
Jeudi 22 janvier 2026 à 16h49
Beyrouth (Liban), 22 jan 2026 (AFP) — Les Etats-Unis ont commencé à transférer des prisonniers jihadistes du groupe Etat islamique (EI) jusque là détenus par les forces kurdes, depuis la Syrie vers l'Irak voisin, annonçant vouloir en envoyer plusieurs milliers. Voici ce que l'on sait de cette opération.
- Qui est concerné? -
L'armée américaine a annoncé avoir déjà transféré en Irak un premier groupe de 150 "terroristes irakiens et étrangers", qui étaient détenus dans une prison en Syrie par les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes).
A terme, 7.000 prisonniers doivent être transférés selon Washington, qui n'a pas précisé de délai.
Les FDS avaient été le fer de lance de la lutte contre l'EI en Syrie, avec l'appui de la coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis, et avaient défait le groupe en 2019.
Elles avaient pu appréhender environ 12.000 membres de l'EI, dont 2.500 à 3.000 étrangers de plus de 50 pays, incarcérés dans sept prisons.
Mais les FDS ont dû se retirer ces derniers jours de vastes territoires du nord et du nord-est du pays sous la pression de l'armée syrienne, qui s'y est déployée.
Les FDS ont également quitté le camp d'al-Hol (nord-est) abritant des familles de jihadistes, où vivent plus de 24.000 personnes - quelque 15.000 Syriens, 3.500 Irakiens et 6.200 d'autres nationalités dont des Occidentaux.
Les autorités kurdes avaient par le passé maintes fois réclamé que ces étrangers (à part les Irakiens) soient rapatriés, mais se heurtaient au refus de leurs pays d'origine.
- Pourquoi les transférer ? -
L'armée américaine affirme avoir pris cette décision afin de "garantir que les terroristes restent dans des centres de détention sécurisés", et pour "éviter des évasions".
L'amiral Brad Cooper, commandant des forces américaines au Moyen-Orient, en a informé le président syrien Ahmad al-Chareh, et réclamé que "les forces syriennes et toutes les autres forces évitent toute action pouvant interférer".
Damas, qui a récemment rejoint la coalition antijihadiste, avait pourtant dit être en mesure de prendre le relais pour la surveillance des prisons et des camps.
Mais des analystes soulignent la crainte d'une résurgence de l'EI, dont des membres se cachent dans le vaste désert syrien.
Il y a un "potentiel pour plus de violence et de chaos" si le cessez-le-feu entre les Kurdes et Damas s'effondre, estime Heiko Wimmen, directeur de projet de l'International Crisis Group pour l'Irak, la Syrie et le Liban.
Et au vu de la "présence résiliente de l'EI" dans le nord-est du pays, ses membres auraient "plus de chance" de faire évader les détenus en Syrie qu'en Irak, "qui a une structure antiterroriste efficace", note-t-il.
- Pourquoi l'Irak -
Les pays occidentaux sont en partie réticents à rapatrier leurs ressortissants parce qu'"ils ne peuvent pas les poursuivre" en justice, face à l'impossibilité de "produire des preuves de leurs crimes présumés", explique aussi l'analyste.
Mais ce n'est pas le cas de l'Irak, qui a annoncé jeudi des procédures judiciaires contre les prisonniers transférés. En soulignant que "tous les suspects, quelle que soit leur nationalité (..) sont soumis exclusivement à l'autorité de la justice irakienne".
Les tribunaux irakiens ont par le passé condamné à mort et à la prison à perpétuité de nombreux combattants étrangers, certains déjà transférés depuis la Syrie.
En 2019 notamment, 11 Français avaient été condamnés à la peine de mort, ensuite commuée en prison à vie.
La question des prisonniers en Syrie "constitue une menace sérieuse pour la sécurité nationale de l'Irak", juge Farhad Alaaldin, conseiller du Premier minitre irakien pour les affaires étrangère.
A son apogée, l'EI contrôlait une partie de l'Irak et de la Syrie où il avait instauré un "califat" et imposait un règne de terreur.
En prenant en charge ces prisonniers, l'Irak veut "protéger la région contre une escalade majeure potentielle" en cas de libération ou d'évasion des jihadistes, ajoute le conseiller.
"Il faut absolument ramener ces prisonniers en Irak, comme ça, on peut les gérer", abonde Adel Bakawan, directeur de l'Institut européen d'études du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord (basé en France), rappelant la base islamiste du président syrien.
Reste encore à financer le projet, souligne-t-il. Pour l'heure, les prisons et centres de réhabilitations irakiens permettent d'accueillir "des centaines, et non des milliers" de ces prisonniers.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.