
Mercredi 15 juillet 2015 à 14h21
Paris, 15 juil 2015 (AFP) — Le parquet de Paris a requis le renvoi aux assises d'Omer Güney pour l'assassinat à Paris en janvier 2013 de trois militantes kurdes, des crimes pour lesquels les enquêteurs soupçonnent l'implication de composantes des services secrets turcs.
Cette implication n'a pas été démontrée par les investigations et seul Omer Güney comparaitrait devant les assises spéciales si les juges antiterroristes suivaient le parquet.
Mais au terme de leurs investigations les enquêteurs ne dissimulent pas leur conviction d'une "implication du MIT", les services secrets turcs, "dans l'instigation et la préparation d'assassinats" dans les locaux parisiens d'une association kurde de Sakine Cansiz, qui était sans doute la cible prioritaire, de Fidan Dogan et de Leyla Saylemez.
Le parquet a signé le 9 juillet son ordonnance de mise en accusation pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste et pour association de malfaiteurs terroriste, ont annoncé à l'AFP des sources proche du dossier et judiciaire.
"Il est établi qu'Omer Güney avait une activité d'espionnage avérée", "qu'il a eu de nombreux contacts secrets avec des individus se trouvant en Turquie", "et que son plan d'évasion" de prison déjoué durant l'instruction, "prévoyait la participation d'un membre du MIT", selon la source proche du dossier.
Toutefois, l'enquête n'a "pas permis d'établir" si des agents du MIT éventuellement impliqués "ont participé à ces faits de façon officielle, avec l'aval de leur hiérarchie ou s'ils l'ont fait à l'insu de leur service afin de le discréditer ou de nuire au processus de paix" entre Ankara et le PKK.
Sakine Cansiz était une figure du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considérée comme proche de son chef historique Abdullah Öcalan.
- Eléments matériels -
Les réquisitions du parquet constituent "une analyse honnête des éléments de l'information judiciaire, même si on peut regretter qu'on n'ait pas pu aller plus loin pour établir les responsabilités", a commenté l'avocat de proches des victimes, Me Antoine Comte, sollicité par l'AFP.
En début d'enquête, plusieurs autres hypothèses avaient été évoquées: crime crapuleux, différend personnel, règlement de compte interne au PKK, acte commis par les "Loups gris", groupe d'extrême droite turque. Mais les familles des victimes avaient d'emblée privilégié la thèse d'un crime ourdi au moins en partie en Turquie.
Güney, qui a présenté une personnalité déroutante durant l'instruction selon des sources proches du dossier, a toujours nié malgré des éléments matériels gênants.
Des résidus de poudre avaient ainsi été découverts dans une sacoche trouvée dans un véhicule d'Omer Güney et semblable à celle qu'il portait sur des images de vidéosurveillance près du local de l'association où les crimes ont été commis.
Le suspect s'était rapproché fin 2011 du milieu associatif kurde. Le PKK avait toutefois très rapidement démenti qu'Omer Güney fût l'un de ses militants, expliquant qu'il avait fait de l'entrisme dans la mouvance kurde francilienne, gagnant la confiance de ses militants. Pour la mouvance kurde, il était en fait issu d'une famille proche de l'extrême droite nationaliste turque. Il avait vécu en Allemagne avant d'arriver en France.
Le MIT avait officiellement démenti tout rôle en janvier 2014 après que plusieurs médias turcs eurent publié l'enregistrement sonore d'une conversation entre un homme présenté comme Omer Güney et deux agents du MIT. Omer Güney a réfuté être l'un des hommes parlant sur la bande. Mais des personnes le connaissant, interrogées par l'AFP, se sont dites convaincues qu'il s'agissait bien de lui.
Les proches des victimes avaient également demandé, en vain, à la justice des mandats d'arrêt contre quatre responsables turcs, signataires d'un document confidentiel publié début 2014 dans la presse turque et présenté comme une note du MIT de novembre 2012 rédigée comme un "ordre de mission" pour Omer Güney, dont l'avocat, sollicité mercredi par l'AFP, n'avait pu être joint.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.