Page Précédente

Syrie: les habitants d'un quartier kurde d'Alep rentrent chez eux après de violents combats


Dimanche 11 janvier 2026 à 18h55

Alep (Syrie), 11 jan 2026 (AFP) — A l'entrée d'un quartier kurde d'Alep, des habitants sont fouillés dimanche par des forces de sécurité syriennes, avant de rentrer chez eux pour découvrir des rues jonchées de décombres et des façades noircies laissées par des jours de combats meurtriers entre forces gouvernementales et kurdes.

Abdul Qader Satar, 34 ans, qui se déplace en fauteuil roulant, raconte être parti de son quartier à majorité kurde d'Achrafieh dès "le premier jour" des combats, mardi, pour se réfugier dans une mosquée.

"Nous sommes partis précipitamment, avec seulement les vêtements que nous avions sur le dos (...) et maintenant nous sommes revenus vérifier l'état de la maison", dit-il à l'AFP.

Des familles avec enfants portant sacs et couvertures s'avancent aussi dans le quartier, jonché de carcasses de voitures. A l'arrière d'un pick-up, des femmes tiennent des drapeaux syriens.

- "Tous Syriens" -

L'autre quartier kurde de la ville, Cheikh Maqsoud, le plus touché par les combats, reste interdit d'accès aux habitants. Seules des ambulances y sont entrées, après l'évacuation dans la nuit des derniers combattants kurdes.

Mohammed Bitar, 39 ans, qui est lui resté à Achrafieh, est soulagé de la fin des hostilités: "nous ne voulions pas que les choses en arrivent là (...) nous avons eu assez de sang versé".

"Il n'y a ni Arabes ni Kurdes, nous sommes tous Syriens", veut-il croire.

Les affrontements ont été les plus violents dans la deuxième ville syrienne depuis la chute du président Bachar al-Assad en décembre 2024 et le début d'un précaire processus de stabilisation du pays meurtri par près de 14 ans de guerre civile.

Les combats ont fait au moins 24 morts et 129 blessés, et déplacé 155.000 personnes, selon les autorités syriennes, avant la reprise dimanche du contrôle des deux quartiers par le pouvoir central syrien.

Yahya al-Soufi, qui dit avoir fui "sous les balles" a découvert à son retour sa maison "pillée et avec un trou dans le mur".

"Maintenant que le calme est revenu, nous allons faire des réparations et rétablir l'eau et l'électricité", dit ce commerçant de 49 ans, devant un ouvrier qui rebouche le mur de son appartement.

Dans la pharmacie où il travaille et qui a rouvert, Ammar Abdel Qader, 48 ans, explique s'être avec sa famille réfugié "dans les pièces intérieures" de son domicile pendant les combats.

Des immeubles alentours ont encore leurs fenêtres bouchées par des sacs de sable.

- Vengeance -

A six heures de route de là, dans la ville kurde de Qamichli (nord-est), l'un des combattants évacués jure à son arrivée de se "venger" après avoir enlacé sa mère, tous deux en pleurs.

"Nous vengerons Cheikh Maqsoud, nous vengerons nos martyrs", lance aussi Oum Dalil, une femme de 55 ans, dans la foule de centaines de personnes massés pour accueillir le convoi des évacués.

"Le peuple kurde ne tombera pas, le peuple kurde triomphera, nous nous battrons jusqu'au bout et la victoire sera la nôtre", dit-elle alors que des slogans fusent contre le président syrien Ahmad al-Chareh.

Les combats sont intervenus alors que les négociations pour mettre en oeuvre un accord conclu en mars 2025, visant à intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, sont dans l'impasse.

strs/mam-lk/nad/sar/cab

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.