
Mardi 19 août 2014 à 10h38
Diyarbakir (Turquie), 19 août 2014 (AFP) — La destruction de la statue controversée d'un chef rebelle kurde a provoqué mardi de violents affrontements dans le sud-est de la Turquie, qui ont provoqué la mort d'un manifestant kurde tué par balle par les forces de sécurité turques.
Les incidents se sont produits dans la petite ville de Lice, où l'inauguration dimanche dans un cimetière de la statue de Mahsum Korkmaz, un ancien chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avait suscité la colère des nationalistes turcs.
Au moins deux autres manifestants ont été blessés par balles, ont indiqué des sources de sécurité locales.
La tension restait vive mardi en milieu de matinée, où des heurts sporadiques se poursuivaient entre forces de l'ordre et manifestants, ont précisé ces mêmes sources.
Les funérailles de la victime, un étudiant âgé d'une vingtaine d'années atteint d'une balle tirée en pleine tête, devaient avoir lieu en cours de journée. De nouveaux appels à manifester à cette occasion ont été lancés sur les réseaux sociaux.
Les affrontements ont débuté mardi à l'aube lorsque d'importantes forces de police et de gendarmerie ont pris position autour du cimetière de Yolacti, dans la banlieue de Lice, pour démonter la statue de M. Korkmaz, ordonnée lundi par la justice.
Elles ont été accueillies par les jets de pierre de nombreux manifestants et ont riposté par des gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles, ont rapporté les témoins.
Tué par les forces turques en 1986, Mahsum Korkmaz est un commandant du PKK qui avait planifié les premières attaques de l'insurrection armée kurde contre les autorités turques en août 1984. Il est depuis considéré comme un martyr par les Kurdes.
Sa statue a été inaugurée dimanche par les autorités locales, dans un cimetière de Yolacti réservé aux combattants du PKK.
- Nationalistes furieux -
Cet événement a rendu furieux les nationalistes turcs, qui en ont rendu responsable le Premier ministre et président élu islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, à l'origine d'une série de mesures en faveur de la minorité kurde dans le cadre de pourparlers de paix engagés avec le PKK à l'automne 2012.
Le chef du Parti de l'action nationaliste (MHP, extrême-droite), Devlet Bahceli, y a vu un "défi manifeste à nos droits moraux et historiques".
Sur plainte du gouverneur de la région de Diyarbakir, la "capitale" du sud-est turc peuplé en majorité de Kurdes, un juge de Lice a ordonné le démontage de la sculpture, qui représente le rebelle en tenue de combat et fusil d'assaut au côté.
Les autorités turques tentent depuis plusieurs mois de relancer le processus de paix, actuellement au point mort, avec les rebelles du PKK pour mettre fin aux affrontements qui ont fait plus de 40.000 morts depuis 1984.
Les rebelles kurdes observent depuis mai 2013 un cessez-le-feu unilatéral mais ont suspendu le retrait de leurs combattants de Turquie, jugeant insuffisant les gestes des autorités turques en faveur de leur communauté de 15 millions de personnes.
Le chef historique du PKK Abdullah Öcalan a estimé samedi que le conflit en cours depuis trente ans "touchait à sa fin". Incarcéré depuis 1999 dans une prison turque où il purge une peine de prison à vie, il est le principal interlocuteur d'Ankara.
A la tête du gouvernement turc depuis 2003, M. Erdogan a été élu le 10 août président de la Turquie pour un mandat de cinq ans.
Dans un discours prononcé au soir de sa victoire, il s'est engagé à poursuivre les discussions avec les rebelles kurdes jusqu'à un règlement pacifique.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.