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Syrie: Kobané, ville-symbole de la victoire contre l'EI, appelle à l'aide


Jeudi 22 janvier 2026 à 17h03

Qamichli (Syrie), 22 jan 2026 (AFP) — Symbole de la victoire contre les jihadistes en Syrie, la ville kurde de Kobané est submergée par les déplacés fuyant la progression de l'armée syrienne, les vivres y manquent et l'eau et l'électricité sont coupées, assurent à l'AFP des habitants qui appellent à l'aide.

La poche de Kobané, à la frontière turque, est enclavée dans des zones tenues par l'armée syrienne et séparée territorialement du reste des territoires autonomes kurdes dans le nord-est de la Syrie.

Depuis que les forces kurdes ont été forcées à se retirer de ses environs, où l'armée du président Ahmad al-Chareh a étendu son contrôle, les habitants des villages environnants ont afflué à Kobané.

"Depuis trois jours, nous sommes sans électricité et sans eau", affirme Seifeddine Khodr, un habitant de 37 ans, joint à grand-peine par téléphone car les connexions internet sont quasiment interrompues.

"La farine et les combustibles n'entrent plus", alors que l'afflux des déplacés a augmenté la demande, raconte-t-il.

"Les gens ont peur, nous implorons le monde d'intervenir", ajoute-t-il.

Kobané (Aïn al-Arab en arabe) a constitué la première victoire des forces kurdes contre les jihadistes du groupe l'Etat Islamique (EI) en Syrie, après des mois de combats de rue acharnés, en 2015, qui ont détruit une grande partie de la ville.

Il a fallu ensuite quatre ans aux forces kurdes, soutenues par la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, pour venir à bout de l'EI en Syrie et mettre fin à son "califat".

Aujourd'hui, le nouveau pouvoir islamiste syrien veut étendre son autorité sur l'ensemble du territoire national et exige la dissolution des puissantes forces kurdes, lâchées par Washington.

Les autorités ont proclamé mardi soir un cessez-le-feu avec les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, dominées par les Kurdes), qui est globalement respecté, mais les deux parties s'accusent de violations, notamment autour de Kobané.

- "Sauvez Kobané" -

Moustafa Ahmad a fui avec ses neuf enfants un des villages environnants face à l'avancée des troupes gouvernementales et s'est réfugié à Kobané.

"Nous sommes sortis sans rien emporter. Je me suis installé chez mes proches. J'ai cherché pendant dix heures pour trouver une boîte de lait pour mon fils Raman, qui a un an et demi", dit-il.

"Notre situation est catastrophique, il n'y a pas d'électricité, pas de chauffage, pas de vivres", ajoute cet homme de 55 ans.

L'administration autonome kurde a accusé dans un communiqué "les factions armées affiliées au gouvernement" d'avoir "intensifié leurs attaques", en particulier à Kobané.

La ville symbole est "laissée sans eau, sans électricité et sans services de base en raison des attaques continues contre ses infrastructures", ajoute-t-elle, soulignant qu'elle est "isolée du reste du monde en raison de la coupure d'internet".

Le ministère syrien de l'Energie a démenti que l'eau ait été coupée de façon préméditée à Kobané, affirmant que l'alimentation en eau de la ville était interrompue en raison d'une "défaillance technique".

Il a averti que la panne pourrait se prolonger, les équipes techniques ne pouvaient pas se rendre au site affecté pour le réparer en raison de la tension.

"Kobané est une ville-symbole pour le monde entier", dit à l'AFP Gharib Hasso, chef du Parti de l'Union démocratique (PYD), principale formation de l'administration autonome kurde.

"Aujourd'hui, elle est attaquée et encerclée, ils veulent se venger de Kobané et s'ils y entrent, il y aura des massacres", prévient-il.

"Les familles dorment dans la rue par ce froid, nous sommes encerclés (...) Sauvez Kobané, la ville qui a sauvé le monde de l'EI", dit en pleurant Nishtiman, une jeune journaliste, avant de prévenir que son téléphone va s'éteindre faute d'électricité pour alimenter la batterie.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.