Mardi 12 juin 2007 à 20h04
ANKARA, 12 juin 2007 (AFP) — Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s'est clairement opposé mardi à une incursion militaire turque dans le nord de l'Irak pour nettoyer les bases des rebelles kurdes, prenant le risque de se distancier de l'armée qui y est favorable.
Il a privilégié la lutte en Turquie plutôt qu'en Irak.
"Est-ce que la lutte menée à l'intérieur du pays est terminée pour que l'on s'occupe maintenant de l'Irak ? Est-ce que les 5.000 terroristes dans les montagnes de Turquie ont été anéantis pour que l'on s'intéresse aux 500 autres réfugiés en Irak ?", a demandé M. Erdogan.
Il s'exprimait juste avant une réunion des dirigeants civils et militaires consacrée aux mesures à prendre contre les séparatistes kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit) qui ont intensifié leurs attaques en Turquie avant les élections législatives du 22 juillet.
Le Premier ministre a indiqué avoir utilisé ces chiffres en guise "d'exemple".
Selon les sources militaires, jusqu'à 3.800 rebelles sont réfugiés en Irak et près de 2.000 autres dans les montagnes turques.
M. Erdogan a estimé qu'une opération turque en Irak "est la dernière chose à laquelle il faut penser et qu'il faut faire", affirmant qu'au préalable toutes les voies du dialogue devaient être épuisées.
Il n'a cependant pas totalement fermé la porte à une intervention turque. "Si une telle chose s'avère nécessaire, elle n'est pas annoncée avec fanfare", a-t-il observé.
Aucune mesure concrète contre le PKK n'a été annoncée au terme de la réunion.
"Il a été une nouvelle fois convenu que la lutte contre le terrorisme était le sujet prioritaire à l'ordre du jour de notre pays", ont indiqué les services du Premier ministre dans un communiqué cité par l'agence de presse Anatolie.
Alors que l'armée plaide, au contraire de M. Erdogan, pour une intervention contre le PKK en Irak, le document souligne "la pleine coordination et harmonie avec laquelle le gouvernement, l'armée et les organes de sécurité travaillent dans la lutte contre le terrorisme".
L'armée turque, qui mène actuellement de vastes opérations dans l'est et le sud-est anatoliens contre le PKK, estime que les montagnes du nord de l'Irak servent de base arrière aux rebelles, depuis lesquelles ils ravitaillent leurs camarades en Turquie en munitions et explosifs, comme dans les années 1990.
Mais depuis, les choses ont changé.
Les factions kurdes, autrefois divisées, sont aujourd'hui unifiées et sont les seuls alliés en Irak des forces d'occupation américaines.
Kurdes et Américains sont opposés à une intervention turque qui pourrait, selon eux, déstabiliser la zone la moins touchée par les violences sectaires qui déchirent le pays.
Le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer, en visite à Ankara, a exhorté mardi la Turquie alliée à agir avec un "maximum de retenue" en ce qui concerne le nord de l'Irak.
Ankara a jusqu'à présent semblé privilégier la diplomatie auprès des Etats-Unis et de Bagdad, envoyant des émissaires dans le nord de l'Irak et dans la capitale irakienne, mais se dit régulièrement déçu de l'inaction de ses partenaires face au PKK.
Le PKK a de son côté accusé mardi l'armée turque d'être responsable de la recrudescence des violences et annoncé qu'il arrêterait ses actions si l'armée faisait de même.
"Il a eu une croissance notable dans les actions (de l'armée) malgré le fait que le cessez-le-feu unilatéral observé par notre mouvement depuis le 1er octobre 2006 n'a pas officiellement été rompu", souligne l'organisation dans un communiqué rapporté par l'agence pro-kurde Firat.
Le document affirme que les attaques du PKK relèvent d'une "légitime défense".
Les attaques rebelles se sont multipliées ces dernières semaines à la faveur du dégel printanier, et 50 soldats (le bilan le plus lourd de ces dernières années) et 74 rebelles ont été tués dans les combats depuis le début de l'année.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.