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Turquie: sous haute surveillance, Diyarbakir vote pour "ramener la paix"


Dimanche 1 novembre 2015 à 13h45

Diyarbakir (Turquie), 1 nov 2015 (AFP) — Adossés contre un blindé léger, des policiers cagoulés, mitraillette en bandoulière, scrutent la foule qui attend devant un bureau de vote. A Diyarbakir, grande ville du sud-est de la Turquie, les législatives se sont déroulées dimanche dans le calme, mais sous très haute surveillance.

Au coeur du district de Sur, le mur d'enceinte de l'école Süleyman Nazif est criblé d'impacts de balles. Mais, comme Mahmut Kiziltoprak, ils ont été nombreux à se presser dès l'aube dans les salles de classe pour y glisser un bulletin dans l'urne.

"On a trop souffert ces derniers temps", a-t-il confié à la sortie de l'isoloir en se recoiffant d'un béret à larges bords, "tout ce que je veux, c'est la paix et la fraternité".

Un peu au-delà de l'école Süleyman Nazif, le décor est identique. D'autres blindés, d'autres murs percés par les fusillades, un immeuble calciné.

Depuis la rupture du cessez-le-feu fin juillet, Sur est l'un des points chauds des affrontements meurtriers qui ont repris entre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les forces de sécurité turques. Dans ce bastion des rebelles, les jeunes sympathisants du mouvement ont fait le coup de feu à plusieurs reprises avec la police.

"Les policiers sont entrés dans chaque maison du quartier, ils ont traité tous les habitants comme des criminels", se souvient Hüseyin Oturmak, 65 ans, observateur dans un bureau de vote pour le compte du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde). "L'AKP n'a rien à espérer par ici", ajoute-t-il.

- 'Pour la paix' -

En ce jour de scrutin, nombreux sont les habitants de Diyarbakir à accuser le président Recep Tayyip Erdogan d'avoir ravivé les flammes de la guerre dans la région pour s'attirer les faveurs de l'électorat nationaliste et satisfaire ses ambitions politiques.

Dans cette ville considérée comme la capitale du sud-est à majorité kurde du pays, le HDP est en terrain conquis. Le 7 juin, il avait raflé 79% des suffrages et 10 des 11 sièges de député dans la province de Diyarbakir, n'en cédant qu'un seul à l'AKP. Dans le seul district de Sur, le parti avait rallié plus de 81% des électeurs.

"Seul Selahattin Demirtas (le coprésident du HDP) peut ramener la paix. Lui veut la paix, alors c'est pour lui que je vote", résume Esat Akir, 55 ans.

Quelque 11.000 policiers et militaires ont été mobilisés pour assurer la sécurité dans Diyarbakir et sa région dimanche, selon la chaîne d'information NTV.

En plus de la reprise du conflit kurde, la campagne dans la région a été affectée par la menace d'un nouvel attentat jihadiste. Le 5 juin, une première attaque avait tué 5 personnes lors d'un meeting du HDP. Le 20 juillet, un kamikaze avait fait 34 morts à Suruç (sud). Et le 10 octobre, deux autres ont tué 102 personnes à Ankara.

A la clôture du scrutin dimanche, aucun incident sérieux n'avait été signalé à Diyarbakir.

Les responsables de plusieurs bureaux de vote se sont au contraire réjouis de la forte participation des électeurs. "On s'attend à un taux de participation élevé, autour de 80% à 90%", a pronostiqué Arin Zünrün Karakoyun. "Dans le contexte actuel, les gens ont pris conscience de l'importance de cette élection", s'est-elle félicitée.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.