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Syrie: l'armée annonce avoir achevé son opération à Alep contre les Kurdes, qui démentent


Samedi 10 janvier 2026 à 14h43

Alep (Syrie), 10 jan 2026 (AFP) — L'armée syrienne a annoncé samedi avoir bouclé son opération contre le dernier bastion kurde d'Alep, une affirmation toutefois démentie par les forces kurdes qui affirment continuer à se battre face aux troupes gouvernementales.

Les affrontements dans cette grande ville du nord de la Syrie entre le gouvernement central et les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord-est du pays, ont tué au moins 21 civils depuis mardi.

Ils ont aussi fait environ 155.000 déplacés, pour la plupart des habitants des quartiers kurdes, selon les autorités.

Ces combats, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont éclaté alors que les deux parties peinent à appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l'administration autonome kurde et les FDS au sein du nouvel Etat.

Après avoir déjà pris le contrôle d'Achrafieh, l'autre quartier tenu par les Kurdes, l'armée syrienne a fait état, dans une déclaration à l'agence officielle Sana, de "l'arrêt de toutes les opérations militaires à Cheikh Maqsoud, à partir de 15H00 (12H00 GMT)".

Les combattants kurdes seront "transférés" vers la ville de Tabaqa, contrôlée par les Kurdes, dans le nord-est de la Syrie, a-t-elle ajouté.

Mais les forces kurdes ont nié des "allégations sans fondement" et affirmé que les combats se poursuivaient. Et des tirs étaient toujours entendus en début d'après-midi, selon des correspondants de l'AFP, qui avaient vu plus tôt l'armée entrer dans le quartier et des militaires secourir des civils bloqués dans leurs maisons.

- "Faire sortir mes enfants" -

A l'entrée du quartier, Imad al-Ahmad, un homme de 60 ans, attendait d'être autorisé par les forces de sécurité à revenir chez lui. "Je suis parti il y a quatre jours (..) je me suis réfugié chez ma soeur. Je reviens voir ma maison", dit-il.

Nahed Mohammad Qassab, une veuve de 40 ans, raconte être partie avant les combats pour assister à des obsèques. "Mes trois enfants sont toujours à l'intérieur, chez ma voisine, je veux les faire sortir", affirme-t-elle.

Vendredi, comme les jours précédents, l'armée avait permis aux civils désireux de fuir d'emprunter deux "couloirs humanitaires" pour fuir les quartiers kurdes et un journaliste de l'AFP a vu des habitants sortir sous la pluie, chargés de bagages.

Damas avait appelé vendredi les forces kurdes à quitter la ville, leur promettant de les acheminer en toute sécurité vers les zones contrôlées par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) dans le nord-est du pays.

Mais les combattants retranchés à Cheikh Maqsoud ont alors refusé toute reddition. Et selon une source militaire citée par la télévision officielle, elles ont "lancé des drones d'attaque sur des quartiers d'Alep" à partir de leurs positions à l'est de la ville.

- "Protection kurde locale" -

Avant les annonces contradictoires de l'armée et des Kurdes, une haute responsable de l'administration kurde syrienne, Elham Ahmed, n'avait pas exclu un retrait, mais posé comme condition de maintenir "une protection kurde locale" aux habitants des quartiers kurdes d'Alep.

"La partie gouvernementale cherche, par ces attaques, à mettre fin aux accords conclus. Nous y sommes attachés et nous nous efforçons de les mettre en oeuvre", avait-elle dit vendredi à l'AFP.

A Amman, l'émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack a affiché l'engagement des États-Unis à oeuvrer pour "assurer le retrait pacifique des FDS" d'Alep et "garantir la sécurité" des civils, à l'issue d'un entretien avec le chef de la diplomatie jordanienne, Ayman Safadi.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes de l'Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également le pouvoir islamiste d'Ahmad al-Chareh.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le nouveau pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités mais a été confronté à des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des violences avec les druzes dans le sud en juillet.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.