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Quelles évolutions possibles du pouvoir iranien après la mort de Khamenei?


Dimanche 1 mars 2026 à 18h15

Paris (France), 1 mars 2026 (AFP) — La mort du guide suprême iranien Ali Khamenei et la campagne de bombardement américano-israélienne pourraient modifier les équilibres internes du pouvoir iranien, estiment des experts qui écartent tout changement radical dans l'immédiat.

- Pour l'instant, la continuité -

Donald Trump a exhorté la population à agir pour prendre le pouvoir une fois l'offensive achevée, mais aujourd'hui "le pays paraît tenu", explique à l'AFP Pierre Razoux, directeur des études de la Fédération méditerranéenne d'études stratégiques.

"Tout est fait (fermeture des universités, quadrillage des villes, fermeture d'Internet) pour éviter les manifestations. Tant que la population ne sera pas convaincue que l'appareil répressif - 600.000 Bassidjis et 250.000 forces de sécurité intérieures - est neutralisé, il est improbable qu'elle descende à nouveau dans la rue", juge-t-il.

Les grandes manifestations d'Iraniens, fin décembre et début janvier, s'étaient soldées par des milliers de morts.

Le système politique iranien dispose de procédures pour gérer la succession du guide suprême, dont la mort "ne signifie pas la fin d'un régime polycentré et redondant", dit M. Razoux. Il mise sur "la continuité du régime avec de nouvelles règles du jeu, peut-être au détriment du clergé, mais avec les mêmes personnes".

"L'orientation du régime" dépendra du choix du nouveau guide suprême, note le chercheur Théo Nencini de Sciences Po Grenoble.

Après la capture en janvier du président vénézuelien Nicolas Maduro, Donald Trump a adoubé la vice-présidente Delcy Rodriguez et le régime a survécu au prix de quelques concessions. Trump s'entendra-t-il à terme avec une partie plus modérée du régime iranien ?

La disparition d'Ali Khamenei "peut donner naissance à des rivalités importantes au sein des cercles du pouvoir entre les Gardiens (de la révolution) et les civils. Mais pour l'instant, ils travaillent tous ensemble pour maintenir le système", a commenté dimanche sur Franceinfo la sociologue Azadeh Kian.

- L'heure des Gardiens? -

"L'alternative, c'est la prise de pouvoir par les Pasdaran" (nom des Gardiens de la révolution en farsi, ndlr), avance M. Razoux.

Même si son chef Mohammed Pakpour a été tué dans les frappes de samedi, le Corps des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, est une force extrêmement organisée, contrôlant des pans entiers de l'économie.

"En réalité, le rééquilibrage du pouvoir au profit des Gardiens de la révolution a déjà eu lieu, de manière progressive depuis plusieurs années. Le guide suprême leur avait déjà ouvert la voie du pouvoir", estime Théo Nencini.

"Une transition vers un régime plus militarisé sous leur houlette est une possibilité, un régime militaire plus classique dépourvu de cette logique religieuse chiite actuelle. Mais je les vois mal se passer du vernis religieux", ajoute le chercheur.

- L'armée régulière

Forte de 350.000 hommes, selon la publication spécialisée Military Balance 2026, l'armée "ne pèse pas politiquement aujourd'hui, mais elle peut avoir un rôle à jouer à l'avenir si les militaires décident de prendre une direction politique différente de celle des Gardiens", estime M. Nencini.

Pour M. Razoux, "son positionnement sera crucial, à la fois vis-à-vis des populations, du pouvoir et des Gardiens".

L'armée est actuellement "au four et au moulin, occupée à défendre le pays" car dans la perspective d'un éventuel virage politique les militaires devront "montrer qu'ils ont tenu leur rôle", selon lui.

L'armée pourrait éventuellement se rallier derrière une figure nouvelle, mais "il n'y a pas de figure politique crédible offrant une alternative" parmi les opposants, estime M. Nencini.

- Une opposition désunie -

L'opposition en Iran est réprimée et emprisonnée, à l'instar de la lauréate du prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi. Les mouvements d'opposition en exil sont historiquement désunis.

Le fils du chah d'Iran déchu, Reza Pahlavi, "est mis en avant par les médias occidentaux" et semble bénéficier d'une popularité croissante, relève M. Nencini, mais sa crédibilité aux yeux de la population iranienne reste inconnue.

"Il y a un éventail d'opposants en Iran qui sont susceptibles d'agir" à l'avenir, ajoute Mme Kian, évoquant l'émergence de revendications ethniques chez les Kurdes ou les Baloutches.

Pour peser, il faudrait que ces minorités s'allient mais elle n'accepteront pas, selon elle, de "se soumettre au pouvoir du fils du chah d'Iran", qui "n'a pas les structures et institutions nécessaires pour parvenir au pouvoir".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.