
Jeudi 2 avril 2026 à 11h02
Istanbul, 2 avr 2026 (AFP) — La justice turque a renvoyé jeudi pour la septième fois d'affilée le procès de la sociologue franco-turque Pinar Selek, jugée par contumace pour "terrorisme", qui a dénoncé une "parodie" au terme d'une audience expéditive de sept minutes.
Universitaire et écrivaine de 54 ans réfugiée en France, Pinar Selek avait été arrêtée, torturée et emprisonnée en 1998 alors qu'elle venait d'achever de longues séries d'entretiens au sein de la communauté kurde.
Le procès fleuve de Mme Selek, ajourné de six mois en six mois, reprendra le 18 septembre à 13H00 (10H00 GMT), ont rapporté à l'AFP des membres de son comité de soutien qui ont assisté à l'audience, au tribunal d'Istanbul.
Comme chaque fois, l'audience de jeudi matin a été refermée à peine ouverte.
Pinar Selek s'est dite "surprise par la rapidité" de l'audience.
"Ce nouveau report montre qu'ils ne savent pas quoi faire. C'est vraiment une parodie", a-t-elle déclaré devant son comité depuis le siège de la Ligue des droits de l'homme (LDH) à Paris.
La justice turque poursuit la chercheuse, spécialiste des mouvements féministes kurdes, depuis près de 28 ans et a déjà prononcé quatre acquittements.
"Le juge a dit attendre la réponse à une demande d'extradition de la France", a indiqué à l'AFP un de ses soutiens, militant turc des droits humains qui a refusé d'être identifié.
Lors de précédentes audiences, le tribunal avait déjà affirmé attendre une réponse d'Interpol, l'organisation internationale de police criminelle, à sa demande d'extradition.
Or, selon les avocats de Mme Selek, Interpol a bien refusé le mandat d'arrêt.
Pinar Selek a été arrêtée en Turquie en 1998 pour ses travaux sur la communauté kurde, puis accusée d'être liée à une explosion qui avait fait sept morts au bazar aux épices d'Istanbul.
Libérée fin 2000, elle est d'abord restée à se battre en Turquie avant d'être poussée à l'exil en avril 2009. Elle se dit convaincue d'être arrêtée dès son arrivée si elle rentre en Turquie.
Pour la député européenne Mélissa Camara, membre de la délégation d'élus et d'universitaires venus de France à Istanbul, "cet énième report du procès de Pinar Selek marque malheureusement un nouveau chapitre dans le harcèlement judiciaire dont elle fait l'objet et qui ne vise qu'une chose, la broyer".
"J'ai appris à ne pas lâcher et je sais que jusqu'à la fin de ma vie je vais lutter. Ce procès n'est qu'une partie de mes luttes", a pour sa part insisté Mme Selek, qui vit et enseigne à Nice, où elle a été naturalisée en 2017.
Elle vient de publier, outre ses travaux sur la communauté kurde, un recueil de souvenirs, "Lever la tête" (éditions Université Paris Cité).
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.