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Menaces financières sur l'Institut kurde de Paris


Jeudi 16 avril 2015 à 17h14

Paris, 16 avr 2015 (AFP) — L'Institut kurde de Paris (IKP), la plus ancienne institution kurde d'Europe, "fermera ses portes cet été" si les pouvoirs publics français ne viennent pas à son secours, a affirmé jeudi son président, Kendal Nezan.

"Cela fait deux ans que nous tirons la sonnette d'alarme, et nous serons poussés à la fermeture si la mobilisation n'est pas là", a expliqué à l'AFP le directeur de l'IKP, qui contribue à la divulgation de la culture des quelque 40 millions de Kurdes vivant principalement en Turquie, Irak, Syrie et Iran.

L'institut, créé en 1983 et reconnu d'utilité publique depuis 1993, a connu d'illustres défenseurs dont l'ancien président François Mitterrand et surtout son épouse Danielle, et l'écrivain turc d'origine kurde Yachar Kemal, auteur d'un succès mondial, "Memed le mince", et décédé cette année.

L'IKP gère notamment des bourses accordées par la France à des étudiants kurdes, et a mis en place une bibliothèque numérisée qui se présente comme la "plus importante bibliothèque kurde du monde occidental, avec plus de 10.000 monographies en 25 langues".

"Nous venons de licencier quatre de nos six employés permanents. Nous avions autrefois environ 600.000 euros de financements institutionnels par an, et l'an dernier, cette somme était divisée par dix", a expliqué la trésorière de l'institut, Joyce Blau.

Le gouvernement autonome du Kurdistan irakien a cessé d'aider l'institut, a aussi expliqué M. Nezan, "car il fait face à l'afflux de plus de 1,5 million de réfugiés, poursuit la guerre contre l'Etat islamique, et ne reçoit plus sa dotation financière" du gouvernement central de Bagdad.

Le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Harlem Désir, a annoncé le 8 avril à l'Assemblée nationale que la subvention du ministère des affaires étrangères à l'institut serait augmentée cette année, pour la porter à 55.000 euros.

L'institut attend par ailleurs une aide de 20.000 euros de la Mairie de Paris, et espère la poursuite de financements des ministères de l'Intérieur et de la Culture, selon M. Nezan.

M. Désir a par ailleurs annoncé que le Quai d'Orsay financerait cette année 30 bourses à des étudiants kurdes choisis par l'institut, pour plus de 400.000 euros.

M. Nezan a balayé d'un revers de main certaines accusations formulées à l'encontre de l'institut, selon lesquelles il aurait bénéficié de fonds du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), organisation armée kurde de Turquie, qualifiée de "terroriste" par l'Union européenne.

"Nous avons un commissaire aux comptes et un contrôleur financier de l'Etat. Nous sommes irréprochables", a déclaré M. Nezan à l'AFP.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.