
Mardi 16 juin 2015 à 16h20
Akçakale (Turquie), 16 juin 2015 (AFP) — Un gouverneur turc a fait brièvement arrêter mardi quatre journalistes qui l'avaient interrogé sur la présence en Turquie de jihadistes du groupe Etat islamique (EI), après la chute de la ville syrienne de Tall Abyad aux mains des forces kurdes.
Les quatre reporters, Hasan Akbas, du quotidien turc Evrensel, Pinar Ogunc, du journal Cumhuriyet, Özlem Topcu, de l'hebdomadaire allemand Die Zeit, et Deniz Yücel, du quotidien allemand Die Welt, ont annoncé sur leurs comptes Twitter avoir été interpellés, puis remis en liberté, après un contrôle d'identité.
Présents au poste-frontière turc d'Akçakale (sud) pour couvrir la bataille de Tall Abyad et l'exode massif de réfugiés qu'elle a provoqué vers la Turquie, ils y ont rencontré le gouverneur de la province de Sanliurfa, Izzetin Kücük.
Au cours de leur entretien, deux d'entre eux ont suscité sa colère en lui demandant un commentaire sur l'inquiétude manifestée par certains habitants d'Akçakale quant à la présence dans leur ville de militants de l'EI.
"Terminé !", s'est emporté M. Kücük, avant de donner aux policiers qui l'accompagnaient l'ordre suivant : "embarquez-les !"
Interrogé par l'AFP, un responsable turc a confirmé l'incident, mais précisé que les quatre journalistes n'avaient pas été officiellement arrêtés mais soumis à un contrôle d'identité.
Cet épisode a immédiatement causé une vague de protestations sur les réseaux sociaux sous le mot-clé #nesoriymvalime (Qu'est ce que je demande à mon gouverneur ?).
Souvent accusé d'avoir soutenu ou d'encore soutenir les jihadistes de l'EI, le gouvernement islamo-conservateur turc l'a toujours nié.
Le mois dernier, le quotidien proche de l'opposition Cumhuriyet a publié les photos de l'interception, en janvier 2014, d'un convoi en direction de la Syrie appartenant aux services de renseignement (MIT) et chargé d'armes. Le président Recep Tayyip Erdogan a porté plainte contre son rédacteur en chef, Can Dündar, qui risque une lourde peine de prison.
Depuis plusieurs années, la Turquie est régulièrement épinglée par les ONG de défense de la liberté de la presse, qui dénoncent les pressions du pouvoir sur les journalistes.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.