
Dimanche 21 septembre 2014 à 13h03
Beyrouth, 21 sept 2014 (AFP) — La ville d'Aïn al-Arab (Kobané en kurde), troisième agglomération kurde de Syrie, était assiégée dimanche par l'organisation Etat islamique (EI) qui veut renforcer son contrôle sur une large portion de la frontière avec la Turquie, a indiqué une ONG.
Les jihadistes de ce groupe extrémiste, qui ont pris plus de 60 villages dans la région de Kobané depuis mardi soir, "ont encore progressé et se trouvent dans certains endroits à une dizaine de km seulement de la ville" située à la frontière turque, a affirmé à l'AFP le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.
"L'EI avance du côté est de Kobané", a affirmé à l'AFP Mustefa Ebdi, journaliste et militant syrien kurde originaire de Kobané et qui effectue des aller-retours entre la frontière turque et la ville.
"Les rues de la ville sont quasiment vides et il y a un grand sentiment d'anxiété et d'appréhension", a-t-il dit, joint par téléphone. Des civils "dont des personnes âgées et handicapées ont été exécutées dans les villages mais nous n'avons pas de chiffre exact pour le moment", a-t-il ajouté en pleurant.
"Des gens tentent de revenir dans leurs villages pour récupérer des affaires mais à quelques centaines de mètres ils voient les combattants de l'EI piller leurs maisons", a-t-il encore dit.
Les civils kurdes de la ville et de ses environs continuaient de fuir vers la Turquie par crainte des exactions de l'EI, d'après l'OSDH.
Plus de 70.000 Kurdes ont déjà trouvé refuge dans ce pays voisin depuis vendredi, selon l'ONU.
Des réfugiés de villages ont raconté à l'AFP que les jihadistes avaient bombardé et détruit les maisons, décapitant les habitants qui sont restés.
"La plupart des femmes et des enfants ont quitté Kobané mais il y a des milliers d'hommes armés qui sont préparés à défendre la ville jusqu'à la dernière goutte de sang. Mais que peuvent-ils faire contre les armes lourdes de l'EI?" a demandé le militant kurde.
Face à la progression jihadiste, quelque 300 combattants kurdes de Turquie sont venus en Syrie prêter main forte à leurs frères d'armes syriens, d'après l'OSDH.
"Nous avons besoin d'un seul avion américain pour frapper ces barbares. Où est la coalition anti-EI (menée par les Etats-Unis? Ils doivent sauver le peuple kurde", a lancé Mustefa Ebdi.
En lançant l'assaut sur Kobané, l'EI veut s'assurer une continuité territoriale sur une large portion de la frontière qu'il contrôle entre la Syrie et la Turquie.
Kobané est située en effet au milieu de cette zone et entrave le mouvement des jihadistes sur la frontière.
Si le groupe extrémiste parvient à prendre ce dernier verrou, il menacerait en outre les régions frontalières plus à l'est, comme celle kurde de Qamichli.
Les combats qui font toujours rage dans les environs de Kobané ont coûté la vie depuis mardi soir à au moins 39 combattants côté jihadiste et 27 côté kurde.
"La grande majorité des morts du côté jihadiste sont des non-Syriens, dont des Tchétchènes et des ressortissants du Golfe", a indiqué M. Abdel Rahmane.
L'opposition syrienne en exil a appelé la communauté internationale "à agir d'urgence pour prévenir un nettoyage ethnique" dans cette ville.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.