Page Précédente

Ruée sur l'or noir au Kurdistan irakien


Vendredi 16 novembre 2007 à 10h58

ERBIL (Irak), 16 nov 2007 (AFP) — Malgré un véto de Bagdad, les Kurdes d'Irak signent avec l'étranger des contrats pétroliers pour explorer et exploiter leurs vastes gisements, en assurant être disposés à en partager les fruits avec le reste du pays.

Forts de la large autonomie que leur accorde la Constitution irakienne, qui leur a permis d'adopter en août une loi régionale sur le pétrole, les autorités kurdes irakiennes multiplient les accords avec les compagnies internationales, dans le but avoué d'arriver d'abord à l'autosuffisance, puis d'exporter.

Début septembre, le gouvernement régional kurde a ainsi annoncé la signature d'un contrat avec une filiale locale des compagnies américaines Hunt Oil company of Dallas et Impulse Energy Corporation (IEC), pour l'exploration de champs pétroliers dans la région de Dohouk (nord).

En tout, une vingtaine d'accords ont été passés et les Kurdes ne comptent pas s'arrêter là, malgré les menaces du pouvoir central de placer sur liste noire les sociétés pétrolières faisant affaire avec le Kurdistan.

"L'Irak renferme plus de 12% des réserves mondiales de brut, dont au moins 5% sont dans notre région," assure à l'AFP Kiwan Siwaily, conseiller du ministre kurde des ressources pétrolières Ashti Hawrami.

"Depuis les années 20, pour des raisons politiques, notre région n'a jamais été autorisée à les développer. Saddam Hussein ne permettait même pas à nos étudiants d'entrer dans des filières gaz/pétrole", ajoute ce jeune homme, récemment rentré d'Allemagne où il a passé un diplôme dans ce secteur.

Dans les années 70, des champs pétroliers géants ont été découverts, mais à peine explorés, dans le Kurdistan irakien. Ils n'ont jamais été mis en exploitation par le dictateur, hostile à ces Kurdes rétifs à son autorité.

Depuis la chute du régime , en 2003, ils attirent la convoitise du secteur pétrolier international, dont les représentants se pressent à Erbil, la capitale régionale.

"Pour exporter, nous devons demander l'aval du gouvernement central, mais pour nos besoins intérieurs, nous n'avons à demander la permission à personne, ajoute M. Siwaily. Nous ne produisons aujourd'hui que 20.000 barils par jour, il nous en faudrait 100.000. C'est notre pétrole, c'est notre droit".

Le Parlement national à Bagdad discute depuis des mois d'une loi sur le pétrole qui régirait la production du pays et règlerait le délicat problème du partage des ressources entre les régions.

Si celles à majorité chiite dans le sud et à majorité kurde au nord sont riches en gisements, les zones sunnites du centre du pays, qui ne le sont pas, insistent pour que l'exploitation pétrolière soit centralisée à Bagdad, ce dont les autorités régionales kurdes ne veulent pas entendre parler.

Commentant les contrats pétroliers signés à Erbil, M. Hawrami avait déclaré: "Au Kurdistan, nous donnons l'exemple. Nous avons mis en place le premier système d'investissement dans le secteur pétrolier qui respecte les principes démocratiques, fédéraux et libéraux prévus dans la Constitution irakienne".

Les autorités kurdes tentent de rassurer Bagdad et les autres communautés en répétant qu'elles se contentent du quota de 17% des éventuelles recettes d'exportation qu'elles seraient autorisées à conserver.

Au niveau fédéral, ce chiffre de 17% est également celui de la part du budget national octroyé à la région kurde.

"Mais ils discutent sans fin à Bagdad de la loi fédérale, dénonce Kiwan Siwaily. Cela peut leur prendre deux ou trois ans. Nous avons perdu assez de temps! Ici, nous avons assez de pétrole pour alimenter tout le Moyen-Orient. Vous verrez, d'ici deux ou trois ans nous seront autosuffisants".

Parmi les contrats récemment signés figure celui d'une station de captage et raffinage de gaz destinée à alimenter des centrales électriques, pour régler le problème des coupures d'électricité dans la région.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.