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Syrie: les forces gouvernementales entrent dans la zone sous contrôle kurde


Lundi 2 février 2026 à 19h39

Hassaké (Syrie), 2 fév 2026 (AFP) — Les forces gouvernementales syriennes sont entrées lundi dans la ville de Hassaké, bastion kurde, en vertu d'un accord entre Damas et les Kurdes pour intégrer ces derniers à l'Etat syrien, selon une équipe de l'AFP sur place.

L'accord a été annoncé vendredi après des mois de tensions, et des combats, entre les troupes de Damas et les forces kurdes.

Il prévoit le déploiement des forces gouvernementales dans la zone autonome kurde, et l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) et de l'administration kurde au sein de l'Etat.

Un correspondant de l'AFP a vu une colonne de blindés et de véhicules des forces de sécurité syriennes franchir un poste de contrôle des forces kurdes, dont des membres, hommes et femmes, étaient alignés des deux côtés de la route, portant leurs armes.

Des habitants, brandissant le drapeau syrien, étaient massés des deux côtés de la route menant à la ville, et des femmes lançaient des you-yous en signe de joie, selon un correspondant de l'AFP.

L'accord avec Damas porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes, qui avaient instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est au cours de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 2011 et 2024.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, allié du pouvoir syrien et hostile aux FDS, a prévenu lundi que quiconque chercherait à "saboter" l'accord serait "écrasé".

Les correspondants de l'AFP ont vu les forces de sécurité kurdes se déployer à l'intérieur de Hassaké au moment de l'arrivée des forces gouvernementales. Un couvre-feu a été instauré dans le centre de cette ville, peuplée de Kurdes et d'Arabes, pour "assurer la sécurité des habitants", selon les autorités locales kurdes.

Le nouveau commandant des Forces de sécurité intérieure pour la province de Hassaké, Marwan al-Ali, nommé par Damas, a appelé ses hommes à "exécuter les missions de sécurité conformément aux plans établis et à respecter pleinement les lois et les règlements".

- "Aucune force militaire" -

Le chef des puissantes FDS, Mazloum Abdi, avait indiqué que la mise en oeuvre de l'accord commencerait lundi et que seule une "force de sécurité limitée" entrerait à Hassaké et Qamichli, mais qu'"aucune force militaire n'entrera(it) dans une ville ou localité kurde".

Un couvre-feu doit être instauré à Qamichli mardi.

Lundi soir selon des médias d'Etat syriens, des forces gouvernementales avaient également commencé à se déployer autour de Kobané, une poche kurde située plus à l'ouest dans la province d'Alep.

Cette ville, séparée territorialement de la zone autonome kurde, est le symbole de la première victoire des forces kurdes contre l'EI en 2015.

Le président islamiste Ahmad al-Chareh, qui a renversé en décembre 2024 le pouvoir de Bachar al-Assad, est déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire syrien.

Avec le déploiement de ses troupes dans la zone kurde, il ne reste plus que la région druze de Soueïda, dans le sud, qui échappe à son contrôle.

Depuis leur arrivée au pouvoir, les autorités islamistes se sont engagées à protéger les minorités mais le pays a été depuis le théâtre de massacres d'alaouites sur la côte en mars dernier et des violences avec les druzes dans le sud en juillet.

Le ministre syrien de l'Information, Hamza Mustafa, a déclaré vendredi que l'accord prévoyait la remise au gouvernement, dans un délai de dix jours, de certains champs pétrolifères auparavant contrôlés par les Kurdes, et de l'aéroport de Qamichli - dont se sont retirées la semaine dernière des forces russes - ainsi que des postes-frontières.

Les FDS vont être intégrées dans l'armée syrienne, mais resteront au sein d'une division, constituée de trois brigades.

Ces forces avaient été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) en Syrie menée par les Etats-Unis, qui soutiennent désormais le nouveau pouvoir syrien.

strs-lk/at/mdh/cab

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.