Page Précédente

Manche: série de naufrages meurtriers de canots de migrants surchargés


Vendredi 19 juillet 2024 à 10h53

Lille, 19 juil 2024 (AFP) — Trois naufrages et six morts en une semaine: les drames se succèdent dans la Manche que les migrants, en quête d'Angleterre, tentent de traverser sur des embarcations de fortune toujours plus chargées.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un migrant est mort lorsque son embarcation, qui transportait 86 personnes, a fait naufrage au large de Calais (Pas-de-Calais).

Le canot s'est trouvé en difficulté et a demandé assistance vers 01H00 du matin. Un navire patrouilleur des autorités françaises qui se trouvait à proximité a repêché cinq personnes tombées à l'eau avant de transférer les autres passagers et de constater qu'une personne était inanimée à bord du canot, a rapporté la préfecture de la Mer du Nord et de la Manche (Premar).

Selon une source policière, ce migrant, qui n'a pas pu être ranimé, serait un jeune homme d'origine soudanaise. Les passagers de l'embarcation se déclarent notamment de nationalités éthiopienne, érythréenne et soudanaise, d'après des éléments récoltés par les pompiers.

Ce décès porte à 22 le nombre de migrants qui ont trouvé la mort lors de traversées vers la Grande-Bretagne depuis le début de l'année, d'après le décompte de la préfecture. Un bilan beaucoup plus lourd que celui de l'ensemble de l'année 2023 où douze migrants étaient décédés dans des circonstances similaires, selon la bilan de la Premar.

Depuis une semaine, les naufrages se sont enchaînés dans ce bras de mer très fréquenté, où les conditions météorologiques sont souvent difficiles.

Mercredi, une Erythréenne de 32 ans est morte au large de Gravelines (Nord), dans le naufrage d'une embarcation qui transportait 72 personnes.

Vendredi dernier, quatre migrants, dont un Somalien de 46 ans, sont morts et des dizaines ont été repêchés par les secours alors qu'ils étaient déjà à l'eau, leur embarcation s'étant dégonflée dans la Manche. Soixante-six personnes, de nationalités somalienne, soudanaise et érythréenne, se trouvaient à bord selon le parquet de Boulogne-sur-Mer.

Signe de la multiplication des départs, plusieurs autres opérations d'assistance et de récupération en mer étaient en cours vendredi matin, mobilisant des navires français et britanniques.

- "Départs précipités" -

Avant ce troisième drame en une semaine, la préfecture du Pas-de-Calais soulignait que le nombre moyen de personnes par embarcation n'avait cessé d'augmenter ces dernières années, passant de 41 en 2022 et 49 en 2023 à "63 ces dernières semaines".

"Ce qui caractérise la période c'est un nombre de personne à bord plus élevé, sur des embarcations qui ne sont pas adaptées", a également réagi vendredi la coordinatrice de l'association Utopia 56 à Calais, qui vient en aide aux migrants.

"C'est la politique de sécurisation qui engendre des départs plus précipités dus à l'augmentation des moyens de police sur les plages, on a moins de départs mais des embarcations plus chargées", pointe-t-elle.

Utopia 56 observe aussi "une augmentation du nombre de personnes qui arrivent à Calais depuis deux semaines, des familles avec enfants notamment, comme sur n'importe quelle période estivale".

Le gouvernement travailliste britannique, arrivé au pouvoir le 5 juillet, a annoncé la création d'une nouvelle force de sécurité dotée de "pouvoirs antiterroristes" pour lutter contre l'immigration clandestine, qui a été un thème majeur des dernières législatives.

Jeudi le Premier ministre Keir Starmer, qui a reçu au Royaume-Uni 40 dirigeants européens, a indiqué qu'un "consensus" avait émergé lors des discussions pour s'attaquer aux "gangs" criminels qui organisent l'immigration illégale en Europe.

Pressé de questions, le président français Emmanuel Macron a réaffirmé l'engagement de la France à "constamment améliorer la situation". "Il n'y a pas de baguette magique, parce que nous connaissons la situation. Nous faisons de notre mieux", a-t-il déclaré.

Parmi les plus fréquentés au monde, le détroit du Pas-de-Calais a été le théâtre de nombreux naufrages ces dernières années, le plus meurtrier ayant eu lieu en 2021 quand 27 migrants, majoritairement des Kurdes irakiens âgés de 7 à 46 ans, sont morts noyés.

bj-alh-cor-lg/cnp/or

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.