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Syrie: l'armée se déploie dans les zones évacuées par les forces kurdes


Lundi 19 janvier 2026 à 15h26

Deir Ezzor (Syrie), 19 jan 2026 (AFP) — L'armée se déploie lundi dans les zones dont les forces kurdes se sont retirées dans le nord et l'est de la Syrie, en vertu d'un accord de cessez-le-feu qui porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes.

Le président Ahmad al-Chareh, déterminé à étendre son autorité sur l'ensemble du pays après avoir renversé Bachar al-Assad en décembre 2024, avait annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, après deux jours de rapide progression des troupes gouvernementales.

Malgré la trêve, trois soldats syriens ont été tués, selon l'armée, dans des affrontements lundi avec les forces kurdes, qui ont accusé les forces gouvernementales de les attaquer.

L'accord prévoit l'intégration des forces et des institutions kurdes au sein de l'Etat, ainsi que la remise immédiate au gouvernement des provinces majoritairement arabes de Deir Ezzor et Raqa.

Le président Chareh doit recevoir lundi à Damas le chef des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) Mazloum Abdi pour finaliser les détails.

- "Libération" -

A Deir Ezzor, le correspondant de l'AFP a vu des dizaines de véhicules militaires se diriger vers l'est de l'Euphrate, fleuve qui marquait la limite entre les zones tenues par les FDS et les régions sous contrôle du gouvernement.

"Notre joie est indescriptible avec la libération", témoigne Mohammad Khalil, un chauffeur de 50 ans, qui dit attendre son fils, membre des forces de sécurité.

Des combattants issus des tribus locales à Deir Ezzor se sont ralliés aux autorités et ont pris le contrôle du secteur avant l'arrivée des forces gouvernementales dimanche.

Certaines tribus étaient auparavant alliées aux FDS, qui comptaient une importante composante arabe dans leurs rangs.

Si le cessez-le-feu est globalement respecté pour l'heure, les Kurdes ont accusé l'armée de "poursuivre ses attaques", et fait état d'affrontements près d'une prison où se trouvent des détenus du groupe Etat islamique (EI) dans la province de Raqa.

L'accord prévoit que l'Etat syrien devienne "responsable" des détenus de l'EI et que l'administration kurde chargée de ce dossier soit intégrée aux institutions étatiques.

Soutenues par les Etats-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre l'EI, défait en 2019, et leurs camps et prisons abritent encore des dizaines de milliers de prisonniers, dont de nombreux étrangers.

- Statue déboulonnée -

Un correspondant de l'AFP dans la ville de Raqa a vu les forces de sécurité déployées sur la place principale, et un convoi militaire traverser la ville alors que des coups de feu sporadiques se faisaient entendre.

Raqa, dans la province éponyme, était la "capitale" de l'EI avant sa défaite, et les habitants y avaient souffert des pires exactions avant de passer sous contrôle des FDS.

Lundi, des habitants ont déboulonné une grande statue honorant les femmes libres sur un rond-point de la ville, érigée par les forces kurdes.

Dans la région de Deir Ezzor, les forces gouvernementales ont repris le contrôle du champ pétrolifère d'al-Omar, le plus important du pays.

Des équipes techniques doivent se rendre sur place afin d'en évaluer l'état, selon le ministère du Pétrole.

La Syrie est un petit producteur de brut, et sa production s'est effondrée pendant la guerre civile (2011-2024).

- "L'Amérique laisse tomber ses alliés" -

L'accord annoncé par le président islamiste syrien a provoqué amertume et craintes dans les zones à majorité kurde, où les habitants ont accusé les Etats-Unis de les avoir lâchés.

"Nous avons un grand sentiment de déception", affirme à l'AFP en kurde Aras Mohammad, 34 ans, un employé de l'administration autonome kurde à Qamichli, principale ville à majorité kurde du nord-est.

"Ce n'est pas la première fois que l'Amérique laisse tomber ses alliés", renchérit Rafeh Ismaïl, un bijoutier de 43 ans.

"La confrontation de M. Chareh avec les forces kurdes, après avoir fait pression sur les zones alaouites et druzes, renforce les doutes sur la légitimité du gouvernement intérimaire et sa capacité à représenter la population diverse de la Syrie", estime Mutlu Civiroglu, un analyste basé à Washington spécialisé dans le dossier kurde.

Le pouvoir s'est engagé à protéger les minorités mais des centaines d'alaouites ont été massacrés sur la côte en mars et des combats avec les druzes ont éclaté dans le sud en juillet.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.