
Mardi 7 octobre 2014 à 21h12
Mursitpinar (Turquie), 7 oct 2014 (AFP) — Kobané était toujours le théâtre de combats acharnés entre forces kurdes et jihadistes mardi soir, 24 heures après l'entrée dans cette ville de l'Etat islamique que les raids aériens de la coalition internationale n'ont pas pu empêcher.
La situation dans la 3e ville kurde de Syrie, distante de quelques kilomètres à peine de la Turquie, a embrasé les rues turques, où au moins trois personnes sont mortes dans des affrontements entre la police et des manifestants pro-kurdes.
Depuis Genève, l'envoyé spécial des Nations unies en Syrie, Staffan de Mistura, a appelé à "agir immédiatement" pour sauver la ville des jihadistes, alors que les frappes orchestrées depuis plusieurs jours par la coalition américano-arabe en Syrie ne parviennent pas à les arrêter.
Trois nouvelles frappes ont été menées dans l'après-midi, toutes en dehors de Kobané sur des positions de l'EI, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Chacune a déclenché un "bang" puis une épaisse fumée noire, selon des journalistes de l'AFP à la frontière, qui entendaient le vacarme assourdissant des appareils survolant la ville.
Elles ont été accueillies par les applaudissements et les cris de joie des quelques dizaines de civils kurdes rassemblés du côté turc pour suivre la progression des combats.
A l'intérieur de la ville, les combattants kurdes ont réussi à faire reculer les jihadistes vers les quartiers de l'est, par lesquels ils sont entrés lundi soir, selon l'OSDH.
- 'Résistance acharnée' -
Kobané est devenue le théâtre d'"une guérilla urbaine", a résumé le directeur de l'organisation, Rami Abdel Rahmane, dont l'ONG a fait état de plus de 400 morts, en grande majorité des combattants des deux camps, depuis le début de l'offensive jihadiste le 16 septembre.
"Les YPG (Unités de protection du peuple kurde) mènent une résistance acharnée", a affirmé Ozgur Amed, un journaliste kurde proche de la ligne de front. "Notre moral tient bon. Nous avons juste peur de la détérioration de la situation humanitaire".
Les informations sur le nombre de civils encore présents dans la ville sont très difficile à recouper, certaines sources faisant état d'une fuite totale de la population, tandis que d'autres, comme M. Amed, affirment que "des milliers de civils" sont toujours dans Kobané (Aïn al-Arab en arabe).
L'offensive de l'EI, qui a réussi à s'emparer de près de 70 villages sur le chemin de Kobané, a poussé à la fuite quelque 300.000 habitants, dont plus de 180.000 ont trouvé refuge en Turquie, selon Ankara.
Tranchant avec la prudence observée par son pays depuis l'apparition de l'EI en Syrie, le président turc Recep Tayyip Erdogan a lancé devant des réfugiés syriens dans un camp de Gaziantep (sud) que "la terreur ne sera pas stoppée tant que nous ne coopérerons pas en vue d'une opération terrestre".
Même si elle n'est pas encore intervenue, l'armée turque a reçu la semaine dernière le feu vert du Parlement pour s'engager en Syrie comme en Irak, alors que les Etats-Unis et les autres alliés de la coalition ont exclu de déployer des troupes au sol.
"Kobané est sur le point de tomber", a mis en garde M. Erdogan. Une opinion partagée par plusieurs experts.
- 'Trop tard' -
"A ce stade, il est trop tard pour sauver Kobané. Cette avancée de l'EI prouve que la campagne de frappes de la coalition n'atteint pas son objectif, à savoir détruire les capacités militaires de l'organisation", pointe Mario Abou Zeid, analyste au Centre de recherches américain Carnegie à Beyrouth.
S'ils réussissaient à conquérir entièrement Kobané, les jihadistes s'assureraient le contrôle sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.
L'Iran a dénoncé mardi "la passivité de la communauté internationale", et appelé à soutenir le gouvernement syrien contre "les terroristes".
Grand allié de Damas, Téhéran estime que les frappes de la coalition ont pour objectif réel de déloger le régime de Bachar al-Assad.
Ailleurs en Syrie, un père franciscain et plusieurs chrétiens ont été capturés lundi dans le village de Qounya (nord-ouest) par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda engagée dans la guerre contre le régime, a indiqué l'ordre franciscain.
En Irak, des avions F-16 néerlandais ont lancé leurs premières frappes contre le groupe EI pour venir en aide à des combattants kurdes dans le Nord. Plusieurs pays occidentaux participent à ces raids en Irak où l'armée américaine a utilisé pour la première fois des hélicoptères, ce qui marque une escalade dans la gestion du conflit et expose davantage au danger les soldats américains.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.