
Vendredi 27 mars 2026 à 16h09
Souleimaniyeh (Irak), 27 mars 2026 (AFP) — "Aucune tentative": un haut responsable du Kurdistan d'Irak assure, dans un entretien à l'AFP, que Washington n'arme pas les groupes kurdes iraniens exilés dans la région, qui s'oppose à toute intervention de ces mouvements dans le conflit.
Alors que l'influent voisin iranien est au coeur d'une guerre lancée par Israël et les Etats-Unis, l'Irak et son Kurdistan autonome, qui partagent une longue frontière avec l'Iran, subissent de plein fouet les répercussions.
Le président américain Donald Trump s'était initialement prononcé en faveur d'une offensive des factions kurdes, avant de revenir sur ses déclarations.
"Nous n'avons vu aucune tentative des Etats-Unis, d'une quelconque branche des Etats-Unis, d'armer les groupes de l'opposition iranienne au Kurdistan, absolument pas", a déclaré jeudi Qubad Talabani, Premier ministre adjoint du Kurdistan autonome.
Partenaire de Washington et des Occidentaux, le Kurdistan d'Irak ménage aussi ses relations avec Téhéran.
"Je peux seulement parler des discussions en cours entre nous et ces groupes, l'Iran et nous, nous et les Américains. Il n'y a actuellement aucun plan prévoyant d'utiliser ces groupes à l'intérieur de l'Iran", dit-il dans ses bureaux à Souleimaniyeh, deuxième ville du Kurdistan dans le nord de l'Irak.
- "Très imprudent" -
Fils du défunt Jalal Talabani, figure de la scène politique Kurde, le responsable de 48 ans souligne l'opposition de son gouvernement à toute entrée en guerre de ces mouvements.
Le Kurdistan autonome s'est montré "très clair avec tous les groupes d'opposition: il serait très imprudent pour eux d'être à l'avant-garde, de prendre part à un conflit depuis ici".
"Nous ne le permettrons pas", a-t-il ajouté, assurant que ces mouvements, exilés depuis des décennies en Irak, "avaient dans l'ensemble agi de manière responsable".
Par le passé, l'Iran les avait accusés de franchir sa frontière pour attaquer ses forces ou attiser un soulèvement dans ses régions kurdes. Un accord de sécurité entre Téhéran et ses voisins irakiens avait permis une accalmie.
Mais la guerre a ravivé les tensions.
Les opposants kurdes iraniens ont de nouveau été bombardés par Téhéran. Et des organisations en exil ont formé une alliance visant à renverser le pouvoir iranien et, à terme, à parvenir à l'autodétermination kurde.
Derrière la rhétorique guerrière, le poids de ces groupes, disposant déjà de combattants qui s'entraînent au maniement des armes dans les montagnes reculées du Kurdistan irakien, s'est toutefois considérablement affaibli au fil des ans.
- "Milices marginales" -
Le Kurdistan autonome et sa capitale Erbil sont aussi la cible d'attaques de drone de groupes armés irakiens pro-Iran, qui tentent d'atteindre le consulat américain ou des militaires américains engagés avec la coalition internationale antijihadiste.
M. Talabani dénonce des frappes "persistantes", pointant le rôle de "plusieurs milices marginales" opérant depuis l'Irak fédéral.
"Nous avons évoqué cette question à maintes reprises avec le gouvernement fédéral et lui avons demandé d'intervenir pour empêcher ces groupes d'attaquer le Kurdistan", relate-t-il.
Certains "malheureusement" comptent des membres qui perçoivent un salaire de l'Etat, déplore le Premier ministre adjoint. Une allusion aux factions qui, tout en faisant partie d'une coalition d'ex-paramilitaires intégrée aux forces régulières, agissent en leur nom propre, hors de tout cadre étatique.
Le gouvernement irakien, ajoute-t-il, "s'est engagé à faire cesser" les attaques.
Même si Bagdad est pour l'heure tout autant embarrassé qu'impuissant, face à ces groupes armés qui revendiquent des frappes contre la présence militaire américaine au Moyen-Orient. Et qui sont eux-mêmes régulièrement visés par des raids aériens imputés à Washington ou à Israël.
Les attaques de ces factions ont aussi visé des infrastructures pétrolières, poussant la majorité des compagnies étrangères présentes en Irak à suspendre leurs opérations par mesure de sûreté.
Dans un pays ultra-dépendant de la rente pétrolière, la production et les exportations se sont effondrées.
"Le Kurdistan n'a pas de défense aérienne. Nous n'avons pas la capacité de défendre les champs (d'hydrocarbures) des attaques menées par différentes milices", regrette Qubad Talabani.
"Même si nous encourageons une reprise des exportations, il nous faut être réalistes et savoir que (...) si un champ en activité devait être frappé, l'impact pourrait être catastrophique".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.