
Jeudi 22 janvier 2026 à 21h19
Paris (France), 22 jan 2026 (AFP) — La France a martelé jeudi qu'elle n'abandonnait pas les Kurdes, ces "frères d'armes" qui ont joué un rôle clé pour combattre le groupe Etat islamique (EI), mais dont les espoirs d'autonomie en Syrie ont été douchés par les autorités de Damas.
"Nous ne lâchons pas les Kurdes, nous savons ce que nous leur devons", a déclaré Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse, alors que quelques milliers de Kurdes manifestent quasi-quotidiennement en France pour exprimer leur colère et le sentiment d'avoir été trahis.
La minorité kurde, qui avait instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est de la Syrie, le Rojava, après avoir défait l'EI avec l'aide de la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, a connu un important revers face à un pouvoir central soucieux de l'unité du pays.
Dans une offensive éclair menée avec l'assentiment apparent de Washington et avec le soutien de la Turquie, les nouvelles autorités syriennes dirigées par Ahmed al-Chareh ont repris par la force les territoires administrés par les Forces démocratiques syriennes (FDS), bras armé de l'administration autonome kurde, mettant fin au Rojava.
Délogés successivement d'Alep, des provinces de Raqa et Deir Ezzor, les FDS ont dû se replier au coeur de leur zone, à Hassaké.
Le présidence française souligne ne pas avoir été informée "en amont de cette offensive".
Le président Emmanuel Macron s'est en revanche à "nouveau entretenu ces derniers jours avec le président Ahmed al-Chareh ainsi qu'avec le général Mazloum Abdi et le président de la région autonome du Kurdistan, Nechirvan Barzani", a fait savoir l'Elysée.
Pascal Confavreux a souligné que Paris poussait "à la fois" l'intégration politique, administrative, militaire et économique des FDS.
"Mais cela ne saurait se faire par la force et au mépris de la sécurité des populations civiles à Kobané ou Hassaké", a souligné l'Elysée.
Jeudi la France a réitéré son appel aux autorités syriennes à faire preuve d'une "pleine responsabilité dans la protection de tous les civils, dont les civils kurdes", a poursuivi le porte-parole du Quai.
Interrogé sur les leviers concrets pour protéger les Kurdes en Syrie, ni l'Elysée ni le Quai d'Orsay n'ont directement répondu.
A Paris, on reconnaît que cette nouvelle donne fait redouter une résurgence de la menace jihadiste et jette une ombre sur la capacité de la transition syrienne à préserver l'unité du pays tout en garantissant la protection des minorités.
- Fragile -
Les affrontements de ces derniers jours suscitent en particulier de vives inquiétudes autour des camps de prisonniers de l'EI présents dans la zone.
"Le cessez-le-feu est fragile et cet appel à la désescalade est donc adressé à toutes les parties, avec une inquiétude particulière sur les réduits kurdes que sont Kobané et Hassaké, et une inquiétude également sur la situation sécuritaire", souligne l'Elysée.
La France appelle à "une coordination au sein de la coalition anti-Daesh" dont elle fait partie, pour assurer la sécurité et un transfert ordonné des centres de détention.
Des milliers d'ex-combattants de l'EI ainsi que des dizaines de milliers de femmes et d'enfants, selon les différentes estimations, sont répartis dans une vingtaine de prisons et de camps. Parmi eux se trouvent un peu moins de 10.000 étrangers.
Ces prisons et ces camps étaient jusqu'ici gérés par les forces kurdes. Mais il est désormais prévu que l'Etat syrien devienne "responsable" des prisonniers de l'EI.
Interrogé sur de possibles évasions de la prison de Chaddadi, le Quai d'Orsay n'était pas en mesure jeudi de communiquer des éléments tant la situation sur le terrain est confuse.
Pas de quoi rassurer les Kurdes de France.
Quelque 1.200 personnes de la communauté kurde ont manifesté mardi à Paris.
A Marseille, quelque 2.500 manifestants de la communauté kurde se sont rassemblés jeudi dans le centre-ville, selon la préfecture. Ils brandissaient pour certains des drapeaux aux couleurs des forces kurdes syriennes et du Rojava, d'après un témoin.
La communauté kurde appelle à manifester de nouveau samedi à travers la France.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.