
Mardi 20 janvier 2026 à 09h45
Ankara, 20 jan 2026 (AFP) — Les mouvements et partis kurdes de Turquie affichent leur solidarité avec leurs "frères" de Syrie face à l'offensive de Damas soutenue par Ankara, au risque de faire dérailler le processus de paix avec la guérilla du PKK.
Le Parti des Travailleurs du Kurdistan, qui a annoncé sa dissolution et le dépôt de ses armes l'an dernier à l'appel de son chef historique, Abdullah Öcalan, a juré mardi de ne "jamais abandonner" les Kurdes de Syrie.
"Quel qu'en soit le prix, nous ne vous laisserons jamais seuls. Nous, le peuple kurde tout entier et le mouvement, ferons tout ce qui est nécessaire", a déclaré un haut responsable de l'organisation, Murat Karayilan, à l'agence de presse ANF proche du PKK.
Simultanément, le parti prokurde DEM, troisième force au parlement et médiateur dans le processus engagé par le gouvernement turc avec le PKK, a convoqué plusieurs rassemblements de protestation mardi, dont l'un à la frontière syrienne dans la ville de Nusaybin, qui fait face à la localité syrienne de Qamichli dans le nord-est du pays, sous pression de Damas.
D'autres manifestations sont prévues en fin de journée devant les consulats syriens à Ankara et Istanbul.
Le ministre de l'Intérieur Ali Yerlikaya a cependant prévenu qu'il ne tolèrerait "aucune provocation" de la part de ces mouvements.
"Nous suivons de près et avec la plus grande attention l'évolution récente de la situation en Syrie et toutes les activités le long de notre frontière (...) Je tiens à réaffirmer que nous ne tolérerons aucune tentative, provocation ou opération de manipulation de l'opinion publique visant à perturber la paix de notre pays" a-t-il déclaré devant la presse.
La communauté kurde de Turquie constitue environ 20% de la population.
Lundi, tous les rassemblements ont été aussitôt réprimés par la police, notamment à Diyarbakir, la principale ville à population kurde dans le sud-est.
- Journaliste français arrêté -
Un journaliste français travaillant pour plusieurs médias, notamment Courrier International et Ouest-France, Raphaël Boukandoura, a été interpellé dans un quartier d'Istanbul où il couvrait une manifestation du parti DEM.
Mardi matin, il était toujours gardé à vue, a indiqué l'organisation Reporters sans Frontières, en contact avec ses avocats.
Selon le DEM, plusieurs membres du parti ont été également interpellés.
Proche allié de la nouvelle direction syrienne qui a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué lundi l'offensive "méticuleuse de Damas contre les combattants kurdes en Syrie, malgré les provocations" et "sa remarquable sensibilité à l'égard de la sécurité des civils".
"La Syrie a saisi une opportunité historique. En tant que pays frère et ami du peuple syrien, nous ne permettrons aucune tentative de sabotage", a-t-il insisté.
L'armée syrienne s'est déployée progressivement dans les zones dont les forces kurdes se sont retirées en vertu d'un accord de cessez-le-feu.
Dès dimanche, M. Erdogan avait appelé son homologue à Damas, Ahmad al-Chareh, pour l'assurer du "soutien de la Turquie".
"La Turquie attache une grande importance à l'intégrité territoriale, à l'unité, (...) à la stabilité et à la sécurité de la Syrie", avec laquelle elle partage 900 km de frontière, a-t-il insisté.
L'offensive de Damas porte un coup sévère aux espoirs d'autonomie des populations kurdes, mais aussi aux perspectives de paix en Turquie entre les combattants du PKK et les autorités.
Initié en octobre 2024 par l'allié nationaliste du chef de l'Etat, ce processus vise à mettre fin à plus de quatre décennies d'affrontements qui ont fait 50.000 morts.
A l'appel de son chef historique et fondateur Abdullah Öcalan, incarcéré depuis 1999, le PKK a annoncé sa dissolution en mai et commencé à déposer ses armes en juillet.
Mais au cours du week-end, M. Öcalan et le parti DEM, ont tous deux dénoncé une "tentative de sabotage" du processus de paix".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.