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Turquie: le chef rebelle kurde Öcalan répète sa volonté de déposer les armes


Samedi 21 mars 2015 à 14h09

Diyarbakir (Turquie), 21 mars 2015 (AFP) — Le chef rebelle kurde Abdullah Öcalan a réitéré samedi, à l'occasion du Nouvel an kurde, sa volonté de mettre un terme au conflit meurtrier engagé en 1984 par son mouvement contre le gouvernement turc, à moins de trois mois des élections législatives.

Dans un message lu devant plus de 200.000 personnes réunies dans la "capitale" du sud-est turc Diyarbakir, le fondateur du Parti des travailleurs des Kurdistan (PKK) a appelé son mouvement à tenir rapidement un congrès pour mettre fin à sa lutte armée, qui a fait quelque 40.000 morts.

"Avant tout, je vois l'histoire et l'organisation d'un congrès pour que la lutte armée menée depuis presque quarante ans par le PKK contre la république de Turquie prenne fin", a-t-il estimé, lu par le député kurde Sirri Sureyya Önder.

M. Öcalan a également souhaité que son mouvement s'engage" dans une nouvelle ère" en élaborant une nouvelle "stratégie politique et sociétale".

Dans un précédent message lu le 28 février dernier, le fondateur du PKK avait déjà évoqué une première fois la tenue d'un congrès pour mettre fin à la lutte armée.

"Nous marchons vers un avenir où les critères démocratiques universels et la paix s'imposent", a poursuivi M. Öcalan, qui a appelé à l'adoption en Turquie d'une "nouvelle Constitution démocratique qui prenne en compte la liberté et l'égalité des citoyens".

"Ce message est positif à tous points de vue", s'est immédiatement réjoui le vice-Premier ministre Bülent Arinç.

Le gouvernement islamo-conservateur turc a engagé à l'automne 2012 des négociations directes, via ses services de renseignement, avec le chef du PKK, qui purge une peine de réclusion à perpétuité sur l'île-prison d'Imrali, en mer de Marmara (nord-ouest).

Il y a deux ans jour pour jour, M. Öcalan, dans un premier message publié pour les festivités de Newroz, avait proclamé un cessez-le-feu unilatéral de ses troupes, qui ont amorcé deux mois plus tard un retrait de leurs combattants vers leur base arrière du mont Kandil, dans les montagnes du nord de l'Irak.

- Conditions -

Mais ce processus s'est ensuite rapidement englué, la rébellion reprochant au pouvoir de ne pas tenir ses promesses. S'il ne revendique plus l'indépendance, le PKK réclame une large autonomie pour les 15 millions de Kurdes de Turquie (20% de la population).

Les pourparlers ont même failli capoter en octobre, lorsque des milliers de jeunes Kurdes sont descendus dans les rues pour dénoncer le refus du gouvernement de voler au secours de la ville syrienne kurde de Kobané, alors assiégée par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Ces émeutes ont fait des dizaines de morts.

Malgré les déclarations répétées d'Abdullah Öcalan, la voie vers un règlement définitif du conflit kurde reste encore encombrée de nombreux obstacles.

Un des principaux chefs militaires du PKK, Cemil Bayik, a exigé des mesures concrètes d'Ankara avant une éventuel renoncement à la lutte armée. "D'abord une solution, ensuite le désarmement", a-t-il résumé.

Le principal parti kurde de Turquie, le Parti démocratique du peuple (HDP), a également exigé du gouvernement l'abandon de sa loi controversée de "sécurité intérieure", destinée à renforcer les pouvoirs de la police après les émeutes d'octobre.

Le président Recep Tayyip Erdogan s'est démené pour pousser les feux de la paix avant les législatives du 7 juin. L'homme fort du pays souhaite s'attirer les faveurs de l'électorat kurde et arracher ainsi la majorité des deux tiers des députés indispensable à une réforme de la Constitution qui renforcerait ses pouvoirs de chef de l'Etat.

Mais, à l'approche du scrutin, il a été contraint de muscler son discours pour satisfaire ses partisans les plus nationalistes. "Il n'y a pas de problème kurde", a-t-il ainsi lancé il y a une semaine, suscitant la colère de la communauté kurde.

De son côté, le chef du HDP Selahattin Demirtas a lui aussi haussé le ton contre le régime et promis à ses troupes qu'il ne braderait pas les droits de sa communauté en négociant un "accord honteux" avec lui.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.