapport recommande en outre de "renforcer la liberté d'expression" en Turquie pour éviter que certaines opinions ne valent à leurs auteurs d'être poursuivis pour "terrorisme".

"Régler durablement le problème du terrorisme exige des politiques multidimensionnelles (...) qui ne se limitent pas à la seule dimension sécuritaire", a insisté le président du parlement turc Numan Kurtulmus en présentant le rapport, évoquant une "responsabilité historique".

- "élimination du terrorisme" -

La commission transpartisane, dont les travaux ont démarré début août, a pour mission d'avancer des solutions pour une paix durable et un désarmement complet du PKK, dont le conflit avec l'Etat turc depuis 1984 a fait plus de 50.000 morts selon Ankara.

À la suite de discussions entamées en octobre 2024 par les autorités via le parti prokurde DEM, le PKK a annoncé sa dissolution en mai 2025, répondant à un appel lancé par Abdullah Öcalan.

Ce dernier a estimé lors de la dernière visite d'élus du DEM sur l'île d'Imrali (nord-ouest) où il est détenu, lundi, que "le contenu du rapport de la commission sera extrêmement important pour la suite du processus" et qu'aborder la question sous le seul angle de "l'élimination du terrorisme" conduirait à une "impasse".

M. Öcalan avait pris connaissance à cette occasion d'éléments figurant dans le brouillon du rapport final.

Depuis son lancement en octobre 2024, à l'initiative du parti nationaliste MHP allié du gouvernement turc, les autorités ont toujours parlé d'une "Turquie sans terrorisme" pour évoquer le processus de paix.

Le PKK, créé en 1978, a renoncé à ses revendications séparatistes par la lutte armée, mais entend continuer de réclamer la reconnaissance et l'égalité des droits pour la minorité kurde, qui représente environ 20% de la population turque.

Il a annoncé fin octobre le retrait de ses derniers combattants présents en Turquie vers le nord de l'Irak, où plusieurs dizaines de combattants en treillis avaient symboliquement brûlé leurs armes en juillet.

La commission parlementaire transpartisane est composée de 50 députés, dont 22 issus du parti AKP (islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan. Dans les rangs de l'opposition figurent notamment cinq élus du parti prokurde DEM.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.