
Vendredi 30 janvier 2026 à 15h47
Damas, 30 jan 2026 (AFP) — Après des mois d'impasse et des combats, Damas et les Kurdes ont annoncé vendredi un accord "global" sur l'intégration progressive des forces et de l'administration de la zone autonome kurde au sein de l'Etat syrien, salué par Washington et Paris.
Cet accord porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes, le nouveau pouvoir islamiste étant déterminé à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire syrien.
Les Etat-Unis, qui soutenaient les forces kurdes dans leur lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) mais appuient désormais le président Ahmad al-Chareh, ont salué une "étape historique" dans l'unification de la Syrie.
La France, par la voix du président Emmanuel Macron, a "félicité" les deux parties et affirmé qu'elle "appuiera pleinement" la mise en oeuvre de l'accord.
Il intervient après que les puissantes Forces Démocratiques syriennes (FDS, dominées par les kurdes) ont subi un important revers face à l'armée syrienne, à laquelle ils ont dû céder de larges pans du nord et du nord-est de la Syrie sous la pression militaire.
Le texte prévoit que les forces de sécurité de Damas se déploient dans la zone autonome kurde, établie par cette minorité dans le nord et le nord-est du pays au cours de la guerre civile (2011-2024).
L'accord offre certaines concessions aux Kurdes par rapport à un texte annoncé le 18 janvier par Damas et rejeté par cette minorité.
Ainsi, les FDS resteront regroupées au sein d'une division de l'armée syrienne, constituée de trois brigades, selon l'accord.
- Poche de Kobané -
En outre, les forces kurdes de la poche de Kobané, plus à l'ouest, seront constituées en une brigade relevant de l'armée.
Kobané, séparée territorialement de la zone autonome et ville symbole de la victoire des combattants kurdes contre l'EI, est actuellement cernée par l'armée.
Les "administrations de la zone autonome seront intégrées au sein des institutions de l'Etat syrien, et les employés civils seront maintenus" dans leurs fonctions", ajoute également le texte.
Lars Hauch, un expert sur la Syrie chez Conflict Mediation Solutions pointe que le texte "reste flou sur les questions centrales" de décentralisation administrative et sécuritaire.
Un source gouvernementale citée par la télévision officielle a souligné que "l'Etat va prendre le contrôle de toutes les institutions civiles et gouvernementales, ainsi que les postes-frontières".
Les Kurdes contrôlaient une portion de la frontière avec la Turquie au nord, qui était fermée, et avec l'Irak à l'est, qui constituait le principal point de passage vers la zone autonome.
Le texte prévoit en outre la consolidation du cessez-le-feu et "le retrait des forces militaires des points de contact".
Le cessez-le-feu avait été prolongé le 24 janvier pour 15 jours, notamment pour permettre l'évacuation par les Etats-Unis vers l'Irak de milliers de jihadistes, auparavant détenus par les forces kurdes.
- France et Etats-Unis -
Sur X, Elham Ahmed, une haute dirigeante de l'administration autonome, a exprimé sa "profonde gratitude aux médiateurs", notamment "les Etats-Unis et la France, qui ont déployé des efforts considérables" afin de parvenir à cet accord.
A Paris, une source à l'Elysée a souligné que la France, qui a assuré ne pas vouloir "lâcher" les Kurdes, avait déployé "beaucoup d'efforts diplomatiques" pour pousser vers un accord.
Damas et les Kurdes avaient signé en mars 2024 un accord pour l'intégration des institutions de la zone autonome au sein de l'Etat, mais les négociations n'avaient jamais abouti.
Le pouvoir syrien a lancé début janvier une offensive qui lui a permis de déloger les combattants kurdes de deux quartiers qu'ils tenaient dans la ville d'Alep (nord), avant de les pousser à se retirer des provinces de Raqa et Deir Ezzor.
Ce retrait a été accéléré par la défection massive des combattants arabes au sein des FDS, qui se sont ralliés au pouvoir syrien lors de l'offensive de l'armée.
Dans le même temps, le président Chareh avait publié un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde, dont la langue sera désormais officielle au côté de l'arabe.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.