Page Précédente

Turquie: plus de 100 militants kurdes tués dans une vaste opération anti-PKK


Dimanche 20 decembre 2015 à 15h34

Diyarbakir (Turquie), 20 déc 2015 (AFP) — Plus de 100 militants présumés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont été tués au cours des cinq derniers jours, lors d'une opération militaire d'ampleur inédite qui se poursuit dans le sud-est à dominante kurde de la Turquie.

L'opération, menée conjointement par l'armée et les forces spéciales de la police, a fait 102 morts dans les rangs du PKK, selon un nouveau bilan annoncé dimanche par une source de sécurité locale.

Par ailleurs, deux soldats et cinq civils ont perdu la vie dans les affrontements, a-t-on précisé de même source.

Au total, 10.000 hommes appuyés par des chars ont été mobilisés pour cette offensive qui vise à déloger les militants kurdes des centres urbains et se concentre sur deux villes proches des frontières syrienne et irakienne, Cizre et Silopi. Ces deux localités de la province de Sirnak sont toutes deux sous couvre-feu depuis des jours.

Un précédent bilan fourni par l'armée samedi était de 70 militants tués.

Le chef d'état-major, le général Hulusi Akar, a rendu une visite à ses troupes samedi, et dans un communiqué publié à cette occasion l'armée a déclaré: "Les opérations dans la région(...) se poursuivront avec détermination jusqu'à ce que l'ordre public ait été rétabli".

Par ailleurs, l'armée turque a indiqué samedi que des avions de combat avaient mené des raids vendredi contre des camps du PKK dans le nord de l'Irak.

Le quartier historique de Sur à Diyarbakir, la principale ville du sud-est de l'Anatolie, est aussi devenu un champ de bataille tout comme Nusaybin, une localité voisine.

Après plus de deux ans de cessez-le-feu, des combats meurtriers ont repris l'été dernier entre Ankara et le PKK, faisant voler en éclats les pourparlers de paix engagés en 2012 pour mettre un terme à un conflit qui perdure depuis 1984.

- Maisons, écoles, hôpitaux dévastés -

Les militants du PKK mais aussi les jeunes milices du YDG-H (le Mouvement des patriotes révolutionnaires, proche du PKK) ont profité de deux ans d'accalmie pour s'implanter dans les villes "libérées", creusant des tranchées et érigeant des barricades pour empêcher l'entrée des forces de sécurité. Une nouvelle stratégie qui a paralysé ces villes.

En se déplaçant des traditionnelles zones rurales aux villes, les combats ont provoqué l'exode de quelque 200.000 personnes avec des conséquences désastreuses sur cette région du sud-est, qui présente désormais des images de maisons, écoles et hôpitaux dévastés, rappelant la situation de la Syrie voisine.

Le ministère de l'Enseignement a rappelé ses instituteurs de la zone et l'année scolaire a été interrompue, tout comme les services sanitaires, faute de médecins.

Fort de la victoire de son parti de la justice et du développement (AKP) aux élections législatives du 1er novembre, le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan ne cesse de répéter sa volonté d'"éradiquer" le PKK, accusant le parti pro-kurde HDP (parti de la démocratie des peuples) d'être de mèche avec le mouvement armé.

Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a quant à lui dénoncé dimanche à Ankara devant un parterre de jeunes militants de l'AKP une "tentative de déclencher une guerre civile", et a averti que les opérations allaient continuer.

"Nous sommes face à une organisation barbare qui essaie d'instrumentaliser les jeunes afin de porter atteinte à la vie des gens en installant ces barricades", a-t-il dit.

Le chef du gouvernement a aussi promis une aide financière aux habitants déplacés de la zone ainsi qu'aux commerces et entreprises durement frappés par le conflit actuel.

Les opérations, sans précédent, sont critiqués par de nombreux opposants politiques et la société civile.

"Ces opérations et le recours systématique au couvre-feu représentent des punitions collectives inacceptables", s'est insurgée l'Association turque des droits de l'homme (IHD).

A Istanbul un groupe de quelque 600 manifestants réunis pour dénoncer les opérations sur l'emblématique rue piétonne d'Istiklal, sur la rive européenne de la mégapole, ont été dispersés sans ménagement par la police anti-émeutes. Dans la ville de Van (est), un millier de manifestants ont été violemment dispersés par la police qui a fait usage de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène, répondant à des jets de pierre, a rapporté l'agence de presse Dogan.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.