Page Précédente

"Tous dans la rue": en Iran, des manifestants déterminés à mettre "fin au régime"


Vendredi 9 janvier 2026 à 13h22

Paris (France), 9 jan 2026 (AFP) — Ses yeux piquent à cause du gaz lacrymogène, sa voix est cassée à force de crier des slogans. Majid a rejoint la foule grandissante des manifestants en Iran, déterminés à mener à bien un "dernier combat" contre le pouvoir en place.

Majid - son prénom a été modifié, comme pour toutes les personnes interrogées par des journalistes de l'AFP basés hors d'Iran - a manifesté mercredi soir avec des centaines d'autres personnes dans les rues de Machhad (est), malgré le déploiement de forces de l'ordre.

"La police vise les gens avec (...) du gaz lacrymogène et des armes à feu", raconte ce vendeur de téléphones portables, âgé d'une trentaine d'années.

"Au début, les gens se sont dispersés, mais ensuite ils sont revenus", détaille-t-il. "Nous savons que nous risquons notre vie, mais nous le faisons quand même et nous continuerons, pour un avenir meilleur".

Partie le 28 décembre du bazar de Téhéran, la mobilisation s'est rapidement propagée au reste du pays.

Les mots d'ordre initiaux liés au coût de la vie sont devenus politiques, demandant la chute de la République islamique instaurée en 1979 et actuellement dirigée par l'ayatollah Ali Khamenei.

Des dizaines de personnes ont été tuées depuis le début de la contestation - au moins 21, dont des membres de forces de l'ordre, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir des médias et des autorités iraniennes ; au moins 45, dont huit mineurs, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège.

- "Jeunes, vieux, hommes, femmes" -

Ces manifestations sont les plus importantes depuis celles ayant suivi la mort en détention en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire imposé aux femmes.

Mais la situation est différente aujourd'hui, estime Majid. L'économie est fragilisée par des décennies de sanctions occidentales liées à son programme nucléaire, avec une inflation galopante et une forte volatilité des prix.

"Même les personnes ou les classes sociales qui n'étaient pas sous pression (économique, NDLR) auparavant le sont désormais", explique le trentenaire.

Dans les cortèges, "on peut voir des femmes de 50 ans, j'ai vu quelqu'un qui ramassait des déchets dans la rue scander des slogans aux côtés de commerçants. Jeunes, vieux, hommes, femmes... Tout le monde est dans la rue".

"Ce sera le dernier combat", espère Majid. "Nous voulons juste nous débarrasser de ce gouvernement sanguinaire", dit-il, estimant que ceux qui viendraient ensuite ne pourraient pas faire pire.

Un autre commerçant de Kermanshah (ouest), région fortement touchée par la contestation, a fermé sa boutique après un appel à la grève jeudi.

Âgé de 43 ans, il explique avoir participé à toutes les manifestations depuis 2009, mais aujourd'hui, les gens craignent que leur situation économique ne "s'effondre totalement".

"Même si nous travaillons dur, nos revenus ne peuvent pas suivre l'inflation, dont le régime est responsable", explique-t-il par messages, disant vouloir un "Iran libre et démocratique, et un Kurdistan libre".

Un autre commerçant de Saqqez, ville du Kurdistan à 300 kilomètres de là, dit s'attendre à ce que la contestation "s'étende et s'intensifie" dans les villes kurdes.

- "Toujours là" -

Dans la capitale Téhéran, une trentenaire raconte par messagerie sécurisée qu'elle et ses voisins crient des slogans depuis leurs fenêtres chaque soir à 21H00, comme elle l'avait fait pendant des mois lors des manifestations "Femme, Vie, Liberté" en 2022.

Aujourd'hui, "le niveau de mécontentement est plus élevé que jamais", assure-t-elle.

Même si le président iranien Massoud Pezeshkian a appelé à la "retenue" face aux manifestants et annoncé des mesures pour tenter d'améliorer leur quotidien, "ce que nous voulons, c'est la fin du régime, rien d'autre ne nous satisfera".

"Vivre et continuer notre vie quotidienne a été l'un de nos plus grands combats ces 47 dernières années. (...) Nous sommes toujours là et nous nous battrons jusqu'à ce que nous obtenions la liberté", déclare-t-elle.

Une autre habitante de Téhéran, mère de deux enfants, a envoyé un message à un proche, en disant que sa connexion devenait instable, peu avant la coupure d'internet dans le pays jeudi soir.

Après plusieurs jours de manifestations, il devient difficile de se procurer des denrées alimentaires, les magasins ayant réduit leurs horaires d'ouverture, raconte-t-elle.

"J'espère des jours meilleurs pour nous tous".

burs-sw-tll/sva/anb

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.