
Vendredi 17 octobre 2014 à 14h48
Suruc (Turquie), 17 oct 2014 (AFP) — L'heure n'est pas encore aux célébrations mais l'humeur a changé. Depuis quelques jours, la résistance farouche opposée aux jihadistes par les défenseurs kurdes de Kobané a rendu un peu d'espoir à ses habitants réfugiés juste de l'autre côté de la frontière en Turquie.
"Nous n'avons pas remporté la victoire, certainement pas. Mais petit à petit, on avance".
Il y a une semaine encore, Faiza Abdi ne donnait pas cher du sort de la troisième ville kurde de Syrie. Mais aujourd'hui, l'élue au conseil législatif de Kobané (Aïn al-Arab en langue arabe), qui a pris depuis quinze jours ses quartiers dans la ville frontalière turque de Suruç, avoue qu'elle respire un peu mieux.
"Surtout ces deux derniers jours", dit-elle, "les YPG (Unités de protection du peuple, la principale milice kurde de Syrie) ont repoussé des attaques de Daesh (l'acronyme arabe du groupe Etat islamique) dans l'est de la ville et leur ont repris plusieurs secteurs".
Bien sûr, les jihadistes au drapeau noir n'ont pas desserré leur étreinte sur Kobané, loin s'en faut. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), ils occupent toujours de nombreux quartiers de la ville, qui comptaient selon les estimations 300.000 habitants avec son canton avant les combats et la fuite des civils. A suivre les funérailles qui se succèdent côté turc, les jihadistes continuent aussi d'infliger de lourdes pertes aux combattants kurdes.
Mais les frappes aériennes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, plus nombreuses, plus précises, ont freiné la progression de l'EI.
"La coalition a détruit beaucoup de véhicules et de pièces d'artillerie de l'EI", note au téléphone Anwar Moslem, le chef du canton de Kobané, resté dans sa ville malgré les combats, "ils ont caché leurs +Hummer+ (des voitures blindées), leurs canons et leurs chars entre les maisons pour ne pas être visés par les frappes".
Sur les collines qui dominent la ville côté turc, chaque bombardement venu du ciel est désormais salué par les "hourra" de joie des dizaines de réfugiés kurdes qui assistent en direct aux combats, jumelles vissées sur les yeux pour les mieux équipés.
- "Si la guerre est gagnée"... -
"Ces frappes ont sauvé Kobané", se réjouit Servan Ali. "Selon les informations qui nous viennent de notre ville, la situation s'est nettement améliorée".
Depuis plus d'une semaine, ce médecin âgé de 30 ans passe le plus clair de son temps dans le centre culturel de Suruç, transformé en hôpital de campagne. Il y soigne les nombreux réfugiés de sa ville qui ont fui les combats pour s'entasser en urgence en Turquie chez des membres de leur famille, dans des camps ou des abris de fortune.
Avec la résistance inattendue des YPG, le Dr Ali se prend désormais à rêver à haute voix d'une victoire, synonyme d'un retour dans son pays.
"Si la guerre est gagnée, et je l'espère de tout mon coeur, je retournerai sans perdre une minute à Kobané, malgré les destructions. C'est mon pays, ma ville natale, là où j'ai grandi", dit le médecin, qui a fait ses études en Russie.
Un désir partagé par l'ensemble des Syriens qui ont traversé la frontière. Les premières pluies de la saison ont commencé à tomber sur Suruç et sa région, soulignant un peu plus la précarité de leurs conditions d'hébergement.
"Nous avons fui la ville avec nos seuls vêtements. Nous sommes sortis de nos maisons en abandonnant notre repas sur la table dès qu'on nous a dit qu'ils (jihadistes) arrivaient", explique Zeyide Ismail, une femme d'une quarantaine d'années.
Accroupie devant une tente qu'elle partage avec une autre famille, Mme Ismail tire nerveusement sur sa cigarette et ne pense qu'à une chose. Rentrer chez elle, vite.
"Je ne veux même pas penser à ce qui nous serait arrivé, à nos familles, à nos enfants, à notre honneur, sans l'hospitalité de la Turquie", concède-t-elle. "Mais ici, nous sommes réduits à la misère, alors que chez nous tout était prêt pour passer l'hiver".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.