
Samedi 2 mai 2026 à 20h29
Diyarbakir (Turquie), 2 mai 2026 (AFP) — Ils l'ont fait ! Amedspor, le petit club de Diyarbakir, la principale ville en majorité kurde de Turquie (sud-est), a conquis samedi son billet pour la première division, une victoire bien au-delà du foot qui touche la communauté au coeur.
A peine le match terminé (3-3 face au club d'Igdir, ouest) une clameur a résonné de ville en ville, dans le sud-est du pays comme dans les grandes villes de l'ouest, telle Istanbul où la communauté kurde très présente a déferlé sous les bannières aux couleurs rouge et verte du club et du drapeau kurde.
"Toute la ville est dans la rue", a témoigné le correspondant de l'AFP à Diyarbakir, où Amedspor est un trésor de famille : à domicile, le club joue régulièrement devant 18.000 spectateurs, sept fois plus que la moyenne de la deuxième division turque.
La municipalité avait installé deux écrans géants dans deux parcs devant lesquels se sont massés des milliers de spectateurs dont une majorité de femmes.
"Ca fait 15 ans qu'on attendait ça ! Notre joie est immense, je l'offre à notre peuple, à tous les Kurdes" exultait Abdurrahim Toprak, un commerçant de 26 ans.
Güler Isik, une femme au foyer de 48 ans s'exprimant en kurde, affirmait : "Nous l'avons mérité ! Que je me sacrifie pour ces jeunes, que je me sacrifie pour les joueurs".
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a tenu lui aussi sur "X" à "féliciter de tout coeur Amedspor qui représentera notre Diyarbakir la saison prochaine en Süper Lig (...) et mes frères kurdes".
C'est que tous en conviennent, comme l'expliquait le président du club, Nahit Eren, cette semaine à l'AFP : "Nous sommes plus qu'un club, plus qu'une simple équipe de football" : "Amedspor, c'est une identité, des couleurs, des valeurs et des prises de position", résumait-il.
Samedi soir, il a adressé ses chaleureuses félicitations aux joueurs et aux supporteurs. "Nous sommes ravis de cette victoire et espérons qu'Amedspor continuera sur sa lancée et portera toujours haut les couleurs d'Amed".
La bonne nouvelle tombe alors que le processus de paix engagé fin 2024 par les autorités avec la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) patine.
En optant il y a dix ans pour l'appellation kurde de Diyarbakir, "Amed", le club a déclenché l'ire des nationalistes et doit régulièrement essuyer des insultes quand il se déplace en Turquie où les Kurdes constituent environ un cinquième des 86 millions d'habitants.
Mais peu importe pour la députée du parti prokurde DEM, Ceylan Akça, une habituée des tribunes d'Amedspor : "Qu'il gagne ou non, le club continuera d'être le ciment des Kurdes dispersés dans la région et à travers le monde" affirmait-elle cette semaine.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.